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Couverture de De l’amour aux cendres, par Fruit_du_jacquier
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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De l’amour aux cendres — Chapitre 8 · Reste en ligne.

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De l’amour aux cendres

Chapitre 8 · Reste en ligne.

Le mardi matin, Lucas avait refermé la porte, valise à la main, manteau sur le bras. Ayako l’avait regardé partir du seuil de la chambre, pieds nus, encore dans son t-shirt. Il lui avait touché la joue, deux doigts sous le menton.
— Je t’appelle ce soir.
Puis l’ascenseur. Le clic. Le silence.
Ce silence remplissait maintenant le penthouse comme une nappe qui monte.
Ayako était assise sur le canapé, jambes repliées, le téléphone sur l’accoudoir. L’écran allumé. La conversation avec Ibra. L’adresse en bas. Rue des Bains. Septième étage. 7C. Pas de « si tu veux ». Pas de « quand tu peux ». Juste le lieu.
Le lac, derrière la baie, était d’un gris plat. Les voiliers ne bougeaient pas. L’horloge de la cuisine marquait treize heures douze.
Elle prit le téléphone. Ouvrit la carte. Dix-sept minutes en voiture. Vingt-trois en bus. Quarante-deux à pied. Elle ferma. Reprit. Rouvrit. Ferma encore.
Elle se leva. Traversa le couloir vers la salle de bain. La lumière s’alluma trop vive ; elle la baissa jusqu’à ce que le carrelage n’envoie plus qu’un reflet mat.
L’eau de la douche mit un moment à chauffer. Elle retira le t-shirt, le plia, le posa sur le banc. Se déshabilla entièrement. Entra sous le jet.
La chaleur tomba sur ses épaules, coula le long de sa colonne. Elle resta longtemps immobile, le visage dans l’eau, les yeux fermés. Puis elle prit le gel — celui à l’amande, l’odeur de l’appartement autant que le noyer des meubles. Gestes lents. Les mêmes que tous les matins. Ce n’était pas un matin comme les autres.
Elle lava ses cheveux, rinça, appliqua l’après-shampoing, rinça encore. Les mains contre le carrelage. Le front contre la paroi. Puis elle ferma le robinet.
Serviette blanche, épaisse. Elle se sécha avec méthode. Cheveux d’abord, sans frotter. Puis le corps, jusqu’aux pieds.
Dans le dressing, trois murs de miroirs. Elle ne se regardait pas vraiment. Les robes de Lucas à gauche. Les siennes à droite. Au milieu, les boîtes de sous-vêtements.
Elle ouvrit un tiroir. Coton. Dentelle. Un string noir qu’elle ne mettait que pour lui. Elle le prit, le reposa. Un slip blanc. Le reposa aussi. Choisit un shorty gris clair, presque transparent, et un soutien-gorge assorti, fin, sans rembourrage. Ni pour Lucas. Ni vraiment pour séduire. Un entre-deux. Elle le savait.
Devant les robes, ses doigts s’arrêtèrent sur un jersey noir, mi-cuisse, manches courtes. Simple. Celle des courses et des cafés. Elle l’enfila. Sandales à talons bas, cuir noir.
Dans la salle de bain, elle se brossa les cheveux, les laissa détachés. Un trait de crayon sous les yeux. Pas de mascara. Pas de rouge. Un peu de crème. Moins que pour sortir avec Lucas. Plus que pour rester.
Sur la vasque, une notification. Lucas, depuis l’aéroport :
J’embarque maintenant. Je t’appelle ce soir.
Elle lut deux fois. Tapa Bon voyage. Effaça. Tapa D’accord. Effaça. Envoya un cœur. Reposa le téléphone.
Devant le miroir du couloir, elle s’arrêta. Robe noire. Cheveux qui séchaient en ondulations. Sandales. Visage à peine fait. Elle avait l’air d’une femme qui sort faire une course. Pas de celle qui allait là où elle allait. Son index frotta la phalange du majeur — ce tic qu’elle avait quand quelque chose la tenaillait.
Dans la cuisine, la tasse était encore retournée. Elle la remit à l’endroit, sans raison. Pris son sac. Téléphone. Clés. Mouchoir. Baume. Bandoulière. Un dernier regard dans la vitre de la baie — silhouette sombre contre le gris du lac — puis la porte.
L’ascenseur descendit. Au rez-de-chaussée, le concierge leva les yeux.
— Bonjour, Madame Yoshida.
— Bonjour.
Dehors, l’air était tiède. Les platanes du quai commençaient à jaunir. Elle longea le quai du Mont-Blanc, tourna vers le pont. Le lac, en contrebas, reflétait les immeubles comme un miroir terni. Un cygne glissait près de la rive.
Elle traversa. Le Rhône partait du lac, vert, rapide. De l’autre côté, les Acacias. Elle aurait pu prendre un bus, un taxi. Elle marcha. Pas réguliers. Ni lents ni pressés.
Place Neuve. Étudiants. Pont de la Coulouvrenière. Puis la rue des Acacias. Immeubles plus denses, béton et verre. Bureaux. Cabinets. Balcons de plantes.
Son téléphone vibra dans le sac. Elle ne le sortit pas. Elle cherchait les numéros. Le sac battait contre sa hanche. L’index frottait plus vite.
Une rue plus étroite. Immeuble de sept étages, façade beige, portail noir. Le numéro correspondait. Elle s’arrêta à quelques mètres. Une femme passa avec une poussette. Un vélo penchait contre un arbre.
Ayako regarda le digicode. Septième. 7C. L’adresse envoyée sans un mot de plus. Une coordonnée.
Elle ne bougea pas. Souffle régulier, contrôlé. Celui qu’elle maintenait quand Lucas la poussait plus loin qu’elle ne croyait pouvoir aller. Mais les doigts, eux, tournaient trop vite.
Le portail attendait. Au-dessus, Ibra aussi. Avec la même patience qu’au début : pas un piège tendu. Juste un homme qui reste où il est, certain qu’on viendra.
Elle fit un pas. Puis un autre. Sa main se leva vers le digicode.
Ses doigts effleurèrent le digicode. Elle ne tapa rien. Le métal était tiède. Elle resta là, la main suspendue, le pouce contre l’index. Une femme sortit, poussette devant elle, lui tint la porte sans un regard. Ayako attrapa la vitre avant qu’elle ne se referme. Elle entra.
Le hall sentait la cire et le béton. Ses sandales claquèrent sur le carrelage. L’ascenseur était ouvert, cabine étroite, miroir oxydé. Elle appuya sur le 7. Les câbles grincèrent. Dans le reflet flou : robe noire, cheveux encore humides, pas de rouge, le visage de quelqu’un qui ne s’est pas parée — ou qui s’est préparée à n’en avoir pas besoin. Choc. Septième. Couloir blafard. Trois portes. 7C au fond.
Elle s’arrêta. Le sac battait contre sa hanche. Elle ne sonna pas tout de suite. Épaules droites. Puis elle appuya.
Des pas. Lourds. Le déclic. La porte s’ouvrit.
Ibra se tenait dans l’entrebâillement, pieds nus, t-shirt noir col en V, jogging gris. Pas de sourire. Ses yeux la balayèrent une fois, de haut en bas, comme on vérifie une livraison. Il recula et ouvrit plus grand.
Elle franchit le seuil.
La porte se referma. Le verrou coulissa — sans la regarder, machinal. Ayako serra la bandoulière.
L’appartement était vide. Canapé sombre. Table basse nue. Stores. Une lumière laiteuse. L’air sentait le cuir et quelque chose de boisé, propre, qui n’appartenait à personne d’autre. Pas le santal de Lucas. Pas les bougies du penthouse. Parquet clair, sans tapis. Cuisine ouverte, aseptisée. Pas de livre. Pas de cadre. Une chambre d’attente pour quelqu’un qui n’attend jamais.
Ibra ne dit rien. Debout à un mètre, il referma un volet. Large des épaules, étroit à la taille. Il se retourna.
Le silence se fit dense.
Ayako ne bougea pas. Ses mains le long du corps. Elle ne savait pas où mettre les yeux. Elle les fixa sur le V du col, le haut du sternum.
— Tu as marché.
Pas une question. Un constat. Les sandales. Peut-être les joues un peu roses.
— Oui.
Un mot. Elle n’expliqua pas le pont, la place Neuve, l’heure et demie à pied parce qu’elle avait ralenti, accéléré, failli faire demi-tour.
Ibra avança. Pas directement vers elle. Il la contourna un peu, pour mieux la voir. Pieds nus, sans bruit. S’arrêta à sa droite, assez près pour qu’elle sente la chaleur de son bras. Il ne la touchait pas encore.
— Lucas est parti.
Encore un constat. Elle ne demanda pas comment.
— Oui.
Sa gorge était sèche. Elle déglutit. Il suivit le mouvement des yeux, du cou à la clavicule que le jersey découvrait. Il regardait comme on lit un plan.
Le silence n’était pas gêné. C’était celui de quelqu’un qui n’a rien à négocier.
Elle le sentit avant qu’il ne bouge. La chaleur qui se rapprochait. Un pas. Elle ne recula pas. Talons plantés. Le cœur sous la robe. Le visage immobile.
Il leva la main droite. Lentement. Les doigts larges se posèrent sur sa hanche gauche. Pas un geste de séduction. Une prise. Paume à plat sur le jersey, doigts qui épousaient la courbe, remontèrent jusqu’à la taille. Chaude. Sèche. Calleuse. Elle sentit chaque doigt.
Ayako ne respirait plus.
Le pouce sous les côtes, là où la robe moulait le ventre. Une pression légère. Pas pour tirer. Pour mesurer. Ses yeux ne quittaient pas son visage. Il regardait ce que son toucher faisait à ses traits.
Ses narines se dilatèrent. Les lèvres s’entrouvrirent d’un demi-centimètre. Le regard se voila, sans larmes.
Sa main gauche se leva, retomba. Un geste avorté.
Ibra rapprocha son visage. Degré par degré. Sa barbe effleura d’abord sa joue — rude contre la peau. Son haleine sur la tempe, café noir.
Puis sa bouche se posa sur la sienne.
Pas un baiser de question. Lèvres contre lèvres, immobile d’abord, sans presser. Le poids de sa bouche. La chaleur. Le rythme lent de sa respiration qui entrait dans la sienne.
Ayako resta raide trois secondes. Épaules tendues. Doigts crispés sur la bandoulière. Le corps encore une ligne.
Puis le mur céda.
Pas un effondrement. Un relâchement. Les épaules d’abord. Les doigts qui lâchèrent le sac. Les lèvres qui s’ouvrirent d’un millimètre, assez pour laisser passer son souffle. La tête bascula un peu. Un acquiescement mou. La bouche qui cède.
La main à sa taille se resserra. Il la tira. Force constante. Son ventre rencontra le sien. Jogging contre jersey. Sous les tissus, la chaleur.
Il approfondit. Sa langue traça la lèvre inférieure, entra. Lente. Méthodique. Café. Texture. Ayako émit un son — entre soupir et gémissement — avalé contre sa bouche.
Sa main droite se posa sur l’avant-bras d’Ibra. Pas pour le repousser. Les doigts se refermèrent sur le muscle.
Il rompit le baiser. Deux centimètres. Assez pour la regarder. Sans sourire. Sans chercher une réaction. Il constatait. L’autre main vint sur l’autre hanche. Il la tint à deux mains, pouces dans les creux de la taille.
— Tu es venue.
Plus bas encore. Elle le sentit vibrer contre sa poitrine.
Elle ne répondit pas. Bouche entrouverte, lèvres humides. Souffle court. Sous la robe, le shorty gris — ni pour Lucas, ni pour séduire — n’était plus qu’un détail contre une chaleur qui répondait malgré tout.
Ibra la pencha légèrement. La regarda comme on regarde ce qu’on vient de saisir : sans hâte, sans ambiguïté. Puis sa bouche revint, plus ferme, plus profonde. La langue entra sans demander.
Le sac glissa, tomba. Ses deux mains se posèrent sur ses biceps. Elle se tenait à lui. Pour rester debout.
Le silence de l’appartement. Le bruit mouillé des bouches. Le frottement du jersey contre le coton. Les stores. Le canapé à trois mètres. Le lit, plus loin.
Il ne se pressait pas. Sa main remonta le long du flanc, effleura le bord d’un sein à travers le tissu — pas une prise, un passage — puis se posa sur sa nuque. Doigts dans les cheveux encore humides. Il maintint sa tête, prolongea, fouilla.
Ayako gémit. Un vrai son. Court. Son corps se colla au sien. Elle savait où elle était. Qui la tenait. Ce que ça trahissait. Et son corps, lui, s’ouvrait quand même.
Ibra rompit une seconde fois. Front contre front. Nez contre nez. Souffles mêlés. Une main à la nuque, l’autre à la hanche. Elle agrippée à ses bras.
Le silence du septième étage les enveloppait comme une eau profonde.
Ibra recula d’un demi-pas. Ses doigts quittèrent la nuque d’Ayako, glissèrent le long de ses épaules, prirent les bretelles du jersey noir. Il tira vers le bas. Lentement. Clavicules. Haut de la poitrine. Elle leva les bras sans qu’on le lui demande. Le tissu roula, tomba autour de ses chevilles. Soutien-gorge fin, shorty gris. Il se pencha, défit les sandales. Elle sortit ses pieds. Il jeta la robe sur le canapé. Puis s’agenouilla.
Il prit son pied gauche dans sa main large. Voûte. Cheville. Sa bouche se posa là. Langue sur la peau fine. Elle frémit. Il fit de même avec l’autre. Orteils. Cou-de-pied. Barbe contre la plante. Elle vacilla, posa une main sur son épaule. Il ne leva pas les yeux.
Il se releva. Deux mains à sa taille — si fine qu’il l’encerclait presque. Pouces sur les flancs. Il la tourna, la plaqua face au mur. Paumes d’Ayako sur la surface froide. Il dégrafa le soutien-gorge, le laissa tomber. Ses seins se libérèrent. Il ne les toucha pas. Pas encore. Ses mains prirent ses fesses, les pétrirent, les écartèrent. Puis tirèrent le shorty. Elle se retrouva nue. Il posa une main sur sa nuque, la poussa en avant. Front au mur. Fesses offertes. Il écarta ses pieds.
Un doigt glissa dans la raie, trouva l’anus, pressa sans entrer. Un souffle aigu. Puis plus bas. La fente. Mouillée. Deux doigts d’un coup. Elle cria. Il les laissa dedans, sentit les pulsations, les retira, les porta à son nez. Les replongea. Trois. Pouce contre l’anus. Bruit mouillé dans l’appartement vide.
Il la poussa vers le canapé. S’agenouilla entre ses cuisses. Bouche sur l’intérieur de la cuisse, puis plus haut. Langue de bas en haut. Lèvres. Clitoris. Longs coups. Puis rapides. Deux doigts courbés en elle pendant qu’il suçait. Elle se raidit. Orteils recourbés. Il n’arrêta pas. Elle jouit — dos cambré, cri aigu, contractions autour de ses doigts. Il la maintint ouverte, continua jusqu’à ce qu’elle se replie en gémissant.
Il se leva. Retira le t-shirt. Pectoraux. Abdomen. Baissa le jogging. Sa verge, longue, épaisse, circoncise, déjà à demi raide. Il la prit en main, regarda Ayako. Elle baissa les yeux sur lui. Il avança, prit sa tête, présenta le gland. Elle ouvrit la bouche. Il enfonça. Lentement. Puis plus profond. Elle étouffa, recula. Il la tint, la laissa s’adapter. Puis poussa par petits coups. Salive. Larmes. Il se retira, la fit se lever.
Dans la chambre, draps sombres. Il la poussa sur le dos, s’allongea sur elle. Poignets au-dessus de sa tête. Il se guida, poussa. Centimètre par centimètre. Jusqu’à la base. Il resta planté, puis bougea. Retrait lent. Poussée profonde. Rythme régulier. Chair contre chair. Il releva ses jambes, changea l’angle. Plus profond. Elle cria.
Il la retourna. À quatre pattes. Enfonça d’un coup. Elle hurla, visage dans le drap. Coups longs, puissants. Il cracha sur son pouce, l’enfonça dans l’anus. Queue dans la chatte, pouce dans le cul. Elle trembla. Joui de nouveau — long cri, corps cambré. Il continua à travers les spasmes, jusqu’à ce qu’elle s’effondre.
Il la releva. Debout au bord du lit, penchée, mains au matelas. Il entra d’une poussée. Coups plus rapides, plus durs. Une main dans ses cheveux, tête en arrière. Sa respiration s’alourdit. Il accéléra, s’enfonça au maximum, et jouit en elle. Jets chauds. Front contre sa nuque. Souffle rauque.
Il se retira. Un filet blanc coula sur sa cuisse. Il enfila le jogging, alla chercher de l’eau, but, lui tendit le verre. Elle s’assit au bord du lit, cuisses serrées, le sperme encore sur la peau. But une gorgée.
Il se tenait devant elle. Bras le long du corps.
— Reste.
Ce n’était pas une question.
Ayako posa le verre. L’eau avait un goût de robinet et de métal. Ses doigts tremblaient encore. Sur l’intérieur de sa cuisse, le sperme d’Ibra séchait déjà, mince film opalescent. Elle ne bougea pas. Elle le regardait, debout à trois pas, le dos tourné, comme un homme qui a fini et qui n’a plus rien à prouver.
— Ibra.
Il tourna seulement la tête. Pas le corps. Elle tendit le bras. Paume ouverte. Ni prière, ni ordre. Un appel net.
Il vint.
Devant elle, massif, silencieux. Elle tira le cordon du jogging. Le tissu glissa. Sa verge apparut, encore alourdie, à demi revenue au repos, luisante de ce qu’ils venaient de faire. Ayako la prit. La chaleur sous la peau. La mémoire encore molle du plaisir. Elle pétrit, remonta, pesa les couilles dans l’autre main. Un frémissement répondit. Puis un autre. Ibra ne bougeait pas. Bras croisés. Il la regardait faire, de très haut, avec cette patience qui n’était pas de la tendresse.
Elle se pencha. Les cheveux lui tombèrent devant le visage. Elle prit le gland dans sa bouche. Lentement. Sel. Musc. Elle. Un soupir lui échappa par le nez. Sa main se posa sur sa tête, sans peser, comme on pose un sceau.
Quand elle se retira, il était dur.
Elle monta sur le lit. À quatre pattes. Avec une précision presque cérémonielle. Genoux ouverts. Dos creusé. Fesses hautes. Le visage de côté sur le drap. Une main passa entre ses cuisses, trouva la verge, et plaça le gland non pas contre sa chatte, mais contre l’anneau serré de son anus.
Elle attendit.
Ibra posa une main sur sa hanche.
— T’es sûre ?
Elle le regarda par-dessus l’épaule. Les yeux mi-clos.
— Oui. Fais.
Il disparut un instant. Placard. Réfrigérateur. Le bruit sec d’un emballage. Quand il revint, il tenait un pain de beurre. Le contraste eut quelque chose d’absurde et de solennel à la fois : ce produit ordinaire, dans cette chambre grise, pour ce qu’ils allaient faire.
Il s’agenouilla derrière elle. Écarta une fesse. Le beurre, froid d’abord, fondit contre la peau. Il enduisit l’entrée avec une lenteur d’artisan. Cercles. Pression. Un peu de matière grasse poussée à l’intérieur. Puis un doigt. Puis deux. L’anneau céda par degrés. Ayako creusa les reins. L’air lui manqua un instant.
Il enduisit sa verge de la même façon, jusqu’à ce qu’elle brille. Puis le gland se posa contre elle.
Il poussa.
Pas d’un coup. Par millimètres. La chair résista, s’étira, accueillit enfin la couronne. Un cri court lui échappa. Il s’arrêta, entièrement conscient de ce qu’il tenait, la laissant s’habituer au volume, au poids, à l’irréversible. Puis il s’enfonça davantage. Centimètre après centimètre. Jusqu’à la base.
— Oh… putain…
Le mot sortit d’elle comme une chose étrangère. Avec Lucas, elle gardait presque toujours une retenue. Ici, la lenteur même lui arrachait la voix.
Ibra bougea enfin. Des va-et-vient très lents. Presque jusqu’au bord, puis jusqu’au fond. Une cadence de métronome. Chaque descente lui arrachait un son. Chaque retrait laissait un vide qui n’en était pas un. Le beurre avait fondu. Le sperme d’avant se mêlait à la graisse. Sur les draps, une traînée trouble s’élargissait.
— Plus profond…
Il obéit sans précipitation. Changea l’angle. Enfonça plus loin, non plus vite. Elle cria. Vraiment. Le visage écrasé dans le drap, la bouche ouverte, un filet de salive. Elle avait l’impression d’être traversée, non prise. Occupée jusqu’à un endroit d’elle-même qu’elle ne connaissait pas.
Quelque chose monta. Différent. Plus sourd. Plus bas que le plaisir habituel. Une vague qui partait de l’intérieur, du point même où il la remplissait. Ses orteils se crispèrent. Ses jambes tremblèrent.
— Ibra… je…
Le spasme la prit tout entière. Orgasme profond, anal, sans image, sans phrase, seulement une contraction violente qui le serra par vagues. Un cri long, déchiré. Il ne s’arrêta pas. Il la traversa pendant qu’elle jouissait, régulier, implacable, jusqu’à ce que son corps retombe, mou, abandonné.
Alors seulement il accéléra un peu. Écarta ses fesses pour voir. Un grondement bas dans sa poitrine. Il se plaqua contre elle et jouit au plus profond. Chaud. Successif. Puis se retira lentement. Le mélange de beurre et de sperme s’échappa d’elle en filets lents, le long de la chatte, sur les cuisses.
Ibra se releva. Rengaina le jogging. Sortit. On entendit l’eau du robinet.
Ayako resta à quatre pattes. Le dos affaissé. Ouverte. Le souffle rauque. La lumière grise des stores s’étalait sur sa peau comme une main indifférente. Dans l’odeur du beurre et du sexe, quelque chose venait de basculer — non pas seulement un acte, mais une ligne. Une de celles qu’on ne recouvre plus tout à fait.
Le silence dura. Ayako ne bougeait pas. Le visage contre le drap, la bouche entrouverte. Entre ses fesses, le mélange encore chaud de beurre et de sperme glissait lentement vers l’aine. Ses orteils se détendirent l’un après l’autre. L’odeur épaisse de la chambre — graisse, sueur, sexe — restait suspendue comme une brume.
Ibra reparut dans l’encadrement, un verre d’eau à la main. Il le posa sur la table de nuit. Elle tourna la tête. Cheveux collés aux joues. Il se tenait là, jogging, torse nu, sans tendresse apparente. Il la regardait comme on regarde ce qu’on a pris et qu’on n’a pas fini de garder.
— Bois.
Elle se redressa. Une douleur sourde lui rappela tout. L’eau froide lui brûla la gorge. Quand elle s’assit, elle sentit encore couler.
— Reste, dit-il. Pas maintenant. Reste aujourd’hui.
Quatre mots. Pas une question. Elle ouvrit la bouche, la referma. Pensa une seconde au penthouse vide, à New York, au décalage horaire. Puis à la chaleur encore vivante entre ses jambes.
— D’accord.
Il hocha la tête et sortit. Elle resta nue au bord du lit. La lumière grise des stores. Elle était encore là. Elle restait.
Il revint avec une serviette humide, s’agenouilla, lui écarta les genoux. Elle laissa faire. Gestes précis, presque cliniques. Il nettoya, jeta la serviette, la prit par le coude.
— Viens.
Dans la salle de bain, l’eau chaude. Elle ferma les yeux. Ibra entra derrière elle. La cabine était trop étroite pour lui. Son torse colla à son dos. Il la lava. Épaules. Seins. Ventre. Entre les cuisses. Elle écarta les jambes sans qu’on le lui demande. Un écho, seulement, traversa son bas-ventre.
Il l’essuya, l’enveloppa, la ramena au canapé. S’assit, jambes écartées. Tapota l’espace à côté. Elle s’assit. Sa main couvrit presque toute sa cuisse. Ils ne parlèrent pas. Un silence de corps.
— T’as faim ?
— Non.
Il alla boire au goulot, revint, retira la serviette. Elle ne résista pas. Nue à côté de lui. Son regard descendit, lent. Puis il la tira contre son flanc. Sa tête trouva l’épaule. Sa main se posa sur son sein, sans caresser vraiment. Elle ferma les yeux. L’odeur de cuir et de peau. Contre sa hanche, il durcissait peu à peu.
Le temps avança. La lumière vira à l’orange. Une image de Lucas traversa Ayako — taxi, New York, un message non envoyé — puis s’effaça. La main d’Ibra glissa au ventre, puis plus bas. Elle ouvrit légèrement les cuisses. Il posa la paume à plat sur elle. Chaude. Mouillée déjà.
— Tu restes encore.
— Oui.
Il la poussa sur le dos. Le canapé était étroit. Il se mit au-dessus, l’embrassa au cou, aux seins, descendit. Sa bouche trouva sa chatte. Langue large, lente, méthodique. Elle gémit. Vraiment. Quand les vagues vinrent, ce fut sans explosion : une succession de tremblements. Il la tint ouverte.
Puis il se redressa. Dur. Il posa le gland contre elle.
— Je vais te baiser.
— Oui.
Il entra jusqu’au fond, s’arrêta, la regarda, puis commença. Longs va-et-vient. Réguliers. Il releva ses jambes sur ses épaules. Accéléra. Le canapé grinça.
— Putain… c’est bon, ta chatte.
Elle ne répondit pas. Seulement des souffles, des gémissements. Puis :
— Plus fort.
Il obéit. Le claquement devint sec. Elle jouit longuement, cri rauque, animal. Il continua, puis jeta la tête en arrière et se vida en elle. Grognement grave. Il resta enfoncé un moment.
Quand il se retira, le sperme coula. Il s’assit, posa une main sur son ventre. Elle ferma les yeux.
Plus tard, un verre d’eau. Elle but. Il la ramena contre lui. Tête sur l’épaule. Doigts dans les poils de sa poitrine. Dehors, Genève s’enfonçait dans le soir.
Elle pensa encore à Lucas. À ce qu’elle dirait. À ce qu’elle ne dirait pas. La culpabilité était là, lointaine, comme un bruit qu’on finit par ne plus entendre.
Ibra ne parlait pas. Sa main traçait des cercles lents sur sa hanche.
La parenthèse tenait encore.
La lumière orange avait cédé au bleu. Ils étaient passés du canapé à la chambre. Ayako allongée sur le côté, nue, le dos contre le torse d’Ibra. Sa main à plat sur son ventre. Le drap jusqu’aux hanches. L’odeur du sexe encore dans les draps — musquée, dense, mêlée à ce qui avait séché sur ses cuisses.
Le téléphone vibra.
« Lucas ».
Son ventre se contracta. Ibra sentit le raidissement sous sa paume. Il regarda l’écran par-dessus son épaule. Ne dit rien. Son pouce bougea d’un millimètre. Réponds.
Elle décrocha. Le drap glissa. Ses seins retombèrent.
— Allô ?
— Salut. Tu fais quoi ?
La voix de Lucas. Chaleureuse. Contrôlée. New York, début d’après-midi là-bas.
— Rien. Je regarde un film.
— T’es à la maison ?
— Oui. Chez moi.
Ibra la regardait sans ciller. Il retira le drap de ses seins. L’air frais. Les mamelons se dressèrent.
— Tu regardes quoi ?
— Un truc tranquille. Sur Netflix.
Sa main couvrit le sein gauche. Cercle lent autour de l’aréole. Le cœur battait trop vite sous la paume. Ayako serra les lèvres.
— C’est bien ?
— Pas mal.
Il pinça le mamelon, le roula, le tira. Relâcha. Elle inspira par le nez.
— Tu me manques, dit Lucas.
— Toi aussi.
Ibra passa à l’autre sein. Pétrit. Pes a. Model a. Pas une caresse. Un examen. Puis sa main descendit. Taille. Hanche. Bas du ventre. Poils courts.
Ayako ferma les yeux.
— Tu m’écoutes ?
— Oui. Je t’écoute.
— Quand je rentre, j’ai envie qu’on parle. De nous. De ce qu’on fait.
— D’accord, souffla-t-elle.
Ses doigts trouvèrent les lèvres. Gonflées. Humides. Du sperme encore entre les plis, ramolli par la mouille neuve. Il écarta. Touch a à peine le clitoris. Elle se mordit la lèvre.
— Tu m’as manqué cette semaine.
— Moi aussi.
Il traça un cercle autour du clitoris. Pas dessus. Autour. Elle ouvrit les cuisses. Réflexe. Le corps avant la tête.
Les petits bruits humides. Clap. Clap. Il savait qu’elle les entendait. Il regarda le téléphone contre son oreille. Puis sa main. Un demi-sourire. Pas de plaisir. De contrôle.
— T’es sûre que tu vas bien ? Ta voix est bizarre.
— C’est le film. Il est… triste.
Deux doigts en elle. Lentement. Succion mouillée. Il tourna, écarta à l’intérieur. Un son lui échappa. Petit. Étouffé.
— T’es en train de pleurer ?
— Non. C’est rien.
Il revint au clitoris. Directement. Elle plia les genoux. Orteils crispés.
— Tu veux que je te rappelle plus tard ?
— Non. Reste.
Trop vite. Ibra comprit. Elle voulait la voix. Pas seulement par amour. Parce que le mensonge, tenu ainsi, la faisait encore plus mouiller. Il appuya plus fort. Ses hanches roulèrent d’un centimètre.
— J’ai hâte de te revoir. De te toucher.
— Oui.
L’autre main aux seins. Rythme patient. Respiration courte. Par le nez.
— Tu te touches parfois quand je suis pas là ?
Elle ouvrit les yeux. Le plafond d’Ibra. Pas le sien.
— Parfois.
— Raconte-moi.
Il accéléra. La vague monta. Spasme vide. Mouille et reste de sperme sur le drap.
— Je… je peux pas maintenant.
— Pourquoi ?
— Je suis fatiguée.
Il ralentit. Presque arrêté. Doigt posé, pression sans mouvement. Elle resta suspendue. Le bassin cherchait tout seul. Deux hommes en même temps. L’un dans l’oreille. L’autre entre les jambes.
— Tu veux que je te laisse ?
— Non. Reste encore un peu.
Il reprit. Lent. Elle tremblait par micro-saccades.
— Tu m’aimes ? demanda Lucas.
— Oui.
Le mot sortit rauque. Ibra appuya. Elle jouit. Mâchoire serrée. Téléphone collé à l’oreille. Corps en arc. Un son aigu, comprimé, par le nez. La main d’Ibra se mouilla d’un flot.
— Bébé ? T’es là ?
— Oui. Oui. Je suis là.
Un frémissement sur le oui. Lucas pouvait y mettre la fatigue, l’émotion, n’importe quoi.
— T’es sûre que ça va ?
— Oui. C’est le film. Il est… émouvant.
— D’accord. Je te laisse te reposer. Je t’aime.
— Moi aussi.
— Dors bien.
— Toi aussi.
Elle raccrocha. Le téléphone tomba sur le drap. Ibra ne dit rien. Il la tira contre lui. Son sexe à demi dur glissa entre ses fesses.
Un message s’afficha. Je t’aime. L’écran s’éteignit.
Le silence qui suivit ne fut pas vide. Il tenait le mensonge encore chaud dans l’oreille d’Ayako, la voix de Lucas pliée dans le téléphone éteint, le je t’aime resté sans réponse vraie. Il tenait aussi sa jouissance, cette vague volée sous les mots, et l’odeur épaisse de la chambre — sexe, sueur, ce qui avait coulé sur la main d’Ibra. Et ces doigts, portés à la bouche, qui savaient désormais ce que l’autre homme ne saurait jamais : le goût exact de son mensonge.
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Patou96
29 septembre 2026 à 08:34
Très bien écrit. Pas d'exagération, très crédible. On s'y croirait. Très bonne description de tous les personnages
Soyez respectueux
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