Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
De l’amour aux cendres — Chapitre 7 · Silence noir
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
De l’amour aux cendres
Chapitre 7 · Silence noir
La lumière du matin entra par la baie comme une lame. Elle tombait sur le marbre de l’îlot, sur la cafetière que personne n’avait touchée, sur deux tasses encore dans le placard. Lucas se tenait près du plan de travail, torse nu, un caleçon gris. Pieds nus sur le carreau froid. Les mains à plat sur le marbre, les bras tendus. Une posture qu’il ne prenait jamais.
Ayako était dans l’entrebâillement de la porte. Un t-shirt blanc à lui, jusqu’à mi-cuisse. Cheveux emmêlés. Rien d’autre. Une main sur le chambranle, comme si la cuisine avait changé de nature pendant la nuit.
Il ne se retourna pas. Il connaissait sa respiration. Celle-ci n’était pas la même.
— Tu veux du café ?
Sa voix était plate. Ni froide ni chaude. Celle qu’il gardait quand une position partait de travers et qu’il fallait encore tenir.
Elle fit deux pas. Cette démarche légère, presque sans poids. Mais le rythme était cassé. Un temps mort entre chaque pas.
— Oui.
Un mot. Pas de petite intonation. Juste oui.
Lucas alluma la machine. Il regardait son reflet dans l’inox — flou, reconnaissable à la masse noire des cheveux.
— Tu as dormi ?
Sans se retourner. Presque banal. Ils savaient que ça ne l’était pas.
Ayako s’assit au tabouret. Le t-shirt remonta. Elle posa les mains sur le marbre, de l’autre côté. L’îlot les séparait.
— Un peu.
Mensonge. Il l’avait entendue se lever trois fois. Robinet. Retour au bord du lit, le plus loin de lui. Eux deux éveillés, à deux mètres, chacun dans son silence.
Le café monta. Il versa. Noir pour lui. Un trait de lait pour elle. Il poussa la tasse. Leurs doigts s’effleurèrent. Elle retira la main. Pas un recul. Un reflux.
Sa mâchoire se crispa. Il but. Trop chaud. Il ne broncha pas.
— Comment tu te sens ?
Direct. Comme toujours.
Elle enveloppa la tasse. Regardait la surface brune, comme si la réponse flottait dedans.
— Bien.
Lucas posa sa tasse, qui fit un clink typique de la céramique.
— Bien ?
Elle leva les yeux. Une ou deux secondes. Quelque chose passa, sans mot. Puis elle regarda le lac. Plombé. Sans un pli.
— Oui. Bien.
Il contourna l’îlot. Vint se placer derrière elle. Elle ne bougea pas. La colonne se raidit à peine. Il posa une main sur sa nuque. Pas une caresse. Une prise. Sous sa paume, le pouls trop rapide.
— Tu m’as dit quelque chose, hier soir. Tu te souviens ?
Sa gorge ondula.
— Je me souviens.
Plus bas. Comme si les mots devaient traverser quelque chose.
Il resserra légèrement. Puis sa main glissa jusqu’au poignet. Il se plaça face à elle.
— Tu as dit que personne ne t’avait prise comme ça.
Il lui renvoyait la phrase. Pas pour l’humilier. Pour la forcer à rester dans la pièce avec.
Ayako ferma les yeux. Les lèvres s’ouvrirent, se refermèrent.
— J’étais… c’était…
Elle ne finit pas.
Il tira un peu son poignet. Le t-shirt glissa. Sur sa hanche, une rougeur diffuse. Pas un bleu. Le souvenir d’autres mains.
Il la lâcha.
Recula. But. Le regard toujours sur elle. Trop contrôlé.
— Ce n’était pas une critique. Je t’avais demandé de te laisser aller. Tu t’es laissée aller.
Elle rouvrit les yeux. Il y avait dans son regard une chose qu’il ne reconnaissait pas. Pas la peur. Pas le défi. Une distance. Comme si une part d’elle s’était déplacée hors d’atteinte.
— Je sais.
Deux mots. Trop nets. Trop préparés.
Il prit son visage entre ses mains. Pouces sur les pommettes. Il la força à le regarder. Elle laissa faire. Ses yeux regardaient à travers.
— Tu es à moi.
Un constat. Entre la tendresse et l’avertissement.
Elle ne répondit pas. Pas oui. Pas toujours. Rien. Le silence s’installa entre eux comme un troisième corps.
Les doigts de Lucas tremblèrent. Infimement. Il resserra, puis relâcha. Vida sa tasse, la posa dans l’évier.
— Je vais travailler.
C’était dimanche. Il se dirigea vers le bureau sans se retourner. Démarche assurée. Trop régulière.
Ayako resta sur le tabouret. Le café avait refroidi. Elle but quand même, par petites gorgées, les yeux sur le lac. Pas un pli. Une surface morte.
Dans le bureau, Lucas ferma la porte. S’assit devant l’écran éteint. Une photo d’Ayako sur le bureau : Genève, l’été, les cheveux dans le vent, un sourire qu’il n’avait pas vu ce matin.
Il écouta le silence qu’il ne pouvait plus traverser.
Dehors, le ciel restait gris. Sans promesse.
Ayako était dans l’entrebâillement de la porte. Un t-shirt blanc à lui, jusqu’à mi-cuisse. Cheveux emmêlés. Rien d’autre. Une main sur le chambranle, comme si la cuisine avait changé de nature pendant la nuit.
Il ne se retourna pas. Il connaissait sa respiration. Celle-ci n’était pas la même.
— Tu veux du café ?
Sa voix était plate. Ni froide ni chaude. Celle qu’il gardait quand une position partait de travers et qu’il fallait encore tenir.
Elle fit deux pas. Cette démarche légère, presque sans poids. Mais le rythme était cassé. Un temps mort entre chaque pas.
— Oui.
Un mot. Pas de petite intonation. Juste oui.
Lucas alluma la machine. Il regardait son reflet dans l’inox — flou, reconnaissable à la masse noire des cheveux.
— Tu as dormi ?
Sans se retourner. Presque banal. Ils savaient que ça ne l’était pas.
Ayako s’assit au tabouret. Le t-shirt remonta. Elle posa les mains sur le marbre, de l’autre côté. L’îlot les séparait.
— Un peu.
Mensonge. Il l’avait entendue se lever trois fois. Robinet. Retour au bord du lit, le plus loin de lui. Eux deux éveillés, à deux mètres, chacun dans son silence.
Le café monta. Il versa. Noir pour lui. Un trait de lait pour elle. Il poussa la tasse. Leurs doigts s’effleurèrent. Elle retira la main. Pas un recul. Un reflux.
Sa mâchoire se crispa. Il but. Trop chaud. Il ne broncha pas.
— Comment tu te sens ?
Direct. Comme toujours.
Elle enveloppa la tasse. Regardait la surface brune, comme si la réponse flottait dedans.
— Bien.
Lucas posa sa tasse, qui fit un clink typique de la céramique.
— Bien ?
Elle leva les yeux. Une ou deux secondes. Quelque chose passa, sans mot. Puis elle regarda le lac. Plombé. Sans un pli.
— Oui. Bien.
Il contourna l’îlot. Vint se placer derrière elle. Elle ne bougea pas. La colonne se raidit à peine. Il posa une main sur sa nuque. Pas une caresse. Une prise. Sous sa paume, le pouls trop rapide.
— Tu m’as dit quelque chose, hier soir. Tu te souviens ?
Sa gorge ondula.
— Je me souviens.
Plus bas. Comme si les mots devaient traverser quelque chose.
Il resserra légèrement. Puis sa main glissa jusqu’au poignet. Il se plaça face à elle.
— Tu as dit que personne ne t’avait prise comme ça.
Il lui renvoyait la phrase. Pas pour l’humilier. Pour la forcer à rester dans la pièce avec.
Ayako ferma les yeux. Les lèvres s’ouvrirent, se refermèrent.
— J’étais… c’était…
Elle ne finit pas.
Il tira un peu son poignet. Le t-shirt glissa. Sur sa hanche, une rougeur diffuse. Pas un bleu. Le souvenir d’autres mains.
Il la lâcha.
Recula. But. Le regard toujours sur elle. Trop contrôlé.
— Ce n’était pas une critique. Je t’avais demandé de te laisser aller. Tu t’es laissée aller.
Elle rouvrit les yeux. Il y avait dans son regard une chose qu’il ne reconnaissait pas. Pas la peur. Pas le défi. Une distance. Comme si une part d’elle s’était déplacée hors d’atteinte.
— Je sais.
Deux mots. Trop nets. Trop préparés.
Il prit son visage entre ses mains. Pouces sur les pommettes. Il la força à le regarder. Elle laissa faire. Ses yeux regardaient à travers.
— Tu es à moi.
Un constat. Entre la tendresse et l’avertissement.
Elle ne répondit pas. Pas oui. Pas toujours. Rien. Le silence s’installa entre eux comme un troisième corps.
Les doigts de Lucas tremblèrent. Infimement. Il resserra, puis relâcha. Vida sa tasse, la posa dans l’évier.
— Je vais travailler.
C’était dimanche. Il se dirigea vers le bureau sans se retourner. Démarche assurée. Trop régulière.
Ayako resta sur le tabouret. Le café avait refroidi. Elle but quand même, par petites gorgées, les yeux sur le lac. Pas un pli. Une surface morte.
Dans le bureau, Lucas ferma la porte. S’assit devant l’écran éteint. Une photo d’Ayako sur le bureau : Genève, l’été, les cheveux dans le vent, un sourire qu’il n’avait pas vu ce matin.
Il écouta le silence qu’il ne pouvait plus traverser.
Dehors, le ciel restait gris. Sans promesse.
Ayako restait sur le tabouret, les deux mains autour de la tasse vide. Un anneau brun au fond de la porcelaine. Par la baie, le lac n’offrait rien : un bleu-gris métallique, sans un pli. Elle fixait l’eau sans la voir.
Le silence du penthouse avait la densité de ce qui n’avait pas été dit. Le réfrigérateur. Le clic du chauffage. Depuis le bureau, aucune porte. Elle avait passé la matinée ainsi, entre la cuisine et le salon, pieds nus, enfermée dans le t-shirt blanc de Lucas. Pas de télévision. Pas les stores de la chambre. La lumière entrait. Elle ne l’accueillait pas.
Son téléphone reposait sur le marbre, écran contre la pierre, à vingt centimètres de sa main. Elle ne l’avait presque pas touché. Une fois, pour l’heure. Puis elle l’avait reposé.
Son pouce trouva le bord, le retourna. 11 h 47. Une confirmation de retouche, rue du Rhône. La météo. Un message vocal de sa mère, qu’elle écouterait plus tard. Son regard glissa.
L’icône Instagram portait un point rouge.
Elle ouvrit.
Dans les messages, un nom qu’elle n’avait pas revu depuis cette nuit. Photo en noir et blanc. Crâne rasé. Épaules. Le haut du visage seulement. Pas de bio. Juste le prénom. Ibra. Elle n’avait pas accepté la demande. Elle ne l’avait pas refusée non plus.
Le message datait de vingt-deux minutes. Trois mots.
Reviens me voir.
Son pouce resta suspendu au-dessus du clavier. Pas de point d’interrogation. Pas de formule. Une instruction. Le ton d’un homme qui n’avait pas demandé la permission, et qui ne la demandait pas davantage maintenant.
Quelque chose se serra dans son ventre. Pas tout à fait la peur. Pas tout à fait l’excitation. Un nœud. Son corps se souvenait. La tension des cuisses sur le tabouret. Les orteils crispés contre le sol froid. La chaleur lui monta aux joues.
Elle verrouilla le téléphone, le reposa face contre le marbre. Puis le reprit. Le message était encore là. Elle verrouilla à nouveau.
Elle tira le t-shirt plus bas sur ses hanches. Le coton sentait encore Lucas — ce boisé qu’elle associait à l’ordre des choses, à la structure de sa vie ici. Ce matin, l’odeur ne faisait plus le même travail. Elle faisait contraste. Lui, contre le souvenir de l’autre : la sueur, la peau chaude, les mains à sa taille.
Elle se leva. Lava la tasse. L’eau frappa la porcelaine, trop nette. Elle resta les mains sur le bord de l’évier. Elles ne tremblaient pas. C’était pire.
Au bout du couloir, la porte du bureau s’ouvrit.
Les pas de Lucas, mesurés. Il apparut, encore torse nu, encore en caleçon gris. La Patek au poignet gauche. Elle nota la montre avant même qu’il parle. Elle signifiait un départ. Une organisation.
Il prit une Pellegrino, but debout, la regarda. L’évier. La tasse. Ses mains encore mouillées.
— Il faut que j’aille à New York.
Elle se détourna de l’évier.
— Quand ?
— Mardi. Peut-être mercredi. Ça dépend du desk. Une semaine. Peut-être un peu plus.
Elle s’essuya les mains sur le t-shirt, revint s’asseoir. Le téléphone était entre eux, face contre le marbre. Elle fit attention à ne pas le regarder.
— Pour le travail ?
— Le fonds relance un dossier. Ils veulent que je sois là. Ce n’est pas négociable.
Elle acquiesça.
— Une semaine entière ?
— Cinq jours de réunions. Deux jours de vol. Peut-être un week-end si ça s’éternise. Tu seras bien ici. Si tu as besoin de quelque chose, tu appelles Marc.
Marc. Le chauffeur. Celui qui n’interrogeait pas. Elle connaissait la procédure. Lucas voyageait souvent. Elle était déjà restée seule entre le dressing et la terrasse. Mais la dernière fois, il n’y avait pas ce message. La dernière fois, son corps ne portait pas encore ce souvenir-là.
Lucas contourna l’îlot. Une main sur son épaule. Pas une caresse. Une prise. Le pouce à la base du cou.
— Ça te fait quelque chose que je parte ?
Le ton du constat.
— Non.
Trop vite. Trop net. Le même calibre que le « je sais » du matin.
Sa main resta. Le pouce appuya un peu plus. Depuis cette nuit, ses gestes avaient changé. Pas la forme. L’intention. Chaque contact durait une seconde de trop.
— Tu es distante depuis ce matin.
— Je suis fatiguée.
— Tu n’as pas dormi.
— Non.
Il retira sa main. Pris le verre, le posa dans l’évier. Le verre cogna la tasse.
— Je pars en fin d’après-midi mardi. Je ferai les réservations ce soir. Pendant que je suis encore là, on devrait peut-être en parler. De l’autre soir.
Ayako ne répondit pas. Son regard descendit vers le téléphone, remonta trop vite. Lucas le vit. Une demi-seconde sur l’appareil. Pas encore de la méfiance. Un réflexe.
— Il n’y a rien à dire.
Il la regarda longuement. La mâchoire se tendit. Puis il acquiesça, lentement, et quitta la cuisine. La porte du bureau se referma.
Elle resta seule.
Le réfrigérateur. Le chauffage. Le lac. Elle regarda le téléphone. Ne le toucha pas tout de suite. Puis elle le prit. Le message était toujours ouvert.
Reviens me voir.
Elle posa l’appareil sur ses genoux, écran vers le haut. La lumière pâlit le texte. Elle l’inclina. Les trois mots revinrent. Ibra n’avait pas posé de question. Il avait donné un ordre.
Le silence du penthouse avait la densité de ce qui n’avait pas été dit. Le réfrigérateur. Le clic du chauffage. Depuis le bureau, aucune porte. Elle avait passé la matinée ainsi, entre la cuisine et le salon, pieds nus, enfermée dans le t-shirt blanc de Lucas. Pas de télévision. Pas les stores de la chambre. La lumière entrait. Elle ne l’accueillait pas.
Son téléphone reposait sur le marbre, écran contre la pierre, à vingt centimètres de sa main. Elle ne l’avait presque pas touché. Une fois, pour l’heure. Puis elle l’avait reposé.
Son pouce trouva le bord, le retourna. 11 h 47. Une confirmation de retouche, rue du Rhône. La météo. Un message vocal de sa mère, qu’elle écouterait plus tard. Son regard glissa.
L’icône Instagram portait un point rouge.
Elle ouvrit.
Dans les messages, un nom qu’elle n’avait pas revu depuis cette nuit. Photo en noir et blanc. Crâne rasé. Épaules. Le haut du visage seulement. Pas de bio. Juste le prénom. Ibra. Elle n’avait pas accepté la demande. Elle ne l’avait pas refusée non plus.
Le message datait de vingt-deux minutes. Trois mots.
Reviens me voir.
Son pouce resta suspendu au-dessus du clavier. Pas de point d’interrogation. Pas de formule. Une instruction. Le ton d’un homme qui n’avait pas demandé la permission, et qui ne la demandait pas davantage maintenant.
Quelque chose se serra dans son ventre. Pas tout à fait la peur. Pas tout à fait l’excitation. Un nœud. Son corps se souvenait. La tension des cuisses sur le tabouret. Les orteils crispés contre le sol froid. La chaleur lui monta aux joues.
Elle verrouilla le téléphone, le reposa face contre le marbre. Puis le reprit. Le message était encore là. Elle verrouilla à nouveau.
Elle tira le t-shirt plus bas sur ses hanches. Le coton sentait encore Lucas — ce boisé qu’elle associait à l’ordre des choses, à la structure de sa vie ici. Ce matin, l’odeur ne faisait plus le même travail. Elle faisait contraste. Lui, contre le souvenir de l’autre : la sueur, la peau chaude, les mains à sa taille.
Elle se leva. Lava la tasse. L’eau frappa la porcelaine, trop nette. Elle resta les mains sur le bord de l’évier. Elles ne tremblaient pas. C’était pire.
Au bout du couloir, la porte du bureau s’ouvrit.
Les pas de Lucas, mesurés. Il apparut, encore torse nu, encore en caleçon gris. La Patek au poignet gauche. Elle nota la montre avant même qu’il parle. Elle signifiait un départ. Une organisation.
Il prit une Pellegrino, but debout, la regarda. L’évier. La tasse. Ses mains encore mouillées.
— Il faut que j’aille à New York.
Elle se détourna de l’évier.
— Quand ?
— Mardi. Peut-être mercredi. Ça dépend du desk. Une semaine. Peut-être un peu plus.
Elle s’essuya les mains sur le t-shirt, revint s’asseoir. Le téléphone était entre eux, face contre le marbre. Elle fit attention à ne pas le regarder.
— Pour le travail ?
— Le fonds relance un dossier. Ils veulent que je sois là. Ce n’est pas négociable.
Elle acquiesça.
— Une semaine entière ?
— Cinq jours de réunions. Deux jours de vol. Peut-être un week-end si ça s’éternise. Tu seras bien ici. Si tu as besoin de quelque chose, tu appelles Marc.
Marc. Le chauffeur. Celui qui n’interrogeait pas. Elle connaissait la procédure. Lucas voyageait souvent. Elle était déjà restée seule entre le dressing et la terrasse. Mais la dernière fois, il n’y avait pas ce message. La dernière fois, son corps ne portait pas encore ce souvenir-là.
Lucas contourna l’îlot. Une main sur son épaule. Pas une caresse. Une prise. Le pouce à la base du cou.
— Ça te fait quelque chose que je parte ?
Le ton du constat.
— Non.
Trop vite. Trop net. Le même calibre que le « je sais » du matin.
Sa main resta. Le pouce appuya un peu plus. Depuis cette nuit, ses gestes avaient changé. Pas la forme. L’intention. Chaque contact durait une seconde de trop.
— Tu es distante depuis ce matin.
— Je suis fatiguée.
— Tu n’as pas dormi.
— Non.
Il retira sa main. Pris le verre, le posa dans l’évier. Le verre cogna la tasse.
— Je pars en fin d’après-midi mardi. Je ferai les réservations ce soir. Pendant que je suis encore là, on devrait peut-être en parler. De l’autre soir.
Ayako ne répondit pas. Son regard descendit vers le téléphone, remonta trop vite. Lucas le vit. Une demi-seconde sur l’appareil. Pas encore de la méfiance. Un réflexe.
— Il n’y a rien à dire.
Il la regarda longuement. La mâchoire se tendit. Puis il acquiesça, lentement, et quitta la cuisine. La porte du bureau se referma.
Elle resta seule.
Le réfrigérateur. Le chauffage. Le lac. Elle regarda le téléphone. Ne le toucha pas tout de suite. Puis elle le prit. Le message était toujours ouvert.
Reviens me voir.
Elle posa l’appareil sur ses genoux, écran vers le haut. La lumière pâlit le texte. Elle l’inclina. Les trois mots revinrent. Ibra n’avait pas posé de question. Il avait donné un ordre.
Lucas partirait mardi. Une semaine. Les pièces trop grandes. Le lac à toutes les fenêtres. Et ce nom : Ibra. Posé là, comme une main qu’on n’a pas écartée.
Elle ferma les yeux. Le souvenir n’eut pas besoin d’être appelé. Ibra était déjà dans ses pensées : la largeur des paumes, la facilité avec laquelle il l’avait déplacée, cette faim sans phrases, sans regard en arrière.
Elle n’écrivit rien. Elle ne ferma pas non plus. Laisser Ibra ouvert, c’était déjà une réponse, et elle le savait.
Elle posa le téléphone face vers le haut, sur le marbre, et regarda le lac.
L’eau, elle, ne répondait pas.
Elle ferma les yeux. Le souvenir n’eut pas besoin d’être appelé. Ibra était déjà dans ses pensées : la largeur des paumes, la facilité avec laquelle il l’avait déplacée, cette faim sans phrases, sans regard en arrière.
Elle n’écrivit rien. Elle ne ferma pas non plus. Laisser Ibra ouvert, c’était déjà une réponse, et elle le savait.
Elle posa le téléphone face vers le haut, sur le marbre, et regarda le lac.
L’eau, elle, ne répondait pas.
Le lac n’avait pas bougé. Ayako était encore sur le tabouret, le t-shirt de Lucas tiré sur ses cuisses. Le téléphone à côté d’elle. Trois mots qu’elle connaissait déjà.
Dans la chambre, un tiroir s’ouvrit. Lucas préparait. Mardi. New York. Une semaine.
Elle prit le téléphone. Ibra. La photo sombre. Puis :
Reviens me voir.
Elle tapa : Qu. Effaça. Lucas part. Effaça. Trop. Ça donnait une fenêtre.
L’eau coula dans la salle de bain. Il se douchait.
Elle écrivit : Je sais pas.
Envoya.
Elle alla à la baie, posa le front contre la vitre. Le verre était froid.
Derrière elle, le téléphone vibra.
Quand il part.
Pas une question. Une lecture. Il avait traduit son hésitation.
Elle tapa : Il part mardi. Effaça le superflu. Resta :
mardi
Elle n’envoya pas tout de suite. Un jour, c’était déjà un rendez-vous. Un rendez-vous, c’était déjà une intention.
L’eau cessa. Elle appuya.
La réponse vint vite.
Je t’envoie l’adresse. Viens l’après-midi.
Dans la chambre, un tiroir s’ouvrit. Lucas préparait. Mardi. New York. Une semaine.
Elle prit le téléphone. Ibra. La photo sombre. Puis :
Reviens me voir.
Elle tapa : Qu. Effaça. Lucas part. Effaça. Trop. Ça donnait une fenêtre.
L’eau coula dans la salle de bain. Il se douchait.
Elle écrivit : Je sais pas.
Envoya.
Elle alla à la baie, posa le front contre la vitre. Le verre était froid.
Derrière elle, le téléphone vibra.
Quand il part.
Pas une question. Une lecture. Il avait traduit son hésitation.
Elle tapa : Il part mardi. Effaça le superflu. Resta :
mardi
Elle n’envoya pas tout de suite. Un jour, c’était déjà un rendez-vous. Un rendez-vous, c’était déjà une intention.
L’eau cessa. Elle appuya.
La réponse vint vite.
Je t’envoie l’adresse. Viens l’après-midi.
Elle ne répondit pas. Inutile. Ibra avait déjà ce qu’il voulait.
Dans la chambre, Lucas pliait ses chemises, une par une, comme si l’ordre du dressing pouvait encore tenir toute la maison. Elle l’entendait. Elle savait qu’il partirait en croyant la laisser à lui.
Elle posa le téléphone écran contre le marbre. Pas par honte. Par calcul. Un écran vers le haut, c’était une trace. Un écran vers le bas, c’était une vie qui pouvait encore avoir l’air intacte.
Dehors, un bateau fendit le lac. L’eau se referma.
Ayako, elle, ne se referma pas.
Dans la chambre, Lucas pliait ses chemises, une par une, comme si l’ordre du dressing pouvait encore tenir toute la maison. Elle l’entendait. Elle savait qu’il partirait en croyant la laisser à lui.
Elle posa le téléphone écran contre le marbre. Pas par honte. Par calcul. Un écran vers le haut, c’était une trace. Un écran vers le bas, c’était une vie qui pouvait encore avoir l’air intacte.
Dehors, un bateau fendit le lac. L’eau se referma.
Ayako, elle, ne se referma pas.
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