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✦ Exorium Le journal intime de Clémence XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Le journal intime de Clémence — Chapitre 8

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Le journal intime de Clémence

Chapitre 8

Vendredi 7 juin
Il était tôt. Encore plus tôt qu'hier. Et la salle d'attente était vide.
‒ Tu devrais les mettre à l'air, tes nénés. Qu'il ait la surprise quand il va se pointer.
‒ Et si c'est quelqu'un d'autre qu'arrive ? Un client.
‒ On l'entendra.
Elle a rapproché sa chaise.
‒ Laisse-toi faire !
Un bouton. Un autre. Tous les boutons. Lentement. Les uns après les autres. Elle a posé sa tête. Ses lèvres. Elle a caressé, du bout des doigts, à l'orée du soutien-gorge. Le premier. Par en dessous. Le deuxième.
‒ Ce que j'aime ça les faire bondir dehors ! Tu peux pas savoir !
La pointe. Qu'elle a délicatement agacée entre ses dents.
‒ Tu aimes ?
Sous son pull elle est allée chercher les siens. Des pas. Ses pas à lui. La porte s'est ouverte. Il a mis un doigt sur ses lèvres et il s'est assis. Juste en face. S'est presque aussitôt relevé. S'est approché, les yeux brillants.
‒ C'est beau. C'est si beau. Vous êtes si belles ! Je voudrais que ça dure toujours.
Mais… des pas dans l'escalier. Son premier client.
Qu'est-ce qu'il avait besoin de se pointer en avance ce con-là !
16 heures
Elle était allongée, sa Laëtitia, au bord de la piscine, dans un petit deux-pièces bleue. Qu'est-ce qu'elle était bien fichue ! Non, mais comment elle était bien fichue. Je l'ai détaillée. De la tête aux pieds. Et des pieds à la tête. Pas un défaut. Rien. Et c'était elle que Pierre… Dans ses bras. Comme il le faisait avec moi. Les mêmes mots. Les mêmes gestes. Je l'ai haïe. Comment je l'ai haïe ! Et je me suis approchée.
‒ Bonjour. Vous me reconnaissez pas ?
‒ Ah, si ! Oui.
‒ Je voulais vous dire. Pour le chien. Ça y est ! Je vous ai trouvé quelqu'un. Faudra juste se mettre d'accord. Pour le jour. Qu'elle vienne le chercher.
« Oui. Je vous appellerai. Et pour votre dossier vous en êtes où ?
J'ai soupiré.
‒ Je sais pas si je vais le faire finalement !
‒ Comment ça vous savez pas ? Mais restez pas debout ! Installez-vous !
J'ai étalé ma serviette, me suis étendue à côté d'elle.
‒ Oui. C'est pas la peine, je crois.
‒ Vous vous êtes disputés ?
‒ Même pas, non ! Mais je me demande… Il y a des trucs qui vont pas. Plein de trucs en fait.
‒ Faut en parler ! Faut en parler avec lui. Le non-dit il y a rien de pire.
‒ J'essaie bien, mais il fuit. Il arrête pas de fuir.
‒ Ah, ça ! C'est les hommes !
Donc sûrement qu'avec elle aussi. C'est plutôt rassurant.
23 heures
Chez ses parents, qui étaient absents, Julien m'a fait faire un tour d'horizon des fenêtres de l'immeuble d'en face.
‒ Là, au troisième, à gauche, t'as un type tout seul, célibataire, la trentaine. Juste à côté, il est marié, le type. Un vieux. Soixante ans. En dessous, c'est deux jeunes. Sûrement des frères.
Il y en avait des quantités. Une bonne douzaine.
‒ Et tout ce monde-là, ça mate ?
‒ Ça essaie en tout cas. Et souvent ça y arrive. Je les vois, le soir, à leurs fenêtres. Ils y passent des heures. En s'efforçant d'être aussi discrets que possible. C'est forcément qu'il y a quelque chose à voir.
‒ Quoi ?
‒ J'en sais rien du tout. Je peux pas voir ce qu'il y a au-dessus de moi, en dessous ou à côté. Mais on peut se douter, non ?
‒ Ça donne envie…
‒ Rien de plus facile.
J'ai demandé.
‒ Je vais dormir où, moi ?
‒ À côté, dans la chambre de mes parents.
‒ Tu sais ce que j'aimerais ?
‒ Non. Dis !
‒ Que tu me photographies pendant que je me déshabille. Tout un tas de photos. Et qu'à la fin, juste au moment où je commencerai à baisser mon string, tu fermes les rideaux.
‒ Les pauvres ! C'est cruel.
‒ Ils auront eu les seins. Et puis ça laisse les fesses, le string. C'est déjà pas si mal. Pour le reste, ils attendront. Ça n'en sera que meilleur quand ils le verront enfin.
‒ Quand ? Ce sera quand ?
‒ Peut-être demain. Ou la semaine prochaine. Ou dans un mois. Ou dans trois. On verra.
Et on l'a fait. On a attendu que la nuit soit tombée et on l'a fait.
J'ai arpenté la chambre de long en large. En m'arrêtant. En prenant la pose. En relevant mes cheveux. En découvrant ma nuque. En l'offrant à l'objectif. J'ai fait la moue. Petite fille boudeuse. Puis effrontée. Puis provocante. Il mitraillait. Il mitraillait tant et plus. J'ai retiré mon haut. Que j'ai négligemment laissé tomber derrière moi. Ma jupe. Et j'ai continué. Dans mes jolis sous-vêtements noirs. De la porte à la fenêtre. Et du lit à l'armoire. Longtemps. J'ai dégrafé le soutien-gorge. Je l'ai enlevé. J'ai offert mes seins. Dans la paume de mes mains. Je me suis cambrée Tournée. Retournée. J'ai glissé mes deux pouces sous l'élastique du string. Fait mine de le descendre. Il est allé tirer le rideau.
Alors j'ai été nue pour lui. Que pour lui. Je me suis étendue sur le lit. Sur le ventre. J'ai entrouvert les jambes. Il photographiait, photographiait sans relâche. Je me suis retournée. Sur le dos. J'ai fermé les yeux. Il a continué. Longtemps.
Ça s'est arrêté. Il s'est agenouillé près de moi, à côté du lit. A chuchoté.
‒ Tu sais ce qu'ils font en face ? Hein ? Tu sais ?
Je savais, oui.
‒ Pour toi. Ils sont avec toi. Avec leurs images de toi. C'est pour toi, leur plaisir. Ils sont heureux.
Et lui aussi. Tout doucement, d'abord. J'ai rouvert les yeux. Je l'ai regardé faire. Vite. Plus vite. C'est venu. Avec son regard sur moi. Et des râles de fond de gorge.
‒ Éteins ! S'il te plaît, éteins !
Et alors… moi aussi.
Samedi 8 juin
Au réveil, il était sur le lit, à mes côtés. Il bandait. Il me regardait et il bandait. J'ai avancé la main. Presque à le toucher. Pour le toucher. Et je me suis ravisée.
‒ Tu peux, hein !
‒  Je sais, oui, mais non ! Une autre fois. Fais-moi voir les photos d'hier soir plutôt, tiens !
Il y en avait plus de deux cents.
‒ Tu vas faire quoi de tout ça ?
Il n'a pas eu le temps de répondre. Son portable a sonné.
‒ Oui. Non. Elle est toujours là. Je sais pas. Je vais essayer. Je vais essayer, mais je te promets rien. Il a raccroché.‒
‒ C'était Damien. Un copain. Qu'habite en face.
‒ Et qu'a profité du spectacle. C'était un coup monté, hein ? Et t'en as convoqué beaucoup comme ça ?
‒ Oh, non ! Non ! Juste lui. Et encore.… je lui ai pas vraiment dit. Je lui juste sous-entendu que peut-être, éventuellement, pendant le week-end…
‒ Ben, voyons !
‒ Maintenant, s'il a fait venir des copains à lui, j'y suis pour rien, moi, hein !
‒ Mouais ! Et il te voulait quoi, là, au téléphone ?
‒ Que j'ouvre le rideau.
‒ Bon, ben vas-y ! Qu'est-ce t'attends ?
Il ne se l'est pas fait répéter deux fois. La lumière a inondé la pièce. Je me suis retournée sur le ventre. J'ai enfoui la tête dans l'oreiller. Comme si, en l'ouvrant, il m'avait tirée du sommeil malgré moi. Comme si je voulais prolonger encore un peu ma nuit. Et je les leur ai laissé, mes fesses. Cinq minutes. Cinq bonnes minutes. Je me suis levée. Direction la salle de bains.
11 heures 30
‒ Faut que j'y aille, Julien. Il va être midi.
‒ Tu peux bien rester ! On mangera ensemble.
‒ Je peux pas. Mes parents m'attendent. Je leur ai promis. Et puis il y a Pierre. Et s'il me trouve pas là quand viendra manger le dessert ! Surtout en ce moment.
‒  Il y a de l'eau dans le gaz ?
‒ Il y a surtout qu'on sait plus trop où on en est tous les deux. Et ça me saoule. Tu peux pas savoir ce que ça me saoule !
23 heures
J'aurais mieux fait de rester avec Julien. Parce qu'il s'est pointé qu'à six heures, Pierre, la gueule enfarinée. Sans même avoir passé un coup de fil pour prévenir. Rien. Et je suis restée coincée là toute l'après-midi à me morfondre dans ma chambre en l'attendant. Ah, pour monter en pression je suis montée en pression. Et il s'est fait recevoir quelque chose de bien. Il venait faire quoi là ? Me tirer en vitesse ? Histoire que j'aie ma dose. Que j'aille pas voir ailleurs. Et aussitôt après il allait encore se sauver comme un voleur ? « Mais non, mais… » Mais quoi ? Il allait rester ? On allait passer la soirée ensemble ? Aller au cinéma ? En boîte ? Il allait dormir avec moi ? On allait se réveiller côte à côte ? C'était ça ? « Non ! Non ! »Il pouvait pas, je savais bien ! Ses examens. Ses sacro-saints examens. Mais quand ce serait fini, il me promettait. Il me jurait. Tu parles ! On s'est engueulés grave. Et il s'est tiré, furieux, en claquant la porte.
Dimanche 9 juin
Je me suis endormie tard. Très tard. Sur le coup de cinq heures du matin. Trop énervée. Trop à cran. J'ai dormi d'un sommeil agité entrecoupé de rêves et de cauchemars. Pierre couchait avec Laëtitia au bord de la piscine. Ils me regardaient tous les deux et ils riaient, mais ils riaient ! Je m'enfuyais. Je courais au hasard dans une ville inconnue. Partout des impasses. Des culs-de-sac qui m'obligeaient à faire demi-tour. Je finissais par rencontrer Julien qui m'entraînait dans une boîte aux rythmes effrénés. J'y dansais seule sur une scène surélevée. Devant lui. Devant ses copains. Devant des dizaines et des dizaines de types massés en dessous. Et je n'avais pas de culotte. Tout le monde le voyait. Tout le monde me regardait. Je m'en fichais. Je dansais. Je dansais de plus belle.
19 heures
Il est arrivé, sur le coup de onze heures, avec un gigantesque bouquet de fleurs.
‒ Excuse-moi ! Je suis nul. Bon, mais allez ! Tu te prépares ? Fais-toi toute belle. Je t'emmène au restaurant.
Le truc hyper classe avec nappes blanches, moulures au plafond et serveurs endimanchés. Et… Et je me suis emmerdée à cent sous de l'heure. Il n'a aucune conversation, Pierre. Enfin, si ! Les droits de succession. Les rentes viagères. Les SARL. J'en ai strictement rien à battre de tout ça. Avant il me parlait de nous. De notre avenir. De là où on irait s'installer. Des enfants qu'on aurait plus tard. Ce sont là des sujets qu'il évite désormais soigneusement. J'ai eu beau lancer quelques ballons d'essai. On ne saurait être plus clair : c'est avec cette Laëtitia qu'il l'envisage désormais son avenir. Pas avec moi. Mais je suis loin d'avoir dit mon dernier mot.
Pour faire bonne mesure, en sortant du restaurant, il a voulu qu'on aille au cinéma. Un film dont on lui avait, paraît-il, chanté les louanges. Le navet de base. J'ai posé ma main sur sa cuisse… Que j'ai caressée. Je suis remontée. Il m'a doucement repoussée. J'ai insisté. Ça a gonflé sous mes doigts. Je me suis introduite dans son pantalon. Il a jeté autour de lui des regards inquiets. A murmuré…
‒ Il y a du monde autour.
‒ On s'en fout !
Et j'ai continué. Je la lui ai sortie.
‒ Non ! Non !
Mais il s'est laissé faire. Il a rejeté la tête en arrière. Raclé des jambes par terre. Les images, sur l'écran, sont devenues plus claires. Très claires. Il n'a rien dit. Il n'a plus protesté. Je l'ai fini.
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