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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Jeux de garçons — Chapitre 14 · La poignante beauté de l’éphémère

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Gagou
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Jeux de garçons

Chapitre 14 · La poignante beauté de l’éphémère

Le parfum sucré du saké et du poisson cru collait encore à ma peau alors que j’appelais Élodie pour la soutenir en entrant dans ma voiture. La honte commença à m’envahir : dix minutes plus tôt, je jouais égoïstement avec Antoine. J’essayais d’effacer ces images quand j’entendis sa voix à l’autre bout du fil.
Elle tremblait. Elle me demanda où j’étais, de me dépêcher : le bébé arrivait. Ses mots se perdaient dans un souffle précipité. L’instant d’avant, je pensais encore à mes mensonges ; l’instant d’après, j’essayais d’insérer maladroitement la clé de démarrage, comme atteint de Parkinson, le cœur cognant à mes tempes.
Dehors, il pleuvait. Les gouttes frappaient la carrosserie, et leur bruit me semblait presque un reproche. Je conduisais vite, trop vite. Je n’aurais jamais dû boire autant de nihonshu. Mon reflet dans le rétroviseur me dégoûtait : j’avais le visage d’un homme lâche, double, d’un mari qui rentrait d’une trahison pour assister à la naissance de son fils. Je me souvenais de l’excitation, du rire d’Antoine, de cette sensualité étrangère à toute pudeur. Et maintenant, la panique me submergeait. J’avais sali quelque chose de pur. Chaque feu rouge grillé me paraissait un aveu de plus.
Je repensais au mensonge du marché de Noël. Après en avoir bien profité avec Toinou et Mathilde, j’avais fait culpabiliser Élodie en lui disant que ce n’était pas sérieux d’y aller vu son état, qu’il fallait penser au bébé. Mais en fait, je ne pensais qu’à moi, qu’à protéger ce mensonge honteux qu’était ma vie sentimentale.
Plongé dans ma crise de conscience, mes yeux se voilèrent. La pluie redoubla, l’asphalte glissant comme du savon noir. Soudain : les pneus hurlèrent. J’avais dérivé sur la voie d’en face. Des phares m’aveuglèrent et les klaxons retentirent. Un camion fonçait droit sur moi, monstrueux, ses essuie-glaces fouettant l’air. Volant vrillé et freins verrouillés, ma voiture partit en aquaplaning. Le capot frôla son flanc à cinq centimètres près. Un souffle d’air, un grondement de moteur, l’odeur de caoutchouc brûlé. Mon cœur s’arrêta net. Trois secondes suspendues. Puis le silence : pluie battante, mon souffle saccadé. Le camion avait freiné en urgence dans un nuage de fumée. Il s’en était fallu de peu pour que je ne connaisse jamais mon bébé.
Pas le temps de réfléchir, il fallait repartir, elle avait besoin de moi. Quand j’arrivai à la maison, Élodie était pliée en deux dans l’entrée, le souffle court. Ses cheveux trempés collaient à ses joues, et pourtant, elle tenta un sourire :
— Tu es là… enfin. Mais qu’est-ce que tu branlais ?
Bonne question. Quelle honte !
Je l’aidai à marcher jusqu’à la voiture. Elle haletait, agrippée à mon bras. Entre deux contractions, elle murmurait des phrases sans suite :
— Dès que c’est fini… je veux des sushis… rien que ça… tu m’entends ? Des vrais, avec du thon cru… j’ai attendu neuf mois pour ça…
— Oui, ma chérie, tu auras tout ce que tu veux.
Sa demande, si anodine soit-elle, me transperça le cœur. Elle rêvait de nigiris, pendant que moi, quelques heures plus tôt, je jouais au nantaimori, couvert des mêmes mets qu’elle désirait tant. La culpabilité me broyait. Sur la route de la maternité, je sentais sa main glisser dans la mienne. Sa chaleur me rassurait autant qu’elle me jugeait. Les phares découpaient la pluie en traînées dorées. Elle gémit, cria, puis retomba dans un silence tendu.
— Respire… ça va aller mon amour.
Au fond de moi, je me répétais que je ne le méritais pas.
🍣 罪の意識が命尽きるまで心を蝕む。🍣
À l’hôpital, tout s’accéléra. Les couloirs trop blancs, les portes battantes, les voix pressées des infirmières. Elles emmenaient Élodie sur un brancard ; je suivais, les mains moites. Elle me chercha du regard, et ce regard me déchira : elle me confiait sa vie sans savoir combien je la trahissais déjà.
La salle d’accouchement brillait d’une lumière froide et brutale. On lui demandait de pousser. Je lui tenais la main, impuissant, priant pour racheter toutes mes fautes dans un simple geste. Sa voix se brisait sous l’effort. Sa voix se brisait sous l’effort. Puis le verdict tomba, implacable.
— Cordon autour du cou ! On stoppe la poussée !
Le monde bascula. Le médecin s’accroupit d’un bond, visage crispé, gants tendus. Bip-bip-bip — le monitoring fœtal passa en alarme stridente, décélération brutale du rythme cardiaque : quatre-vingt-dix… quatre-vingts… soixante-dix. Les infirmières se ruèrent : masque à oxygène sur Élodie, perfusion à cent pour cent, pieds surélevés en urgence.
— Glissez la tête… doucement, ordonna le médecin, doigts glissant sous le scalp fœtal.
Élodie haletait sous le masque, yeux exorbités de panique. Je serrais sa main inerte, sentant ses ongles s’enfoncer dans ma chair. Les secondes s’étiraient : dix… vingt… trente. Le cœur du bébé ralentissait encore, soixante.
— Il est bleu… vite !
Une infirmière injecta un bêta-mimétique. Le médecin tira, précis, inhumain : un glissement humide, un nœud déroulé. Élodie hurla, corps arqué. Bip-bip-bip : soixante-dix… quatre-vingt-dix… cent vingt. Relâchement général. Je sentis mes jambes lâcher. Ce petit être luttait pour vivre, pendant que moi, je me noyais dans mes jeux lubriques et mes mensonges.
Les mains du médecin s’activaient, rapides, sûres. Élodie ne criait plus. Elle n’avait plus de force. Ses paupières battaient. J’avais peur qu’elle s’éteigne à son tour. Alors, au bord du gouffre, je posais ma tête contre la sienne et je murmurais :
— Tiens bon… je t’en supplie, tiens bon. Tu auras tes sushis. Je te le promets. Autant que tu voudras, tous les jours, pour toujours.
C’était ridicule, incohérent et hors de propos, mais je ne savais plus quoi dire tant j’étais désemparé. Et puis, un cri. Minuscule, perçant, miraculeux. Le nouveau-né pleurait, et tout le monde autour se relâcha d’un seul souffle. Le médecin leva la tête :
— Tout va bien. Le cordon était serré, mais il est costaud, votre petit garçon.
— C’est un fils ! dis-je, les larmes aux yeux.
Élodie éclata en sanglots. J’avais la gorge nouée. On posa le bébé sur elle ; elle le serra contre sa poitrine, transfigurée par la fatigue et la joie. À travers ses larmes, elle murmura :
— Bienvenue au monde, Arthur.
Je regardais ce petit visage chiffonné, la peau rosée d’effort. Les yeux encore clos, il respirait faiblement mais sûrement. Et là, tout me revint : Antoine, la chair, la trahison, le doute. Tout s’effaçait soudain, emporté par cette seule inspiration fragile. Je me mis à pleurer. Pas discrètement, pas comme un homme qu’on a éduqué à se retenir. Non, des sanglots lourds, épais, irrépressibles. Je touchai la main d’Élodie, puis la joue d’Arthur, et je compris, dans cette chaleur à peine née, que c’était fini.
Je me jurais, en silence, de rompre avec mes dérives, de mettre un terme à tout ce qui me dévorait. Je pensais à Antoine, à ses lèvres, à la promesse tacite de se revoir dès que possible. Il n’y aurait pas de lendemain pour nous. Plus jamais.
Je voulais redevenir un homme entier, celui dont mon fils pourrait être fier. La lumière blanche se fit plus douce. Une infirmière ajusta la couverture du nouveau-né, nous laissa quelques instants seuls. Élodie ferma les yeux, le front collé contre celui d’Arthur. Je restai immobile, à contempler ce tableau fragile : ma femme, mon fils, et la vie qui battait encore dans leurs souffles mêlés.
Dehors, la pluie avait cessé. Le monde paraissait lavé, comme neuf. Je pensai qu’il n’y avait pas de plus grande rédemption que ce cri d’enfant, pas de pardon plus absolu que celui qu’offrait la vie elle-même. Je touchai à nouveau la main d’Élodie, et elle me sourit.
— Alors, tu n’oublies pas les sushis, hein ?
Je ris à moitié, la voix brisée.
— Promis. Pour toi et pour lui. Les meilleurs sushis du monde.
Nos doigts se mêlèrent au-dessus du petit corps d’Arthur, et dans ce simple contact, tout reprenait sens. La faute, la honte, la peur. Tout s’effaçait pour ne laisser place qu’à cette promesse fragile et lumineuse d’aimer mieux, de vivre droit.
物の哀れ — mono no aware : la poignante beauté de l’éphémère. Comme les pétales et la perfection de la fleur de cerisier, notre passion avec Antoine devrait s’éteindre, laissant un saké doux-amer sur les lèvres du destin.
Car tout ce qui a un début a une fin. Notre histoire avec Antoine arrivait donc à son terme.
À suivre…
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Chapitre 15 · Le Prix de la Cohérence
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Photo de profil de lelivredejeremie
lelivredejeremie
3 novembre 2026 à 11:43
Comme pour les mensonges, chaque concession à son propre plaisir, chaque faiblesse, amènent à la suivante, jusqu'à ce que l'évidence de ce qu'on pourrait perdre nous pète au visage, jusqu'au rappel nécessaire de notre réalité, tant mieux si ça arrive à temps 🙂
Albert hullaert
3 novembre 2026 à 07:44
En attendant la suite

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