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Orientation principale dans ce chapitre
Boss — Chapitre 6
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Boss
Chapitre 6
Le curseur clignote sur l'écran.
Encore.
Et encore.
Il y a quelque chose d'hypnotique dans ce petit triangle blanc qui refuse d'obéir. Le logiciel RH a planté. Pour la troisième fois de la journée.
Je fixe la barre de chargement, le visage impassible, mais à l'intérieur, j'ai envie de hurler.
Tout est lent. Tout est gris. Même la lumière du plafonnier semble peser sur mes épaules.
Derrière moi, Assia parle.
Constamment. J'ai envie de l'emplafonner.
Et encore.
Il y a quelque chose d'hypnotique dans ce petit triangle blanc qui refuse d'obéir. Le logiciel RH a planté. Pour la troisième fois de la journée.
Je fixe la barre de chargement, le visage impassible, mais à l'intérieur, j'ai envie de hurler.
Tout est lent. Tout est gris. Même la lumière du plafonnier semble peser sur mes épaules.
Derrière moi, Assia parle.
Constamment. J'ai envie de l'emplafonner.
— J'te jure, Jonas, tu peux vraiment faire des économies si tu achètes pendant le Black Friday. Regarde cette machine à laver à -70 % ?!
Elle me plaque son écran de téléphone sur la tronche. Je cligne des yeux, lentement.
— Assia. Si je dois entendre le mot “Black Friday” encore une fois, je vais me défenestrer.
Elle éclate de rire.
— Rhô, ce que tu peux être râleur ce matin ! Toi, t'as besoin d'une bonne partie de jambes en l'air pour te détendre, me sermonne-elle de son index manucuré.
Je m'affale dans ma chaise et masse l'arête de mon nez, un peu tendu.
Une partie de jambes en l'air…?
Dehors, la pluie frappe les vitres comme si le ciel voulait rentrer dans le bureau.
C'est déjà fait.
Et malgré tout ce vacarme, le seul bruit que j'entends, c'est celui de sa respiration.
Vaure.
Son image me revient d'un coup.
Sa chemise à moitié déboutonnée.
Son regard quand il m'a plaqué contre lui. Attrapant mes reins, s'enfonçant en moi.
La chaleur de sa peau, cette nuit. La chaleur de son sourire…
La panique au petit matin.
La porte qui s'ouvre.
La femme de ménage.
Nous, emmêlés dans le sofa.
Le réflexe idiot de planquer nos corps nus avec nos fringues éparpillées par terre comme si ça allait suffir à cacher la vérité. Et Vaure, ses cheveux brun en bataille, cherchant sa montre sur le tapis, l'air si confus, si… À poil.
Moi, éclatant de rire entre mon boss affolé, la dame choquée, et le balais serpillière impassible.
Vaure.
Son image me revient d'un coup.
Sa chemise à moitié déboutonnée.
Son regard quand il m'a plaqué contre lui. Attrapant mes reins, s'enfonçant en moi.
La chaleur de sa peau, cette nuit. La chaleur de son sourire…
La panique au petit matin.
La porte qui s'ouvre.
La femme de ménage.
Nous, emmêlés dans le sofa.
Le réflexe idiot de planquer nos corps nus avec nos fringues éparpillées par terre comme si ça allait suffir à cacher la vérité. Et Vaure, ses cheveux brun en bataille, cherchant sa montre sur le tapis, l'air si confus, si… À poil.
Moi, éclatant de rire entre mon boss affolé, la dame choquée, et le balais serpillière impassible.
— Ça n'a rien de drôle, Perreira ! s'est-il énervé.
Perdu pour perdu, je ne cherchais même plus à désavouer ce qu'on avait fait. Je me contentais de me bidonner en le regardant essayer de rattraper la situation.
Mais qu'est-ce que tu veux rattraper, mon gars ? Deux hommes enlacés en tenue d'Adam, avec des traces visqueuses sur le torse, ça veut bien dire ce que ça veut dire !
On s'est rhabillés à la va-vite, un œil sur l'horloge.
On a croisé nos regards dans le miroir des chiottes — ce moment suspendu où j'ai réussi à lui tirer un sourire, nerveux, certes, mais un sourire quand même.
On a mis nos masques.
Direction les bureaux.
9h. Comme si rien n'avait eu lieu.
On a croisé nos regards dans le miroir des chiottes — ce moment suspendu où j'ai réussi à lui tirer un sourire, nerveux, certes, mais un sourire quand même.
On a mis nos masques.
Direction les bureaux.
9h. Comme si rien n'avait eu lieu.
Sauf que moi, je sens encore la trace de sa main sur ma nuque.
— Pourquoi tu souris ? me lance tout à coup Assia. Tu penses à quoi ?
Je reviens à moi, et le visage de ma collègue réapparaît devant mes yeux. Je redescends sur terre.
— À rien, je mens en me levant de ma chaise. Juste au café que tu vas gentiment me payer.
Elle ouvre la bouche avec surprise, puis me râle après tandis que je ris en parcourant l'open space.
Je relève la tête vers son bureau.
Celui de mon boss
Il est là, de l'autre côté de la vitre.
Concentré. Froid.
Il feuillette un dossier, puis plonge ses yeux bleus dans les miens.
Nos regards se croisent une fraction de seconde.
Battements.
Je relève la tête vers son bureau.
Celui de mon boss
Il est là, de l'autre côté de la vitre.
Concentré. Froid.
Il feuillette un dossier, puis plonge ses yeux bleus dans les miens.
Nos regards se croisent une fraction de seconde.
Battements.
...
J'essaie de bosser. Impossible.
Chaque clic de souris me renvoie à la nuit précédente.
À sa voix, grave, tout près de mon oreille. Ses mains veinées et fermes sur mon corps. Ses iris bleus comme les Calanques marseillaises.
Je soupire lourdement.
Chaque clic de souris me renvoie à la nuit précédente.
À sa voix, grave, tout près de mon oreille. Ses mains veinées et fermes sur mon corps. Ses iris bleus comme les Calanques marseillaises.
Je soupire lourdement.
Jonas. Stop. T'as du boulot. Concentre-toi.
Mais je n'y arrive pas. C'est bien simple, je passe le plus clair de ma journée à trouver toutes les occupations possibles pour penser à autre chose.
C'est la troisième fois de l'aprem que je vais aux toilettes, là. Ma vessie est vide de chez vide, et on ne peut pas dire que respirer l'odeur d'urine de mes collègues soit idéal pour “prendre un bon bol d'air frais”. Mais c'est le seul truc que j'ai trouvé pour flemmarder discrètement.
Ça fait dix minutes que j'ai choisi une cabine de chiottes (pas celle du fond, elle ne ferme pas), et que je scrolle sur les réseaux en tâchant de me détendre. Je dis “dix minutes” mais c'est plutôt vingt. Au bruit qui se profile autour de moi, je sais que les WC pour hommes accueillent un flux continu de circulation.
Je me décide à sortir quand j'ai des fourmis dans les deux jambes et la marque de la lunette gravé à vie sur les fesses. Direction le robinet pour se laver les mains, là où… Vaure…? Est déjà en train de savonner les siennes.
C'est la troisième fois de l'aprem que je vais aux toilettes, là. Ma vessie est vide de chez vide, et on ne peut pas dire que respirer l'odeur d'urine de mes collègues soit idéal pour “prendre un bon bol d'air frais”. Mais c'est le seul truc que j'ai trouvé pour flemmarder discrètement.
Ça fait dix minutes que j'ai choisi une cabine de chiottes (pas celle du fond, elle ne ferme pas), et que je scrolle sur les réseaux en tâchant de me détendre. Je dis “dix minutes” mais c'est plutôt vingt. Au bruit qui se profile autour de moi, je sais que les WC pour hommes accueillent un flux continu de circulation.
Je me décide à sortir quand j'ai des fourmis dans les deux jambes et la marque de la lunette gravé à vie sur les fesses. Direction le robinet pour se laver les mains, là où… Vaure…? Est déjà en train de savonner les siennes.
— Cette scène me rappelle un vague souvenir de boîte de nuit, je murmure en m'approchant, sans même le regarder.
Je fais référence à notre soirée d'entreprise, quelques jours plus tôt, où je l'ai pécho sans les chiottes, ivres comme pas possible, et où on a finit par ken dans sa voiture.
Il ne répond pas, agite ses mains pour les sécher un peu. Je le vois sourire en coin. Il a saisi.
Il ne répond pas, agite ses mains pour les sécher un peu. Je le vois sourire en coin. Il a saisi.
— Comment vous allez, Jonas ?
Sa voix est basse, vibrante, et il ne m'observe pas non plus quand il pose sa question. Mais devant mon silence prolongé, il finit par se tourner vers moi et me surplombe de toute sa taille.
— J'ai mal au cul, je ricane. Mais sinon ça va.
— J'ai mal au cul, je ricane. Mais sinon ça va.
Ses sourcils noirs se haussent, d'abord de surprise, puis de remords.
— “Mal” à cause de moi ? s'inquiète-t-il.
Je grimace dans un sourire forcé qui laisse à penser que la question est délicate. Et si la question est délicate, c'est que la réponse se traduit par l'affirmative.
— Jonas…, Je… Pardon, se répand-il en excuses. Je ne voulais pas…
— Ne vous méprenez pas, Axel, je le coupe. J'ai eu beaucoup de plaisir. Et vous avez été très doux. C'est juste… Que je n'ai pas l'habitude d'un tel calibre.
— Ne vous méprenez pas, Axel, je le coupe. J'ai eu beaucoup de plaisir. Et vous avez été très doux. C'est juste… Que je n'ai pas l'habitude d'un tel calibre.
Je me marre, lui, baisse les yeux dans un petit sourire intimidé.
— Vous avez fini votre journée ? je l'interroge en constatant qu'il tient son sac avec lui.
— Oui. Manon, ma fille… Demain c'est l'anniversaire du décès de sa mère. Je passe la fin de semaine avec elle.
— “Un week-end hommage” ? je lance.
Rictus.
— On peut dire ça comme ça, oui, dit-il tout bas.
— Oui. Manon, ma fille… Demain c'est l'anniversaire du décès de sa mère. Je passe la fin de semaine avec elle.
— “Un week-end hommage” ? je lance.
Rictus.
— On peut dire ça comme ça, oui, dit-il tout bas.
Nos yeux s'accrochent. Je dévore ses iris bleus et il se passe une dizaine de secondes très agréables sans qu'on ait besoin de parler.
Puis, ma main se lève. Se pose sur sa joue râpeuse, pas rasée de ce matin. Sa peau chaude qui m'envoie des crépitements dans la paume. Ses paupières se ferment légèrement, signe qu'il accueille mon geste de tendresse avec bienvenue.
Enfin, ça, c'est juste avant qu'une des portes de cabines de chiotte s'ouvre, et que Farouk n'en sorte dans un élégant fond sonore de chasse d'eau pour se planter juste derrière nous.
Et alors, je me fais la réflexion suivante : étant donné que tous les WC sont libres, pourquoi a-t-il choisi d'utiliser celui dont la porte reste entrouverte ? Pourquoi sommes-nous, le boss et moi, partis du principe que nous étions seuls ? Et pourquoi mon collègue est en train de tirer une tronche de six pieds de long ?
Parce qu'il nous a entendu, évidemment.
Dans un froid “Bonjour, monsieur le directeur Vaure”, Farouk se lave les mains et sort sans même nous adresser un regard.
Si Axel est livide, moi, je me dis qu'au moins, la femme de ménage ne sera plus seule à partager ce lourd secret.
Puis, ma main se lève. Se pose sur sa joue râpeuse, pas rasée de ce matin. Sa peau chaude qui m'envoie des crépitements dans la paume. Ses paupières se ferment légèrement, signe qu'il accueille mon geste de tendresse avec bienvenue.
Enfin, ça, c'est juste avant qu'une des portes de cabines de chiotte s'ouvre, et que Farouk n'en sorte dans un élégant fond sonore de chasse d'eau pour se planter juste derrière nous.
Et alors, je me fais la réflexion suivante : étant donné que tous les WC sont libres, pourquoi a-t-il choisi d'utiliser celui dont la porte reste entrouverte ? Pourquoi sommes-nous, le boss et moi, partis du principe que nous étions seuls ? Et pourquoi mon collègue est en train de tirer une tronche de six pieds de long ?
Parce qu'il nous a entendu, évidemment.
Dans un froid “Bonjour, monsieur le directeur Vaure”, Farouk se lave les mains et sort sans même nous adresser un regard.
Si Axel est livide, moi, je me dis qu'au moins, la femme de ménage ne sera plus seule à partager ce lourd secret.
...
Le week-end me tombe dessus comme une enclume. Dehors, il pleut encore. Le ciel ressemble à de la cendre diluée.
Je n'ai envie de voir personne.
L'appartement sent le café froid et la lessive.
Enfin… À part “Vaure”...
Je tourne en rond.
Mon ex est là, affalé sur le canapé, en boxer, à mater la télé en se grattant ouvertement les couilles. On s'évite depuis des semaines, depuis qu'il m'a plaqué, mais on habite encore ensemble. Malheureusement.
Mon ex est là, affalé sur le canapé, en boxer, à mater la télé en se grattant ouvertement les couilles. On s'évite depuis des semaines, depuis qu'il m'a plaqué, mais on habite encore ensemble. Malheureusement.
J'en peux plus de sa sale gueule.
La journée s'égrène à une lenteur abominable. J'aime mon travail, mais pas au point de le préférer à mon temps libre. Mais là, je sais pas. Il faut dire ce qui est : j'ai envie d'y retourner juste pour revoir ses deux yeux azurés.
Je me dis que dormir me fera passer les heures plus vite. Le soir, je me couche tôt.
Enfin… j'essaie.
Mon cerveau, lui, n'est pas dans le même mood.
Il repense à tout : au canapé du bureau, à sa chaleur, à son sourire. Je revois ses mains — les mêmes qui signent des contrats froidement — trembler sur moi.
Je ferme les yeux, serre les draps, soupire.
Je me dis que dormir me fera passer les heures plus vite. Le soir, je me couche tôt.
Enfin… j'essaie.
Mon cerveau, lui, n'est pas dans le même mood.
Il repense à tout : au canapé du bureau, à sa chaleur, à son sourire. Je revois ses mains — les mêmes qui signent des contrats froidement — trembler sur moi.
Je ferme les yeux, serre les draps, soupire.
Ça ne sert à rien.
Le manque est physique.
Et j'ai besoin de régler ce souci.
Le manque est physique.
Et j'ai besoin de régler ce souci.
Ma main se glisse sous mon boxer. Ma queue est dure, et super mouillée. Je commence à la branler lentement. À chaque remontée de poignet, mon precum trempe ma couette. Ma bite suinte et gémit toute seule “Axel !” si fort que j'ai l'impression de l'entendre hurler dans la chambre.
Je vais venir vite. Je suis franchement pas loin.
Mon corps se tend, fibre musculaire par fibre musculaire.
Et…
Et…
— OUI ! OUI ! PUTAIN ! OUIIII !
Gros vide.
Non, celui qui est en train de lâcher la sauce, ce n'est pas moi. C'est un inconnu, sur le canapé du salon, que mon ex prend visiblement beaucoup plaisir à se farcir.
Non, celui qui est en train de lâcher la sauce, ce n'est pas moi. C'est un inconnu, sur le canapé du salon, que mon ex prend visiblement beaucoup plaisir à se farcir.
Sérieux…? Ici…? Dans NOTRE appart…?
Mes dents se mettent à grincer.
Je reste figé dans le noir, la poitrine en miettes, les oreilles en feu, et ma main plaquée à une bite plus molle qu'une limace après une cuite au rhum.
Je reste figé dans le noir, la poitrine en miettes, les oreilles en feu, et ma main plaquée à une bite plus molle qu'une limace après une cuite au rhum.
Ce weekend va être merdique jusqu'au bout.
...
Lundi.
Retour au bureau.
Pas de Vaure.
Pas de Vaure.
Ah…?
Huit dossiers à traiter, cinq cafés, trois pauses pipi.
Je discute un peu avec Assia — au bureau d'à côté. Mais ça me gonfle vite. Elle râle contre la pluie, ses cheveux qui frisent avec l'humidité, et les clients relous qui lui demandent juste de faire son travail.
J'écoute à moitié. Je scanne la pièce, à la recherche d'un costume bleu marine et d'un regard océanique.
Rien.
Lundi à chier.
Je discute un peu avec Assia — au bureau d'à côté. Mais ça me gonfle vite. Elle râle contre la pluie, ses cheveux qui frisent avec l'humidité, et les clients relous qui lui demandent juste de faire son travail.
J'écoute à moitié. Je scanne la pièce, à la recherche d'un costume bleu marine et d'un regard océanique.
Rien.
Lundi à chier.
Mardi.
Rien non plus. Vaure est aux abonnés absents de toute la journée. Toujours impossible de savoir où il est.
Mercredi.
Il passe deux secondes dans le couloir, l'air pressé, concentré, pas même un regard.
Je me sens invisible.
Je me sens invisible.
Peut-être qu'il regrette. Peut-être qu'il veut oublier.
Impossible.
Peut-être que je n'étais qu'un exutoire, une parenthèse.
Pas avec l'intensité de ce qu'on a vécu ?!
Impossible.
Peut-être que je n'étais qu'un exutoire, une parenthèse.
Pas avec l'intensité de ce qu'on a vécu ?!
On se croise une seconde vers l'ascenseur. Un “bonjour” poli, bref, avorté, qui ne laisse place à aucune autre conversation.
Rien d'autre que le professionnel.
Quand son bureau se vide en début de soirée, c'est mon cœur qui accueille l'immensité du désert.
Rien d'autre que le professionnel.
Quand son bureau se vide en début de soirée, c'est mon cœur qui accueille l'immensité du désert.
Jeudi.
CLAC !
En cette fin de matinée, on vient de déposer d'une façon sèche et intrusive un dossier sur mon bureau, me forçant, dans un bon de surprise, à détacher les yeux de mon écran.
Personne ne parle.
Pas besoin.
Je reconnais son odeur.
Son parfum me vrille les nerfs.
Pas besoin.
Je reconnais son odeur.
Son parfum me vrille les nerfs.
— Oui, monsieur le directeur ? je lance sans même le regarder. Que puis-je pour vous rendre service ?
Un zèle de politesse pour un zèle de colère. Est-ce du sarcasme ? Pas vraiment. Je remets simplement la distance professionnelle qu'il m'a imposée depuis le début de la semaine.
— Jonas, le dossier “Castand”, vous pouvez tout revoir, avant demain ?
Je relève la tête. Cette fois, mes yeux percutent ses siens.
À quoi tu joues, Axel…? Tu veux reprendre ta place de “boss” en me donnant des ordres abusés ? Ou jouant de ton autorité contre moi pour me “mater”, pauvre petit rebel que je suis…? Il n'y a pas besoin, tu sais. Ton silence a suffit à me faire comprendre ce que j'étais pour toi.
— C'est pas à moi que c'était confié, j'observe. Reprendre le travail d'un autre, c'est la meilleure façon de faire des erreurs.
— Justement, insiste Vaure. Celui qui devait le faire a bâclé. Le client nous menace de recours juridiques si la situation ne se régule pas. J'ai d'autres problèmes à gérer, Jonas, j'ai besoin de quelqu'un de compétent pour traiter ce problème.
— Justement, insiste Vaure. Celui qui devait le faire a bâclé. Le client nous menace de recours juridiques si la situation ne se régule pas. J'ai d'autres problèmes à gérer, Jonas, j'ai besoin de quelqu'un de compétent pour traiter ce problème.
”Compétent”…?
Je cligne des yeux plusieurs fois, sans comprendre.
Vaure n'est pas en train de chercher à me rabaisser…? Il veut simplement…
— Votre aide, Jonas. C'est tout ce que je vous demande.
Un silence passe, pendant lequel il me supplie avec ses yeux bleus renversants, où je le fusille du regard, et où Assia, au bureau d'à côté, nous fixe alternativement l'un, puis l'autre.
— Je… J'ai déjà une montagne de boulot, je marmonne.
— Laissez-tomber les autres. Celui-ci est prioritaire.
— Laissez-tomber les autres. Celui-ci est prioritaire.
Je feuillette le pavé. Cinq ans de bilans comptables. Ça en fait, de la paperasse. La quantité de documents est astronomique. De quoi donner la nausée. J'en ai pour deux jours, voire plus.
— “Avant demain”, ça va être tendu, j'admets. Je ne finirai pas à 17h.
— Chaque heure supplémentaire est payée au triple. Ça vous va ?
— Quoi, vous avez un tel pouvoir ? je le nargue.
— Chaque heure supplémentaire est payée au triple. Ça vous va ?
— Quoi, vous avez un tel pouvoir ? je le nargue.
Long silence.
— Mouais ok, je capitule. Je m'y mets.
— Merci, Jonas.
— Merci, Jonas.
Vaure me tend le dossier, serre brièvement mon épaule pour m'encourager et retourne dans son bureau sous les yeux ronds d'Assia.
...
Je passe ma journée à tout refaire, sans aucune pause. Les heures ankylosent mon corps, rigidifient ma nuque, me foutent des crampes.
Je vois mes collègues quitter la boîte un à un. l'open space se vide, et même Assia, qui a essayé de rester un peu par soutien, se voit contrainte d'aller chercher ses gosses au périscolaire.
Il est 21h07.
J'ai les yeux explosés. Mal partout. Envie de pisser comme pas possible. Faim.
Mais le dossier est nickel.
Vaure est encore là. Je le sais, son bureau vitré est allumé pleins phares.
Je me lève. Le rejoint. Toque à la porte.
Chemise impeccable, yeux bleus fixés sur l'ordi, le téléphone contre l'oreille, il bosse tout en étant en communication.
Mais il m'entend. Alors il me fait signe d'avancer, se redresse de son siège et conclut son appel.
Je vois mes collègues quitter la boîte un à un. l'open space se vide, et même Assia, qui a essayé de rester un peu par soutien, se voit contrainte d'aller chercher ses gosses au périscolaire.
Il est 21h07.
J'ai les yeux explosés. Mal partout. Envie de pisser comme pas possible. Faim.
Mais le dossier est nickel.
Vaure est encore là. Je le sais, son bureau vitré est allumé pleins phares.
Je me lève. Le rejoint. Toque à la porte.
Chemise impeccable, yeux bleus fixés sur l'ordi, le téléphone contre l'oreille, il bosse tout en étant en communication.
Mais il m'entend. Alors il me fait signe d'avancer, se redresse de son siège et conclut son appel.
— Oui. Oui, très bien. Le document vous sera transmis avant demain soir. Bien sûr. Je vous en prie. Aurevoir, monsieur Piagali.
Il raccroche. Soupire, les mains en appui sur son bureau, supportant tout le poids de corps voûté par l'accablement.
— Donnez-moi une bonne nouvelle, Jonas, m'importe-t-il dans un marmonnement.
— J'ai fini.
— J'ai fini.
Il relève la tête d'un coup et m'observe, moi, puis le dossier que je tiens, d'un air interloqué.
— “Fini”... “Fini”...? s'assure-t-il.
— Je ne connais pas d'autre définition à “fini” que “fini”, je rétorque avec sarcasme.
— Je ne connais pas d'autre définition à “fini” que “fini”, je rétorque avec sarcasme.
Il rit tout bas, puis acquiesce.
Je m'approche, pose le dossier devant lui et, me plaçant à ses côtés, je lui détaille mon taf.
Je m'approche, pose le dossier devant lui et, me plaçant à ses côtés, je lui détaille mon taf.
— Les bilans comptables annuels à l'intercalaire rouge, je lance en lui faisant la démonstration.
— D'accord.
— Les partenaires et bénéficiaires, en bleu et vert.
— Ok.
— Les comptes-rendus de chaque rendez-vous. Orange.
— Bien.
— Les demandes clients, devis, factures en violet.
— Je peux vous embrasser…?
— Les contacts directs en blanc : noms et coordonnées des… Pardon…?
— D'accord.
— Les partenaires et bénéficiaires, en bleu et vert.
— Ok.
— Les comptes-rendus de chaque rendez-vous. Orange.
— Bien.
— Les demandes clients, devis, factures en violet.
— Je peux vous embrasser…?
— Les contacts directs en blanc : noms et coordonnées des… Pardon…?
Je redresse la tête pour croiser son regard, déjà baissé sur moi. Un silence passe, et il répète dans un murmure :
— Je peux vous embrasser…?
Je me mets à fixer le dossier, puis lui, puis le dossier, pour essayer de saisir à quel moment ce qu'il dit pourrait avoir un rapport avec ce que moi, je lui dis.
Finalement, je me mets à scruter le sol quand tout le début de semaine me revient en tête.
Finalement, je me mets à scruter le sol quand tout le début de semaine me revient en tête.
— Vous êtes content de me voir parce que je vous rends service ? je lui bazarde.
À son mutisme prolongé, je comprends qu'il sait à quoi je fais référence, à savoir : son absence totale de considération à mon égard.
— Vous me rendez service, Jonas, admet-il calmement, droit dans les yeux. Mais je n'ai pas envie de vous embrasser pour ça. J'ai envie de vous embrasser parce que j'ai envie de vous embrasser.
— Encore une définition de mots assez logique, je le rembarre froidement.
— Encore une définition de mots assez logique, je le rembarre froidement.
Il m'observe. Il ne dit rien. C'est moi qui craque le premier.
— Vous m'avez ignoré de toute la semaine, je clame.
— C'est vrai, avoue-t-il en laissant son épaule toucher la mienne.
— Vous m'avez à peine regardé. À peine calculé.
— C'est aussi vrai, avoue-t-il en se tournant face à moi.
— Et vous ne m'avez adressé la parole que pour me donner du travail.
— Huhum, acquiesce-t-il encore en refermant ses grands bras autour de ma taille.
— Et vous…
— C'est vrai, avoue-t-il en laissant son épaule toucher la mienne.
— Vous m'avez à peine regardé. À peine calculé.
— C'est aussi vrai, avoue-t-il en se tournant face à moi.
— Et vous ne m'avez adressé la parole que pour me donner du travail.
— Huhum, acquiesce-t-il encore en refermant ses grands bras autour de ma taille.
— Et vous…
Bisou. Ses lèvres chaudes qui claquent dans mon cou.
— Vous…
Bisou. Qui remonte le long de ma gorge.
— V…
Bisou. Qui se pose sur ma pomme d'Adam.
— Mmf…
Bisou. Le long de ma mâchoire.
De mon menton.
De ma…
De mon menton.
De ma…
— Merde. Tu saoules, je gémis.
Avant de coller ma bouche à la sienne et de l'emballer violemment. Rapidement, ses mains se pressent sur mon corps, et les miennes sur le sien. Nos langues bouillantes se trouvent et s'enroulent profondément au moment où nos doigts s'activent entre nos jambes. À défaire nos ceintures, ou tout simplement, à nous caresser à travers nos futals.
Il est évident que si mon boss crame clairement mon érection, avec la queue qu'il se tape, je ne peux que constater la sienne. On bande, tous les deux. Et savoir ça ne fait que considérablement monter la sauce entre nous.
Il fait chaud, dans le bureau. Un air quasi caniculaire qui s'amuse à opacifier les vitres d'une épaisse buée. Je transpire de fou. Et ma sueur se mélange à sa sienne simplement lorsque nos torses se touchent.
Et pourquoi nos torses se touchent ? Eh bien parce que Vaure m'a attrapé sous les cuisses, m'a soulevé sans aucune difficulté et m'a assis sur son bureau. D'une main, il m'écarte les genoux et permet à ses hanches de s'enfoncer dans les miennes.
Il est évident que si mon boss crame clairement mon érection, avec la queue qu'il se tape, je ne peux que constater la sienne. On bande, tous les deux. Et savoir ça ne fait que considérablement monter la sauce entre nous.
Il fait chaud, dans le bureau. Un air quasi caniculaire qui s'amuse à opacifier les vitres d'une épaisse buée. Je transpire de fou. Et ma sueur se mélange à sa sienne simplement lorsque nos torses se touchent.
Et pourquoi nos torses se touchent ? Eh bien parce que Vaure m'a attrapé sous les cuisses, m'a soulevé sans aucune difficulté et m'a assis sur son bureau. D'une main, il m'écarte les genoux et permet à ses hanches de s'enfoncer dans les miennes.
— Continue, je maugrée en savourant sa langue glissante contre ma clavicule. Et je vais vouloir que tu me tringles sur place…
Il ricane, ce connard, et vient m'étreindre tendrement. Et avec force.
Évidemment, qu'on pourrait ken ici. Mais c'est prendre des risques inconsidérés. La boîte n'est pas encore vide de tous ses salariés. Alors se calmer, c'est peut-être la meilleure chose à faire.
Évidemment, qu'on pourrait ken ici. Mais c'est prendre des risques inconsidérés. La boîte n'est pas encore vide de tous ses salariés. Alors se calmer, c'est peut-être la meilleure chose à faire.
— Je suis désolé pour cette semaine, me chuchote-t-il alors qu'il me serre encore dans ses bras. Ce n'était pas du tout contre vous, Jonas. J'ai le fisc sur le dos, à cause de l'ancien directeur. Beaucoup de dossiers de vos collègues sont à revoir et à mettre aux normes parce que mon prédécesseur n'a pas jugé bon d'imposer une certaine rigueur de travail. La minutie n'est pourtant pas faite pour embêter les salariés, mais pour protéger les intérêts de la boîte. Ils ne se rendent pas compte qu'une simple erreur de chiffre peut tous nous mettre au chômage.
— Ouais…, Bah… C'est pas à moi qu'il faut le dire…
— Ouais…, Bah… C'est pas à moi qu'il faut le dire…
Il se tait, m'observe, se rend compte qu'il s'étale peut-être un peu trop et… Me chope les joues pour me basculer la tête et me coller un baiser sur le front.
— Je sais. Je n'ai absolument rien à vous rapprocher, à vous.
— “Absolument rien”...?
— Absolument rien. Et croyez-moi : si je n'avais pas tout ça à régler en ce moment, j'aurais été plus présent. Pour… “Nous”, je veux dire. Pas juste en tant que directeur.
— En tant que “quoi”, alors…?
— “Absolument rien”...?
— Absolument rien. Et croyez-moi : si je n'avais pas tout ça à régler en ce moment, j'aurais été plus présent. Pour… “Nous”, je veux dire. Pas juste en tant que directeur.
— En tant que “quoi”, alors…?
Un silence passe. Je hausse les épaules.
— J'ai cru que c'était à cause de Farouk. Et de la femme de ménage, j'explique. Que vous aviez pris peur.
Il opine discrètement.
— Madame Boussède restera discrète . Elle ne parle pas à grand-monde ici, confirme-t-il. Quant à monsieur Saïd, il s'efforcera de garder tout ça pour lui s'il ne veut pas se prendre un blâme.
— Un blâme…? je ricane. Rien que ça ?
— Je déteste qu'on colporte des rumeurs.
— Même si elles sont fondées…?
— Un blâme…? je ricane. Rien que ça ?
— Je déteste qu'on colporte des rumeurs.
— Même si elles sont fondées…?
On se sourit sans un mot.
Vaure est toujours entre mes cuisses et l'excitation animale qui nous animait quelques minutes plus tôt a cédé sa place à la tendresse. Les susurrements, les regards doux, ma main, qui caresse la sienne…
On regarde nos doigts s'enlacer, quand mon boss pense tout haut :
Vaure est toujours entre mes cuisses et l'excitation animale qui nous animait quelques minutes plus tôt a cédé sa place à la tendresse. Les susurrements, les regards doux, ma main, qui caresse la sienne…
On regarde nos doigts s'enlacer, quand mon boss pense tout haut :
— Je me demandais si vous étiez libre ce soir.
—”Libre”... À partir de maintenant…?
—”Libre”... À partir de maintenant…?
Il donne un coup d'œil rapide à l'horloge de son ordinateur resté allumé.
21h43.
Sourire ennuyé.
21h43.
Sourire ennuyé.
— Oui, je suis libre, je le rassure rapidement. Pour…? Quoi, d'ailleurs…?
— Vous inviter au restaurant…? propose-t-il.
— Vous inviter au restaurant…? propose-t-il.
Ma bouche s'ouvre mais aucun mot ne sort. Je suis surpris mais surtout touché par l'invitation. Je veux dire… Prévoir un repas, c'est cool. Mais plus que ça : j'ai l'impression de passer un cap dans la relation.
— Ouais, carrément, je finis par lâcher en l'attrapant par la nuque pour le rapprocher de moi.
Je l'embrasse. Tout. Doucement. Pendant. De. Longues. Et. Magnifiques. Secondes.
— Et ensuite…? je lui envoie dans un sourire provocateur. On baise dans ta voiture ou on se réserve une chambre…?
Là, je suis définitivement pris au dépourvu quand il se met à sourire de toutes ses dents. Un rictus attractif au possible, qui me fait fondre comme du beurre dans une poêle.
Mais… Son expression ne traduit pas l'étonnement. Elle traduit… Une sorte de satisfaction.
Mais… Son expression ne traduit pas l'étonnement. Elle traduit… Une sorte de satisfaction.
— Quoi…? je l'interroge sans comprendre.
— La chambre d'hôtel est déjà réservée, Jonas, me finit-il dans le plus grand des calmes. Il n'y a plus qu'à profiter de notre temps.
— La chambre d'hôtel est déjà réservée, Jonas, me finit-il dans le plus grand des calmes. Il n'y a plus qu'à profiter de notre temps.
Quoi…?
Wah.
Ben là, il m'a scotché sur place.
Wah.
Ben là, il m'a scotché sur place.
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