Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La Chrysalide Noire — Chapitre 1 · Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La Chrysalide Noire
Chapitre 1 · Chapitre 1
La Chrysalide Noire –
Episode 1
Le premier signal que ce lundi allait être une véritable ode à la débauche , ou du moins une prolongation savoureuse du week-end ne fut pas le réveil-matin (que j'avais d'ailleurs jeté contre le mur en 2014), mais l'odeur de la campagne lyonnaise qui s'engouffrait par la fenêtre. Un mélange de terre grasse, de rosée matinale et de ce parfum de péché qui reste accroché aux draps après qu'une tornade rousse y a passé quarante-huit heures.
Le second signal, c'était le grand vide à ma gauche. Une absence qui gueulait plus fort qu'un adjudant de gendarmerie. Soline était partie. Ma Soline. Une agente de la DGSS qui porte son nom comme une promesse d'incendie : Ardent. Elle s'était tirée pour Nantes sous un prétexte de teinture capillaire, ce qui, dans notre jargon de baiseurs d'élite, signifie simplement qu'elle ne voulait pas finir par m'apporter les croissants au lit tous les dimanches. L'indépendance, c'est son truc. Et moi, Fabrice Belmonte, trente-huit berges, une gueule de métèque burinée par les missions et une cicatrice à la mâchoire qui me donne l'air d'avoir survécu à un tigre de Tasmanie, je ne suis pas du genre à pleurer sur un oreiller vide.
Je m'étirai, sentant mes muscles craquer comme des branches mortes. C'est le prix à payer quand on a passé deux jours à explorer des positions que le Kama-Sutra a censurées par pudeur.
—Tu t'ennuies déjà, gros lâche ? lançais-je au pied de mon lit.
La réponse ne se fit pas attendre. Whisky, mon Maine Coon de huit kilos, une véritable bête de foire avec une fourrure qui ressemble à ma barbe et un regard bleu acier qui te sonde jusqu'au fond du slip me fixa avec un mépris souverain. Ce chat, c'est mon procureur personnel. Il sait quand j'ai trop picolé, quand j'ai trop menti, et surtout quand j'ai encore la queue qui frétille au souvenir d'une rousse incendiaire.
Je m'extirpai des draps, laissant ma nudité prendre l'air. Dans la glace, le constat était sans appel : j'étais prêt. Prêt à quoi ? Je ne le savais pas encore, mais le destin a horreur des mecs qui se reposent. Je pris la direction de la salle de bain pour une douche qui, entre nous, aurait dû être une simple formalité hygiénique. Mais quand on a encore le parfum de Soline incrusté dans les pores, la douche devient un exercice de nostalgie sensorielle.
Je me laissai martyriser par l'eau bouillante, les mains sur le carrelage, laissant la vapeur brouiller mon cerveau. Je repensais à la veille, à ce moment où elle m'avait chevauché avec une telle fureur que j'avais cru que le plancher de mon pavillon d'Oullins allait finir par nous lâcher. Elle avait cette façon de me regarder, les yeux injectés de désir, en me demandant si la DGSS payait les primes de risque pour ce genre d'interrogatoire.
Je ressortis de là, m'enveloppai dans un peignoir en coton qui n'attendait qu'une excuse pour glisser, et m'affalai sur le cuir du canapé avec mon café. Whisky ne perdit pas une seconde. Il bondit sur mes genoux, s'installant comme une enclume ronronnante.
C'est là que mon téléphone sécurisé se mit à brailler son thème martial.
— Belmonte ! grogna Mirabeau dans le combiné.
—Chef ?
—J'ai un gros souci de papier peint, mon petit gars. Le style est à chier, et je crois que les bestioles sont de sortie. Des chrysalides noires, Belmonte. Des chrysalides qui éclosent.
Le message était clair. Derrière la déco, c'était le code rouge. La "Chrysalide Noire". Un truc qui pue la trahison et le sang frais.
— Un atelier de luxe ? demandais je, sentant déjà l'adrénaline remplacer le café dans mes veines.
—Sept heures pile demain sur une chaise. Et Belmonte… vérifiez votre inventaire. On ne veut pas de fuites après vos week-ends… sportifs.
Le vieux savait. Il savait toujours. Je raccrochai, l'œil déjà sur le portillon du jardin. Il me fallait une nounou pour Whisky, et j'avais justement une créance à récupérer chez la voisine. Sophie. Une blonde dont le mari, Gérald, était plus souvent à Clermont qu'à la maison, et qui possédait une piscine ainsi qu'un tempérament qui aurait fait bouillir l'Antarctique.
Je balançai mon peignoir en soie sur mes épaules, sans rien dessous pour entraver la circulation. Faut que ça respire, ces bêtes-là. Whisky me jeta un regard qui en disait long sur son opinion concernant ma morale élastique, mais je n'avais pas le temps de discuter éthique avec un sac à puces. Le portillon entre nos deux propriétés, je le connais par cœur. Il grince d'un ton complice, comme un vieux pote qui te tient la chandelle.
Chez Sophie, le jardin est une invitation au péché. Ça sent le chlore chaud, le gazon fraîchement tondu et ce parfum de crème solaire à la noix de coco qui te rappelle que la fidélité est une invention de bijoutier.
Elle était là. Étendue sur son transat, la crinière blonde en bataille, une main négligemment posée sur son ventre plat, l'autre tenant un verre de rosé qui perlait de condensation. Elle portait un peignoir de bain blanc, d'une éponge si fine qu'on devinait sans effort le relief de ses tétons, pointés vers le zénith comme des radars cherchant une cible.
— Belmonte, soupira-t-elle sans même ouvrir ses paupières d'azur. Vous avez l'air d'avoir une urgence entre les mains.
— Une urgence de première catégorie, Sophie. Je monte à la capitale pour une affaire de papier peint, et mon Maine Coon a besoin d'une nounou de luxe. Mais avant d'aller au turbin, je me disais qu'une petite inspection technique s'imposait.
Elle se redressa d'un bloc, le peignoir s'ouvrant avec une impudeur magnifique. Sous le coton, c'était le festival de Cannes. Une peau dorée, des courbes à damner un saint et cette toison blonde, parfaitement taillée, qui semblait me faire un clin d'œil. Je laissai tomber mon propre drapé. Ma "colonne de bureau" était déjà au garde-à-vous, fière et impatiente, prête à tamponner n'importe quel formulaire administratif.
— Gérald est à Clermont jusqu'à ce soir, murmura-t-elle en venant se coller contre moi. Et j'ai horreur de gaspiller l'énergie solaire.
On n'a pas fait de manières. Je l'ai empoignée par la croupe, mes doigts s'enfonçant dans sa chair ferme alors que je la hissais sur le rebord de pierre de la piscine. Ses jambes se sont enroulées autour de mes hanches comme des serpents affamés.
On a commencé par le « Tabouret Scandinave », une position qui demande de la poigne et une sacrée descente de reins. Je m'engouffrai en elle avec une fureur de légionnaire en permission. C'était du brutal, du vrai. On entendait le claquement de nos peaux, un rythme de tambourin qui faisait déborder l'eau du bassin. Elle avait la tête rejetée en arrière, ses gémissements se transformant en cris rauques qui devaient faire trembler les ficus du voisinage.
Mais Sophie, c'est une gourmande. Elle en redemandait, les yeux révulsés par le plaisir.
— Plus fort, Fabrice ! Arrache-moi les tripes !
Alors, j'ai passé la seconde. On a pivoté pour la « Tyrolienne Égyptienne ». Je l'ai soulevée de terre, ses pieds ne touchant plus le sol, suspendue à mon cou pendant que je continuais mon forage intensif. J'étais son moteur, elle était ma carrosserie. On était un seul bloc de muscles et de sueur, une machine à vapeur lancée à pleine vitesse. Je sentais son humidité m'inonder, son sexe qui pulsait autour du mien comme un cœur en plein infarctus.
Pour le bouquet final, je l'ai retournée face contre le carrelage brûlant, les fesses offertes au soleil. C'est là que j'ai sorti le « Tambourin Thaïlandais ». Une cadence infernale, un pilonnage de précision qui lui a fait mordre le rebord de sa serviette. J'étais comme un possédé, les yeux fixés sur ses reins qui s'agitaient sous l'effort.
L'explosion nous a cueillis comme deux grenades dégoupillées. Un orgasme si violent que j'ai cru que j'allais finir au fond de la piscine avec les filtres. On est restés là, haletants, collés par la sueur et le foutre, pendant que le soleil lyonnais continuait de nous darder de ses rayons complices.
Dix minutes plus tard, je repassais le portillon. J'avais les bourses légères et l'esprit d'un conquérant.
— Voilà pour l'acompte, murmurais-je en direction de ma propre maison.
Il était 10h15. J'avais une douche à prendre, une valise à boucler, et un TGV à ne pas rater. La mission commençait, et j'avais déjà vidé mon chargeur. Maintenant, il ne me restait plus qu'à voir si Soline, à Nantes, s'amusait autant que moi.
Pendant que Belmonte faisait l'inventaire des charmes de sa voisine entre deux chlorations de piscine, à Nantes, l'atmosphère n'était pas franchement à la récitation du chapelet. Le soleil de Loire, plus timide que son cousin lyonnais mais tout aussi vicieux quand il s'agit de réveiller les ardeurs, tapait déjà contre les volets de l'appartement de Soline Ardent.
Soline, c'est pas une femme, c'est un attentat à la pudeur. Une rousse dont la chevelure semble avoir été trempée dans le sang des dieux et dont la silhouette ferait bégayer un présentateur de JT. Elle n'était pas seule dans son plumard. À ses côtés, Camille, une petite libraire du centre-ville dénichée la veille entre le rayon "Poésie" et "Érotisme", dormait encore, la bouche en cœur et la mèche en bataille.
Soline se redressa. Elle n'avait pas besoin de café pour être d'attaque, le danger et le désir lui servaient de carburant. Elle posa son regard sur la petite Camille. Une proie délicieuse, certes, mais Soline avait ce matin-là une dalle de prédatrice que trois vers de Rimbaud n'auraient pas suffi à calmer.
— Debout, ma jolie, murmura Soline d'une voix qui ressemblait à un ronronnement de turbine. La librairie peut attendre, mais moi, j'ai une urgence technique au bas du ventre.
Camille n'eut pas le temps de dire "Victor Hugo". Soline l'avait déjà basculée, s'installant sur elle avec une autorité qui ne souffrait aucune contestation. La rousse ne faisait pas dans la dentelle de Calais, elle préférait le cuir de Russie. On a attaqué la matinée par une « Vrille Armoricaine », un exercice de torsion et de succion qui a fait monter Camille dans les octaves dès la première minute.
Soline menait la danse avec une fureur de Walkyrie en manque de valse. Ses mains parcouraient le corps de la petite brune, cherchant les points de rupture, les zones érogènes cachées derrière la timidité littéraire. Elle l'embrassait comme si elle voulait lui aspirer l'âme, pendant que ses doigts pratiquaient une inspection des plus approfondies.
— Tu aimes les classiques, Camille ? souffla-t-elle entre deux assauts. Parce qu'on va passer au « Chapitre du Vice ».
Elle la retourna comme une crêpe, spécialité locale oblige et s'attaqua à la suite avec un appétit d'ogresse. C'était de la haute voltige, un ballet de chair et de cris qui résonnait contre les murs de l'appartement nantais. Soline ne se contentait pas de prendre, elle dévorait. Elle utilisait tout ce que la nature lui avait donné pour faire de cette matinée un souvenir indélébile dans le cerveau de la pauvre libraire, qui ne devait plus savoir si elle était dans un roman de Sade ou une enquête de Sherlock Holmes.
L'orgasme de Camille fut un cri déchirant, une décharge de 20 000 volts qui la laissa pantelante, les yeux révulsés, pendant que Soline, impériale, savourait sa victoire avec le sourire d'un chat qui vient de vider le bocal du poisson rouge.
C'est précisément à cet instant de grâce, alors que la sueur commençait à refroidir sur leurs peaux ambrées, que le téléphone sécurisé de Soline se mit à hurler sa sonnerie de caserne.
— Ardent ! aboya-t-elle, retrouvant instantanément son ton de tueuse à gages.
— Agente Ardent, grogna Mirabeau à l'autre bout du fil. J'espère que je ne vous dérange pas en pleine lecture ? On a un souci de moisissure sur un mur porteur. Des chrysalides noires, Ardent. C'est en train d'éclore plus vite que prévu.
Le regard de Soline devint polaire. Camille, qui tentait de se rapprocher pour un câlin post-coïtal, fut repoussée d'un geste sec.
— Compris, Chef. On rappelle les experts en tissus ?
— Affirmatif. Sept heures demain. Et Ardent... vérifiez votre inventaire. On n'aime pas les fuites dans la logistique.
Soline raccrocha. Le jeu était fini.
— Allez, chérie, on remballe la marchandise, dit-elle à Camille d'une voix qui n'avait plus rien de caressant. Mon serveur central est en rade, faut que je file dépanner le réseau à Paris. Le thé est sur la table, la sortie est au bout du couloir.
Pendant que la petite libraire s'éclipsait, l'air aussi perdue qu'un personnage de Kafka, Soline se dirigea vers son dressing. C'était l'heure de l'artillerie lourde. Elle fouilla dans ses trésors et sortit l'ensemble de combat : le porte-jarretelles bleu aux liserés rouges, celui qui donne des envies de meurtre passionnel à Belmonte. Elle enfila ses bas coutures avec une précision chirurgicale, lissant la soie sur ses jambes interminables.
Vingt minutes plus tard, elle était dans le TGV pour Paris, déguisée en femme d'affaires glaciale, mais avec le feu au cul et l'envie de mordre. Elle dégaina son portable et envoya le scud à Fabrice :
« Tic-tac, le Tabouret Scandinave. Urgent pour le réseau central ? »
Elle rangea l'engin, un sourire de prédatrice aux lèvres. La Chrysalide Noire pouvait bien éclore, elle allait lui péter les ailes entre ses cuisses de fer.
III. La SNCF, les Sandwiches au Plâtre et la Haine du Rail (Fabrice)
J'ai quitté Oullins avec l'arrière-train encore fumant des exploits de Sophie, mais l'humeur massacrante du mec qui sait qu'il va devoir s'enquiller deux heures de promiscuité avec le contribuable de base. La Gare de la Part-Dieu, c'est pas une gare, c'est un hall de gare de triage pour bétail humain.
Je me suis retrouvé dans le TGV 6614, assis à la place 42, voiture 12. Mon voisin de gauche ? Un type qui portait un pull à losanges et qui exhalait une odeur de camembert mal confiné. Le gars déballait déjà son arsenal : un ordinateur portable bruyant et un sandwich triangle « Poulet-Mayo » qui avait l'air d'avoir été assemblé dans un laboratoire de chimie en 1984.
— La SNCF, vous savez, c'est plus ce que c'était, me lance le fâcheux avec un sourire qui révélait une hygiène dentaire approximative.
Je l'ai regardé avec l'œil du mec qui vient de pratiquer le « Tambourin Thaïlandais » et qui n'a aucune envie de discuter ponctualité.
— Monsieur, lui dis-je d'une voix de basse qui aurait pu fissurer le pare-brise de la motrice, je suis expert en silence. Et là, votre sandwich fait un bruit de polystyrène qui m'agresse les tympans.
Il s'est écrasé. Mais le pire, c'est pas les voisins. C'est l'infrastructure. On nous vend de la "Grande Vitesse", mais dès qu'un pigeon pète sur la voie, on s'arrête en rase campagne pour contempler les vaches. Et le wagon-bar ? Une escroquerie en bande organisée. Le café a le goût de jus de chaussette de légionnaire et le muffin au chocolat ressemble à un prélèvement géologique. J'ai passé quarante minutes à maudire le progrès technique tout en pensant aux chrysalides de Mirabeau. Pourquoi Paris ? Pourquoi maintenant ?
J'ai sorti mon portable pour tromper l'ennui. J'ai repensé à Soline. Dans le train, l'absence de sexe est une torture. On est là, assis sur du velours râpeux, avec des envies de meurtre et de luxure, coincés entre un expert en comptabilité et une gamine qui écoute de la techno à fond dans son casque. J'ai failli appeler Sophie pour qu'elle me raconte encore une fois le bruit qu'elle faisait quand je la pilonnais contre le carrelage, juste pour faire chier mon voisin au pull à losanges.
À bord du Nantes-Paris, l'ambiance était nettement plus... électrique. Soline ne voyageait pas, elle trônait. Installée en première, les jambes croisées de façon à ce que la couture de ses bas fasse un angle de quarante-cinq degrés avec la rétine de n'importe quel mâle normalement constitué, elle savourait son triomphe matinal.
C'est là qu'est arrivé le contrôleur. Un petit gars d'une trentaine d'années, propre sur lui, avec sa sacoche et son appareil de lecture qui lui donnait un air de gendarme de foire. Il s'appelait Kevin, d'après son badge.
— Votre billet, s'il vous plaît, Madame, dit-il en essayant, tant bien que mal, de ne pas fixer le décolleté plongeant de Soline qui laissait entrevoir le fameux porte-jarretelles bleu.
Soline a souri. Ce sourire-là, c'est une arme de destruction massive. Elle a fait mine de chercher dans son sac, s'est penchée en avant, offrant à Kevin une vue plongeante sur ses "arguments" de vente. Deux globes de nacre, fermes, sculptés par la nature et magnifiés par la dentelle, qui semblaient vouloir s'échapper de leur prison de soie.
— Oh, je crois que je l'ai égaré dans ma pochette de dessous, murmura-t-elle en sortant un petit carré de dentelle bleue. Vous voulez m'aider à chercher, Kevin ?
Le pauvre gosse a viré au rouge pivoine. Ses lunettes ont commencé à s'embuer. — Euh... Madame... le règlement... bafouilla-t-il.
— Le règlement est fait pour être contourné, Kevin. Comme mes courbes.
Elle a attrapé la main du contrôleur, une main tremblante comme une feuille et l'a guidée sans vergogne entre ses deux seins. La chaleur qui se dégageait de là aurait suffi à chauffer tout le convoi. Elle a fait glisser les doigts du gamin contre sa peau brûlante, l'obligeant à palper la fermeté de sa poitrine.
— C'est une urgence critique, Kevin. Mon serveur central est en surchauffe. Vous ne voudriez pas qu'une pauvre femme comme moi voyage sans être... auditée ?
Kevin ne répondait plus. Il était en état de choc sensoriel. Soline l'a attiré un peu plus près, sa bouche frôlant son oreille. — On va dire que mon billet est valide, n'est-ce pas ? Et pour le dérangement, je vous laisse imaginer ce qu'il y a au bout de cette couture de bas...
Elle a relâché la main du gamin, qui a failli s'étaler dans le couloir. Il a tamponné son billet d'un geste erratique, a bafouillé un "Bon voyage" qui ressemblait à un cri d'agonie, et s'est enfui vers la voiture-bar comme s'il avait le diable aux trousses.
Soline s'est calée au fond de son siège, un éclat de rire silencieux secouant ses épaules. Elle a croisé les jambes un peu plus haut. Elle aimait Paris. Elle aimait le danger. Mais par-dessus tout, elle aimait savoir que, d'ici deux heures, elle allait retrouver Belmonte pour finir de saccager la literie de l'Hôtel de la Vigne.
Le TGV a fini par vomir sa cargaison de cadres stressés et de touristes égarés sur les quais de la Gare de Lyon. Paris. La ville lumière, mon cul ! C'est surtout la ville de la grisaille, du bruit et des mecs qui te bousculent sans dire pardon comme si leur survie en dépendait.
Je me suis frayé un chemin dans la jungle humaine, mon sac de voyage à l'épaule et l'esprit déjà tourné vers le Marais. La file d'attente pour les taxis ressemblait à une procession de pénitents attendant un miracle. Quand mon tour est enfin arrivé, je suis tombé sur un chauffeur qui devait avoir fait ses classes dans un char d'assaut. Un type avec une casquette vissée sur le crâne et une haleine qui aurait pu servir de décapant pour peinture industrielle.
— L'Hôtel de la Vigne, dans le Marais, lui lançais-je en m'affalant sur la banquette qui sentait le tabac froid et le désespoir.
— Ça va boucher, m'a-t-il répondu avec un accent à couper au couteau. Y'a une manif' pour le droit des pigeons ou un truc du genre.
J'ai soupiré. Paris et ses manifs, c'est comme le camembert et la croûte : on ne peut pas avoir l'un sans l'autre. Pendant qu'on avançait à la vitesse d'une tortue asthmatique, je regardais les nanas sur le trottoir. Y'avait de la belle plante, c'est sûr, mais aucune n'avait le feu de Soline ou la rondeur généreuse de ma Sophie d'Oullins. Les Parisiennes, c'est souvent trop de nerfs et pas assez de viande. Ça manque de sauce, si vous voyez ce que je veux dire.
Je repensais à cette histoire de "Chrysalide Noire". Le vieux Mirabeau n'appelait pas pour une simple tache de café sur un dossier. Si les chrysalides éclosaient, c'est que la trahison était en marche. Et dans notre métier, la trahison, ça ne se règle pas au tribunal, ça se règle à la morgue. J'ai vérifié mon inventaire mental : mon automatique était bien au chaud, mes réflexes étaient aiguisés par le sexe du matin, et mon envie d'en découdre était à son paroxysme.
À la Gare Montparnasse, Soline ne descendait pas du train, elle l'honorait de son départ. Mais à peine ses talons aiguilles eurent-ils percuté le béton du quai qu'elle le sentit. Ce petit frisson à la base de la nuque. Le sixième sens de la DGSS. Elle était suivie.
Un type, un peu plus loin derrière, caché derrière un journal gratuit et un imperméable trop large pour être honnête. Une ombre. Une petite frappe qui croyait pouvoir filer la rousse la plus dangereuse de l'agence sans se faire griller.
Soline a souri. Elle adorait qu'on la regarde, mais elle préférait quand on en crevait d'envie. Au lieu de presser le pas, elle a décidé de faire une petite démonstration technique. Elle s'est arrêtée devant un pilier, a posé son sac à terre, et a levé la jambe pour feindre de rajuster la couture de son bas.
C'était une manœuvre de haute précision. Elle a soulevé sa jupe juste assez pour dévoiler le haut de sa cuisse, là où la soie bleue du porte-jarretelles mordait la chair ambrée. Elle a pris son temps, lissant le tissu avec une lenteur insupportable, ses doigts effleurant la dentelle avec une sensualité qui aurait fait faire un arrêt cardiaque à un régiment de parachutistes.
Elle a jeté un regard par-dessus son épaule, captant l'ombre qui avait failli laisser tomber son journal. Le pauvre type était pétrifié, le regard scotché à ce triangle de peau interdite.
— Alors, mon mignon, murmura-t-elle pour elle-même, on a le cœur qui palpite ?
Elle a rabattu sa jupe d'un geste sec, a récupéré son sac et a repris sa marche, déhanchant de plus belle. Elle savait qu'il était toujours là, mais maintenant, il était à sa merci. Elle allait l'emmener faire une promenade qu'il n'était pas près d'oublier.
Elle a sauté dans un taxi, direction le Marais. L'Hôtel de la Vigne l'attendait. Et surtout, Belmonte l'attendait. Elle sentait déjà la chaleur du rendez-vous à venir, un mélange de poudre et de sueur, le cocktail préféré des agents de la DGSS.
La Chrysalide pouvait bien être noire, Soline, elle, voyait déjà rouge.
A suivre ...
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.
J'aime
ou laissez un mot
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteur : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()
Allez, je détale me farcir la suite ;-)
Merci Mademoiselle, votre commentaire me touche.
C'est pas parce que c'est difficile qu'il faut renoncer.
Bonne lecture de la suite. ;)