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✦ Maitre_L La Chrysalide Noire XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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La Chrysalide Noire — Chapitre 7 · Episode VII

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La Chrysalide Noire

Chapitre 7 · Episode VII

LA CHRYSALIDE NOIRE
 
ÉPISODE VII
 
On a débarqué au QG de Vauthier avec l'assurance de ceux qui possèdent les clés du paradis alors qu'ils ont surtout le pass pour l'enfer. L'immeuble puait le fric propre et l'ambition malodorante. À peine franchi le seuil, Soline a capté deux spécimens de la "génération start-up" qui montaient la garde près de l'ascenseur. Des grands machins à lunettes d'Écaille et des baskets de luxe, le genre de types qui pensent qu'une révolution se fait à coups de hashtags.
— Laisse-moi ces deux asperges, Fabrice, m'a glissé ma rousse à l'oreille. Je vais leur faire un cours de géographie intime, ils vont oublier jusqu'au nom de leur candidat. Toi, occupe-toi de la gardienne du temple.
La gardienne, c'était une petite brune nommée Nathalie, coincée dans un tailleur trop sage, le regard rivé sur son planning comme si le destin du monde en dépendait. Soline s'est avancée vers les deux guignols, déhanchant de façon si indécente que j'ai cru que la moquette allait prendre feu. Pendant qu'elle les emmenait dans un coin du hall, leur faisant miroiter des horizons qu'ils n'avaient vus que sur des sites interdits, je me suis accoudé au comptoir de Nathalie.
— Dites-moi, ma toute belle, j'ai commencé avec ma voix de velours, celle qui fait descendre les barrières plus vite qu'une grève à la SNCF. Vous n'en avez pas marre de classer des fiches alors que le soleil brille dehors et qu'il y a des plaisirs bien plus… palpables à découvrir ?
Elle a levé les yeux, prête à m'envoyer paître avec une formule de politesse standard. Mais quand son regard a croisé le mien, j'ai vu l'étincelle. Le doute. La petite faille où je m'engouffre toujours.
— Monsieur, je… je suis très occupée, a-t-elle bafouillé, mais sa main a lâché son stylo.
— Appelez-moi Fabrice. Et ne me dites pas que vous n'avez pas remarqué à quel point ce tailleur met en valeur votre grain de peau. C'est presque un crime de rester derrière ce plexiglas.
J'ai tendu la main, effleurant ses doigts sur le comptoir. Elle a eu un petit tressaillement, une velléité de refus qui a duré exactement deux secondes avant qu'elle ne sente la chaleur de ma paume. J'ai glissé ma main le long de son bras, remontant doucement vers son épaule, mes yeux ne lâchant pas les siens.
— On serait tellement mieux dans ce petit bureau, là-bas, pour discuter de choses vraiment importantes, non ?
Elle a jeté un regard inquiet vers Soline. Ma rousse était en plein show : elle s'était penchée vers les deux jeunes loups, leur dévoilant une vue plongeante sur ses "arguments" tout en leur caressant la joue. Les deux types étaient en transe, la bave aux lèvres, totalement incapables de voir ce qui se passait à deux mètres d'eux.
Nathalie a fini par céder. Elle s'est levée, les jambes un peu flageolantes, et m'a guidé vers le bureau attenant. À peine la porte fermée, je l'ai plaquée contre le bois verni. Elle a voulu dire non, par principe, une main posée sur mon torse, mais j'ai posé mes lèvres sur son cou, là où ça bat fort, là où la vérité éclate. Elle a laissé échapper un petit soupir qui voulait dire : "Au diable Vauthier, au diable la politique."
Pendant que je m'occupais de lui faire découvrir les vertus de la diplomatie charnelle sur un bureau de ministre, Soline, de l'autre côté de la vitre, commençait à saturer.
Elle les aguichait, oui. Elle passait sa langue sur ses lèvres, elle collait son corps contre le leur, les faisant monter en température comme des cocotte-minute. Mais plus elle les titillait, plus elle réalisait que le vide sidéral habitait leurs boîtes crâniennes.
— Alors mes mignons, murmurait-t-elle en déboutonnant négligemment le haut de son chemisier, il est où votre futur grand homme ? Je parie qu'il aimerait bien qu'une fille comme moi lui remonte le moral avant le grand soir…
— On… on sait pas, a bafouillé le premier, les yeux scotchés au soutien-gorge de Soline.
— Il a un emploi du temps secret, a ajouté le second en tentant de poser une main tremblante sur la hanche de ma rousse.
Soline a esquivé la main avec une souplesse de cobra. La frustration commençait à poindre. Pour elle, le sexe, c'est comme une partie d'échecs : faut que l'adversaire ait au moins un pion dans le ciboulot. Là, elle avait affaire à deux dames de pique qui n'avaient même pas compris que leur patron était en train de se faire cuisiner par la Chrysalide.
— Vous ne servez vraiment à rien, les garçons, a-t-elle soupiré, tout en continuant son manège pour les garder sous hypnose.
Elle a jeté un coup d'œil vers le bureau où je m'activais avec Nathalie. Elle a vu l'ombre de nos corps s'entremêler à travers le verre dépoli. J'ai senti, même de loin, son envie monter. Soline déteste être la seule à ne pas s'amuser, surtout quand le plaisir est à portée de main. Mais avec ces deux mollusques, la seule chose qu'elle allait obtenir, c'était une migraine.
Elle s'est rapprochée d'eux, plus féroce. — Réfléchissez bien, mes jolis. Si vous ne me dites pas où est Vauthier, je m'en vais. Et je crois que vous n'avez pas vraiment envie que je parte maintenant, n'est-ce pas ?
Nathalie m'avait entraîné dans le bureau de direction, une pièce qui sentait le cuir neuf et l'ambition mal placée. À peine la porte verrouillée, la petite souris de l'accueil s'est transformée en panthère de salon. Fini les bafouillements et les yeux baissés. Elle m'a sauté au collet avec une faim de loup qui venait de passer six mois au régime sec.
Elle me voulait, et croyez-moi, elle allait m'avoir. Ma langue a trouvé la sienne dans un combat de salive qui aurait fait rougir un régiment de hussards. Ses mains, petites mais drôlement agiles, n'ont pas perdu une seconde pour dégrafer mon pantalon de costume anthracite. J'ai glissé ma main sous sa jupe droite, remontant le long de ses cuisses de soie. Putain, elle était déjà trempée, la miss ! Plus besoin de préliminaires, on était déjà en zone inondable.
— Fabrice…, murmura-t-elle entre deux souffles courts, je n'en peux plus de ces politiciens… Je veux un vrai homme…
Faut pas lui en promettre à la donzelle ! Elle est partie au quart de tour, plus vite qu'une fusée de SpaceX qui s'arrache du sol pour aller coloniser Mars. Je l'ai fouillée de mes doigts, explorant ses replis de velours qui m'offraient un accueil plus que chaleureux, pendant qu'elle triturait mon engin avec une dévotion de communiante.
À bout de souffle, elle s'est agenouillée sur la moquette épaisse. Elle a pris mon "pipo" en bouche pour reprendre un peu d'air, mais la reprise a été sérieuse. Elle s'y prenait si bien, avec des mouvements de succion qui me faisaient remonter les orteils jusqu'aux chevilles, que j'ai senti le signal de l'alarme. Si je ne l'arrêtais pas tout de suite, elle allait me faire venir en un temps record, et je n'aurais pas eu le loisir de découvrir le reste de ses trésors cachés.
— Doucement, ma jolie, j'ai grogné en la relevant par les aisselles. On a tout le temps de faire les présentations officielles.
Je l'ai retournée face au bureau, les mains à plat sur le vernis sombre. J'ai remonté sa jupe droite sur ses hanches d'un geste sec et j'ai descendu sa culotte. Le morceau de dentelle était tellement trempé qu'on aurait pu l'essorer sur place pour remplir un verre à liqueur.
Et là, je l'ai embrochée.
Dieu du ciel, la demoiselle avait un volcan interne ! Elle était tellement chaude, la miss, que j'en avais le bout qui brûlait. Un four à pain, une fonderie, un brasier ! Chaque va-et-vient m'arrachait un juron de satisfaction. Elle gémissait contre le bois, ses hanches battant le rappel avec une régularité de métronome en plein orgasme. On n'était plus à la DGSS, on n'était plus au QG, on était sur une autre planète, là où la seule politique qui vaille est celle du plaisir brut.
Pendant que je lui faisais visiter le septième ciel sur un dossier "Top Secret", de l'autre côté de la cloison, j'entendais Soline qui commençait à perdre patience avec ses deux têtes de nœud.
De l'autre côté de la cloison vitrée, Soline commençait à bouillir. Elle avait beau être la reine de l'infiltration et du déhanché qui rend aveugle, elle tombait sur un os : la bêtise crasse. Les deux jeunes loups, qu'on appellera « l'Asperge » et « le Binoclard », étaient tellement occupés à essayer de ne pas s'évanouir devant son décolleté qu'ils en oubliaient de répondre aux questions.
Soline s'est rapprochée d'eux, laissant sa main gantée de cuir frôler la joue de l'Asperge. Elle a murmuré, sa voix chargée d'un érotisme qui aurait fait fondre un iceberg : 
— Dites-moi, mes mignons… Un homme comme Adrien Vauthier doit bien avoir un petit nid douillet pour se reposer entre deux meetings. Une planque que personne ne connaît… à part ses plus fidèles lieutenants, comme vous ?
Elle a passé sa jambe entre celles du Binoclard, frottant son genou contre son entrejambe. Le gamin a viré au rouge pivoine, ses lunettes se sont embuées instantanément.
— On… on sait pas, a-t-il bafouillé. Monsieur Vauthier ne nous dit pas tout… On gère juste sa e-réputation et les réseaux sociaux…
Soline a senti une pointe d'agacement lui piquer la nuque. Elle aurait bien voulu donner de sa personne, s'amuser un peu à les faire grimper aux rideaux pour fêter notre arrivée, mais là, le moteur ne démarrait pas. Elle a besoin qu'on lui stimule le neurone avant de s'occuper du reste, et ces deux-là avaient le QI d'une huître en fin de réveillon.
— Vous servez à quoi, exactement, à part faire joli dans le décor ? a-t-elle sifflé, sa voix perdant soudainement de sa chaleur.
L'Asperge, vexée mais toujours sous le charme, a tenté de se donner de l'importance : 
— On sait qu'il est avec son conseiller spécial, le Dr. Vauquelin ! Ils sont partis ce matin pour un « rendez-vous technique » confidentiel. Ils ne nous ont rien dit de plus !
Soline a marqué un temps d'arrêt. Vauquelin. Le Rat de la Chrysalide était déjà sur la cible. Elle a jeté un regard vers le bureau où j'étais en train de finir mon « audit » avec la secrétaire. Elle nous a vus, à travers le verre dépoli, dans une position qui ne laissait aucun doute sur la nature de notre échange. Elle a senti un pincement au ventre, un mélange de jalousie et de désir pur. Elle aurait bien aimé être à la place de la petite brune, à se faire pilonner par votre serviteur, plutôt que de perdre son temps avec ces deux mollusques qui ne savaient même pas où était leur patron.
Elle s'est redressée, réajustant son chemisier d'un geste sec qui a failli causer un arrêt cardiaque aux deux stagiaires.
 — Bon, les enfants, la récré est finie. Puisque vous ne savez rien, je vais aller voir si votre patron n'a pas laissé des traces dans son ordinateur personnel.
Elle les a plantés là, la bouche ouverte et le caleçon en désordre. Elle s'est dirigée vers le bureau de direction, a ouvert la porte sans frapper et est tombée pile au moment où je venais de libérer mon "Suc de Fabrice" dans le volcan de Nathalie.
La secrétaire était affalée sur le bureau, les yeux révulsés, les cheveux en bataille. Soline m'a jeté un regard noir, un de ceux qui annoncent un orage mémorable pour plus tard.
— J'espère que l'accueil était à la hauteur, Belmonte, a-t-elle balancé d'un ton acide. Parce que pendant que tu faisais ta gym, j'ai appris que Vauthier est dans la nature avec Vauquelin. Le rat a déjà sorti le fromage du piège.
J'ai remonté mon pantalon, un peu essoufflé, en adressant un petit clin d'œil à Nathalie qui reprenait ses esprits.
— Calme ta joie, ma rousse. On a ce qu'il nous faut. Si le rat est de sortie, c'est qu'il se sent en confiance. On n'a plus qu'à suivre l'odeur du fromage.
J'étais encore en train de réajuster ma cravate, avec Nathalie qui tentait de retrouver une dignité de bureaucrate derrière moi, quand la porte du hall a claqué comme un coup de fusil.
Adrien Vauthier a déboulé dans son propre QG avec la fureur d'un dieu grec à qui on aurait piqué son tonnerre. Pas de conseillers, pas de gardes du corps, juste lui, sa chemise blanche déboutonnée et un regard noir à faire fondre les plombs. Le "gendre idéal" avait les traits tirés, les mâchoires serrées. Visiblement, le rendez-vous avec Vauquelin avait tourné au vinaigre, ou plutôt au lapin de garenne.
— C'est quoi ce bordel ? a-t-il tonné en voyant les deux stagiaires encore hagards et Soline qui trônait au milieu du hall comme une reine de pique. Où est ma secrétaire ? Où est tout le monde ?
Vauthier restait là, planté au milieu de son QG comme un chêne foudroyé, le souffle court et la carotide battante. Soline s'est approchée de lui, si près qu'il pouvait sentir la chaleur qui émanait de son corps sous le cuir. Elle a posé ses doigts fins sur le revers de son veston italien, là où le luxe rencontre la sueur de la colère.
— Dites-moi, Monsieur le futur Président, a-t-elle murmuré d'une voix qui aurait fait fondre un iceberg, ce cher docteur Vauquelin… Il a pris contact avec vous récemment ? Vous l'avez vu aujourd'hui ?
Vauthier a lâché un grognement de fauve irrité.
— On avait rendez-vous ce matin même dans un café discret près de la Concorde. Un « échange technique » urgent, qu'il disait. J'ai poireauté une heure comme un imbécile de stagiaire ! Je n'aime pas qu'on me pose un lapin, et encore moins quand ça vient de mes propres conseillers. Ce type est en train de jouer avec ses nerfs, ou avec les miens !
Soline a laissé échapper un petit rire cristallin, tout en faisant glisser sa main vers la nuque du politicien, là où la tension se noue le plus fort. Ses yeux verts étaient ancrés dans les siens, promettant des abîmes de perdition.
— Il ne viendra plus, monsieur Vauthier. Vauquelin a changé de camp, et le lapin qu'il vous a posé n'était que le début d'un très long cauchemar. Mais vous avez de la chance… la DGSS veille sur vous. Et moi… moi je vais soigner cette petite tension nerveuse qui vous gâche la journée. On ne peut pas diriger la France avec les nerfs en pelote, n'est-ce pas ?
Le regard de Vauthier a basculé. La rage politique a été balayée par une pulsion beaucoup plus archaïque. Il a saisi Soline par les hanches, ses doigts s'enfonçant dans le cuir avec une force de possédé.
— Vous avez raison, a-t-il soufflé, sa bouche à quelques millimètres de la sienne. Au diable Vauquelin. Pour l'instant, il n'y a que vous qui m'intéressiez.
Il l'a entraînée vers son bureau privé, celui avec les fauteuils en cuir de Cordoue et la porte épaisse qui étouffe les cris de joie comme les secrets d'État.
— Fabrice, m'a-t-elle lancé par-dessus son épaule avec un clin d'œil qui en disait long sur le programme des festivités, va prendre l'air. Je m'occupe de stabiliser le sommet de l'État. On a une stratégie de crise à mettre en place… en profondeur.
— Ne vous inquiétez pas pour moi, j'ai balancé en sortant. Je vais faire mon rapport au Vieux. Amusez-vous bien, la République compte sur vous !
J'ai laissé Soline et le futur locataire de l'Élysée s'enfermer dans leur bulle de cuir et de désirs brutaux. Je suis ressorti sur le trottoir, l'air frais de Paname venant me cingler les joues, ce qui n'était pas de refus après le coup de grisou que m'avait balancé la petite Nathalie.
Je n'avais pas fait dix pas sur le trottoir qu'une sensation de froid me picota les vertèbres, un de ces pressentiments qui vous disent que vous n'êtes pas seul à mater le paysage. De l'autre côté de la rue, appuyée contre une borne incendie avec une désinvolture de façade, une petite blonde aux courbes incendiaires faisait semblant de consulter son téléphone.
C'était elle. La blonde callipyge que j'avais cru apercevoir dans les ombres du boulevard Mortier.
Elle portait des lunettes noires fumées et un trench de cuir beige qui soulignait une chute de reins à damner un saint de vitrail. Elle ne me regardait pas, mais je sentais son attention braquée sur moi comme un viseur laser. Elle dégageait un parfum de danger et de luxe, un mélange de poudre à canon et de Chanel nᵒ 5 qui flottait dans l'air frais de Paname.
Qui était cette nana ? Une chose était sûre : elle n'était pas là pour faire du lèche-vitrine.
D'un geste lent, elle releva ses lunettes, m'offrant un éclair de ses yeux. Vert émeraude, aussi vert que la pelouse du stade de Gerland.
 Un sourire énigmatique, presque moqueur, étira ses lèvres pourpres. Elle fit un petit signe de tête imperceptible, une sorte de salut silencieux entre deux fauves qui se reconnaissent, avant de pivoter sur ses talons aiguilles. Elle s'engouffra dans une limousine noire qui l'attendait en double file, disparaissant dans le flux de la circulation avant que j'aie pu esquisser un mouvement.
Je restai là, un instant, le regard dans le vide. Cette fille m'intriguait plus que de raison, et dans mon métier, la curiosité est souvent le premier pas vers le cimetière. J'ai secoué la tête pour chasser l'image de son fessier de compétition qui hantait déjà mes neurones et j'ai sorti mon terminal crypté.
Derrière la porte doublement blindée du bureau de direction, le silence n'était troublé que par le froissement des tissus de luxe. Soline, les sens en alerte et le sang bouillonnant après sa joute verbale avec les deux stagiaires décérébrés, s'attendait à une tempête, à un ouragan présidentiel, à un homme qui prendrait les rênes comme il compte diriger la France : avec poigne et panache.
Tu parles ! À peine Adrien Vauthier l'eut-il entraînée sur son bureau en acajou qu'elle comprit qu'elle venait de s'embarquer sur un pédalo en pleine mer d'huile.
Le mec était mignon, certes. Il avait ce petit air sexy de prédateur blessé. Mais une fois le pantalon sur les chevilles, le prédateur s'était transformé en lapin de garenne anémié. Aucune imagination, aucune ardeur, une technique de drague de patronage. Soline devait tout faire : le guider, le stimuler, le porter à bout de bras… et à bout de hanches.
Elle avait une véritable marionnette entre les cuisses. Un pantin de la République qui attendait qu'on tire sur les fils pour bouger un orteil. Et dans ses mains expertes, la "menace nationale" ressemblait plutôt à une petite saucisse cocktail oubliée sur un buffet de fin de réception. Molle, sans saveur, et désespérément prévisible.
C'est pas possible,enrageait-elle intérieurement alors qu'elle s'activait sur lui pour essayer de sauver les meubles. J'ai vraiment pas de bol aujourd'hui !
Entre les deux nigauds du hall au cerveau d'huître tiède et leur patron qui baisait comme il faisait de la politique, c'est-à-dire en mentant effrontément sur la marchandise et en promettant la lune pour ne livrer qu'un caillou poussiéreux, elle commençait à saturer. Le "gendre idéal" n'était qu'un naze, un bureaucrate de l'alcôve, un de ces types qui pensent que leur nom sur une affiche suffit à faire grimper les dames aux rideaux.
— C'est… c'est merveilleux… bafouillait Vauthier, les yeux fermés, persuadadé d'être le roi du monde alors qu'il ne faisait que subir la tempête Soline sans rien y comprendre.
Elle, elle serrait les dents, le regard fixé sur un buste de Marianne qui semblait se foutre de sa gueule. Les politiques sont vraiment tous des glandus, se dit-elle en accélérant le mouvementpour en finir au plus vite. Plus ils parlent de grandeur, plus ils ont la vue courte sous laceinture.
Elle lui offrit un final qu'il ne méritait pas, une explosion de simulacre qui le laissa pantelant et fier de lui, tandis qu'elle se rhabillait déjà avec une vitesse record,
Une fois dehors, je me suis posté à l'angle de la rue, là où les courants d'air chassent les mauvaises ondes. J'ai sorti mon terminal crypté, le genre de joujou qui coûte le prix d'une berline allemande et qui vous garantit qu'aucune oreille indiscrète ne viendra sniffer votre conversation. J'ai tapé le code d'accès, écouté le petit sifflement de la sécurisation, et j'ai lancé l'appel vers le bureau du directeur.
Ça a sonné deux fois. Des bips secs, impatients.
— Mirabeau, j'écoute ! aboyait la voix du Vieux, avec un timbre qui trahissait une excitation inhabituelle pour un homme de son âge et de son rang.
— Belmonte à l'appareil, Monsieur le Directeur. Je vous dérange en pleine partie de bridge où vous avez enfin décidé de prendre votre retraite ?
— Belmonte ! Ne faites pas le malin, j'ai pas une minute à perdre ! Il s'en est passé de belles ici pendant que vous faisiez du tourisme électoral. On a eu une descente de nettoyeurs de la C-4 ! Ils ont essayé de nous fumer dans le bocal !
— La C-4 à la piscine ? Et vous êtes encore là pour m'engueuler ?
— Mieux que ça ! On a eu un renfort de poids, mon petit. Les poulagas de la Crim' ont déboulé en plein milieu de la fusillade. Un certain San-Antonio et son équipier, un colosse nommé Bérurier. Ils ont fait un ménage de printemps dans le hall qui vaut le détour. Le grand me dit qu'il a déjà hâte de vous serrer la louche… s'il lui en reste une après qu'il aura distribué des mandales à tour de bras !
J'ai senti un sourire me barrer le visage. Le monde est petit, mais le milieu de la baston est un mouchoir de poche. — San-A et Béru ? On est vraiment dans la quatrième dimension. Et vous, Patron ? Pas trop de casse sur le vieux châssis ?
— Votre directeur a encore une sacrée droite, Belmonte ! J'en ai envoyé un qui a tâtonné de la moquette d'un coup de boule qui lui a remis les vertèbres en place pour les dix prochaines années. La petite Léonie va bien aussi, elle est en train de boucher les trous dans nos serveurs. Bon, assez parlé de mes exploits, faites-moi un topo propre de vos avancées au QG. On est pressés par le chrono !
J'ai pris une profonde inspiration, rejetant la fumée de ma clope vers le ciel gris de Paris.
— Voilà le topo, Monsieur le Directeur : la cible est au vert. Vauthier est avec nous, enfin surtout avec Soline qui est en train de lui administrer un "calmant" maison dont elle a le secret. Par contre, y'a un grain de sable dans la machine : Vauthier est furieux parce qu'il avait rendez-vous ce matin avec son conseiller, le Dr Vauquelin, pour un "point technique", et le rat ne s'est jamais pointé. Il lui a posé un lapin de première.
— Tiens donc…, a murmuré Mirabeau, soudainement plus sombre. Ça expliquerait pourquoi on n'a aucune trace du docteur ici, malgré le commando qu'il nous a envoyé. S'il a lâché son candidat et qu'il sèche ses rendez-vous, c'est qu'il est passé à la phase terminale du projet. Il ne s'occupe plus de la tête du pays, il s'occupe de ses entrailles.
— C'est-à-dire, Patron ?
— Une info vient de tomber, fraîche comme le gardon de l'Ourcq. Un camion-citerne suspect a été repéré par une patrouille de routine aux abords des réservoirs de Choisy-le-Roi. C'est plus de la politique, Belmonte, c'est de la plomberie de haute volée. Ils veulent verser leur Suc de Circé directement dans le gosier de la capitale.
— Merde. Alors Vauquelin doit être là-bas, à attendre que la citerne se vide.
— C'est ce qu'on va vérifier. San Antonio et le Gravos sont déjà en train de faire rugir le moteur de leur 4L. Ils vous rejoignent au point de rendez-vous Alpha, près du pont de Choisy. Dès que Soline a fini de… stabiliser la présidence, vous foncez là-bas. On va leur montrer à ces empoisonneurs de quel bois on se chauffe quand on mélange le quai des Orfèvres et le boulevard Mortier !
— Compris, Monsieur le Directeur. On se bouge dès que la "stabilisation" est terminée.
J'ai raccroché pour de bon cette fois. En levant les yeux vers les fenêtres du QG, j'ai vu les rideaux du bureau de Vauthier se fermer. La République était peut-être en danger, mais au moins, son futur chef allait passer les quarante-cinq prochaines minutes au paradis. C'est ça, la magie de la DGSS : on protège la démocratie, même si pour ça, faut donner un peu de sa personne sur la moquette des puissants.
À suivre…
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