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✦ Maitre_L La Chrysalide Noire XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Bi Orientation principale dans ce chapitre

La Chrysalide Noire — Chapitre 10 · Episode X

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Maitre_L
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La Chrysalide Noire

Chapitre 10 · Episode X

ÉPISODE X :
 
Le sas du secteur 4 a fini par céder dans un soupir hydraulique qui m'a fait l'effet d'une libération. Au labo, on était tous les trois, Valentin, Milo et moi, le nez collé aux moniteurs. Le silence était tel qu'on aurait entendu une mouche péter dans une cathédrale.
— Soline, fais gaffe, a murmuré Valentin, le regard rivé sur ses capteurs thermiques. Y'a une masse imposante juste derrière la passerelle. C'est de la viande, et pas de la première catégorie.
Et la "viande" est apparue sur l'écran 4. Marco. Cent kilos de muscles, une gueule de brute épaisse et un uniforme qui craquait aux entournures. Il a braqué son flingue sur Soline, l'index déjà nerveux sur la détente.
— Halte ! Qui t'es, toi ? a grogné le colosse. Personne ne passe ici.
Soline n'a pas bronché. Elle a levé les mains, mais c'était pour mieux amorcer la pompe. Elle a fait un signe discret à Léonie pour qu'elle s'efface dans l'ombre vers le terminal, puis elle a commencé à déboutonner le haut de sa combinaison de combat. Sur le moniteur, j'ai vu ses seins jaillir, lourds et fiers, les tétons durcis par l'adrénaline. Elle les a offerts au regard du gorille comme une invitation au crime.
— Tout doux, mon grand…, a-t-elle roucoulé. Je me suis juste perdue. Tu ne vas pas tirer sur une pauvre fille qui a juste envie de s'amuser un peu avec un vrai mâle ?
L'armoire à glace a marqué un temps d'arrêt. Son cerveau de bulot venait de basculer en mode "reproduction". Ses pognes se sont abattues sur les hanches de Soline. Il a empoigné le néoprène et, d'un coup sec, a tout tiré vers le bas, dévoilant sa chatte rousse, incandescente et déjà luisante sous les néons. En deux temps, trois mouvements, la combinaison fut retirée, balancée sur le béton crasseux, laissant Soline dans son plus simple appareil, magnifique de blancheur et de courbes provocantes dans cet enfer d'acier.
Soline ne s'est pas fait prier. Elle a fait sauter la ceinture du gorille. Son sexe a jailli, une barre sombre et veinée qui battait contre son ventre. Elle s'est agenouillée sur le métal froid et l'a pris en bouche avec une ferveur de dévote, le suçant goulûment, la gorge profonde, pour le faire monter en pression.
— Bordel de merde… a soufflé Milo à mon oreille. Elle lui pompe jusqu'à la moelle, Fabrice ! Il va nous claquer entre les doigts avant d'avoir tiré son coup !
Marco, à la limite de la syncope, a saisi Soline par les hanches et l'a plaquée contre une armoire électrique. D'un coup de rein titanesque, il l'a embrochée jusqu'à la garde. Soline a poussé un cri qui a fait vibrer les enceintes du labo, la tête rejetée en arrière, alors que le sexe du géant disparaissait tout entier dans ses profondeurs. Le bruit du choc des corps a résonné, un claquement humide et sourd. Marco était devenu un marteau-piqueur en rut, labourant la rouquine qui encaissait les coups de boutoir en verrouillant ses jambes derrière son dos pour qu'il s'enfonce encore plus loin.
Léonie, à quelques mètres, était à quatre pattes devant le terminal, les joues en feu, essayant de ne pas regarder le va-et-vient frénétique du fessier de Soline et de l'engin de Marco qui ressortait luisant à chaque fois. Elle a branché le câble juste au moment où Soline poussait un hurlement de jouissance. Cette fois, c'était pas du cinéma pour couvrir le bip de connexion. Marco s'est cabré, les veines du cou prêtes à exploser, et a déversé son stock de munitions dans un râle d'agonie, tartinant les entrailles de Soline.
— C'est fait, Fabrice ! a couiné Léonie. Le catalyseur est gelé !
Mais la fête a été courte. Au-dessus d'eux, sur la passerelle métallique, une silhouette fine s'est découpée. La Cheffe. Gainée dans son cuir noir, elle a sorti son Glock avec la fluidité d'une vipère et a aligné Soline. Le coup est parti. Un claquement sec.
Soline a basculé en arrière en se servant de ce qu'elle avait sous la main : le quintal de barbaque de Marco. Le colosse, encore tout chose de sa vidange, n'a rien vu venir. La balle de 9 mm lui a labouré le buffet, pile dans la pompe à sang. Marco a poussé un grognement de bête égorgée avant de s'effondrer sur Soline, son poids mort l'écrasant contre l'armoire, laissant une traînée écarlate sur le métal.
J'ai regardé les yeux de Marco s'éteindre sur mon écran. Il y avait une sorte de stupeur infinie dans son regard, ce genre de vide sidéral qui s'installe quand le peu de neurones qui restent comprennent que la récré est finie. Le mec venait de vivre les dix plus belles minutes de son existence de brute épaisse à labourer la plus belle rousse de la République, et voilà qu'il crevait comme un rat de laboratoire sur un carrelage froid, le bide ouvert par sa propre patronne.
C'est ça, la mort des cons et des méchants : ça n'a aucune dignité, c'est une sortie de scène par la petite porte, celle qui donne sur la benne à ordures. On croit toujours qu'un méchant, ça doit crever avec panache, en lançant une dernière insulte à la face du monde ou en faisant sauter un volcan. Tu parles ! Dans la vraie vie, la mort des abrutis, c'est un truc gluant, une mélasse de fluides divers où le foutre se mélange à l'hémoglobine pour faire une sorte de sauce samouraï dégueulasse sur le béton industriel.
Le méchant de base, c'est comme un appareil électroménager défectueux : ça fait du bruit, ça fait chier tout le monde, et ça finit par griller à cause d'une surtension. Marco, lui, il a grillé en pleine surchauffe hormonale. Il est né dans la fange, il a grandi dans la violence sourde et il finit en engrais pour station d'épuration. C'est l'ordre des choses. Les cons n'ont pas de testament, ils ont juste une flaque qui s'étend. Ils n'ont pas de dernier mot, ils ont juste un râle qui ressemble à un évier qui se vide.
Il était né pour cogner, pour obéir à des ordres qu'il ne comprenait qu'à moitié, et il mourait pour avoir trop joui. C'est la seule justice de ce bas monde : les types comme lui n'ont même pas le droit à une agonie héroïque. Ils crèvent entre deux soupirs, la gueule de travers et le service trois-pièces encore à l'air, sous l'œil indifférent d'une caméra de surveillance et les sarcasmes d'un type comme moi qui les regarde depuis un fauteuil confortable. Une chance de pendre, au sens propre comme au figuré. Le destin a parfois un sens de l'humour assez décapant : lui donner le paradis entre les jambes de Soline pour mieux lui balancer l'enfer dans les tripes la seconde d'après. Rideau, l'artiste. On ne rembourse pas les billets.
— Fabrice ! a crié Soline en s'extrayant de dessous le cadavre, nue et couverte de sang. Elle va arroser la cuve !
La Cheffe, sur sa passerelle, ne montrait aucune émotion face au cadavre de son gorille. Elle s'apprêtait à vider son chargeur sur le terminal.
— Soline, allume-la ! J'ai hurlé dans le micro. Fais-lui bouffer son cuir !
Soline n'a pas attendu que le sang de Marco refroidisse pour passer à l'action. Dans un réflexe de pure survie, elle a plongé au sol, balayant du revers de la main la mare de fluide qui commençait à s'étaler, pour empoigner le fusil d'assaut que le colosse avait lâché en pleine extase. C'était un HK 416, une belle bête de guerre, lourde et rassurante. Enfin, c'est ce qu'elle croyait.
Elle a épaulé, calant la crosse contre son épaule nue, la peau encore brûlante de l'étreinte du mort. Elle a aligné la silhouette en cuir noir qui s'enfuyait sur la passerelle. Elle a retenu sa respiration, l'index pressant la détente avec cette science du tir de précision qui lui valait des 10/10 constants au stand de la DGSS.
Clac ! La détonation a fait trembler les vitres du terminal. La balle est allée s'écraser dans un pylône en béton, à de bons vingt centimètres de la tête de la cheffe. Soline a juré entre ses dents, a réajusté sa visée et a lâché une seconde rafale. Rien. Le métal a hurlé, les étincelles ont jailli, mais la femme en noir s'engouffrait déjà par une porte dérobée, disparaissant dans les entrailles du bâtiment.
— Putain de bordel de merde ! a hurlé Soline, sa voix résonnant dans toute l'usine.
Elle a balancé le fusil contre un réservoir avec une rage folle. Elle, rater une cible mouvante à cette distance ? C'était mathématiquement impossible. Soit cette brute de Marco s'en servait pour enfoncer des clous et avait faussé le canon, soit l'optique était déréglée par la sueur et la graisse du géant. Mais elle n'avait pas le temps de faire l'autopsie de cette pétoire de malheur.
Au labo, je voyais Soline bouillir sur l'écran.
— Calme-toi, ma rousse ! J'ai lancé dans le micro. Elle ne peut pas aller loin, Valentin bloque les ascenseurs !
Soline n'écoutait déjà plus. Elle a sauté dans sa combinaison de néoprène avec une vitesse de gymnaste olympique, remontant la fermeture éclair sur son corps encore brillant de sueur. Elle s'est tournée vers Léonie, qui tremblait comme une feuille morte à côté du serveur.
Elle s'est approchée de la gamine, lui a pris le visage entre ses mains encore tachées du sang de Marco. Ses yeux bleus ont plongé dans ceux de la petite hackeuse avec une douceur soudaine et impérieuse.
— Écoute-moi bien, Léonie. Toi, tu ne bouges pas d'ici, tu m'entends ? On a gelé le système, le job est fait pour toi. Je ne veux pas qu'il arrive un truc malsain à ton joli petit cul, j'ai pas l'intention de le perdre dans cette usine de mort. Tu me promets que tu restes plantée là, sous cette armoire, tant que je ne reviens pas te chercher ?
Léonie a approuvé de la tête, incapable de décrocher un mot, les yeux fixés sur la détermination farouche de Soline. Notre agente lui a lancé un baiser rapide, un geste de tendresse absurde au milieu du carnage, avant de ramasser son propre Glock au sol.
— Je reviens, petite.
Et elle a filé. Elle a grimpé les escaliers quatre à quatre, ses bottes claquant sur le métal, lancée à la poursuite de cette ombre de cuir noir qui venait de transformer son triomphe érotique en stand de tir foireux.
Dans mon écran, je voyais le point rouge de Soline s'enfoncer dans le labyrinthe des passerelles du secteur 4. Elle n'était plus une femme, c'était une traqueuse, une prédatrice blessée dans son orgueil qui ne s'arrêterait que lorsqu'elle aurait logé une balle entre les deux yeux de la Cheffe.
— Valentin ! J'ai rugi. Dis-moi qu'Inaya est en place ! Si cette garce sort par le toit, il faut qu'on la cueille !
Sur l'écran principal, la silhouette thermique de Soline apparaissait en blanc électrique, une forme nerveuse et gracile qui fendait les couloirs du secteur 4. Derrière elle, dans la salle des serveurs, Léonie restait une petite tache orangée et tremblante.
— Valentin, branche-moi sur l'oreillette de la petite, j'ai ordonné en m'allumant une clope pour calmer mes nerfs.
Un grésillement, puis la voix fluette de Léonie est montée dans les enceintes du labo. Elle avait le souffle court, entrecoupé de petits hoquets nerveux.
— Valentin… tu m'entends ? dit-elle d'une voix blanche. Dis-moi que c'est fini… Dis-moi que j'ai bien tout bloqué. Paris… les gens… ils ne risquent plus rien ?
Valentin a tapoté furieusement, ses yeux reflétant des colonnes de codes verts qui défilaient à une vitesse supraluminique. Il a pris sa voix la plus douce, celle qu'il réserve d'ordinaire à ses processeurs en surchauffe.
— Écoute-moi, Léonie. T'as fait un boulot de titan. Le protocole d'injection du Suc de Circé est gelé à 99,8 %. Les vannes de sortie sont verrouillées physiquement par le court-circuit que t'as balancé. Pour moi, c'est du billard. Paris peut continuer à boire son pastis sans risquer de muter en truc innommable. T'as été super, gamine. Respire, reste bien cachée sous le terminal comme Soline te l'a dit. On gère la suite.
Je me suis penché sur l'épaule de Valentin, mes yeux fixés sur le point blanc de Soline. Elle venait de franchir la porte de l'aile administrative.
— Soline ! J'ai hurlé. À gauche ! Elle vient de s'engouffrer dans le couloir des bureaux de la direction ! Elle a une avance de cinquante mètres, mais elle boite légèrement. La balle de Marco a dû faire des ricochets de débris !
— Je l'ai, Fabrice ! a craché Soline dans son micro. Je ne la lâche pas, cette garce !
Sur la vision thermique, c'était un ballet hypnotique. L'Ombre en cuir noir — la Cheffe — était une traînée de chaleur fuyante. À chaque fois que Soline déboulait dans un bureau, l'autre parvenait à se glisser par une porte dérobée ou une trappe de service. On aurait dit qu'elle connaissait cette usine comme si elle l'avait pondue.
— Putain, elle joue avec mes nerfs ! a pesté Soline. Elle vient de passer par les archives !
— Elle remonte vers les toits, a analysé Valentin en changeant de caméra. Elle essaie de gagner la zone de délestage. Soline, attention, il y a un angle mort dans le couloir J-12. Je perds son signal thermique à cause des tuyauteries de vapeur !
Soline a marqué un temps d'arrêt, son Glock levé, balayant l'obscurité du couloir J-12. La vapeur s'échappait des soupapes dans un sifflement de serpent, créant un brouillard opaque qui rendait les optiques thermiques aussi utiles qu'une paire de lunettes de soleil dans un tunnel.
— Je ne vois plus rien, Fabrice ! a murmuré Soline. C'est un vrai sauna ici !
— Elle est là, Soline… Je le sens, j'ai grondé. Elle t'attend au tournant. Ne fais pas la conne, ne te découvre pas.
Soline a avancé pas à pas, ses bottes glissant sur le sol humide. Le silence était revenu, pesant, seulement troublé par le goutte-à-goutte d'une canalisation percée. Soudain, un mouvement à l'autre bout du couloir. Une silhouette. Soline a fait feu. Trois coups rapides. Pan ! Pan ! Pan !
Le bruit a été assourdissant dans l'espace confiné. Mais quand la vapeur s'est dissipée, il n'y avait personne. Juste un mannequin de sécurité en plastique, criblé de balles de 9 mm.
— Elle me balade, Fabrice ! Elle se fout de ma gueule ! a hurlé Soline, l'orgueil en sang.
— Ne t'énerve pas, ma belle, c'est ce qu'elle veut, a tenté de tempérer Milo qui, pour une fois, ne regardait plus les fesses de personne. Elle cherche la faute. Elle veut que tu te précipites.
À l'écran, on a vu une porte s'ouvrir brutalement trois étages plus haut. La Cheffe venait de gagner la passerelle extérieure, celle qui surplombe la Seine.
— Inaya ! J'ai aboyé dans la radio. C'est ton tour ! Elle sort par le flanc nord ! Si elle s'échappe, je te jure que je te fais passer le restant de ta carrière à trier des fiches de circulation dans le Cantal !
Soline a dévalé sur le toit-terrasse, les poumons en feu et la peau brûlée par le vent glacé qui remontait de la Seine. À cinquante mètres devant elle, la silhouette en cuir noir s'apprêtait à franchir le parapet pour sauter sur le toit de l'usine de retraitement voisine, une vieille bâtisse en briques rouges qui semblait tenir debout par l'opération du Saint-Esprit.
Soline s'est bloquée, les jambes écartées, les deux mains verrouillées sur la crosse de son Glock. C'était le tir de la dernière chance, celui qu'on ne tente que dans les films ou quand on a plus rien à perdre. Elle a visé le centre de la nuque, là où la vie s'arrête net.
Pan !
La balle a sifflé dans l'air froid. On a vu la tête de la cheffe basculer violemment. Le projectile ne l'avait pas tuée, mais il lui avait labouré la joue gauche, emportant un lambeau de peau et de cuir dans une gerbe écarlate. La femme a poussé un cri strident, a basculé par-dessus le vide et a atterri lourdement sur le toit d'en face. Sans demander son reste, elle s'est relevée avec une agilité de bête traquée et s'est engouffrée dans une porte de service rouillée.
— Valentin ! J'ai rugi. Dis-moi que tu as les yeux sur elle !
— Je… je ne peux pas, Fabrice ! a balbutié Valentin, les doigts tremblant sur son clavier. L'usine d'à côté appartient à un consortium privé singapourien. Leurs serveurs sont blindés, je n'ai aucun accès aux caméras intérieures ! Je l'ai perdue !
Là, j'ai senti la vapeur sortir par mes oreilles. J'ai balancé mon casque de communication contre le mur, manquant de peu de décapiter un mannequin d'entraînement qui passait par là.
— ESPÈCE DE BANDE DE BRANQUIGNOLLES ! J'ai hurlé, ma voix faisant vibrer les éprouvettes de Milo. ON A LA CHEF DE LA CHRYSALIDE À PORTÉE DE FUSIL, ET VOUS ME DITES QU'ELLE SE TIRE PARCE QUE VOUS N'AVEZ PAS LES CODES DE SINGAPOUR ? VOUS ÊTES DES INCAPABLES ! DES AMATEURS ! DES TOURISTES EN BABOUCHES !
Je marchais de long en large dans le labo, les poings serrés, la gueule plus rouge qu'une tomate de Marmande en plein mois d'août.
— JE VAIS TOUS VOUS ENVOYER AU FIN FOND DE LA SIBÉRIE ! J'AI UN AMI LÀ-BAS, VLADIMIR, IL A UNE PETITE PROPRIÉTÉ TRÈS SYMPA AVEC DES GULAGS TOUT CONFORT ! IL VOUS APPRENDRA LA RIGUEUR, LUI ! VOUS IREZ TRIER DES CAILLOUX PAR ORDRE DE GRANDEUR ET PAR COULEURS !  PAR MOINS QUARANTE, ÇA VOUS DÉGELERA LES NEURONES !
Milo et Valentin ne menaient pas large. Valentin s'était ratatiné sur son siège, essayant de se faire plus petit qu'un microprocesseur, tandis que Milo s'était soudainement trouvé une passion pour le nettoyage d'une fiole déjà propre. Ils savaient d'expérience que mes colères étaient comme les orages tropicaux : ça tonne, ça foudroie, ça déverse des tonnes de flotte, mais ça dure dix minutes. Au fond, ils savaient que je n'étais qu'un gros toutou qui aboie plus fort qu'un facteur paniqué, mais qui finit toujours par remuer la queue dès qu'on lui gratouille un peu le ventre avec une bonne nouvelle ou une bouteille de rouge.
— Bon… J'ai soufflé en m'asseyant lourdement, l'orage commençant déjà à s'éloigner. Soline est vivante, Léonie est en sécurité et l'eau de Paris ne transformera pas les gosses en têtards géants. C'est déjà ça.
Je me suis tourné vers le micro. 
— Soline, ma belle, laisse tomber la poursuite. Tu es à poil dans une usine désaffectée et tu viens de te coltiner un monstre de foire. Redescends chercher la petite. Inaya ! Ramène la RS6 au pied du secteur 4. On décolle de ce trou à rats avant que les renforts de la Ténébreuse n'arrivent.
Soline a dévalé les escaliers de secours comme une furie, ses bottes claquant sur les marches en fer dans un vacarme de fin du monde. Elle s'en foutait de la discrétion, elle s'en foutait de la cheffe, elle ne voyait plus que le visage blafard de la petite Léonie restée seule au milieu du cauchemar.
Quand elle a déboulé dans la salle des serveurs, l'odeur l'a prise à la gorge : un mélange de métal chaud, d'ozone et cette effluve ferreuse, lourde, qui s'échappait du cadavre de Marco. Léonie était toujours là, recroquevillée sous le terminal, les mains sur les oreilles, les yeux écarquillés sur la mare de sang qui grignotait lentement le béton. Pour un baptême du feu, la gamine avait été servie. Elle qui passait ses journées dans l'asepsie des salles serveurs, entre les ventilos silencieux et les néons blancs, elle venait de se prendre la réalité en pleine poire, et la réalité, ça pue, ça saigne et ça fait un bruit d'enfer.
Dès qu'elle a vu Soline, Léonie a bondi. Elle lui a sauté au cou avec la force du désespoir, manquant de les faire basculer toutes les deux contre une armoire électrique. Et là, les vannes ont lâché. Elle a explosé en sanglots, des spasmes qui lui secouaient tout le corps.
— Je te déteste ! a-t-elle hurlé entre deux sanglots, la tête nichée dans le cou de Soline. Je te déteste, je le déteste lui, je vous déteste tous ! Je veux plus jamais revivre ça ! J'ai cru que j'allais crever, Soline ! Si j'avais eu cinquante piges de plus, je me serais pissée dessus, j'ai flippé ma race !
Soline la serrait fort, sentant le cœur de la petite battre comme celui d'un oiseau pris au piège. Elle ne disait rien, elle laissait la vapeur sortir.
— Moi, je veux un bureau tout propre ! a continué Léonie dans une logorrhée hystérique. Je veux des ordinateurs qui plantent pas, des lignes de code et des trucs que tu peux même pas imaginer derrière ton flingue ! Le terrain, c'est de la merde ! Les balles qui sifflent, les gros balourds qui baisent comme des dieux grecs pour crever la bouche ouverte deux minutes après… j'en veux plus ! Je veux des rencards normaux, avec des mecs normaux, qui ont des bites normales mais qui restent vivants après leur orgasme, bordel ! Je veux rencontrer des filles sublimes, des déesses ou des nanas banales, je m'en fous, mais je veux des gens qui ne sortent pas un canon dès qu'on leur dit bonjour !
Soline a doucement écarté la petite pour plonger ses yeux dans les siens. Elle l'a prise par les épaules, la cajolant, lui caressant les cheveux avec une tendresse infinie. Elle a posé ses lèvres sur les siennes, d'abord pour la faire taire, puis pour l'apaiser. Le baiser est devenu plus profond, plus urgent. Léonie y a répondu avec une rage de survivante, s'agrippant au néoprène de la combinaison de Soline. Elle avait besoin de sentir cette chaleur, ce goût de vie pour chasser l'image du regard vitreux de Marco.
Pendant un instant, la petite a glissé sa main vers la fermeture éclair de Soline. Elle avait envie de la reprendre là, sur le champ, de faire l'amour pour oublier la mort. Mais l'ambiance était trop lourde. Le cadavre qui refroidissait à deux mètres, l'odeur de la poudre, l'ombre de la Cheffe qui rôdait peut-être encore… la libido de Léonie a fait un tête-à-queue.
Soline a senti l'hésitation. Elle lui a décoché un de ses sourires qui rendrait un curé athée et lui a caressé la joue.
— On ne perd rien à attendre, ma belle, a-t-elle murmuré. Je vais te faire ton quatre-heures, je te le promets. On va baiser comme des folles, on invitera des mecs, des nanas, tout le régiment si tu veux, mais ailleurs qu'ici. Dans un lit douillet, avec du champagne et pas de sang sur le tapis.
Elle lui a redonné un baiser rapide, mais chargé de promesses. 
— Allez, viens. Inaya nous attend en bas. Il est temps de s'éclipser avant que la police ou les autres frapadingues ne rappliquent.
Léonie a essuyé ses larmes d'un revers de manche, a jeté un dernier regard de dégoût au corps de Marco, et a emboîté le pas à Soline. Dans l'oreillette, j'entendais leurs souffles et le bruit de leurs pas qui s'éloignaient du désastre.
— C'est ça, mes gazelles, j'ai soufflé au labo en rallumant un cigare. Rentrez à la maison. Papa Fabrice s'occupe du reste.
J'ai vu l'Audi d'Inaya glisser comme une ombre sur le parking désert, ses feux arrière rouges dessinant deux traits de sang dans la nuit avant de disparaître au premier tournant. Sur l'écran de contrôle, le secteur 4 n'était plus qu'une carcasse sombre et silencieuse, une tombe de béton où Marco commençait déjà à refroidir à côté de ses serveurs en rade.
— Elles sont en route, a soufflé Valentin en lâchant son clavier. Signal GPS stabilisé. Elles rentrent à la piscine.
J'ai retiré mon casque, sentant le poids de la fatigue me tomber sur les épaules d'un coup. J'ai balayé le labo du regard. Milo était déjà en train de ranger ses fioles, l'air pensif, sans doute en train de calculer mentalement la dose de calmants qu'il allait devoir injecter à la petite Léonie pour qu'elle ne nous fasse pas une dépression nerveuse carabinée dans les trois heures.
Je me suis rallumé un dernier cigare, le genre de barreau de chaise qui vous décape les bronches mais qui vous rappelle que vous êtes encore du bon côté de la pelouse. J'imaginais très bien l'ambiance dans la bagnole : Inaya qui fait son numéro de chauffeur de luxe pour détendre l'atmosphère, Soline qui essaie de se nettoyer les bras avec des lingettes parfumées, et la gamine, au milieu, qui réalise qu'elle vient de troquer son innocence contre une place de choix dans le grand cirque de la DGSS.
Elles allaient arriver ici avec les nerfs en pelote et l'adrénaline qui redescend comme une mauvaise gueule de bois. Il allait falloir gérer le débriefing, les rapports à la mords-moi-le-nœud pour la hiérarchie et, surtout, empêcher Soline de coller son poing dans la gueule de la première personne qui lui demanderait pourquoi elle a raté la Cheffe.
— Allez, les enfants, on remballe, j'ai grogné en direction de mes deux acolytes. La récré est finie. Paris est sauvée pour ce soir, mais j'ai comme l'impression que la Chrysalide n'a pas fini de nous brouter les amygdales.
J'ai jeté un dernier coup d'œil au moniteur 4, là où le corps de Marco n'était plus qu'une tache thermique virant doucement au bleu froid.
— Dors bien, mon gros, j'ai murmuré pour moi-même. T'as eu le paradis et l'enfer dans la même minute. On ne peut pas en dire autant de tout le monde.
J'ai éteint la console centrale d'un geste sec. Noir total. Direction le parking souterrain pour accueillir mes gazelles. La nuit allait être encore longue, très longue, et je sentais que le plus dur restait à faire : convaincre Léonie que la vie, la vraie, c'est justement ce bordel de sang, de sueur et de baisers volés entre deux catastrophes.
 
À suivre…
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