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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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La Chrysalide Noire — Chapitre 9 · Episode IX

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Maitre_L
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La Chrysalide Noire

Chapitre 9 · Episode IX

LA CHRYSALIDE NOIRE
ÉPISODE IX :
On a quitté le QG de Vauthier avec une sensation de sursis au bout des doigts. Dehors, l'air de Paris commençait à peser lourd, comme si l'ombre de la citerne de Choisy s'étirait déjà sur les boulevards.
— On ne va pas prendre un taxi, le grand, a lâché Soline en sortant son portable. J'ai mieux. Une vraie pilote qui sait faire chanter la gomme et qui ne pose pas de questions sur les trous de balles dans la carrosserie.
Elle a composé un numéro avec un petit sourire en coin que je ne lui connaissais pas. 
— Inaya ? C'est moi. On est au QG de Vauthier. On a besoin d'une extraction express vers Mortier. Ramène ta beauté, on t'attend.
On s'est calés contre le mur de briques du QG, le temps de laisser la pression redescendre d'un cran. Soline m'a tendu une blonde, j'ai craqué l'allumette. On a savouré le silence de la rue, profitant de cette pause bienvenue après avoir secoué le cocotier du présidentiable. On se demandait juste où ce rat de Vauquelin avait bien pu terrer sa carcasse après sa sortie de piste au boulevard Mortier. On ne savait pas encore que le binoclard venait de transformer le réseau d'eau en couloir de la mort. Pour nous, c'était juste une fin de journée de barbouzes, avec une clope au goût de victoire amère.
On a eu largement le temps de la fumer jusqu'au filtre. C'est au moment où j'écrasais mon mégot sous mon talon qu'un rugissement de fauve en colère a rebondi sur les façades haussmanniennes. Inaya n'était pas du genre à traîner en route.
Une Audi RS6 noir mat, les anneaux de la calandre aussi sombres que l'âme d'un pécheur, a déboulé au coin de la rue. Vitres teintées plus noires que l'enfer, jantes de 22 pouces qui semblaient vouloir mordre le goudron, c'était pas une voiture, c'était un avion de chasse furtif monté sur quatre boudins de gomme. L'intérieur, c'était le grand luxe : du cuir Nappa surpiqué de rouge, une odeur de neuf mêlée à celle d'un parfum capiteux, et assez de chevaux sous le capot pour satelliser une église.
Elle a pilé devant nous dans un crissement millimétré, nous envoyant un nuage de poussière et d'adrénaline en plein buffet. La portière conducteur s'est ouverte sur cette vision de rêve.
Inaya Belkacem est descendue de son destrier d'acier.
Une panthère. Un mètre soixante-quinze de muscles longs et fins sous une combinaison en néoprène noire qui lui moulait les hanches à vous rendre aveugle un cardinal. Des cheveux noirs bouclés qui tombaient en cascade sauvage sur des épaules de nageuse de combat, et ce regard de braise, sombre et profond, qui semblait déjà lire vos fantasmes les plus inavouables.
Soline ne lui a pas laissé le temps de dire "bonjour". Elle s'est jetée sur elle, et les deux femmes se sont fondues dans un baiser si intense, si sauvage, qu'on aurait pu faire cuire un steak sur le capot de l'Audi. Leurs mains cherchaient la chair, les courbes, avec une urgence de naufragées qui retrouvent la terre ferme. C'était brut, organique, et j'avoue que mon pantalon a commencé à protester vigoureusement contre l'étroitesse de sa coupe.
Écoute-moi bien, mon bon, ma splendeur, mon indécis du bulbe ! Pose ton binocle et respire un grand coup, parce que ce que mes billes sont en train d'imprimer, c'est du velours pour l'âme et de la dynamite pour le calcif. Voir deux demoiselles de cette qualité se bécoter le naseau et se palper la bidoche avec une ferveur de missionnaires en terre inconnue, c'est le summum du summum, le pompon sur la Garonne, la cerise sur le gâteau de la création !
Y'a rien de plus esthétique, de plus harmonieux, de plus divinement foutu que deux courbes féminines qui s'emboîtent comme les pièces d'un puzzle clandestin. C'est de la poésie en mouvement, une symphonie de courbes et de soupirs qui te ferait dresser le poil à un eunuque de la dynastie Ming. On est loin de la galipette routinière entre la poire et le fromage. Là, c'est de la gastronomie fine, de l'orfèvrerie de la peau, du grand art charnel qui te rappelle que la nature, quand elle ne s'occupe pas de nous envoyer des virus ou des impôts, a quand même de sacrés éclairs de génie.
Mais attention, faut pas se mentir : le vrai miracle, le miracle biblique qui te ferait marcher sur l'eau sans te mouiller les sandales, c'est pas seulement de regarder. Non, mon pote. C'est quand tu piges que le ticket d'entrée est valide pour trois. C'est quand tu sens que la place du milieu n'attend que ton auguste personne pour transformer ce duo de charme en trio d'enfer. Là, tu n'es plus au spectacle, tu es dans l'orchestre, tu joues la partition à pleines mains ! 
Participer à ces ébats, se fondre dans ce mélange de senteurs et de souplesses, c'est toucher du doigt le paradis sans avoir besoin de passer par la case cercueil. C'est le Graal, la quête ultime, le nirvana avec vue imprenable sur la vallée du plaisir.
Alors je te laisse imaginer ma gueule, planté sur le trottoir avec ma clope au bec, devant ces deux déesses qui s'inventent des nouveaux alphabets avec les lèvres. Si je ne les arrête pas, elles finissent par nous redécorer le capot de l'Audi en mode fresque érotique de Pompéi. C'est beau, c'est pur, et ça te redonne une foi en l'humanité que même un discours de ministre ne parviendrait pas à t'enlever.
— Eh, les amours ! J'ai fini par couper, les yeux pleins de ce spectacle que j'aurais bien prolongé jusqu'à l'aube. Je ne voudrais pas jouer les rabat-joie, mais on ferait bien d'aller faire notre rapport au Vieux avant qu'il nous ponde un œuf. Gardez-en un peu pour le dessert !
Inaya s'est détachée des lèvres de Soline, un filet de salive brillant entre elles, son regard croisant le mien avec une lueur de défi amusé.
— Toujours aussi pressé, Belmonte ? a-t-elle lancé d'une voix qui avait le grain du sable chaud.
— On trouvera un moment plus tard pour s'amuser, j'ai ajouté avec un clin d'œil.
Les deux femmes se sont regardées, puis m'ont fixé avec un ensemble parfait.
— OK, a répondu Soline, mais tu t'amuses avec nous !
— Évidemment, j'ai répondu avec un sourire de prédateur. Cela va de soi !
— Allez, les enfants, en voiture ! a lancé Inaya avec un clin d'œil qui en disait long sur ses intentions futures. On a un rendez-vous avec l'Histoire, et je n'aime pas arriver à la bourre.
On s'est engouffrés dans le cuir Nappa. Soline devant, à côté de sa panthère, et moi derrière, savourant le spectacle des deux nuques qui se frôlaient à chaque virage serré. Inaya conduisait comme une déesse de la piste, les mains agiles, le regard fixe, balançant le monstre allemand dans les rues de Paris avec une aisance qui te ferait passer un pilote de Formule 1 pour un conducteur de dominicale.
Le trajet n'a duré qu'un souffle. Un enchaînement de feux grillés, de pneus qui pleurent et de montées en régime qui te massent les vertèbres. On a fini par s'immobiliser devant la grille blindée du boulevard Mortier. Le temps de montrer les pattes blanches, et on s'enfonçait dans les entrailles de la DGSS.
On a défoncé le labo 4 comme une volée de plomb dans une porte de grange.
Le labo 4, c'était le royaume de Milo Bresson. Un espace où l'ordre n'était qu'une vue de l'esprit et où l'air saturé d'ozone te piquait les narines dès l'entrée. Milo, c'était un spécimen rare. Quarante et un ans au compteur, mais l'énergie d'un gamin de dix ans qui vient de découvrir que la poudre à canon, ça fait "boum". Sous sa blouse blanche constellée de brûlures d'acide et de taches de café, il portait d'éternelles bretelles sur un vieux pull en laine qui grattait rien qu'à le regarder. Ses cheveux, c'était un buisson ardent de boucles rousses et grises en bataille permanente, comme s'il vivait branché sur le 220 volts.
— Regarde-moi ça, Fabrice ! s'enthousiasma-t-il en ajustant ses lunettes rondes qui ne tenaient que par un miracle d'équilibre sur son nez aquilin.
Il avait ce tic nerveux de se frotter les mains dès qu'une catastrophe pointait son nez. Milo, c'était l'adorable fou du village de la DGSS. Un type capable de te fabriquer un détonateur avec un élastique et un chewing-gum, mais qui oubliait régulièrement de manger ou de dormir. Il vivait dans les molécules. Sa seule compagne, c'était une vieille plante verte déplumée qu'il arrosait avec des mélanges expérimentaux – elle était la seule de son espèce à briller dans le noir.
— Le Suc de Circé, c'est de l'orfèvrerie, reprit-il, une lueur de fascination morbide dans ses yeux bleus délavés. Mais mon antidote… ah, mon antidote ! C'est du velours, mon petit. Ça va leur rincer la tuyauterie plus vite qu'une purge au sel de Glauber !
À quelques mètres de ce chaos de cornues et de béchers, Valentin Dechaux détonait par sa précision millimétrée. C'était l'antithèse du chimiste. Soigné jusqu'à la pointe de ses Richelieus vernies, il portait une chemise en coton égyptien dont le blanc immaculé semblait repousser la poussière par simple mépris. Trente-cinq ans, une allure de dandy de la Silicon Valley, avec un casque audio haute fidélité toujours vissé sur ses oreilles ou reposant sur ses épaules comme un collier de technologie.
Valentin, c'était le magicien des ondes. Ses doigts longs et effilés dansaient sur les claviers avec une grâce que les pianistes de concert lui envieraient. Mais derrière cette froideur d'expert se cachait un cœur d'artichaut qui battait la chamade dès que j'entrais dans la pièce. Il ne s'en cachait pas, sans jamais être lourd. C'était sa manière à lui d'être loyal : il aimait le patron, alors il protégeait le réseau comme si c'était sa propre vie.
— J'ai isolé la signature du serveur de Vauquelin, Fabrice, lança Valentin sans quitter ses écrans des yeux, sa voix mélodieuse tranchant avec le silence de mort qui tombait sur la pièce.
Il se tourna un instant vers moi. Son visage était fin, presque trop beau pour ce métier de brutes. Il me lança un regard chargé d'une dévotion silencieuse, ce genre de regard qui te dit qu'il irait hacker les serveurs du Bon Dieu si je le lui demandais poliment.
— C'est un maillage complexe, continua-t-il en se replongeant dans le code. C'est comme essayer de dénouer un plat de spaghettis avec des moufles. Mais avec Léonie sur place, on va leur faire une ablation des réseaux sans anesthésie.
Il y avait un respect mutuel entre le dandy des ondes et la petite génie du code. Une sorte de fraternité des cerveaux.
— Bon, Milo, file-lui tes joujoux ! j'ai ordonné.
Le chimiste fou s'approcha de Léonie, un sourire presque paternel sur son visage buriné. Il lui tendit un poudrier en nacre. — Tiens, ma grande. C'est du compact, mais pas pour ton teint. Si tu appuies sur le miroir, tu déclenches une impulsion électromagnétique de proximité. Ça crame tout ce qui a un circuit intégré dans un rayon de cinq mètres. Pratique pour les gardes qui ont des oreillettes… ça leur fait bouillir le cerveau en douceur.
Léonie prit l'objet d'une main tremblante. Elle regarda Milo, puis Valentin qui lui adressa un clin d'œil complice, avant de se tourner vers Inaya et Soline qui l'attendaient déjà près du monte-charge.
J'ai planté mes pognes sur les épaules de Valentin, sentant le tissu de sa chemise de luxe sous mes doigts. Le petit dandy n'avait plus rien du gravure de mode ; il suait à grosses gouttes sur sa console. Sur les écrans, la trajectoire de l'Audi ressemblait à une ligne de coke tracée par un épileptique.
— Valentin, mon biquet, fais-moi grâce de ton jargon de polytechnicien ! J'ai rugi. Dis-moi juste si ces enfoirés ont déjà le doigt sur la détente.
Valentin a avalé sa salive, ses doigts pianotant un staccato nerveux. 
— C'est du lourd, Fabrice. C'est pas du vigile de supermarché qu'ils ont en face. Le signal que je chope, c'est du cryptage OTAN, du matos qui coûte le PIB d'un petit pays d'Afrique. Si les filles déboulaient par le portail, elles vont se faire transformer en passoire avant d'avoir pu dire "merde".
J'ai jeté ma clope, la troisième en dix minutes et j'ai empoigné le micro. 
— Inaya ! Soline ! Écrasez vos désirs de gloire et écoutez-moi bien ! Le portail principal, c'est le terminus des prétentieux. Y'a du monde au balcon et ils ont pas l'intention de vous offrir les fleurs. Inaya, tu nous fais une marche arrière de cinéma et tu piques vers les vieux abattoirs. C'est dégueulasse, ça sent la charogne et le rat crevé, mais c'est le seul endroit où leurs radars vont nous lâcher la grappe !
À l'autre bout, le rugissement de la RS 6 a couvert un instant la voix de Soline.
— Les abattoirs ? Tu parles d'un plan romantique, mon grand ! J'espère que tu nous as prévu un bain moussant à l'arrivée, parce que là, on va pas sentir la rose !
— Soline, ma beauté, t'occupe pas de l'odeur, contente-toi de garder ton Glock chaud ! J'ai balancé en sentant mon sang cogner dans mes tempes.
Dans le coin du labo, Milo était en train de gesticuler comme un possédé devant une éprouvette qui fumait d'un vert suspect.
— Valentin ! Fais-lui passer la fréquence 442 à la petite ! a crié le chimiste en ajustant ses binocles. Si elle doit claquer mon poudrier EMP, faut qu'elle le fasse quand elle sera au niveau du collecteur gamma, sinon ça va juste faire griller le grille-pain du concierge !
— Reçu, Milo ! a couiné Léonie à la radio. J'ai… j'ai peur, Fabrice. Y'a des drones au-dessus de nous, je les entends !
— T'inquiète pas, ma puce, j'ai dit d'une voix que j'espérais plus ferme que mes fesses au réveil. T'es avec les deux meilleures tueuses de la capitale. Inaya, envoie la gomme !
Inaya ne s'est pas fait prier. J'ai entendu le hurlement des pneus qui agonisaient sur le goudron. Elle a balancé le monstre allemand dans une contre-allée sombre, là où Paris oublie d'être belle. Les abattoirs de Choisy se dressaient devant elles comme des squelettes de béton sous la lune.
— On y est, a lâché Inaya, et sa voix n'avait plus rien de la caresse de tout à l'heure. C'était du métal froid. Soline, check ton matos. Léonie, colle-toi à nous et n'oublie pas : si ça bouge et que ça porte pas de dentelle, on allume.
L'Audi RS6 s'est engouffrée dans une ruelle qui puait la pisse et le désespoir, juste derrière les vieux abattoirs. Inaya venait de couper les phares pour finir en roue libre quand, manque de bol, une rampe de gyrophares a déchiré le noir de la nuit. Une voiture de police, une brave Skoda qui semblait s'excuser d'exister face au monstre allemand, nous barrait la route.
— Et merde ! a lâché Inaya en écrasant le frein. La patrouille de nuit. Ils ont dû flairer l'odeur du pneu brûlé.
Au labo, j'ai manqué de m'étrangler avec ma clope. 
— Valentin ! Dis-moi que tu peux nous éteindre ces deux loustics à distance !
— Pas possible, Fabrice, a couiné le dandy, les yeux rivés sur ses ondes. Si je pirate leur système radio maintenant, l'alerte va remonter au central en trois secondes. On est dans la mélasse.
Deux flics sont descendus de la Skoda. Le premier, un grand sec qui portait son uniforme comme si c'était un pyjama trop grand, et le second, un petit trapu avec une moustache qui ressemblait à une chenille en deuil. Ils s'approchaient avec cette démarche de cow-boys de banlieue, la main sur le holster.
Soline a jeté un regard à Inaya. Un regard qui en disait long sur la suite du programme. 
— Léonie, planque-toi sous le siège et bouge pas une narine, a chuchoté Soline. Inaya, ma beauté, c'est ton moment. Fais-leur le grand jeu. Moi, je me tire par la porte arrière avec la petite.
— Reçu, a répondu la panthère en déboutonnant sa combinaison de néoprène jusqu'à la limite du raisonnable, laissant deviner une naissance de poitrine qui ferait démissionner un ministre de l'Intérieur.
Inaya est descendue de la voiture au moment où le grand sec arrivait à sa hauteur. Elle lui a balancé un sourire qui aurait pu faire fondre le bitume. — Bonsoir, messieurs les agents. J'espère que je n'ai pas fait trop de bruit ? C'est que mon… moteur est un peu capricieux.
Le grand sec est resté planté là, la bouche à moitié ouverte, ses yeux faisant le ping-pong entre le décolleté d'Inaya et ses yeux de braise. Le trapu à moustache s'est approché, lui aussi, oubliant direct la plaque d'immatriculation.
— Euh… bonsoir Mademoiselle, a bafouillé le moustachu en essayant de reprendre une contenance de gardien de la paix. Vous savez que vous rouliez un peu vite ?
Pendant qu'Inaya s'appuyait contre la portière, cambrée comme une déesse de l'Olympe en goguette, Soline et Léonie se sont glissées hors de l'Audi par le côté sombre, s'évaporant dans l'ombre des abattoirs comme deux fantômes.
— Oh, je sais, a roucoulé Inaya en passant une main dans ses boucles noires. Mais quand on a autant de chevaux entre les jambes, c'est dur de rester calme, vous ne trouvez pas ? Dites-moi, mon grand, vous n'auriez pas envie de vérifier si tout est bien… en règle à l'intérieur ? J'ai un petit souci avec la sellerie cuir… Elle est très sensible au toucher.
Le grand sec a jeté un regard à son collègue. Le moustachu a hoché la tête avec la vivacité d'un chien à l'arrière d'une plage arrière. Ils avaient complètement oublié la mission, l'Audi, et probablement le nom de leur mère.
— On va… On va regarder ça de plus près, a lâché le grand, la voix qui avait monté de deux octaves.
Au labo, Milo s'est frotté les mains avec un rire de vieux satyre. 
— Regarde-moi ça, Valentin ! Inaya est en train de leur faire un contrôle technique au corps ! Si elle continue, elle va nous les transformer en statues de sel !
— Inaya, t'es une sainte, j'ai murmuré dans le micro, les yeux fixés sur la silhouette de Soline qui s'enfonçait déjà vers le collecteur gamma. Mais fais gaffe, nous les épuise pas trop, on pourrait avoir besoin de renforts !
L'Audi RS6 tanguait doucement sur ses suspensions de 22 pouces, tel un paquebot de luxe en pleine tempête hormonale. Inaya, notre panthère au regard de braise, venait de faire monter les deux perdreaux de la Nationale sur la banquette arrière, les invitant d'un geste de reine à venir vérifier "l'élasticité du cuir ".
Au labo, Valentin avait les oreilles cramoisies et Milo avait carrément lâché ses éprouvvettes pour se coller à l'écran, les yeux exorbités.
— Regarde-moi ça, Fabrice ! a soufflé le vieux satyre. Elle les traite comme des rois, la petite ! Elle nous fait un double service à la carte !
Inaya ne perdait pas de temps. D'un geste fluide, elle s'était emparée des attributs de nos deux gaillards. L'un était long et fin comme un jour sans pain, l'autre petit et trapu comme un bouchon de champagne prêt à sauter. Elle leur a offert une gâterie de bienvenue, une de ces attentions qui vous font oublier jusqu'à votre matricule. Les deux flics, au garde-à-vous comme pour un défilé du 14 juillet, ont vite perdu tout sens des réalités.
Ils l'ont déshabillée avec une fébrilité de gamins déballant leurs cadeaux de Noël, pour découvrir un ensemble de lingerie violet qui lui collait à la peau comme une seconde promesse de péché. Le grand sec s'est jeté sur ses seins en forme de poires avec la faim d'un naufragé, tandis que le moustachu passait une main gourmande dans sa culotte. Il y a découvert une toison brune, entretenue comme un jardin de curé, au milieu de laquelle se cachait un petit bouton de rose si sensible qu'au moindre effleurement, la donzelle se cambrait en poussant des soupirs à réveiller les morts.
Inaya se laissait entreprendre, la tête renversée, mais son cerveau de barbouze tournait à plein régime. À chaque gémissement un tantinet exagéré, elle espérait que Soline et Léonie avançaient dans l'ombre sans encombre. De toute façon, nos deux képis n'auraient pas remarqué une invasion de chars russes ; l'un avait la tête perdue dans ses nichons et l'autre était trop occupé à explorer ses profondeurs.
Sentant le moment venu, elle a pris les choses en main. Elle a grimpé sur le grand sec, s'empalant sur son sexe avec un cri de jouissance qui a fait vibrer les vitres teintées. Le petit trapu, refusant de rester sur la touche, attirait Inaya sur lui pour l'embrocher à son tour comme un mouton qu'on prépare pour un méchoui. Elle sautait sur les genoux du petit moustachu, sentant son propre orgasme pointer le bout de son nez malgré le danger. Allier l'utile à l'agréable, c'est pas seulement un adage, c'est un mode de vie chez nous !
Une fois repue et les yeux un peu vitreux, elle a demandé aux deux flics de sortir de la bagnole. Elle s'est agenouillée devant eux sur le bitume crasseux de Choisy et, d'un regard de défi, leur a demandé de se vider sur son visage. Les deux n'en revenaient pas ; c'est pas tous les jours qu'on tombe sur une pouliche de concours pareille lors d'une patrouille de routine. Ils ont joui de concert, tartinant sa jolie figure de leur plaisir solitaire, chacun pensant à sa rombière qui les attendait sagement au bercail (sans se douter que les épouses en question étaient sûrement en train de s'envoyer en l'air avec des garçons de café rencontrés l'après-midi même).
Une fois rhabillés et le sourire niais jusqu'aux oreilles, ils lui ont souhaité une bonne soirée en lui recommandant d'être prudente au volant. Tu parles d'une ironie ! Inaya a remis ses fringues, a repris place au volant et, fixant la petite caméra sur le tableau de bord avec un clin d'œil incendiaire, elle a lâché :
—  Ça va les gars, le spectacle vous a plu ? 
Dans le labo 4, l'atmosphère était plus chargée qu'un nuage d'orage au-dessus d'une raffinerie. Valentin, d'ordinaire si maître de lui, avait les yeux rivés sur le moniteur, une lueur étrange dans le regard. Il ne disait rien, mais on voyait bien que le duo de la Nationale, avec leurs uniformes froissés et leurs sexes au garde-à-vous, n'était pas pour lui déplaire.
— Dis donc, Inaya, a-t-il lâché d'une voix un peu rauque, tu n'as pas pensé à leur demander leurs numéros de matricule… ou de portable ? Pour la suite de l'enquête, bien sûr. On pourrait avoir besoin de… témoignages supplémentaires.
Milo, lui, était dans un état proche de la syncope. Le vieux chimiste transpirait à grosses gouttes, et une protubérance plus qu'équivoque déformait cruellement son pantalon blanc de travail, comme s'il cachait une éprouvette géante dans sa poche. Il s'éventait avec un dossier secret-défense, le regard hagard.
— Par tous les saints du tableau périodique ! a-t-il bafouillé. Si j'avais su que la chimie organique menait à de tels précipités, j'aurais redoublé ma terminale dix fois de suite !
J'ai pris le micro, la voix ferme malgré le spectacle que je venais de savourer. 
— Inaya, ma beauté, écoute-moi bien. Ce que tu viens de faire là, c'est pas seulement de la diversion, c'est de l'art. De l'abnégation sans faille. On ne te donnera jamais la Légion d'Honneur pour avoir servi de réceptacle à la semence de la République sur un parking, mais sache que si on s'en sort, la patrie te sera éternellement reconnaissante. Et moi le premier.
À l'écran, Inaya a essuyé d'un revers de main une dernière trace brillante sur son menton, a remonté sa fermeture éclair avec un bruit sec de métal et a lancé un clin d'œil incendiaire à la caméra. 
— La patrie repassera, Fabrice. Je me contenterai d'une bouteille de Cristal et d'un bon massage de la part de Soline quand tout ça sera fini. Maintenant, on repasse en mode sérieux. Les deux tourtereaux sont en train de rêver de moi dans leur Skoda, on a le champ libre.
— Valentin ! J'ai aboyé pour ramener tout le monde sur terre. Suis Soline et Léonie ! Elles sont où ?
Valentin a secoué la tête pour chasser les images de képis en érection et a tapoté furieusement son clavier. 
— Elles sont dans le sas de décontamination du secteur 4. Léonie est en train de court-circuiter le lecteur de badge. Mais Fabrice… Le catalyseur de thermique de Vauquelin vient de passer au rouge. La température de la cuve monte en flèche. Si elles ne balancent pas l'antidote de Milo maintenant, le Suc de Circé va se fixer définitivement dans l'eau.
— Soline ! J'ai hurlé. Bouge-toi ! On n'a plus le temps pour les préliminaires !
À suivre…
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