00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
✦ tounet777 Le prix de la victoire XSTORY
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

Le prix de la victoire — Chapitre 10

27 minutes
3
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

Auteur

Photo de profil de tounet777
tounet777
Histoires publiées
516
Abonnés
167
J'aime cumulés
6.3k

Le prix de la victoire

Chapitre 10

Chapitre 10
Cinq mois se sont écoulés depuis le gala, et tout semble s'être stabilisé dans une normalité presque parfaite. Les entraînements s'enchaînent, les matchs s'empilent, les victoires s'accumulent. Kylian est devenu indispensable à l'équipe : il marque, il défend, il fait rire les coéquipiers dans le vestiaire. Moi, je reste le capitaine implacable, celui qui donne les ordres sur le terrain et dans l'intimité. À la maison, le rituel est immuable : il rentre, se déshabille sans que je le demande, vient se coller contre moi, nu, le bracelet toujours au poignet. Nous mangeons, nous parlons de tout et de rien, puis je le prends – lentement ou brutalement, selon mon humeur. Il jouit en gémissant mon nom, les yeux brillants, le corps tremblant de cette soumission totale qui me rend fou. Il n'y a plus de résistance. Plus de doute visible. Juste une confiance aveugle, presque dangereuse.
Jordan passe encore de temps en temps. Kylian rit avec lui, raconte des anecdotes d'enfance, et je reste calme, une main possessive sur sa cuisse sous la table. L'équipe nous voit comme deux coéquipiers proches, rien de plus. Emma n'a plus donné signe de vie depuis longtemps. Tout est stable. Trop stable, peut-être.
Un soir de fin septembre, cinq mois exactement après le gala, je rentre tard d'un entraînement supplémentaire où Kylian n'a pas pu rester car il devait aller passer une visite médicale. Kylian est déjà à la maison. Je le trouve assis sur le canapé, nu comme d'habitude, le téléphone entre les mains, les yeux fixés sur l'écran. Il sursaute quand j'entre, range l'appareil trop vite, me sourit comme si de rien n'était.
— Tu es rentré tôt, dit-il en se levant pour venir m'embrasser.
Son baiser est doux, mais il y a quelque chose dans son regard – une ombre, une hésitation infime. Je passe une main dans ses cheveux mouillés de sueur de l'entraînement, descends jusqu'à sa nuque, serre légèrement.
— Tout va bien ?
— Oui… juste un message d'un fan. Rien d'important.
Il se colle contre moi, son sexe déjà à moitié dur contre ma cuisse. Nous mangeons. Nous parlons du match à venir. Nous baisons sur le canapé – lui à quatre pattes, moi derrière, le prenant profondément, le faisant gémir jusqu'à ce qu'il jouisse. Tout semble normal.
Mais le lendemain matin, pendant que je bois mon café, son téléphone vibre sur la table basse. Il est dans la salle de bain. L'écran s'allume. Une notification Instagram. Un compte sans photo de profil. Je ne touche pas. Quand il sort, il prend le téléphone, lit le message, et son visage se fige une fraction de seconde. Puis il sourit, pose l'appareil, vient m'embrasser dans le cou.
— Un fan qui me félicite pour le dernier but, dit-il.
Je hoche la tête. Nous partons à l'entraînement. Mais je remarque : il vérifie son téléphone plus souvent. Il le met en mode silencieux. Il rougit parfois sans raison quand il lit un message.
Les jours suivants, les notifications deviennent régulières. D'abord une ou deux fois par semaine. Toujours Instagram. Toujours le même compte anonyme : @shadow_handball_lover. Pas de photo, pas de nom. Kylian ne me montre rien. Il lit, range le téléphone, continue sa journée. Mais je vois les changements subtils.
Il sursaute quand son téléphone vibre. Il le garde dans sa poche même quand nous sommes seuls. Pendant les repas, il jette des regards furtifs vers l'écran. Au lit, il est toujours obéissant, mais il y a une hésitation infime avant de se mettre à genoux, un regard qui s'attarde une seconde de trop sur mon visage, comme s'il cherchait quelque chose qu'il n'arrive plus à trouver.
Une semaine plus tard, un soir où nous sommes sur le canapé après l'entraînement, son téléphone vibre plusieurs fois de suite. Il le prend, lit, et cette fois son visage pâlit. Il se lève d'un coup, prétexte qu'il va chercher de l'eau, et reste longtemps dans la cuisine. Quand il revient, ses yeux sont rouges. Il sourit quand même, s'assoit contre moi, mais sa main tremble un peu quand il passe ses doigts dans mes cheveux.
— Tout va bien ? je demande en caressant sa nuque.
— Oui… juste un fan un peu lourd. Rien de grave.
Il ment. Je le sens. Mais je n'insiste pas. Pas encore.
Les messages s'intensifient. Kylian devient distant. Il répond moins vite à mes ordres. Il reste plus longtemps sous la douche après l'entraînement. Un soir, je le surprends en train de regarder son téléphone dans la chambre, la lumière bleue éclairant son visage. Il sursaute quand je rentre, ferme l'application immédiatement, et me dit qu'il regardait juste les stats du prochain match.
Mais je vois bien qu'il doute. Ses sourires sont plus forcés. Quand je le touche, il réagit toujours avec désir, mais il y a une ombre dans son regard, une question silencieuse qu'il n'ose pas poser.
Puis, un jeudi soir, tout bascule pour de bon.
Nous rentrons tard. Je suis sous la douche. Kylian est dans le salon. Quand je sors, enveloppé d'une serviette, il est assis sur le canapé, le téléphone entre les mains, les yeux fixés sur l'écran. Son visage est blanc. Des larmes coulent silencieusement sur ses joues. Il ne m'a pas entendu arriver.
Je m'approche doucement. Il lève la tête. Ses yeux sont remplis d'une douleur que je ne lui ai jamais vue depuis des mois.
— Kylian… qu'est-ce qui se passe ?
Il hésite. Sa voix est rauque, cassée.
— Rien… c'est… un ancien fan. Il m'envoie des trucs bizarres.
Il veut ranger le téléphone, mais je suis plus rapide. Je prends l'appareil. L'Instagram est ouvert. Le compte anonyme. Le dernier message est une photo.
Une photo de moi. Dans un bar que je ne fréquente pas. En train d'embrasser un homme que je n'ai jamais vu.
Et juste en dessous, un message vocal. Une voix qui ressemble étrangement à la mienne :
— Kylian n'est qu'un passe-temps. Je reprends ma liberté bientôt. Il est trop collant de toute façon.
Kylian me regarde, les yeux brillants de larmes, la voix tremblante :
— Dis-moi que c'est faux… s'il te plaît… dis-moi que c'est faux…
Pour la première fois depuis longtemps, je vois le doute s'installer vraiment dans son regard. Un doute profond, violent, qui commence à tout fissurer.
Et je sais que ce n'est que le début.
Je reste figé devant lui, le téléphone encore dans ma main. La photo est là, criante de vérité apparente : moi dans un bar que je ne connais pas, en train d'embrasser un homme que je n'ai jamais vu. Le message vocal tourne en boucle dans ma tête, cette voix qui ressemble trop à la mienne. Kylian me regarde, les yeux brillants de larmes qu'il retient de toutes ses forces, les mâchoires serrées. Son corps nu tremble légèrement sous la lumière tamisée du salon.
— Dis-moi que c'est faux… murmure-t-il d'une voix cassée. Dis-moi que ce n'est pas toi. Dis-moi que tout ça, c'est des mensonges.
Je repose lentement le téléphone sur la table basse. Mon cœur bat fort, mais pas de peur. De colère. Une colère froide qui monte en moi comme une vague.
— C'est faux, Kylian. Tout est faux. Je ne suis jamais allé dans ce bar. Je n'ai jamais embrassé cet homme. Quelqu'un te manipule.
Il recule d'un pas, comme si mes mots l'avaient giflé. Ses poings se serrent le long de son corps. Il secoue la tête, les larmes au bord des cils qu'il refuse de laisser couler devant moi.
— Tu mens. Ça fait des jours… des jours que je reçois ces messages. Des photos. Des vidéos. Des voix. Toujours toi. Toujours avec d'autres. Toujours en train de dire que je ne suis qu'un jouet. Que tu vas me quitter. Que tu ris de moi avec tes amis.
Sa voix monte, tremble, mais il ne crie pas encore. Pas tout à fait. Je fais un pas vers lui, mais il recule encore, le dos contre le mur du salon.
— Kylian, écoute-moi. C'est un faux compte. Quelqu'un veut nous détruire. Emma ? Un jaloux de l'équipe ? Je ne sais pas, mais ce n'est pas moi. Je suis là tous les soirs. Je dors avec toi. Je te baise tous les soirs. Quand est-ce que j'aurais eu le temps de faire tout ça ?
Il rit, un rire amer, douloureux, qui me serre la poitrine.
— Justement. Tu es toujours là. Toujours parfait. Toujours à me contrôler. Et si c'était ça, le plan ? Me garder près de toi pendant que tu continues ta vie ailleurs ? Tu m'as isolé de tout le monde. Jordan appelle moins. Mes anciens amis ne savent même plus où j'habite. Et maintenant ça…
Il montre le téléphone du doigt, la main tremblante.
— Regarde cette photo. C'est toi. La montre, la cicatrice sur l'épaule, tout. Et la voix… c'est ta voix, Octavien. Je l'entends tous les jours me dire que je suis à toi. Et là, elle dit que je suis trop collant. Que tu vas me larguer.
Je passe une main dans mes cheveux, la frustration monte. Je veux le secouer, le plaquer contre le mur et lui faire comprendre, mais je sais que ça ne ferait qu'empirer les choses.
— C'est du montage. De l'IA. N'importe qui peut faire ça aujourd'hui. Je te jure sur tout ce que j'ai que ce n'est pas moi. Je n'ai personne d'autre. Il n'y a que toi. Depuis le premier jour dans les vestiaires, il n'y a que toi.
Il secoue la tête plus fort. Une larme finit par couler, qu'il essuie rageusement du revers de la main.
— Arrête. Arrête de me dire que je suis tout pour toi. J'ai vu les messages d'avant. Les autres photos. Les vidéos où tu ris avec un mec en disant que je suis « mignon mais chiant ». Ça fait des jours que je les reçois. Des jours que je me tais pour ne pas tout gâcher. Des jours que je me demande si tu me mens depuis le début.
Sa voix se brise sur la fin. Il respire fort, les épaules secouées, mais il retient encore les sanglots. Il ne veut pas pleurer devant moi. Pas maintenant.
— Ce soir… je dors sur le canapé. Demain, je n'irai pas à l'entraînement. J'ai besoin de réfléchir. Seul. Sans toi. Sans tes ordres. Sans tes mains sur moi.
Le coup fait mal. Plus que je ne l'aurais cru. Je serre les dents, la colère et la peur se mélangent dans ma poitrine.
— Tu ne vas pas faire ça. Tu ne vas pas me punir pour quelque chose que je n'ai pas fait. Kylian, regarde-moi. Regarde-moi vraiment. Est-ce que j'ai l'air de quelqu'un qui te trompe ? Est-ce que je t'ai déjà laissé seul une nuit ? Est-ce que je t'ai déjà menti sur quoi que ce soit ?
Il lève les yeux vers moi. Ses pupilles sont dilatées, brillantes de larmes contenues.
— Justement. Tu es trop parfait. Trop présent. Trop… possessif. Et si tout ça n'était qu'un jeu pour toi ? Si tu m'avais brisé pour t'amuser et que maintenant tu cherches déjà le suivant ? Emma m'avait prévenue. Elle m'avait dit que tu avais une emprise. Je ne l'ai pas écoutée. Mais maintenant… maintenant je ne sais plus.
Le nom d'Emma me fait serrer les poings. Je fais un pas en avant, la voix plus dure malgré moi.
— Emma ? C'est elle qui t'envoie ça ? C'est elle, putain ? Elle n'a jamais accepté que tu m'aies choisi. Elle te manipule depuis le début et toi tu la crois elle plutôt que moi ?
Kylian recule encore, le dos collé au mur.
— Je ne sais pas qui c'est ! Mais les messages arrivent. Tous les jours. Et toi tu nies. Tu nies tout. Comme si j'étais fou. Comme si j'inventais.
Sa voix monte enfin, tremblante de rage contenue.
— Je ne suis pas fou, Octavien ! Je vois les photos. J'entends la voix. Je lis les mots. Et toi tu restes là, calme, à me dire que c'est faux. Mais comment je peux te croire ? Comment je peux continuer à te laisser me toucher en me demandant si tu penses à un autre pendant que tu me baises ?
Les mots me frappent comme des coups. La colère explose en moi, mêlée à une douleur que je n'avais pas anticipée.
— Parce que je t'aime, bordel ! Parce que depuis presque un an je te donne tout. Mon temps, mon corps, ma vie. Parce que je t'ai fait quitter Emma pour toi, pas pour te détruire. Parce que chaque fois que je te touche, c'est toi que je veux. Pas un autre. Pas un putain de jeu !
Il secoue la tête, les larmes coulent maintenant librement, mais il les essuie d'un geste rageur.
— Je ne peux plus. Pas ce soir. Pas après ça. Je dors sur le canapé. Demain… demain je réfléchis. Seul. Sans toi.
Il tourne les talons, attrape un coussin et une couverture dans le placard, sans me regarder. Je reste planté là, le cœur cognant dans ma poitrine, la rage et l'impuissance me brûlant la gorge.
— Kylian… ne fais pas ça. Ne me punis pas pour les mensonges de quelqu'un d'autre.
Il s'allonge sur le canapé, dos tourné, la couverture remontée jusqu'aux épaules. Sa voix est étouffée, mais ferme.
— Bonne nuit, Octavien.
Je reste debout un long moment, les poings serrés. Puis je vais dans la chambre. Seul. Le lit me semble immense, froid. Je m'allonge, mais le sommeil ne vient pas. Toute la nuit, je reste éveillé, téléphone à la main. J'ouvre Instagram. Je cherche le compte @shadow_handball_lover. Rien. Aucune trace. Je tape le pseudo sur Google, sur d'autres réseaux. Rien. Je crée même un faux compte pour essayer de le suivre. Bloqué. Invisible.
Je passe des heures à fouiller. Les métadonnées des photos que Kylian m'a montrées plus tôt : rien. Pas de date réelle, pas de géolocalisation. Des montages parfaits. Je regarde les messages vocaux, j'essaie de les analyser avec des applications en ligne. La voix est trop proche de la mienne, mais légèrement décalée. IA. Forcément.
Vers quatre heures du matin, je me lève, vais dans le salon. Kylian dort, ou fait semblant. Son visage est tourné vers le dossier du canapé, les traits tendus même dans le sommeil. Je reste là, debout dans le noir, à le regarder. La colère bouillonne toujours en moi, mais dessous, il y a autre chose. Une peur froide. La peur qu'il me croit vraiment capable de ça. La peur qu'après tout ce que j'ai construit, tout ce contrôle, tout cet amour possessif, il puisse partir à cause de mensonges.
Je retourne dans la chambre. Je ne dors pas. Je cherche encore. Encore. Rien. Le compte n'existe plus quand je rafraîchis. Effacé. Comme s'il n'avait jamais été là.
Le soleil commence à se lever. Kylian est toujours sur le canapé. Et moi, je suis toujours là, les yeux ouverts, le cœur serré, la rage et l'impuissance me rongeant de l'intérieur.
Je ne le laisserai pas partir. Pas comme ça. Pas à cause d'elle.
Le jour se lève avec une cruauté silencieuse. La lumière grise de l'aube s'infiltre à travers les stores, découpant des bandes froides sur le carrelage du salon. Je n'ai pas fermé l'œil. Mes muscles sont ankylosés, ma gorge est sèche, brûlée par l'acidité de la colère et de l'impuissance. Sur le canapé, Kylian bouge. Ses paupières papillonnent, mais dès qu'il croise mon regard, l'étincelle de confiance que j'avais mis des mois à polir s'éteint pour laisser place à une terreur glaciale.
— Kylian, écoute-moi… ma voix est rauque, méconnaissable. Ces messages, ce compte… c'est une manipulation. Je ne ferais jamais ça. Pas à toi.
Il se redresse brusquement, s'enveloppant dans la couverture comme pour mettre une armure entre nous. Ses mains tremblent si fort qu'il doit les enfoncer sous ses cuisses.
— Arrête, Octavien. Juste… arrête. J'ai entendu ta voix. J'ai vu les photos. Personne d'autre ne connaît ces détails sur nous. Personne d'autre n'a accès à ce que tu m'as fait.
— C'est une IA, putain ! Je hurle presque, l'exaspération prenant le pas sur la douleur. On essaie de nous détruire !
— Non, murmure-t-il, les larmes aux bords des yeux. C'est toi qui me détruis. Depuis le début. Tu as voulu que je sois à tes pieds, tu as réussi. Tu voulais que je ne sois plus rien sans toi, tu as réussi. Et maintenant, tu t'amuses à voir jusqu'où je peux me briser avant de mourir. Pars, Octavien. S'il te plaît. Va à l'entraînement. Laisse-moi.
— Je ne bougerai pas d'ici tant que tu n'auras pas compris que…
— PARS ! s'époumone-t-il, un cri déchirant qui résonne dans tout l'appartement.
Je reste figé. C'est la première fois qu'il me donne un ordre. La première fois que sa volonté brise la mienne. Pour ne pas aggraver son état, pour lui laisser, je le pense alors, le temps de "calmer sa crise", je prends mes clés et je sors. Je suis persuadé que ce soir, le calme sera revenu.
La journée est un calvaire sans fin. Au gymnase, je suis un fantôme. Je rate mes passes, je bouscule mes coéquipiers, mon esprit est scotché à mon téléphone.
10h12 : « Kylian, réponds-moi. Je t'aime, je ne t'ai pas trahi. »
11h45 : « Je t'en supplie, ne laisse pas ce lâche nous séparer. »
14h30 : « Je rentre tôt. On va tout effacer et recommencer. Attends-moi. »
Les messages restent "distribués", jamais "lus". J'appelle. Une fois, dix fois, vingt fois. Je tombe systématiquement sur sa messagerie. Cette voix enregistrée, joyeuse et insouciante, me transperce le cœur à chaque répétition. Je commence à avoir cette sensation de vide dans l'estomac, ce pressentiment acide qui vous dit que le sol est en train de se dérober.
À 16h30, je n'en peux plus. Je quitte le gymnase en trombe, ignorant les appels du coach. Je conduis comme un fou, brûlant les feux rouges, le cœur battant à tout rompre contre mes côtes. Je monte les escaliers quatre à quatre, j'arrache presque la porte de ses gonds en entrant.
— Kylian ?
Le silence me répond. Un silence lourd, oppressant, qui sent le vide. L'appartement est trop propre, trop rangé. Je me dirige vers le salon, mais je m'arrête net dans l'entrée. Sur le meuble en bois sombre, là où il pose d'habitude ses clés, il y a une feuille de papier blanche, pliée en deux. Mon nom y est écrit d'une écriture tremblée.
Mes doigts sont engourdis quand je déplie la lettre.
« Octavien,
Si tu lis ceci, c'est que j'ai enfin trouvé le courage de m'arracher à toi. Ne me cherche pas. Ne m'appelle plus. J'ai bloqué ton numéro et j'ai déjà prévenu le coach que je prenais un long congé pour "raisons personnelles graves". Il ne sait rien de nous, mais il ne posera pas de questions.
Je pars parce que je n'ai plus de souffle. J'ai passé ces derniers mois à essayer de devenir l'ombre que tu voulais que je sois. J'ai accepté les règles, les ordres, les rituels… J'ai accepté de porter tes marques parce que je pensais que c'était le prix à payer pour ton amour. Et Dieu sait que je t'ai aimé, Octavien. Je t'ai aimé avec une intensité qui me terrifie encore. J'ai aimé ta force, j'ai aimé la façon dont tu me regardais quand tu pensais que je dormais, j'ai aimé me sentir protégé par ton emprise.
Mais ce que j'ai vu hier soir… ce compte, ces messages… ça a été le coup de grâce. Que ce soit toi ou un autre qui ait orchestré ça, le résultat est le même : je me sens sale. Je me sens comme un jouet qu'on a trop manipulé et qui finit par se casser. Mon cœur n'est plus qu'un tas de miettes sanglantes. Je ne sais plus qui je suis sans tes ordres, et c'est ça qui me fait le plus mal. Tu m'as vidé de moi-même.
Tu disais que je t'appartenais. Tu avais raison. Mais aujourd'hui, je reprends ce qu'il reste de ma vie. Je ne veux plus jamais avoir peur en ouvrant mon téléphone. Je ne veux plus jamais douter de la sincérité d'un baiser. Je t'ai tout donné, Octavien. Mon corps, mon âme, ma fierté. Il ne me reste plus rien, alors je pars essayer de ramasser les morceaux loin de toi.
S'il te plaît, si tu as eu ne serait-ce qu'une once d'affection réelle pour moi, laisse-moi partir. Ne détruis pas le peu de dignité qu'il me reste en me poursuivant. Adieu, Octavien. Je t'ai aimé plus que ma propre vie, et c'est bien là mon plus grand crime.
Kylian. »
La lettre m'échappe des mains. Elle flotte jusqu'au sol, légère comme un deuil. Je reste là, les bras ballants, les poumons bloqués. "Il ne me reste plus rien". Ces mots tournent en boucle dans mon crâne.
Je me précipite dans la chambre, espérant encore une erreur, un cauchemar. J'ouvre les placards de la penderie. Vide. Ses sweats à capuche, ses maillots de sport, cette odeur de lessive et de peau que j'aimais tant… tout a disparu. Il ne reste que mes propres vêtements, suspendus comme des cadavres inutiles.
Je me tourne vers le lit, le lit où nous avons fusionné tant de fois, où je pensais l'avoir scellé à moi pour l'éternité. Au centre de l'édredon blanc, un petit objet métallique brille sous la lampe de chevet.
Je m'approche lentement, comme si l'objet pouvait m'exploser au visage. C'est le bracelet. L'anneau d'acier froid, celui que je lui avais fermé au poignet comme une promesse, comme une chaîne. Il l'a laissé là. Il a rendu sa marque de propriété. Il n'est plus à moi.
Je le ramasse. Le métal est froid, sans vie. En voyant mes propres initiales gravées dessus, une décharge de douleur pure me traverse de part en part. Ce n'est pas de la colère. C'est un déchirement physique, une amputation.
Je m'effondre sur le lit, ramenant le bracelet contre mes lèvres. L'odeur de Kylian est encore sur les draps, persistante, cruelle. Un premier sanglot m'échappe, rauque, barbare. Puis un autre. Je hurle mon désespoir dans l'oreiller vide, le corps secoué de spasmes violents. Moi, Octavien Saint-Clair, celui qui contrôlait tout, celui qui pensait avoir dompté le destin, je ne suis plus qu'un homme brisé, pleurant comme un enfant sur les restes d'un amour que j'ai fini par étouffer.
Je serre le bracelet à m'en couper la circulation, fermant les yeux pour essayer de retrouver son visage, mais tout ce que je vois, c'est l'image de son dos qui s'éloigne dans le noir. Je l'ai perdu. Et pour la première fois de ma vie, je sais que je ne pourrai pas ordonner au monde de me le rendre.
Le temps n'est plus une ligne droite. C'est une boucle de moisi qui tourne dans le vide. Trois jours. Trois jours que la porte n'a pas claqué, que le parquet n'a pas craqué sous le pas de Kylian, que l'odeur de son café n'est plus venue me tirer du sommeil. L'appartement est devenu un mausolée de verre et de béton. Chaque objet est une épine : le canapé où il a pleuré, le tabouret où il s'asseyait pour me regarder cuisiner, le lit… je n'y dors plus. Je ne peux plus. Le côté droit du matelas est un gouffre qui aspire tout l'oxygène de la pièce.
Je passe mes nuits assis sur le carrelage de la salle de bain, le dos contre la baignoire froide, le bracelet de Kylian serré dans ma paume au point que le métal m'entaille la peau. Je ne pleure plus, les larmes ont séché pour laisser place à une poussière grise qui m'étouffe. Je fixe le vide. Je n'ai pas allumé la télévision, je n'ai pas ouvert les rideaux. Je vis dans une pénombre de fin du monde, écoutant le bourdonnement du réfrigérateur comme si c'était le seul signe de vie restant sur terre.
Mon téléphone est mon seul lien avec la torture. Je l'ouvre toutes les dix minutes. Je regarde sa photo de profil Instagram : elle n'a pas changé, ce même sourire que j'aimais tant et qui me semble aujourd'hui être une insulte. Je regarde notre fil de discussion. Mes messages sont là, comme des cadavres alignés sur un champ de bataille.
— Kylian, s'il te plaît.
— Dis-moi juste où tu es.
— Je t'aime. Reviens.
Rien. Les deux petites encoches grises m'indiquent qu'il n'a même pas ouvert l'application. Le silence est un cri qui ne s'arrête jamais, une fréquence stridente qui me scie les nerfs.
Le quatrième jour, je suis obligé de retourner au gymnase. L'absence de Kylian a été officialisée par le club comme un « congé pour raisons personnelles graves », mais je sens les rumeurs ramper sous les bancs des vestiaires comme des insectes.
Quand j'entre, le silence se fait de manière brutale, presque douloureuse. Normalement, mon arrivée déclenche une accélération du rythme, une tension respectueuse, une crainte du capitaine. Aujourd'hui, je ne sens que de la pitié. C'est la chose que je déteste le plus au monde : être celui qu'on plaint.
Je suis méconnaissable. J'ai perdu trois kilos en soixante-douze heures, mes yeux sont cerclés de noir, ma barbe de trois jours est hirsute et mes mains tremblent de fatigue. Je n'ai plus l'allure du conquérant. Je ressemble à un homme qu'on a passé à la broyeuse et qu'on a recraché sur le trottoir.
— Octavien ?
C'est Nathan, mon second, qui s'approche avec une hésitation qui ne lui ressemble pas. Il s'arrête à deux mètres, comme s'il craignait que je ne m'effondre ou que je n'explose.
— Mec, tu fais peur à voir. Le coach a dit que Kylian ne reviendrait pas tout de suite… on s'inquiète pour toi. On voit bien que tu ne tiens plus debout. T'as pas dormi ?
Je tourne lentement la tête vers lui. Mon regard doit être vide, hanté, car il détourne les yeux, mal à l'aise. Je ne réponds pas. Je ne peux pas lui expliquer que ma vie a déserté cet appartement. Je ne peux pas lui dire que mon équilibre psychologique dépendait entièrement de la soumission d'un homme que j'ai fini par briser.
— Je vais bien. Au boulot, je lâche d'une voix qui ressemble à un froissement de papier sec.
Mais la séance est un désastre total. Je suis un fantôme sur le parquet. Je rate mes passes les plus simples, je ne donne aucune consigne. Je regarde le poste de Kylian sur le terrain, cette zone de l'aile où il volait littéralement. Aujourd'hui, elle est occupée par un remplaçant qui bouge trop lentement, qui n'a pas cette étincelle. Chaque fois qu'un ballon rebondit là où Kylian aurait dû être, je sens un coup de poignard dans le plexus.
Je finis par m'arrêter au milieu d'une phase de jeu, le ballon entre les mains. Le jeu continue autour de moi, les joueurs s'agitent, mais pour moi, tout se fige. Le sifflet du coach retentit, strident, mais le son me parvient comme à travers une épaisseur de coton, à des kilomètres de là.
— Saint-Clair ! Dans mon bureau ! Immédiatement ! hurle le coach.
Dix minutes plus tard, je suis assis en face de lui. Il ne crie plus. Il m'observe avec une tristesse profonde, les mains croisées sur son bureau jonché de tactiques de jeu qui me paraissent désormais futiles.
— Octavien, tu es le pilier de cette équipe. Mais là, tu es un danger pour toi-même et pour les autres. Tu es absent. Ton esprit n'est plus ici. L'équipe le sent, ils sont tous en train de perdre pied parce qu'ils ne te reconnaissent plus. Si tu n'es pas capable de te reprendre, je vais devoir te suspendre. Prends quelques jours. Rentre chez toi.
— Je n'ai pas de "chez moi", je murmure, presque pour moi-même.
— Quoi ?
— Rien. Je m'en vais.
Je me lève, ignorant ses appels. Je sors du gymnase, traversant les vestiaires sans un regard pour mes coéquipiers qui me fixent, impuissants. Nathan tente de m'arrêter par le bras, mais je le repousse avec une telle violence froide qu'il n'ose pas insister.
Je conduis jusqu'à l'appartement, mais je reste garé en bas, incapable de monter. Je regarde les fenêtres du quatrième étage. Elles sont sombres. Il n'y a personne pour m'attendre. Personne pour s'agenouiller devant moi, personne pour m'embrasser avec cette urgence désespérée. Je réalise avec une horreur glacée que j'ai construit ma propre prison. En l'isolant de tout le monde, en faisant en sorte qu'il n'appartienne qu'à moi, j'ai fait en sorte que, lorsqu'il part, il emporte le monde entier avec lui.
Je finis par monter. L'appartement sent encore un peu son parfum, mais c'est une odeur qui s'étiole, une trace qui s'efface. Je marche dans les pièces, touchant les murs, les meubles. Je vais dans le dressing. Je m'assois par terre, là où ses chaussures étaient rangées.
Je sors le bracelet de ma poche. Je le fixe. Les initiales "O" et "K" entrelacées avec une grâce infinie dans l'acier semblent se moquer de moi. J'étais le maître. J'avais le contrôle. Et pourtant, je n'ai rien vu venir. Je n'ai pas vu que la limite avait été franchie.
Je m'allonge sur le sol froid du dressing, le visage contre le bois, et je ferme les yeux. Le silence de l'appartement est plus assourdissant que le tumulte de n'importe quel match de finale. Je suis seul. Totalement, absolument seul. Et pour la première fois, le capitaine Octavien Saint-Clair accepte sa défaite. Je lâche prise. Mon corps est secoué par de longs frissons, mais aucune larme ne vient. La douleur est trop profonde pour les larmes. C'est une hémorragie interne, invisible, qui me vide de ma substance minute après minute.
Fin du chapitre 10.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

ou laissez un mot
Soyez respectueux
Publier
Chapitre suivant
Chapitre 11
20 minutes
0
0
0
Chapitre suivant

Commentaires ()

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à en laisser un !

Histoires similaires

✦ Xaviernnrs Cure de jouvence XSTORY
Cure de jouvence
Chapitre 3
Par Xaviernnrs
76
4
2.8k
Hétéro
✦ tounet777 A cause d'un regard XSTORY
A cause d'un regard
Chapitre 5
Par tounet777
0
0
4
Gays
✦ tounet777 L'équilibre des corps XSTORY
L'équilibre des corps
Chapitre 8
Par tounet777
0
0
4
Gays
✦ tounet777 Le trou noir XSTORY
Le trou noir
Chapitre 5
Par tounet777
0
0
10
Gays
✦ croquant29 Amanda et Julien XSTORY
Amanda et Julien
Chapitre 13
Par croquant29
83
3
2.7k
Hétéro
✦ tounet777 Putain d'homophobe XSTORY
Putain d'homophobe
Chapitre 23
Par tounet777
0
0
1
Gays
✦ tounet777 Entre les lignes XSTORY
Entre les lignes
Chapitre 16
Par tounet777
0
0
4
Gays
✦ tounet777 La dernière notification XSTORY
La dernière notification
Chapitre 11
Par tounet777
0
0
3
Gays
✦ Elissalabrune Première fois avec une beach-volleyeuse XSTORY
Première fois avec une beach-volleyeuse
Chapitre 15
Par Elissalabrune
135
5
14.3k
Hétéro

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio