Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La dernière notification — Chapitre 7
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La dernière notification
Chapitre 7
Chapitre 7
Le dimanche après-midi s'étire lentement dans mon studio, comme si le temps lui-même hésitait à avancer. Le soleil de février, pâle et bas, filtre à travers les rideaux mal tirés, projetant des bandes dorées sur le sol usé et le lit encore défait de la veille. Je suis assis par terre, le dos contre le matelas, les genoux relevés, le téléphone posé à côté de moi comme une bombe à retardement. Tiphaine est toujours là – elle a catégoriquement refusé de partir après avoir entendu mon histoire, prétextant que « je ne pouvais pas te laisser seul dans cet état ». Elle est maintenant étalée sur mon lit, les jambes en l'air contre le mur, scrollant frénétiquement sur son téléphone tout en me bombardant de commentaires, son énergie contrastant avec mon humeur morose et silencieuse.
— Sérieux, Marceau, je suis jalouse à mort. Ezra. Dans son hôtel. Qui t'embrasse. Qui te dit qu'il t'aime par message. Ce n'est pas juste ! Moi j'ai passé la nuit à relire ses interviews et à pleurer sur mes posters, et toi… toi tu l'as eu en vrai ! Il t'a vraiment dit « je t'aime » ? Montre-moi encore le message, allez !
Elle tend la main pour attraper mon téléphone, mais je le retire juste à temps, le serrant contre ma poitrine.
— Arrête, Tiphaine. C'est privé.
— Privé ? T'as passé la nuit avec LA star du moment et tu me dis privé ? Allez, juste un petit coup d'œil ! Je jure que je ne le répète à personne. Promis juré craché ! Mais imagine : Ezra, avec ses yeux bleus et sa voix rauque, qui te regarde comme si t'étais le centre du monde. Je suis jalouse, jalouse, jalouse ! T'as pas idée à quel point. Si j'avais été à ta place, je n'aurais pas dormi une seconde, j'aurais tout filmé en secret !
— Privé ? T'as passé la nuit avec LA star du moment et tu me dis privé ? Allez, juste un petit coup d'œil ! Je jure que je ne le répète à personne. Promis juré craché ! Mais imagine : Ezra, avec ses yeux bleus et sa voix rauque, qui te regarde comme si t'étais le centre du monde. Je suis jalouse, jalouse, jalouse ! T'as pas idée à quel point. Si j'avais été à ta place, je n'aurais pas dormi une seconde, j'aurais tout filmé en secret !
Je soupire, un sourire fatigué aux lèvres malgré tout. Elle est comme une tornade : bruyante, insistante, mais au fond, elle est là. Elle n'est pas partie. Et ça compte, même si son refrain incessant sur sa jalousie commence à me peser.
— Tiphaine, arrête avec la jalousie. C'était… intense, mais ce n'est pas comme dans les films. Il est parti pour Lyon, et après ? La tournée continue. Et moi, je reste ici, avec le boulot, les clients chiants, et…
— Et moi ! coupe-t-elle en riant, se redressant pour me donner un coup d'épaule amical. Allez, avoue : c'était comment, ses baisers ? Chauds ? Doux ? Passionnés ? Je suis jalouse, mais curieuse aussi. Et puis, t'as vu les commentaires sous les photos ? Tout le monde flippe ! « C'est qui ce mec avec Ezra ? » Ha, s'ils savaient…
— Et moi ! coupe-t-elle en riant, se redressant pour me donner un coup d'épaule amical. Allez, avoue : c'était comment, ses baisers ? Chauds ? Doux ? Passionnés ? Je suis jalouse, mais curieuse aussi. Et puis, t'as vu les commentaires sous les photos ? Tout le monde flippe ! « C'est qui ce mec avec Ezra ? » Ha, s'ils savaient…
Je me tends soudain, attrapant mon téléphone pour vérifier. La panique monte d'un cran.
— Tiphaine… les photos… elles sont partout. Sur les réseaux, des articles. Ils parlent de nous. De « l'inconnu avec Ezra ». Je panique. Ezra ne va pas aimer ça.
Elle attrape mon téléphone, les yeux écarquillés.
— Oh merde… c'est viral ! Mais attends, c'est cool, non ? T'es le mec mystère d'Ezra ! Je suis encore plus jalouse maintenant. Imagine, tout le monde veut savoir qui tu es !
Je reprends le téléphone, le cœur battant. Cool ? Non, c'est terrifiant. Mon anonymat, ma vie tranquille – tout ça est en train de s'effondrer. Je pense à Ezra : il avait insisté sur la discrétion, sur le fait qu'il ne voulait pas que ça se sache. Pas encore. Pas comme ça.
— Il ne veut pas que ça se sache non plus, je murmure. Il me l'a dit hier soir. Il a peur que ça change tout, que les fans, les médias… que ça nous détruise avant même qu'on commence.
Tiphaine s'assoit, soudain plus sérieuse.
— Ah… ok. Donc il veut rester discret. Ça se comprend. Il est célèbre, il doit protéger sa vie privée. Mais toi ? Tu veux que ça se sache ?
Je secoue la tête.
— Non. Pas encore. Je veux juste… être avec lui. Sans le monde entier qui regarde.
Elle hoche la tête, l'air compréhensif pour une fois.
— Ok. On fait profil bas. Mais je suis toujours jalouse. Jalouse, jalouse !
Elle répète le mot comme un mantra, se laissant retomber sur le lit avec un soupir théâtral. Je souris malgré moi, mais mon attention est rivée sur le téléphone. Les notifications continuent d'affluer : articles de sites people, des posts sur X, vidéos TikTok qui zooment sur mon visage flou. Je sens la nausée monter.
Le téléphone vibre à nouveau – un appel entrant. Ezra. Mon cœur fait un bond. Je regarde Tiphaine.
— C'est lui. S'il te plaît… pars. J'ai besoin d'être seul pour ça.
Elle fronce les sourcils, déçue.
— Quoi ? Allez, laisse-moi écouter ! Juste un peu !
— Non, Tiphaine. S'il te plaît. C'est personnel.
— Non, Tiphaine. S'il te plaît. C'est personnel.
Elle soupire théâtralement, mais se lève, ramasse son sac.
— Ok, ok. Mais appelle-moi après ! Et souviens-toi : je suis jalouse, mais heureuse pour toi. Bisous !
Elle claque la porte derrière elle, et je décroche enfin, le cœur battant.
— Ezra ?
Sa voix grave résonne à l'autre bout, un peu essoufflée, avec un fond de bruit d'aéroport.
— Marceau… enfin. Je suis à Dole, l'avion décolle dans dix minutes. Tu me manques déjà comme un fou. Comment ça va ?
Je m'assois sur le lit, la voix tremblante.
— Ça va… pas. Les photos… elles sont partout. Sur les réseaux, des articles. Ils parlent de nous. De « l'inconnu avec Ezra ». Je panique. Je sais que tu ne voulais pas que ça se sache non plus.
Un silence, puis sa voix, calme mais tendue.
— Je sais. Mon manager m'a appelé en panique. Les fans spéculent. Mais écoute… on gère ça ensemble. Je ne veux pas que ça se sache. Pas comme ça. Pas maintenant. Je préfère qu'on reste discrets le plus longtemps possible. Je peux dire à mon équipe de limiter la diffusion, mais c'est déjà lancé. Je ne veux pas que ça te fasse du mal. Je ne veux pas que ça nous fasse du mal.
Je respire profondément, sa voix comme un baume.
— Oui. Je ne veux pas que ça explose ma vie ici. Au boulot, avec mes parents… Je veux juste… être avec toi. Sans le monde entier qui regarde.
— D'accord. On reste discrets. On laisse passer. En attendant… parle-moi de ta journée. Tiphaine est partie ? Elle t'a harcelé pour des détails ?
— D'accord. On reste discrets. On laisse passer. En attendant… parle-moi de ta journée. Tiphaine est partie ? Elle t'a harcelé pour des détails ?
Je ris doucement, me détendant un peu.
— Ouais. Elle est jalouse à mort. Elle n'arrêtait pas de le répéter. « Je suis jalouse, jalouse ! » Elle voulait tout savoir, mais j'ai tenu bon.
Ezra rit, un son grave et chaud qui me fait fondre.
— Elle a raison d'être jalouse. T'es à moi maintenant. Et moi… je suis coincé dans cet avion sans toi. Je me sens vide. Raconte-moi ce que tu vas faire cet après-midi. Dessiner ? Penser à moi ?
— Les deux. Je vais essayer de dessiner ton visage. De mémoire. Et oui… penser à toi. À tes baisers. À tes mains. À tout.
— Les deux. Je vais essayer de dessiner ton visage. De mémoire. Et oui… penser à toi. À tes baisers. À tes mains. À tout.
Sa voix baisse d'un ton, intime.
— Moi aussi. Je revois tout : ta peau, tes soupirs, ton regard quand tu as dit oui pour être mon petit ami. Marceau… je t'aime. Vraiment.
On parle comme ça des heures – ou du moins, ça en a l'air. Il me décrit l'avion, le décollage, les nuages en dessous. Je lui parle de mon studio, de Tiphaine qui a promis le silence, de la peur du buzz. Il me rassure, mot après mot : « On est plus forts que ça. Ensemble. On reste discrets. Personne n'a besoin de savoir pour l'instant. » Il propose même que je vienne le voir à sa prochaine ville proche, Strasbourg, dans deux semaines : « Je t'enverrai un billet. Dis oui. On sera prudents. »
Je dis oui. Bien sûr que je dis oui.
Il me parle de Lyon, de l'hôtel où il descendra ce soir, de comment il va dormir en pensant à moi. Je lui parle du dessin que je commence déjà sur ma table : son profil, ses yeux bleus, le sourire timide qu'il m'a offert dans la loge. On rit, on se taquine, on se manque. Sa voix devient de plus en plus fatiguée à mesure que l'avion avance, ses réponses plus lentes, ses mots plus doux.
Il me parle de Lyon, de l'hôtel où il descendra ce soir, de comment il va dormir en pensant à moi. Je lui parle du dessin que je commence déjà sur ma table : son profil, ses yeux bleus, le sourire timide qu'il m'a offert dans la loge. On rit, on se taquine, on se manque. Sa voix devient de plus en plus fatiguée à mesure que l'avion avance, ses réponses plus lentes, ses mots plus doux.
— Marceau… je commence à m'endormir… mais je ne veux pas raccrocher.
Je souris, la voix basse.
— Dors bien, Ezra. Je reste avec toi jusqu'à la fin. Je t'aime.
Il murmure un dernier « Je t'aime » presque inaudible, puis sa respiration ralentit, devient régulière. Je reste au téléphone, écoutant son souffle calme, jusqu'à ce que la ligne coupe doucement. Je pose le téléphone sur ma poitrine, les yeux fermés, le cœur gonflé et douloureux à la fois. Le buzz médiatique est là, dehors, mais pour l'instant, dans ce studio, il n'y a que nous deux. Et ça suffit.
Le lundi matin arrive comme un coup de massue. Le réveil sonne à 6 h 45, et pour la première fois depuis des années, je n'ai pas envie de me lever. Mon studio est encore imprégné de l'odeur de Tiphaine – son parfum sucré et son énergie qui a tout envahi hier soir. Je reste un moment allongé, le téléphone serré dans la main, relisant pour la dixième fois les messages d'Ezra. « Je pense à toi à chaque seconde. » « Je t'aime. » Ces mots me réchauffent le cœur, mais ils ne chassent pas l'angoisse qui monte déjà dans ma poitrine.
Je me prépare mécaniquement : douche rapide, jean et sweat banal, lunettes sur le nez. Dans le miroir, je me trouve terne, ordinaire. Comment quelqu'un comme Ezra peut-il vouloir de moi ? Et surtout, comment vais-je survivre à cette journée au travail avec les photos qui circulent partout ?
Je descends les escaliers, le cœur lourd. Dehors, le froid de février me mord le visage. J'arrive à l'hypermarché à 7 h 50, comme d'habitude. Le parking est encore presque vide, les néons de la grande surface clignotent dans la brume matinale. Tiphaine m'attend déjà à l'entrée du personnel, un café à la main, les yeux brillants d'excitation et d'inquiétude.
— Ça va ? me demande-t-elle tout bas en me tendant un second gobelet. J'ai vu les articles ce matin… Ils parlent de toi partout. « Le mystérieux jeune homme aux côtés d'Ezra ». T'es prêt ?
Je hausse les épaules, la gorge serrée.
— Je n'ai pas le choix.
On passe le badge, on enfile nos gilets bleus. La salle de pause est déjà animée. Plusieurs collègues sont penchés sur leurs téléphones, et dès qu'on entre, les regards se tournent vers nous. Surtout vers moi.
Myriam, une caissière de la caisse 3, est la première à réagir. Elle agite son téléphone en s'approchant, les yeux pétillants de curiosité.
— Marceau ! T'as vu ? Les photos du concert d'Ezra ! Y a un mec avec lui après la séance dédicace. Même flouté, on dirait… un peu toi. Et en plus, on sait que t'étais au concert avec Tiphaine. C'est toi, dis ? Allez, avoue !
Le silence tombe d'un coup dans la salle de pause. Tous les regards se braquent sur moi. Je sens mes joues brûler, mon estomac se nouer. Je baisse les yeux sur mon café, incapable de dire un mot. Mon cœur bat si fort que j'ai l'impression qu'ils l'entendent tous.
Myriam insiste, se penchant vers moi.
— Sérieux, regarde ! Même la silhouette, les lunettes… ça te ressemble trop. Et Tiphaine était avec toi au concert, elle a posté une photo d'Ezra. Ce n'est pas une coïncidence, hein ?
Tiphaine intervient aussitôt, la voix ferme et assurée, sans une once d'hésitation.
— N'importe quoi, Myriam ! C'est une photo que j'ai pu prendre en live pendant la séance dédicace. Le mec était juste à côté, j'ai flouté parce que je n'en voulais pas sur ma photo perso. C'est tout. Il n'y a rien de plus. Vous voyez des trucs partout.
Myriam plisse les yeux, pas convaincue du tout.
— Une photo prise en live pendant la dédicace ? Mais pourquoi le flouter ? Et pourquoi ça ressemble autant à Marceau ? La silhouette, les lunettes, la coupe… c'est flagrant.
Tiphaine hausse les épaules, naturelle.
— Parce que je ne voulais pas un inconnu sur ma photo perso, c'est tout. J'ai zoomé sur Ezra, et le mec à côté était trop près, j'ai flouté pour pas qu'il apparaisse. Et pour la ressemblance, bah c'est juste un mec avec des lunettes et un sweat, y en a des milliers comme ça. Marceau était fatigué, il est rentré directement après le concert. Point.
Myriam croise les bras, l'air buté.
— Mais pourquoi Tiphaine a posté ça si ce n'est rien ? Et pourquoi Marceau est tout rouge depuis qu'on parle d'Ezra ? Il cache quoi ?
Je reste muet, les mains crispées sur mon gobelet de café. Tiphaine continue, improvisant avec un naturel déconcertant.
— Il rougit parce que vous le mettez mal à l'aise avec vos histoires ! Marceau est timide, vous le connaissez. Et la photo, c'est juste une prise en live pendant la dédicace. J'ai flouté le mec parce que je ne voulais pas sa tête sur mon profil. Fin de l'histoire.
Myriam n'est pas convaincue, mais elle n'insiste pas plus devant tout le monde. Elle s'éloigne en marmonnant « C'est louche quand même… ».
Toute la matinée, Myriam trouve des prétextes pour venir à ma caisse ou à celle de Tiphaine. Elle passe, fait semblant de regarder les promotions, puis pose des questions à voix basse.
— Marceau, ce n'était vraiment pas toi ? Parce que même flouté, la façon dont il se tient… c'est toi.
Je secoue la tête, les joues en feu.
— Non, ce n'était pas moi.
— Mais Tiphaine dit que c'était pendant la dédicace… pourquoi elle a flouté si vite ? Elle cache quoi ?
— Je ne sais pas, Myriam. Demande-lui.
— Mais Tiphaine dit que c'était pendant la dédicace… pourquoi elle a flouté si vite ? Elle cache quoi ?
— Je ne sais pas, Myriam. Demande-lui.
Elle passe à la caisse de Tiphaine.
— Tiphaine, t'es sûre que c'était en live ? Parce que le mec est juste à côté d'Ezra, et ça ressemble trop à Marceau.
Tiphaine hausse les épaules, souriante.
— Bah oui, c'était en live pendant la dédicace. J'étais juste à côté, j'ai pris la photo. J'ai flouté le mec parce que je ne voulais pas qu'il apparaisse sur mon Insta. C'est tout. Vous cherchez trop loin.
Myriam n'y croit pas. À chaque pause, elle revient à la charge, mais sans réponse directe. Elle observe, pose des questions détournées, regarde les photos en boucle sur son téléphone.
À 11 h, dans la salle de repos, elle s'assoit en face de moi, le téléphone à la main.
— Marceau, regarde bien. Même flouté, la posture, les épaules, les lunettes… c'est trop ressemblant. Et pourquoi Tiphaine a flouté si vite ? Elle cache quoi ?
Je baisse la tête, marmonnant :
— Ce n'est pas moi. Laisse tomber.
— Mais pourquoi tu es tout rouge ? Et pourquoi Tiphaine défend si fort ?
— Mais pourquoi tu es tout rouge ? Et pourquoi Tiphaine défend si fort ?
Je ne réponds pas. Tiphaine intervient depuis l'autre bout de la pièce.
— Myriam, arrête de harceler le pauvre ! C'est une photo banale que j'ai prise en live pendant la dédicace, j'ai flouté le mec parce que je ne voulais pas sa tête sur mon profil. Point. Vous n'avez pas autre chose à faire ?
Myriam croise les bras.
— C'est louche. Je suis sûre que c'est Marceau.
Je passe le reste de la journée en pilote automatique, scannant les articles, rendant la monnaie, évitant les regards. Chaque fois que Myriam passe près de ma caisse, elle pose une nouvelle question à voix basse :
— Tu étais vraiment fatigué hier ? Pourquoi tu n'as pas répondu tout de suite ? Tu connaissais Ezra avant ?
Je reste silencieux, les joues en feu, le cœur serré. Tiphaine me défend à chaque fois avec des mensonges improvisés, mais je vois qu'elle commence à fatiguer elle aussi.
À 14 h 30, pendant une accalmie, je sors mon téléphone dans les vestiaires et j'écris à Ezra, les mains tremblantes.
À 14 h 30, pendant une accalmie, je sors mon téléphone dans les vestiaires et j'écris à Ezra, les mains tremblantes.
[SMS] Moi : Il y a des rumeurs au travail. Les photos circulent, Myriam (une collègue) pense que c'est moi sur les images malgré le flou. Elle pose plein de questions. Tiphaine ment pour me couvrir, elle dit que c'est une photo qu'elle a prise en live pendant la dédicace et qu'elle a flouté le mec parce qu'elle n'en voulait pas sur sa photo. Pour l'instant je gère, je ne dis rien. Je vais aller voir ma chef tout à l'heure pour demander mon week-end prochain libre. Je veux venir te voir. Tu me manques.
Je range le téléphone, le cœur battant. Quelques minutes plus tard, la réponse arrive.
[SMS] Ezra : Merde… je suis désolé. Je voulais tellement qu'on reste discrets. Tiens bon. Dis à Tiphaine merci de ma part pour le mensonge. Et oui, demande ton week-end. Je veux te voir à Strasbourg. Je t'envoie le billet dès que tu confirmes. Je t'aime. Courage.
Je souris malgré tout, le poids sur ma poitrine s'allège un peu. À 15 h, je vais voir ma chef, Sophie, dans son bureau. Elle est en train de remplir des plannings.
— Sophie… je peux avoir mon week-end prochain libre ? C'est important.
Elle lève les yeux, surprise.
— Le week-end prochain ? Tu n'as jamais demandé de congés. C'est pour quoi ?
Je rougis, cherchant une excuse.
— Un… un anniversaire de famille. À Strasbourg. J'aimerais y aller.
Elle hésite, puis hoche la tête.
— Ok. Je te mets en repos. Mais préviens-moi si y a du changement.
Je sors du bureau, le cœur plus léger. Le reste de la journée passe dans un brouillard de questions de Myriam, de regards en coin, de mensonges de Tiphaine. À la fin du service, je suis épuisé, mais soulagé : le week-end prochain, je le reverrai. Et pour l'instant, le secret tient encore.
……….
Je suis assis sur le bord du lit dans ma suite à Lyon. Il est 15 h 30. Dehors, la pluie fine continue de tomber sur les quais du Rhône, et la lumière grise de ce lundi d'hiver rend tout un peu plus lourd. Je n'ai pas bougé depuis que Paul est parti il y a une vingtaine de minutes. Mon manager, Paul, celui qui gère ma carrière depuis cinq ans, qui a construit avec moi cette image de star accessible, romantique, hétéro, parfaite. Paul, l'homme qui me connaît presque mieux que moi-même – ou du moins, qui croyait me connaître. Aujourd'hui, il sait.
Je fixe mon téléphone posé sur le lit. Le communiqué est déjà publié sur mes réseaux officiels, relayé par l'équipe de communication :
— Le jeune homme aperçu avec Ezra après le concert de Besançon est un membre de l'équipe technique. Rien de plus qu'une sortie professionnelle. Merci de respecter la vie privée de l'artiste et de ses collaborateurs.
Je n'ose pas encore ouvrir les commentaires. Je sais ce que je vais y trouver : des « Ouf, j'avais peur ! On t'aime toujours Ezra », des « Merci pour la transparence ! On t'aime quand même Ezra ! », des « Membre du staff… ok, on y croit. On t'aime toujours Ezra ! ». Et aussi, forcément, les sceptiques : « Ça sent le cover-up… », « Pourquoi flouter si ce n'est rien ? », « Ezra cache quelque chose ». Je sais que la majorité va y croire – ou du moins, va vouloir y croire. Mais je sais aussi que certains ne lâcheront pas. Et ça me terrifie.
Je repense à la conversation avec Paul, il y a une heure à peine. Il est entré comme une furie, costume froissé, cravate desserrée, le visage rouge de colère et de fatigue.
— Assieds-toi, Ezra. Et parle. Tout de suite.
Je me suis assis sur le canapé. Lui est resté debout, faisant les cents pas, le téléphone à la main comme une arme.
— J'ai passé la matinée au téléphone avec des sponsors qui demandent si « leur » star est gay, avec des médias qui veulent des interviews exclusives sur « la romance secrète », avec ton label qui flippe pour les ventes du prochain album. Les photos sont partout ! Toi, bras autour d'un mec inconnu, sortant d'un concert comme si de rien n'était. Et moi, je dois éteindre les feux sans savoir ce qui se passe ! Qui est ce type ? Un fan que t'as ramassé ? Un coup d'un soir ? Dis-moi la vérité, Ezra, ou je jure que je lâche tout !
J'ai dégluti. J'ai senti la colère de Paul comme une vague. Pas seulement professionnelle. Il était blessé. Blessé que je ne lui aie pas fait confiance plus tôt.
— Paul… calme-toi. S'il te plaît. Assieds-toi.
Il s'est arrêté, m'a fixé, puis s'est assis en face de moi, les mains tremblantes.
— Calme-toi ? Calme-toi ? T'as idée de ce que ça peut faire ? Tes fans, Ezra. Tes fans qui t'idéalisent comme le mec parfait, hétéro, disponible. Si c'est ce que je pense, si c'est une histoire avec un mec, on perd tout. Les groupies qui fantasment sur toi, qui achètent tes posters, qui remplissent les salles – elles se sentiront trahies. Les sponsors familiaux, les pubs pour des marques « propres », tout ça s'envole. Et les médias ? Ils te colleront l'étiquette « la star gay qui a menti ». Pas juste « la star ». Ce n'est pas ce qu'on a construit, Ezra. Ce n'est pas ce pour quoi je me suis battu pendant des années !
J'ai hoché la tête. Chaque mot pesait.
— Je sais. Je le sais, Paul. Marceau le sait aussi. Il ne veut pas que ça se sache non plus. Il a sa vie normale, son boulot de caissier, sa famille. Il flippe déjà avec les rumeurs au travail. Il veut juste… être avec moi, sans tout ce cirque.
Paul a plissé les yeux.
— Marceau ? C'est son nom ?
— Oui. On s'est rencontrés en ligne, sous un faux nom. Il ne savait pas qui j'étais. Ce n'est pas un fan, pas un opportuniste. C'est réel.
— Oui. On s'est rencontrés en ligne, sous un faux nom. Il ne savait pas qui j'étais. Ce n'est pas un fan, pas un opportuniste. C'est réel.
Paul s'est passé les mains sur le visage, la colère laissant place à une fatigue résignée.
— Putain… réel. D'accord. C'est réel. Alors on gère. D'abord, je fais le communiqué : « Le jeune homme est un membre de l'équipe technique, rien de plus. Pas de romance, juste une sortie professionnelle. » Ça devrait calmer les choses pour l'instant. Les fans voudront y croire. Les médias passeront à autre chose si on ne donne pas plus de carburant.
J'ai relevé la tête.
— Et… pour nous deux ? On veut se voir quand même. À Strasbourg, le week-end prochain.
Paul a grogné, encore en colère.
— Vous êtes complètement fous, tous les deux. Mais ok. On va trouver une solution. Discrètement. Pas d'avion – trop traçable. Il prend le train jusqu'à Strasbourg vendredi soir. Un chauffeur ira le chercher à la gare, incognito. Pas de photos, pas de traces. Et à l'hôtel, entrée privée, pas de sortie ensemble. Compris ? Et je m'occupe de tout : le billet de train, les détails au chauffeur. Toi, tu ne fais rien qui pourrait laisser une trace. Pas de message avec les horaires sur ton téléphone principal. Je lui envoie tout via un numéro sécurisé que je vais créer pour lui.
J'ai hoché la tête, reconnaissant.
— Merci, Paul. Je savais que tu trouverais une solution.
Il m'a fixé, la colère encore présente dans les yeux, mais adoucie par l'habitude de gérer les crises.
— La prochaine fois, préviens-moi avant de te faire photographier avec ton mec. Et dis-lui de faire gaffe. On est dans le même bateau maintenant. Si ça explose, c'est toute ta carrière qui saute. Et la mienne avec.
— Je sais. On fera attention.
— Je sais. On fera attention.
Paul s'est levé, a attrapé son téléphone, a commencé à rédiger le communiqué.
— Je publie ça dans l'heure. « Le jeune homme aperçu avec Ezra est un membre de l'équipe technique, rien de plus. Merci de respecter la vie privée de l'artiste. » Ça devrait suffire à calmer les fans les plus extrêmes.
Il est sorti en marmonnant des ordres à son assistant. Je suis resté seul dans la suite.
Je pose le téléphone sur le lit et me laisse tomber en arrière, les bras écartés. La fatigue me rattrape d'un coup. Je ferme les yeux, repense à la nuit de samedi : Marceau dans mes bras, ses soupirs timides, ses « oui » murmurés, la façon dont il s'est abandonné. Je sens mon corps réagir rien qu'à ce souvenir. Je souris dans le vide.
Paul s'occupe de tout pour vendredi. Le train, le chauffeur, l'entrée privée. Je n'ai rien à faire à part attendre. Et penser à lui. À Marceau qui, à cet instant précis, doit être en train de rentrer chez lui à Besançon, épuisé par sa journée, par les questions de Myriam, par les regards en coin. Je l'imagine ouvrir son téléphone, lire mon message – celui où je lui dis que Paul s'occupe de tout. Je l'imagine sourire, rougir peut-être, attraper un crayon pour dessiner. Il dessine toujours quand il est nerveux ou heureux.
Je rouvre les yeux, fixe le plafond. La pluie tape contre la vitre. Je murmure dans le silence :
— Vendredi… je te serre dans mes bras. Et personne ne nous verra.
Je ferme les yeux à nouveau. La fatigue l'emporte enfin. Je m'endors en pensant à Marceau, au train qu'il prendra vendredi soir, au chauffeur qui l'attendra, à la porte de la suite qui s'ouvrira, et à nos corps qui se retrouveront enfin.
Fin du chapitre 7.
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