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✦ tounet777 Le prix de la victoire XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

Le prix de la victoire — Chapitre 11

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Le prix de la victoire

Chapitre 11

Chapitre 11
Six mois. Cent quatre-vingts jours de néant.
Le temps n'est plus une douleur aiguë, c'est une érosion lente. La vie a repris ses droits par pure nécessité mécanique. Je joue au handball parce que c'est la seule chose qui m'empêche de m'effondrer totalement, le seul endroit où la violence de mes émotions peut se transformer en impact physique sur le terrain. Le coach m'a réintégré après ma mise à pied, et mes statistiques n'ont jamais été aussi hautes. Mais je suis une machine froide. Je ne célèbre plus les buts, je ne harangue plus mes troupes avec passion. Je suis un automate de compétition, un capitaine de fer dans un corps de glace.
Kylian n'a jamais répondu. Pas un seul signe. J'ai harcelé ses réseaux, envoyé des centaines de messages qui sont restés "non lus", avant que ses comptes ne disparaissent les uns après les autres. Son numéro n'est plus attribué. Il a méthodiquement effacé sa trace de ma vie, me laissant seul dans cet appartement qui résonne encore de son rire et de ses gémissements.
Il ne me reste qu'une seule ancre : le bracelet. Il ne quitte jamais mon poignet gauche. Les initiales O et K entrelacées dans l'acier sont devenues une partie de mon anatomie. Pendant les matchs, je le recouvre d'un poignet de force en éponge pour que l'arbitre ne m'oblige pas à l'enlever. Je sens le métal chauffer contre ma peau au fil de l'effort, un rappel constant que, même si le monde l'a oublié, il est toujours gravé en moi.
Un vendredi soir, après une victoire difficile, l'atmosphère dans les vestiaires est pesante. Mes coéquipiers m'observent de loin, comme on observe un monument en ruine qu'on n'ose pas approcher. C'est Nathan, mon second, qui finit par briser la glace.
— Octavien, stop. On ne discute pas. Ce soir, l'équipe sort au Vieux Carré. On a privatisé l'arrière-salle. Tu viens avec nous. Ce n'est pas une proposition, c'est une obligation. Regarde-toi, mec... tu disparais.
Je veux cracher un refus, m'enfermer chez moi avec mes fantômes, mais je croise le regard du coach. Un regard lourd de sous-entendus qui dit que ma place de capitaine ne tient plus qu'à un fil si je ne montre pas un signe d'humanité. Alors, je finis par céder.
La soirée commence dans un brouhaha de musique et de verres qui s'entrechoquent. Je reste assis au bout de la table, mon poignet gauche posé bien en évidence sur le bois sombre, le bracelet OK brillant sous les néons du bar. Je bois. Vite. Trop vite. Le gin remplace l'oxygène dans mes poumons. Nathan et les autres n'arrêtent pas de remplir mon verre, pensant sans doute que l'ivresse m'apportera la paix. Au lieu de cela, elle déverrouille la cage où j'enfermais mes démons depuis six mois.
Vers minuit, la conversation dévie sur les "absents". Quelqu'un mentionne le nom de Kylian, s'étonnant qu'il n'ait jamais donné de nouvelles, même pas un "merci" pour le pot de départ qu'ils n'ont jamais pu faire.
— Il nous a tous bloqués, ce con, lâche un ailier. C'est quand même dingue de changer d'avis comme ça du jour au lendemain.
Le mot "con" agit comme un déclencheur. Je pose mon verre si brutalement que le pied se brise. Le silence se fait instantanément. Tous les regards convergent vers moi. Je sens les larmes monter, une brûlure que je ne peux plus contenir.
— Ne l'appelez pas comme ça, je murmure, la voix tremblante de rage et d'alcool. Vous ne savez rien. Vous n'avez aucune idée de ce qui s'est passé.
— Octavien, calme-toi... tente Nathan en posant une main sur mon bras.
— Non ! Je ne me calmerai pas ! Je hurle presque, me levant de ma chaise. Vous voulez savoir la vérité ? Vous voulez savoir pourquoi il est parti ? Parce qu'on s'aimait. On était ensemble depuis des mois. Sous votre nez. Ici, dans ce vestiaire, chez moi... Il était à moi.
Le choc est palpable. Je vois des mâchoires se décrocher, des regards s'échanger. Mais je ne m'arrête pas. C'est une hémorragie de mots. Je raconte tout, sans filtre. Je leur explique comment notre rivalité s'est transformée en une passion dévorante. Je leur parle de la première fois, de l'intensité de nos échanges, de la manière dont Kylian était devenu mon ombre, mon souffle. Je ne cache rien de mon besoin de le posséder, ni de la douceur qu'il m'apportait en retour.
— Et quelqu'un a tout bousillé, je continue, la voix brisée par un sanglot. Un compte anonyme, @shadow_handball_lover. Cette ordure a utilisé une intelligence artificielle pour cloner ma voix. Kylian a reçu des messages où "je" disais que je ne l'aimais pas, que je me servais de lui pour le détruire. Il a cru que tout n'était qu'un plan machiavélique de ma part. Il est parti en laissant une lettre... une lettre qui me hante chaque seconde. Il disait qu'il avait le cœur en miettes.
Je m'écroule à nouveau sur ma chaise, les mains sur le visage, pleurant à chaudes larmes devant toute mon équipe. Je montre le bracelet à mon poignet.
— Il a laissé ça sur le lit. Il a tout emporté, ses vêtements, son rire, sa vie... mais il a laissé la marque de notre lien. Je suis persuadé que le coupable est parmi nous, ou très proche. Quelqu'un qui savait pour nous et qui a voulu me punir.
À ma grande surprise, personne ne s'offusque de mon homosexualité. Personne ne juge. L'émotion est collective. Nathan me serre l'épaule, son visage d'habitude impassible est marqué par la tristesse. Le coach s'approche et pose une main paternelle sur mon crâne.
— On va t'aider, Octavien. On ne savait pas que tu portais un tel poids.
La fin de la nuit est un brouillard de remords et de vertiges. Je me souviens de Nathan me soutenant sous les aisselles pour monter les quatre étages de mon immeuble, m'aidant à m'allonger sur ce lit qui semble désormais trop grand pour un seul homme.
Le lendemain, je me réveille avec l'impression d'avoir la tête prise dans un étau. Mon estomac est noué et chaque rayon de soleil est une agression. Je rampe jusqu'à la cuisine pour boire de l'eau. En revenant dans le salon, je vois un papier blanc sur la table basse. L'écriture de Nathan est nette :
— Octavien, t'étais dans un état pitoyable ce soir. On n'avait jamais vu le "Capitaine de Fer" s'effondrer comme ça, mais au moins, les choses sont claires. Je repasse demain dans la journée car j'ai un truc à te proposer pour retrouver l'origine de ce compte. Accroche-toi.
Je relis le mot, mon cœur s'emballant malgré la gueule de bois. Un truc à me proposer. Après six mois de tunnel, une fissure apparaît enfin. Je saisis mon téléphone et j'envoie un message à Nathan immédiatement.
— Nathan, je viens de lire ton mot. Passe le plus vite possible, n'attends pas demain. J'ai besoin de savoir ce que tu as trouvé. Je t'attends.
Je reste assis par terre, le dos contre la porte d'entrée, la main droite serrée sur le bracelet au poignet gauche. J'attends. Pour la première fois depuis six mois, je ne fais pas que survivre. Je commence à espérer.
Le début d'après-midi s'étire avec une lenteur insupportable. Chaque seconde est un coup de marteau dans mon crâne encore embrumé par l'alcool de la veille, mais l'adrénaline a pris le relais. Je fais les cents pas dans le salon, le regard rivé sur la porte, ma main droite frottant nerveusement le bracelet O et K entrelacées à mon poignet gauche. Le métal est chaud, comme s'il vibrait à l'unisson de mon impatience.
Quand la sonnerie retentit enfin, je bondis sur la poignée. Nathan est là, l'air sérieux. Il n'a pas besoin de parler pour que je comprenne que les choses sérieuses commencent.
— Octavien, j'ai réfléchi toute la nuit, dit-il en entrant. Mon cousin, Mathis, est un véritable génie de l'informatique. Il bosse dans la cybersécurité, le genre de mec qui voit des lignes de code là où on voit du vide. Je lui ai touché deux mots de ton histoire, et il pense qu'il peut remonter la trace de ce compte @shadow_handball_lover.
— Appelle-le, je lance sans réfléchir, ma voix tremblante d'urgence. Appelle-le tout de suite, Nathan. Persuade-le de tout apporter ici au plus vite, il n'y a pas une minute à attendre. C'est vital.
Nathan soupire, mais il sort son téléphone et s'isole un instant. Il revient vers moi quelques secondes plus tard.
— Il arrive dans une heure avec tout son matériel.
Un silence s'installe, lourd de toutes les révélations de la veille. Je me sens soudain vulnérable devant lui.
— Nathan... à propos de ce que j'ai raconté hier soir. Sur moi et Kylian. Je sais que c'était un choc.
— Pas pour moi, me coupe-t-il calmement. En fait, je le savais déjà.
Je reste cloué sur place, le souffle court.
— Quoi ? Comment ? On faisait attention, personne ne pouvait savoir.
— Il y a quelque temps, je vous ai surpris un jour dans les vestiaires, dit-il avec un demi-sourire triste. Vous étiez en train de vous embrasser avec passion contre les casiers. Mais je n'ai jamais rien dit, Octavien. Ça ne me regardait pas. C'étaient vos affaires à vous deux. Si vous aviez voulu que ça se sache, ça serait venu de vous, pas de moi. Chacun fait ce qu'il veut, je ne juge personne.
L'émotion me submerge. Cette loyauté silencieuse est trop pour moi. Les larmes que je retenais coulent enfin. Je m'approche de lui et je le prends brusquement dans mes bras, le serrant de toutes mes forces.
— Merci, Nathan... merci de n'avoir jamais rien dit.
— On est une équipe, Octavien. C'est tout ce qui compte.
Une heure plus tard, Mathis arrive. Il ressemble à Nathan, mais avec un regard plus analytique, presque électrique. Il installe ses ordinateurs sur la table de la salle à manger. Je lui raconte tout, sans rien omettre : le harcèlement, les messages vocaux avec ma voix clonée, la lettre de rupture.
Mathis écoute en tapotant sur ses claviers. Ses yeux scannent des lignes de code qui défilent à toute vitesse.
— Ok, je vois le genre, dit Mathis d'une voix concentrée. Utiliser l'IA pour le clonage vocal, c'est de plus en plus courant. Je vais devoir faire des choses qui ne sont normalement pas autorisées. Je vais hacker certains sites et serveurs pour comprendre qui a créé ce compte.
— Fais ce qu'il faut, je réponds avec une détermination glaciale. Je me fous de la légalité. Je veux savoir qui a fait ça. Et Mathis... est-ce que tu peux retrouver Kylian ? Ou son meilleur ami, Jordan ? J'ai été coupé de tout, je n'ai aucune coordonnée pour les joindre. Je dois lui montrer que tout ça n'était qu'un mensonge.
Mathis s'arrête un instant, ses doigts suspendus au-dessus des touches.
— Retrouver quelqu'un, c'est complexe, mais si Kylian ou Jordan ont laissé la moindre trace numérique, je finirai par trouver une balise. Laisse-moi travailler.
Le silence retombe dans l'appartement, seulement brisé par le cliquetis frénétique des touches. Nathan me tend un café, et nous restons là, debout, à regarder Mathis fouiller les entrailles du réseau pour tenter de réparer ma vie brisée. L'espoir est là, palpable, terrifiant. Parce que si Mathis échoue, je sais que ce sera la fin définitive.
L'air dans mon salon est devenu irrespirable, chargé de l'odeur de café froid et de l'électricité statique dégagée par les ordinateurs de Mathis. Depuis des heures, nous sommes figés dans cette pièce, témoins d'une traque numérique qui, pour moi, est la dernière chance de sauver ce qui reste de ma vie. Mathis, les yeux rivés sur ses écrans, tape des lignes de commandes obscures, passant d'un serveur à l'autre avec une aisance qui me semble surnaturelle.
— J'y suis presque, lâche-t-il soudain, sa voix rompant le silence oppressant. Octavien, approche.
Je me lève, les jambes un peu lourdes, et je me penche par-dessus son épaule. Il pointe un fichier sur l'écran.
— Regarde ça. J'ai réussi à infiltrer la base de données interne du gymnase. Le vol des enregistrements vocaux n'a pas pu se faire à distance. Quelqu'un était physiquement présent dans les vestiaires, avec un accès direct à ton téléphone personnel pour extraire les fichiers sources. Ce n'est pas un piratage informatique classique, c'est un travail de proximité. Quelqu'un a pu entrer dans les vestiaires.
Nathan, qui est resté silencieux dans le coin du salon, se redresse brusquement en fronçant les sourcils.
— Attends, Mathis, coupe Nathan. Personne n'a de clé individuelle pour les casiers, mais pour la porte principale des vestiaires, c'est différent. Il y a quelques mois, le coach était devenu fou parce que la clé des vestiaires avait disparu. Il avait dû faire changer toute la serrure. Si le coupable a récupéré cette clé à ce moment-là, il a eu tout le loisir d'entrer et de sortir comme il voulait.
Mathis secoue la tête en se passant une main dans les cheveux. — C'est une piste solide, mais je suis bloqué pour le moment. Je n'ai pas tout le matériel nécessaire ici pour aller plus loin, que ce soit pour remonter à la source exacte du piratage ou pour localiser Kylian avec certitude.
— Et Jordan ? demandé-je, la gorge nouée.
Mathis tape quelques touches supplémentaires, ses yeux scannant les lignes de code.
— Ça, je peux le faire. J'ai trouvé une trace d'une application de localisation liée à Jordan. Il n'a pas disparu, il est à moins de trente kilomètres d'ici, dans la ville voisine de Saint-Quentin. J'ai son adresse précise et son numéro de téléphone.
Le choc est brutal. Jordan est tout près.
— Donne-moi ce numéro, dis-je, la main tremblante.
Mathis range méthodiquement son matériel.
— Je retourne chez moi pour travailler sur le gros du réseau. C'est trop risqué de le faire depuis une connexion domestique. Donne-moi ton numéro, je t'appelle dès que j'ai une brèche plus importante.
Nathan se lève, posant une main rassurante sur mon épaule.
— On te laisse, Octavien. Mathis va trouver, j'ai confiance en lui.
Ils partent, me laissant seul dans le silence revenu de mon appartement. Je reste un instant immobile, fixant le numéro de Jordan sur le petit papier que Mathis m'a laissé. C'est le moment. Je sors mon téléphone et compose le numéro. Chaque sonnerie résonne comme un glas.
Au bout de la quatrième, ça décroche.
— Allo ? fait une voix masculine, tendue, immédiatement identifiable.
— Jordan. C'est Octavien. Ne raccroche pas, je t'en supplie.
Un silence de mort suit, puis une explosion de rage.
— Octavien ? Espèce de pourriture ! Tu as le culot de m'appeler ? Tu as ruiné la vie de Kylian, tu l'as détruit avec tes messages vocaux ignobles ! Je te jure que si je te trouve, je...
— Jordan, écoute-moi ! je crie, coupant sa tirade, les larmes me brûlant les yeux. Tout ce que tu as entendu, tout ce qu'il a reçu... c'est faux ! C'est un montage. Mathis, un expert en informatique, vient de démontrer que les fichiers ont été volés dans mon propre casier par quelqu'un qui avait accès aux vestiaires. Je n'ai rien fait, Jordan, je ne lui ai jamais envoyé ces messages, je ne voulais pas le briser, je l'aime plus que ma propre vie !
— Tu mens ! C'est trop facile de dire ça maintenant ! hurle-t-il, mais sa voix tremble.
— Je ne mens pas ! Je veux te montrer les preuves. Je veux qu'on se voie. Demain. Au café "L'Escale", en bas de chez moi. Seuls. Si je mens, tu pourras me casser la gueule si cela te fait plaisir. Mais je t'en supplie, fais-le pour Kylian. Il mérite de savoir la vérité.
Un long silence s'installe. Je retiens mon souffle.
— Demain, dix heures, finit-il par cracher. Mais si c'est un piège, Octavien, c'est la dernière fois que tu m'auras au téléphone.
Il raccroche.
Je lâche mon téléphone et m'effondre sur le canapé, les jambes coupées. Je porte ma main gauche à mon poignet, mes doigts se refermant sur le bracelet O et K. Je sens le métal froid contre ma peau.
La nuit qui suit est une descente aux enfers. Je ne peux pas fermer l'œil. Chaque fois que je ferme les paupières, je vois le visage de Kylian. Je me lève dix fois, tourne dans l'appartement, m'assieds dans le noir total en caressant sans cesse le bracelet. Je regarde le bracelet entrelacé sous la lueur blafarde du réverbère. O et K. Entrelacés, mais séparés par un gouffre. Je n'ai pas dormi, je n'ai pas mangé. Je ne suis plus qu'une attente, une prière silencieuse dans la nuit, un homme qui attend le lever du jour pour espérer une rédemption.
Le café "L'Escale" est plongé dans une atmosphère feutrée, presque irréelle, contrastant avec la tempête qui gronde en moi. Je suis arrivé dix minutes à l'avance, les mains moites, le bracelet O et K serré autour de mon poignet comme une promesse de survie. Quand Jordan entre, je manque de m'étouffer avec ma salive. Il a l'air épuisé, les yeux cernés, le regard durci par des mois de rancœur. Il s'assoit en face de moi sans un mot, ses poings serrés sur la table en formica.
— Tu as trois minutes, Octavien, lâche-t-il, la voix coupante comme une lame.
Je ne perds pas de temps. Je sors les documents que Mathis m'a envoyé dans la nuit : les schémas d'accès aux vestiaires du club, les rapports sur l'usurpation d'identité vocale et les preuves que quelqu'un a physiquement pénétré dans les vestiaires. J'étale tout devant lui.
— Regarde, Jordan. Ce n'est pas moi. Quelqu'un a volé les enregistrements dans mon casier. Quelqu'un qui avait une clé volée. Je n'ai jamais voulu détruire Kylian. Je l'aime, bordel !
Jordan parcourt les documents. Au début, il est sceptique, mais au fur et à mesure, ses yeux s'écarquillent. Il reconnaît le mode opératoire, il reconnaît les détails techniques. Le masque de haine sur son visage se fissure.
— C'est... c'est réel ? murmure-t-il. Mais pourquoi ? Pourquoi faire tout ça ?
— Je ne sais pas encore, je réponds, la voix serrée. Mais je vais trouver. Où est-il, Jordan ? Je t'en supplie, dis-moi tout.
Jordan soupire, un son qui ressemble à une défaite. Il baisse les yeux, fixant son café. — Il est venu me voir juste après sa "rupture" avec toi. Il était en morceaux, Octavien. Il ne mangeait plus, il ne dormait plus. Je l'ai hébergé chez moi pendant trois semaines. Je ne pouvais pas le laisser seul. Mais il a fini par partir. Il disait qu'il ne supportait plus d'être dans cette ville, que chaque coin de rue lui rappelait ce qu'il pensait être une trahison. Il est parti du jour au lendemain. Il ne m'a rien dit. Depuis, j'ai eu quelques messages flous, mais il ne me donne jamais sa position.
Un poids s'effondre dans ma poitrine. Il est seul, errant quelque part, persuadé que je suis le monstre de cette histoire. Soudain, mon téléphone vibre dans ma poche. C'est Mathis. Je m'excuse auprès de Jordan et je décroche en mode haut-parleur.
— Mathis ? Tu as du nouveau ?
— Octavien, écoute-moi bien, lance la voix de Mathis, tendue et rapide. J'ai craqué le serveur de messagerie associé au compte @shadow_handball_lover. Le mec a été négligent, il a utilisé une adresse IP fixe pour ses dernières connexions. Ce n'est pas un hacker professionnel, c'est juste un type aigri qui connaît bien le gymnase. Son nom, c'est Boris Brouant. Il habite au 14, rue des Lilas, dans le quartier nord.
Mon cœur rate un battement. Boris Brouant. Ce nom ne me dit rien, mais l'adresse est ici, dans la ville.
— Merci, Mathis. Je te rappelle, dis-je en coupant court.
Je relève la tête vers Jordan. Ses yeux sont injectés de détermination.
— C'est lui, le responsable ? demande-t-il.
— Il habite dans cette ville, Jordan. À moins de dix minutes. Je vais chez lui, maintenant.
Jordan se lève d'un bond, renversant sa chaise.
— Ok, je viens avec toi. Je ne te laisserai pas y aller tout seul.
Nous montons dans ma voiture. Le trajet est une plongée dans un silence lourd, électrique. Chaque feu rouge est une éternité. Je roule vers le quartier nord, là où les maisons sont plus anciennes, plus isolées. Mes mains crispées sur le volant, je pense à tout : aux mois de mensonges, à la solitude de Kylian, au bracelet à mon poignet qui me brûle comme une plaie vive.
Nous arrivons dans la rue des Lilas. C'est une impasse, calme, trop calme. Nous garons la voiture un peu plus loin et nous avançons à pied jusqu'au numéro 14. C'est une maison de ville aux volets clos. Jordan me regarde, son visage est un masque de tension. Je monte les marches, chaque craquement du bois sous mes bottes résonne comme un coup de tonnerre dans mon esprit.
J'arrive devant la porte. Je ne réfléchis pas. Je frappe. Un coup, deux coups, trois coups, sec et impérieux.
Il y a un mouvement derrière le bois. Une hésitation. Puis, le bruit d'un verrou qui saute. La porte s'entrouvre lentement, révélant une silhouette dans l'ombre du couloir.
Au moment où je vois le visage de la personne qui se tient là, tout s'arrête. Mon souffle se bloque, mes muscles se tétanisent. À côté de moi, Jordan pousse un cri étouffé, un mélange d'incrédulité et de fureur pure.
Je recule d'un pas, sous le choc, les mains tremblantes de rage.
— Putain, je le savais, je lâche dans un souffle rauque.
Fin du chapitre 11.
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