Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'enfant du péché — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L'enfant du péché
Chapitre 1
La jeunesse
Le vingt-six août mille neuf cent quarante-quatre, Marie Virginie Elisabeth de la Motte, dix-huit ans, fille d'Hubert Joseph Ferdinand de la Motte vicomte de Saint-Maur, est mariée à Louis Edouard Du Château de la Tour, vingt-six ans, marquis de Salles. C'est un mariage arrangé, aucun amour entre les mariés, ils se sont vus pour la première fois la veille, juste la tradition de l'entre soi et de la préservation de la lignée. La réception a lieu dans le château familial isolé à la lisière d'une grande forêt et entouré d'un immense parc de plusieurs hectares. A cette époque, plusieurs escouades de soldats américains venus nous libérer de l'oppression allemande y stationnent depuis une semaine. Ils récupèrent des dures batailles de l'après débarquement en Normandie mais surtout, sécurisent les lieux, le château servant de QG au général du coin. Ils sont naturellement invités à venir au lunch et à participer à la fête, ce ne sont que de vulgaires roturiers, mais ce sont nos libérateurs tout de même, ils meurent pour la France !!!.
C'est là que Marie Virginie Elisabeth rencontre un de ces beaux soldats, c'est le coup de foudre, ils s'aiment et évidement ils font l'amour dès que c'est possible pour eux. Leur relation dure plusieurs mois, jusqu'à ce tous les soldats doivent rejoindre le front en Allemagne. Je suis né de cet amour le deux septembre mille neuf cent quarante-cinq dans le château familial. A ma naissance, le marquis et mon grand-père maternel m'ont emmené dans une institution tenue par des religieuses bénédictines, ils ont tout de suite compris que je n'étais pas l'enfant du marquis, je suis né chocolat au lait assez foncé, le soldat américain était noir.
Chez elles, j'ai eu une petite enfance heureuse, choyé par douze sœurs jusqu'à mes six ans, j'étais leur petit Just, certes, enfant du péché, mais aussi de l'amour. A l'âge de six ans, deux hommes sont venus me chercher pour m'amener dans une autre institution religieuse tenu cette fois-ci par des prêtres dominicains qui vivaient dans un couvent entouré d'un immense cloitre, c'était mon père et mon grand-père maternel que je ne connaissais pas. Là j'ai rejoint six autres enfants d'âges différents, Gérard dix-neuf ans, Hubert dix-sept ans, Gilles et Pierre, deux jumeaux, douze ans, Michel huit ans et Alain sept ans. En les voyant, j'étais heureux, enfin des copains avec qui je pourrai jouer, mais, pour des raisons que j'ignore, j'ai été immédiatement isolé des autres enfants qui restaient regroupés. Je restais seul dans ma chambre et ne les voyais qu'au moment des repas, et de la messe quotidienne. Je prenais mes repas seul sur une table ronde dans un coin du réfectoire, je n'avais pas le droit de parler avec eux.
Là, ça n'a pas été la même chose, la discipline était des plus stricte, les punitions corporelles fréquentes, nous avions interdiction de courir, de chanter, de danser, d'aller dans le cloitre, de sortir. C'est là que j'ai reçu ma première gifle et surtout, mes premiers coups de fouet, de baguette en bois souple et de ceinture. J'étais terrorisé à l'idée de faire quelque chose qui n'allait pas leur plaire, c'était la punition corporelle immédiate, j'avais même l'impression qu'ils y prenaient un certain plaisir. Par contre, j'avais des cours individuels tous les jours pendant huit heures, chaque religieux avait sa spécialité et savait la transmettre. J'ai fait des études très poussées en math, français, physique, histoire géo, anglais et même dessin industriel malheureusement non sanctionnées par un diplôme. Il y avait un tableau d'honneur ou était inscrit le meilleur dans chaque domaine, français, math, histoire-géo, sciences physique, langues (anglais et espagnol), religion (étude poussée de l'ancien et du nouveau testament). J'étais en permanence inscrit en tête de ce tableau, il faut dire que je n'avais que les études pour ne pas penser à la vie que je menais dans cet horrible couvent.
Tout le monde quittait le couvent à vingt et un ans, une fois adulte. Le vingt-deux novembre mille neuf cent soixante-trois, en fin de matinée, j'entends une discussion très animée entre des prêtres et un homme à la voix grave et puissante avec un accent étranger. Je me colle à la porte pour mieux entendre ce qui se dit.
–Je veux récupérer mon fils, vous n'avez aucun droit sur lui, et je vous garantis que je ne partirai pas sans lui, je peux réunir douze personnes pour le prendre de force s'il le faut.
–C'est vous qui n'avez aucun droit sur lui, cet enfant nous a été confié par son père.
–Oui, un homme parfaitement blanc qui a eu un enfant noir avec une femme parfaitement blanche. Même prêtre, vous savez très bien comment ça se passe, vous pensez vraiment que c'est lui le père ?
C'est à ce moment que je réalise que c'est de moi qu'ils parlent, je suis le seul noir parmi tous les enfants présents ici, même les nouveaux.
–Ils sont officiellement ses parents.
–Non, Just n'est pas déclaré sous leurs noms, il a été confié aux sœurs bénédictines sans aucun document. Ce sont elles qui l'ont enregistré dans leur commune sous le nom de Just septembre parce qu'on leur a amené le deux septembre mille neuf cent quarante-cinq, le jour de sa naissance, de la saint Just. Il ne porte même pas leur nom, maintenant, ça suffit, rendez-moi mon fils.
–Rien ne prouve votre paternité.
–Si, de nombreux témoignages de personnes qui m'ont connu à l'époque, j'ai tous les documents le prouvant, ma mallette est remplie de documents attestés par huissiers et une attestation de filiation délivrée par un juge.
Je rejoins mon bureau pour me remettre au travail, la discussion continue, ils s'éloignent mais le ton monte. Dix minutes plus tard, on frappe un coup et la porte s'ouvre, un grand noir entre dans la salle, il fait au moins une demi-tête de plus que moi et mon mètre quatre-vingt. Il sourit en me voyant et se dirige directement vers moi, il a l'air déterminé, il s'immobilise devant moi.
–Je suppose que tu n'as aucune objection à quitter cet abominable endroit Just.
–Absolument aucune.
Il me prend la main, me fait lever et se dirige vers la porte, les trois prêtres présents ne s'opposent pas à mon départ et s'écartent pour nous laisser passer. En traversant une grande salle, je vois les autres enfants me regarder, ils ont dû entendre ce qui s'est passé, ils me sourient, certains me font des petits signes d'adieu, ils ont l'air heureux de ce qui m'arrive bien que nous n'ayons eu aucun contact.
–Suis moi, laisse tes affaires ici, tu n'en as plus besoin, nous aurons tout ce qu'il faut à la maison, Kathleen, ma femme, va s'occuper de te trouver des fringues dignes de ce nom.
–Alors, vous êtes mon père ?
–Oui, ton père biologique oui, mais en France, un enfant ne vouvoie pas son père, donc tu me tutoies.
–Ok papa, je rêve de prononcer ce mot depuis toujours.
–Tu peux le répéter tant que tu veux.
–Papa, papa, papa, papa, papa, papa.
Je m'arrête de peur de l'agacer, il sourit. Nous arrivons devant une énorme voiture sans toit couleur bordeaux avec des paillette dorées, magnifique.
–C'est quoi ce monstre ?
–Une T-Bird de mille neuf cent soixante-deux.
–C'est quoi une T-Bird ?
–Une Ford Thunderbird cabriolet de mille neuf cent soixante-deux, bordeaux métallisé or, une couleur que j'ai créé spécialement pour elle, elle a tout juste un an.
–Tu roule dans une américaine ?
–Oui, je suis un militaire américain, je travaille comme responsable de l'entretien des avions sur la base Châteauroux-Déols de l'Us Air Force.
–Ça explique l'accent, et tu t'appelles comment ?
–Comme notre président, Fitzgerald sans le John, Fitzgerald Herbert Kenwood.
–Je suis donc américain ?
–De filiation, mais pas encore officiellement, ne t'en fais pas, nous allons t'adopter très vite, tu as été déclaré français par les sœurs bénédictines, mais nous allons corriger ça.
Nous montons dans la voiture, il démarre, je suis envouté par le bruit sourd et caverneux du moteur, on sent la puissance qu'il peut développer.
–Et ma mère, elle est où ?
–Elle est morte le deux octobre quarante-cinq, tombée de son balcon du troisième étage du château, la police a conclue à un suicide.
–Et tu y crois ?
–Je ne sais pas, j'étais en Allemagne à cette époque, déjà à l'entretien des avions, je ne suis revenu en France qu'en cinquante et un quand j'ai été affecté à Châteauroux-Déols. Je suis parti avec l'armée américaine vers l'Allemagne fin janvier quarante-cinq, nous venions d'apprendre qu'elle était enceinte, elle voulait quitter son mari et me suivre, mais le régiment est parti précipitamment, du jour au lendemain, nous avons été consignés, je n'ai pas pu la prévenir. En Allemagne, nous avons été isolés par mesure de sécurité et avons combattu jusqu'en mai, de là-bas, je ne pouvais pas me renseigner. Je n'ai pu entreprendre des recherches qu'à partir de mon arrivée à Châteauroux, mais je n'ai rien trouvé, personne n'a pu ou voulu me dire où tu étais. Je n'ai eu des nouvelles qu'il y a deux ans, à Paris, quand je suis tombé par hasard sur la sœur cadette de ta mère qui m'a reconnu, elle m'aimait bien, je rendais sa sœur heureuse. C'est à ce moment que j'ai su ce qui t'était arrivé, j'ai mis tout ce temps pour te retrouver et être sûr de moi. Je peux te dire que les sœurs qui t'ont recueilli m'ont beaucoup aidé, tu es toujours leur petit Just.
–J'ai peu de souvenir de cette époque, mais ils sont tous agréables.
–C'est elles qui m'ont aidé à retrouver le couvent où tu étais, c'est le marquis et son beau-père qui étaient venus te chercher chez elles pour t'y amener.
–Je me souviens de ces hommes, de vraies peaux de vache, que sont-ils devenus ?
–Ton père est mort en cinquante-six dans un accident de chasse, une charge de chevrotine en pleine poitrine, ton grand-père maternel est toujours vivant.
–Accident, tu es sûr ?
–C'est la conclusion des gendarmes.
–Mais nous sommes à plus de deux cent kilomètres de la Normandie, comment ça se fait.
–Certainement parce que ton père a voulu t'éloigner assez loin de chez lui pour éviter toutes rencontres fortuites, les dominicaines sont au sud-est de Chartres.
–Ma tante est au courant que tu m'as retrouvé ?
–Oui, je l'ai prévenue hier, elle nous contactera pour faire ta connaissance, c'est une très jolie femme, elle t'aime, tu es son neveu, et pour elle, la famille est tout, elle m'a dit que ton grand père était très malade, il a soixante-quinze ans.
Vers quinze heures, nous arrivons à la base. Entre temps, j'ai appris qu'il était lieutenant-colonel, qu'il dirigeait l'entretien des avions sur la base américaine implantée à Châteauroux-Déols. Ce sont essentiellement des F cent super-sabre, F cent-quatre Starfighter, des A quatre Skyhawk, F cent cinq Thunderchief, C cent trente Hercules, et bien d'autres, je n'en connais aucun. Qu'ils n'ont pas d'enfant, Kathleen ne pouvant pas en avoir, qu'ils ont une villa construite en dur à Mims en Floride héritée de ses parents, elle est dans un parc du Willow Lakes Golf mais qu'ils veulent rester en France jusqu'au bout, pour l'instant, ils la louent. Ils sont trop bien en France, ils peuvent se promener dans les rues sans se faire traiter de sale négro ou se faire insulter quand ils rentrent dans un magasin. Il n'y a pas de « White only » dans les bus ou les commerces et tous les commerçants les servent comme des personnes normales avec le sourire. Il sait déjà qu'il va être nommé colonel dans deux mois, c'est très rare pour un noir, et il compte bien finir général, le premier noir général de l'US Air Force.
Nous nous garons devant une maison entourée de gazon et sans clôtures, je saurai plus tard que c'est typiquement américain. Là, l'ambiance change, il y a quatre-vingt pour cent des voitures qui sont d'origine outre atlantique, c'est une autre dimension que les voitures françaises.
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Commentaires ()
Et bien mon cher Pierre, pour le savoir, il va falloir lire la suite qui arrive dans trois jours.
Les aristocrates restent entre eux, je peux le dire car c'est un peu mon milieu.
Je suis un passionné d'aviation, je les connais tous depuis la seconde guerre mondiale.
Merci pour ce commentaire.
Évidemment, le père étant noir, l'enfant ne risque pas de passer inaperçu et l'aristocratique famille ne "pèche" pas, elle, par excès de générosité...
La chance de l'histoire est que ce militaire était appelé à faire carrière...
Que va-t-il se passer ?