Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Le garçon succube — Chapitre 10 · Le centre commercial
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Le garçon succube
Chapitre 10 · Le centre commercial
Le trajet jusqu'au centre commercial s'était transformé pour John en un exercice de patience digne d'un moine bouddhiste. Encadré par ses deux démons, l'humain avait l'impression de promener deux enfants en bas âge découvrant le monde pour la première fois.
Leur premier arrêt forcé eut lieu au passage piéton juste en bas de l'immeuble. John tendit le bras pour bloquer Lyris qui s'apprêtait à traverser alors qu'une berline passait en trombe.
— Attends que le petit bonhomme passe au vert, Lyris, expliqua patiemment le garde du corps.
Lyris cligna des yeux, observant le panneau lumineux de l'autre côté de la rue.
— Pourquoi on doit traverser quand c'est vert ? Et pourquoi la couleur verte ? Chez nous, le vert, c'est la couleur des marécages de la pestilence. C'est plutôt mauvais signe.
— C'est juste le code de la route humain, mon Lyris, intervint Lilia en haussant les épaules, un air faussement instruit sur le visage. Le vert veut dire que la voie est libre. Même si je trouve ça ridicule de dépendre d'une loupiote magique pour ne pas se faire écraser par une boîte en métal.
John massa ses tempes.
Le feu passa enfin au vert, et la petite troupe put traverser la rue pour s'engouffrer sous le porche monumental du centre commercial. À peine eurent-ils franchi les portes coulissantes automatiques, ce qui valut à Lyris un nouveau sursaut de surprise, que Lilia s'arrêta net au milieu du hall d'entrée.
Elle redressa la tête, ses narines frémissant délicatement tandis qu'elle humait l'air climatisé du bâtiment. Ses grands yeux roses s'illuminèrent d'un coup d'une joie purement prédatrice.
— Oooh... murmura-t-elle, un sourire gourmand étirant ses lèvres. Il y a une orgie dans ce bâtiment ! Allons-y !
Sans demander son reste, elle attrapa Lyris par le bras et commença à le traîner avec enthousiasme vers l'aile ouest du complexe. Lyris, un peu rouge mais curieux, se laissait faire, tandis que les passants commençaient à se retourner sur eux.
Heureusement, John fit jouer ses réflexes de garde du corps. D'un mouvement rapide, il attrapa Lilia par le col de sa veste et ancra sa main sur l'épaule de Lyris pour les stopper net dans leur élan.
— Non... souffla John à mi-voix, jetant un coup d'œil nerveux autour de lui pour s'assurer que personne ne les écoutait. Même... même si c'est vrai, on n'est pas invités, et on a autre chose à faire.
— Oh, rabat-joie ! râla la démone en croisant les bras, boudant ostensiblement. Une orgie humaine, ça aurait pu être drôle. Tu es sûr qu'on ne veut pas juste jeter un œil ?
— On est là pour des fringues, Lilia. Pas pour squatter les cabines du sex-shop ou le club libertin à côté, trancha John en la poussant fermement vers l'allée centrale. Bougez, l'ascenseur est par là.
Une fois dans la galerie marchande, le choc culturel passa à la vitesse supérieure. Pour éviter la foule des premiers étages, John les dirigea vers le grand ascenseur en verre du hall central. Dès que les portes coulissantes s'ouvrirent, Lyris et Lilia sursautèrent, sur la défensive.
Puis, la cabine s'éleva doucement, offrant une vue panoramique sur les verrières et les boutiques en contrebas. Lyris colla son nez contre la vitre, les yeux ronds d'émerveillement devant le vide qui se creusait sous ses pieds.
Lilia, quant à elle, s'appuya contre la rampe en inox, s'efforçant de garder sa posture de démone supérieure malgré le léger haut-le-cœur que lui procurait la sensation de montée.
— Mouais... Les humains sont vraiment des flemmards, décréta-t-elle en croisant les bras. Nous, on a des ailes, donc on n'a pas besoin de ça pour monter de trois étages. Vous vous fatiguez vraiment pour rien.
— Sauf que la majorité d'entre nous n'a pas d'ailes, Lilia. Et que Lyris est bien content de ne pas avoir à grimper à pied, répliqua John avec un sourire en coin.
Les portes s'ouvrirent au niveau supérieur, face à la zone des grands magasins. Mais pour y accéder, il fallait emprunter la passerelle centrale, coupée par une immense rangée d'escalators.
Lyris s'arrêta net à deux mètres de la bordure. Il fixa les marches métalliques qui surgissaient du sol avant de disparaître en continu dans un vrombissement mécanique discret. Pour lui, cela ressemblait étrangement à une mâchoire d'acier prête à lui broyer les chevilles.
— J-John... murmura Lyris en reculant d'un pas, attrapant fermement la manche du t-shirt de l'humain. Les marches... elles bougent. C'est dangereux ?
Lilia s'approcha, ouvrant la bouche pour se moquer, mais son regard se posa sur les dents en métal de l'escalier mécanique qui s'enfonçaient sous la plaque de fer. Elle se figea, un léger frisson parcourant ses épaules. Elle jeta un coup d'œil circulaire, cherchant une issue d'urgence.
— Bon... on va plutôt prendre les escaliers classiques, décréta-t-elle d'une voix un peu trop haute, en pivotant sur ses talons vers la sortie de secours. C'est... c'est bien meilleur pour le fessier. La marche, il n'y a que ça de vrai.
John, qui n'avait pas manqué un seul de ses regards anxieux ni la façon dont ses doigts s'étaient crispés sur son propre short, laissa échapper un rire étouffé.
— Qu'est-ce qu'il y a de drôle, le géant ? siffla Lilia, les joues légèrement roses.
— Rien, rien, s'amusa John. C'est juste que pour une démone de l'Enfer capable de soi-disant faire s'abattre les plaies d'Égypte, avoir peur d'un escalator de chez Zara, c'est plutôt cocasse.
— Je n'ai pas peur ! C'est pour Lyris que je dis ça !
Comme d'habitude, Lyris la croit sur parole.
— Merci Lilia.
Après avoir vaillamment contourné l'escalator infernal au profit d'un escalier en béton bien plus rassurant pour les chevilles démoniaques, le trio se retrouva enfin au deuxième étage, pile devant l'immense vitrine d'une enseigne de prêt-à-porter tendance.
Lyris s'arrêta net, les yeux grands ouverts, ébloui par les rangées infinies de portants, les projecteurs au plafond et la musique pop qui résonnait dans les haut-parleurs. Pour lui, c'était une véritable caverne d'Ali Baba.
À ses côtés, Lilia affichait un sourire carnassier. Ses yeux roses balayaient déjà les rayons, calculant mentalement le potentiel de chaque tissu. Elle se demandait déjà quelles tenues elle allait bien pouvoir faire porter à son ami d'enfance, et le programme s'annonçait chargé.
John, quant à lui, restait un pas en arrière, une main sur la hanche, observant le duo avec un mélange de fatigue et d'appréhension. En voyant l'étincelle de folie dans le regard de la blonde, le garde du corps poussa un long soupir et se demanda, un peu tard, s'il n'aurait pas dû venir seul finalement.
— Bon, dit John en croisant les bras. On lui prend deux ou trois jeans, des t-shirts à sa taille, et on...
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Lilia s'était déjà ruée sur le premier rayon comme une furie, attrapant des vêtements à la volée. Mais là où John s'attendait à ce qu'elle pioche dans le rayon homme, la succube bifurqua immédiatement vers la collection printemps-été pour femmes.
— Regarde-moi ça, mon Lyris ! s'exclama-t-elle en brandissant une jupe plissée taille haute et un crop-top en maille fine. Ça va aller divinement bien avec ton teint !
John fronça les sourcils, faisant un pas en avant.
— Attends une minute, Lilia. C'est le rayon meufs, là.
Lyris, curieux, s'approcha et toucha le tissu de la jupe avec fascination. Loin d'être perturbé, son visage s'illumina.
— Oh, c'est tout doux ! Tu crois que c'est du cuir d'aile de dragon ?
— Non, c'est pas assez rêche pour du dragon... répondit Lilia avec le plus grand sérieux.
Elle avisa une étiquette qui dépassait du vêtement et plissa les yeux pour la déchiffrer :
— Co... ton... C'est quel genre de bestiole, ça ?
— Je ne sais pas, murmura Lyris, rêveur, en frottant le tissu contre sa joue. Mais je l'imagine tout doux et soyeux.
John, qui assistait à la scène les bras croisés, leva les yeux au ciel avec un soupir désabusé.
— Euh... En fait, c'est une fleur. Le coton est une fleur.
Les deux démons se tournèrent vers lui en même temps, les sourcils froncés, comme s'il venait de leur annoncer que la Terre était plate.
— Une fleur ? répéta Lilia, sceptique. Tu essaies encore de nous arnaquer, le géant. On ne fait pas des habits avec des plantes.
— Bref, n'importe quoi, trancha-t-elle en balançant une pile de vêtements de plus en plus haute sur les bras de John qui n'eut d'autre choix que de servir de portemanteau. En route pour les cabines, on va faire des essayages !
Dans la cabine d'essayage spacieuse du grand magasin, l'atmosphère était devenue un véritable champ de bataille textile.
Lilia, les yeux brillants comme jamais, avait pris le contrôle total de la situation. Des piles de vêtements s'amoncelaient sur les fauteuils, sur les portants et même par terre. John, adossé au mur près de la porte, observait la scène avec un mélange d'amusement et de résignation, les bras croisés sur son torse massif.
— Allez, mon Lyris ! Tourne-toi ! ordonna Lilia en tapant dans ses mains.
Lyris sortit de derrière le rideau, rougissant jusqu'aux oreilles. Il portait une chemise blanche trop grande pour lui, dont les manches lui tombaient sur les mains, et un short cargo kaki qui lui arrivait à mi-cuisses. Ses petites ailes frémissaient nerveusement dans son dos, et sa queue en cœur s'enroulait timidement autour de sa jambe.
— Alors ? demanda-t-il timidement en faisant un petit tour sur lui-même.
Lilia poussa un cri aigu de ravissement.
— Adorable ! Absolument adorable ! Le style « étudiant timide qui a volé la chemise de son grand frère » te va à merveille !
Elle se précipita sur lui, remonta les manches, ouvrit deux boutons supplémentaires pour laisser entrevoir sa clavicule fine, puis recula pour admirer son œuvre.
— Parfait. Suivant !
John ne put s'empêcher de sourire en coin.
— Tu sais qu'on est censés lui acheter des vêtements pratiques, Lilia... pas faire un défilé.
— Chut, le géant. L'art n'a pas de prix.
Le rideau s'ouvrit à nouveau. Cette fois, Lyris portait un hoodie oversize rose pastel (beaucoup trop grand) et un short en jean court qui dévoilait ses cuisses pâles. Il tirait nerveusement sur le bas du hoodie, les joues écarlates.
Lilia porta une main à sa bouche, les yeux écarquillés.
— Oh mon Dieu... Regarde-moi ça. On dirait un petit ange tombé du ciel. John, dis quelque chose !
John se passa une main sur le crâne chauve, visiblement troublé par l'image.
— ...Il est mignon, admit-il d'une voix un peu rauque.
Lilia exulta.
Les essayages s'enchaînèrent : un ensemble preppy avec chemise et gilet, un look streetwear avec casquette et sweat à capuche, une tenue un peu plus audacieuse avec un crop-top qui laissait voir le ventre plat de Lyris (John avait grogné un « trop court » que Lilia avait totalement ignoré).
À chaque nouvelle tenue, Lyris rougissait un peu plus, mais il se prêtait au jeu avec une docilité touchante, tournant sur lui-même quand Lilia le lui demandait, levant les bras, penchant la tête... Il était adorable dans absolument tout.
À la fin, épuisé mais rayonnant, Lyris se tenait au milieu de la cabine, entouré de vêtements de toutes les couleurs. Lilia, assise en tailleur par terre, le contemplait avec une fierté presque maternelle.
— Tu es magnifique quoi que tu portes, mon Lyris, murmura-t-elle. Mais surtout... tu es à nous.
John, qui avait fini par s'asseoir sur le banc, attrapa doucement Lyris par la taille et l'attira sur ses genoux.
— Elle a raison sur un point, dit-il à voix basse en déposant un baiser sur sa tempe. Tu es adorable dans tout.
Lyris se blottit contre le torse massif du colosse, un petit sourire timide aux lèvres, tandis que Lilia venait s'installer à côté d'eux, posant sa tête sur l'épaule de son ami.
Pour la première fois depuis longtemps, Lyris se sentait vraiment... désiré. Et un peu trop gâté.
Lilia tournait en rond devant une pile impressionnante de vêtements, les bras chargés comme une enfant dans un magasin de jouets.
— Bon, avec tout ça, je ne sais toujours pas quoi lui prendre...
John, qui portait déjà trois sacs bien remplis, soupira en levant les yeux au ciel.
— On prend tout, évidemment, Lilia.
Lyris, qui se tenait sagement entre eux, tira légèrement sur le bras de Lilia.
— Lilia, on ne peut pas faire ça... L'argent ne pousse pas sur les arbres, c'est John qui l'a dit.
Lilia leva les yeux au ciel avec un air dramatique.
— Pourquoi les humains sont si compliqués...
John massa sa nuque, vaincu d'avance.
— Raah, d'accord... Je vais taper dans mes économies pour les vacances. De toute façon, j'ai trouvé mieux que Tahiti. On prend un peu tout. Lilia... prends aussi le crop-top et la jupe pour Lyris.
Lilia haussa un sourcil, un sourire narquois aux lèvres.
— Ah... c'est pas "trop court", finalement ?
John lui jeta un regard noir.
— La ferme...
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