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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lesbiennes Orientation principale dans ce chapitre

Sous les toits — Chapitre 8 · Chapitre 10

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EntreDeux
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Ce qui retient, c'est la précision des petits riens : la valise déjà fermée près de la porte, le geste de Camille qui regarde encore l'entrée après que Jean est parti, les hanches qui se heurtent dans la cuisine et la main retirée aussitôt. L'auteur construit une tension qui ne se nomme jamais mais qu'on sent à chaque phrase. Il y a dans cette écriture une façon de faire porter aux gestes ordinaires bien plus qu'ils ne semblent dire.

Sous les toits

Chapitre 8 · Chapitre 10

Chapitre 10 — L’absence
Le jeudi matin, Elsa descendit avec l'impression étrange que la journée avait commencé avant elle. La petite valise de Jean était déjà près de la porte, fermée, droite, presque trop modeste pour l'importance qu'elle avait prise dans son esprit depuis la veille. Il partait après la clinique pour Genève et ne reviendrait que le dimanche soir. Quatre jours : Elsa avait entendu ce chiffre la veille au dîner et, depuis, il revenait par moments sans qu'elle sache pourquoi. Rien ne devait changer. Jean voyageait souvent, Camille travaillait, elle-même avait ses cours, Nina, ses nouveaux amis et cette vie parisienne qui se remplissait beaucoup plus vite qu'elle ne l'avait imaginé. Pourtant, en entrant dans la cuisine, elle regarda d'abord Camille avant même de saluer Jean. Celle-ci était assise devant son café, les cheveux encore un peu humides, occupée à vérifier son agenda. Elle leva simplement les yeux et lui sourit. Elsa ressentit ce petit déplacement intérieur qui lui arrivait maintenant trop souvent en sa présence, quelque chose de très bref et de très physique qu'elle préférait laisser passer plutôt que d'essayer de le comprendre. Jean entra à son tour, chercha ses lunettes alors qu'elles étaient sur sa tête, oublia un dossier sur une chaise puis revint le prendre, et Camille accompagna ces oublis avec une patience moqueuse qui disait mieux que n'importe quelle déclaration depuis combien de temps ils vivaient ensemble. Elsa les regarda se déplacer autour l'un de l'autre avec leurs automatismes, leurs phrases interrompues et reprises par l'autre, et elle se sentit presque indiscrète d'y prêter autant d'attention.
Au moment de partir, Jean embrassa Camille, posa une main à sa taille et lui rappela qu'il téléphonerait en arrivant. Il demanda ensuite à Elsa, en plaisantant, de surveiller sa femme afin qu'elle ne survive pas uniquement grâce aux livreurs pendant son absence. Camille protesta avec assez de mauvaise foi pour prouver qu'il touchait juste. Elsa promit de défendre l'honneur de la cuisine familiale, et Jean quitta l'appartement en riant. La porte se referma, puis il y eut quelques secondes de silence. Camille regarda encore l'entrée, comme si elle s'attendait à le voir revenir chercher quelque chose, avant de reprendre son café. Elsa remarqua ce geste sans savoir pourquoi il la touchait. Elle avait parfois imaginé l'absence de Jean comme un vide qui laisserait davantage de place à Camille ; devant la réalité, ce fut surtout la place de Jean lui-même qu'elle perçut. Son manteau n'était plus dans l'entrée, sa voix ne traversait plus le couloir, et l'appartement paraissait un peu plus grand. Camille ne fit aucun commentaire. Elle demanda à Elsa si elle avait cours toute la journée et lui rappela seulement qu'elle rentrerait tard du cabinet. Elsa répondit qu'elle préparerait quelque chose à manger. La proposition sortit naturellement, sans intention particulière, et ce fut précisément cela qui la troubla légèrement lorsqu'elle prit son sac pour partir.
À l'université, la journée reprit ses proportions ordinaires. Nina l'attendait devant l'amphithéâtre avec un café trop sucré, son appareil photo dans le sac et une histoire interminable sur une étudiante qui avait envoyé le mauvais document à tout un groupe de travail. Elsa se laissa entraîner par son énergie. Mathis les rejoignit plus tard et se comporta exactement comme il l'avait promis après leur café : normalement. Il plaisanta, demanda les notes d'un cours et partit travailler avec deux autres étudiants. Le fait que leur baiser n'ait pas transformé chaque rencontre en scène embarrassante soulagea Elsa. Nina, elle, resta près d'elle jusqu'au début du cours, une main parfois posée sur son bras comme si cette proximité avait toujours existé.
Quand elle rentra, l'appartement était vide. Elle monta poser ses affaires dans sa chambre puis redescendit avec les ingrédients qu'elle avait achetés en chemin. La cuisine lui faisait du bien parce qu'elle exigeait des décisions simples. Il fallait couper, assaisonner, surveiller une cuisson ; personne ne lui demandait ce qu'elle ressentait. Elle prépara du poisson, des légumes rôtis et une sauce au citron, puis mit deux assiettes de côté. Camille arriva peu avant vingt heures, visiblement fatiguée. Elle abandonna ses chaussures dans l'entrée, suivit l'odeur jusqu'à la cuisine et eut cette expression de plaisir presque enfantin qu'Elsa commençait à reconnaître lorsqu'elle découvrait un repas déjà prêt. Elle lui dit qu'elle allait finir par devenir dangereusement indispensable. Elsa rit, mais la phrase resta quelque part en elle plus longtemps qu'elle ne l'aurait voulu. Camille partit se changer et revint quelques minutes plus tard dans un pantalon ample et un haut très simple. Rien dans cette tenue n'était fait pour attirer l'attention ; Elsa remarqua pourtant la ligne de ses épaules, la peau nue de ses bras, la façon dont le tissu souple accompagnait ses mouvements. Elle se reprocha intérieurement cette attention puis décida de ne plus se reprocher grand-chose. Regarder ne l'obligeait à rien. Elle servit le dîner.
Elles parlèrent d'abord de choses ordinaires, puis Camille évoqua un samedi qui aurait lieu deux ou trois semaines plus tard. Jean recevait sept personnes à dîner : trois couples et un homme seul, principalement des gens de son milieu professionnel. D'ordinaire, expliqua-t-elle, elle faisait venir un traiteur qui préparait presque tout, livrait, réchauffait certaines pièces et envoyait une serveuse pour la soirée. C'était confortable, mais cher, et elle avait pensé qu'Elsa pourrait peut-être remplacer une partie de cette prestation si cela l'intéressait. Elle savait cuisiner, semblait même y prendre plaisir, et surtout elle était assez organisée pour ne pas paniquer devant neuf assiettes à dresser en même temps. Elsa crut d'abord à une plaisanterie. Camille précisa qu'il ne s'agissait absolument pas d'un service rendu gratuitement. Elle avait ressorti une ancienne facture et proposait de lui verser trois cents euros, les courses restant évidemment à leur charge. Le chiffre fit changer immédiatement la conversation de nature. Trois cents euros représentaient pour Elsa beaucoup plus qu'une soirée : des livres, des transports, des semaines de courses. Elle tenta pourtant de protester en rappelant qu'elle vivait déjà chez eux dans des conditions très avantageuses. Camille balaya l'argument. Le logement n'avait rien à voir ; le travail serait un travail.
Ce fut au milieu de cette conversation que Camille prononça le mot qui resta ensuite attaché à tout le projet. Elle expliquait qu'Elsa gérerait surtout les préparations, les réchauffages et le service, et ajouta, presque en passant, que cela lui permettrait aussi de s'échapper un peu. Elsa releva les yeux. Camille avait déjà repris sa fourchette. S'échapper de la cuisine, naturellement ; ne pas passer la soirée à surveiller le four pendant que les invités riaient dans le salon. La réponse était évidente et pourtant le mot avait quelque chose de plus large. Elsa ne demanda rien. Elle avait découvert depuis son arrivée qu'avec Camille les phrases les plus intéressantes étaient parfois celles qu'il ne fallait pas ouvrir immédiatement. Elle accepta finalement la proposition. L'argent avait achevé de la convaincre, mais elle savait aussi qu'elle aimait l'idée des préparatifs, des menus à tester, des heures passées dans cette cuisine avec Camille. Elle ne transforma pas cette pensée en aveu, même pour elle-même. Elle prit simplement la facture, calcula mentalement ce qu'elle pourrait acheter avec la somme et annonça qu'à ce tarif elle consentirait peut-être même à sourire aux invités.
Camille alla chercher un classeur d'anciens menus. Elles s'installèrent côte à côte devant l'îlot et commencèrent à trier des propositions dont certaines semblaient avoir été rédigées pour prouver qu'on pouvait mettre du fromage dans absolument tout. Leur dégoût commun pour le chèvre, le parmesan et les sauces gratinées rendit l'exercice beaucoup plus drôle qu'il n'aurait dû l'être. Elsa barrait, Camille approuvait, et bientôt les feuilles furent couvertes de notes. Ce travail les rapprochait d'une manière qui ne ressemblait pas aux séances de piscine ni aux essayages de vêtements. Camille ne guidait pas Elsa : elle lui demandait. Elle écoutait ses idées, notait ses temps de cuisson, suivait ses explications. Elsa découvrait le plaisir d'être compétente devant elle. Elle ne se sentait plus seulement la jeune femme qu'on aidait à mieux habiter son corps ou à s'orienter dans Paris ; sur ce terrain, c'était Camille qui levait les yeux vers elle pour savoir ce qu'il fallait faire. Cette inversion minuscule lui donna une assurance nouvelle.
Leurs épaules se touchèrent une fois lorsqu'elles se penchèrent en même temps sur une page. Aucun mouvement ne suivit. Camille continua de lire, Elsa aussi, mais le point de contact resta quelques secondes dans la conscience de la jeune femme bien après qu'elles se furent écartées. Un peu plus tard, Camille se leva pour chercher un autre dossier et Elsa la regarda traverser la cuisine. Elle pensa, sans raison particulière, à la promenade du Luxembourg, au tissu léger des robes, à leur fou rire sous une rafale de vent et à cette confidence interrompue sur l'œuf vibrant qui avait réussi à faire rougir Camille. Le souvenir lui fit sourire. Lorsque Camille revint, elle demanda pourquoi. Elsa répondit que rien ne pouvait être expliqué sans mettre en danger la dignité de quelqu'un. Camille comprit immédiatement et lui lança un regard faussement sévère avant de reprendre le menu. L'affaire en resta là. Cette manière d'avoir désormais des souvenirs que personne d'autre ne connaissait plaisait beaucoup à Elsa.
Le vendredi, leurs premiers essais commencèrent. Camille avait acheté les ingrédients demandés et les avait disposés avec une application excessive sur le plan de travail. Elsa prit les commandes presque naturellement. Elle lui fit couper des légumes, goûter une sauce, recommencer une préparation trop acide. Camille obéissait en protestant contre l'autoritarisme des jeunes générations. Elles rirent beaucoup. À un moment, Elsa recula pendant que Camille se baissait vers un placard et leurs hanches se heurtèrent. Camille posa la main sur son avant-bras pour retrouver l'équilibre. Le geste fut réflexe, sans douceur recherchée, mais Elsa sentit immédiatement la chaleur de ses doigts. Camille retira sa main dès qu'elle fut stable. Elle regarda la sauce, Elsa regarda le couteau, et toutes deux reprirent exactement où elles s'étaient arrêtées. Elsa n'aurait pas su dire si quelque chose avait réellement changé dans l'air ou si elle avait seulement été plus attentive que d'habitude. Cette incertitude lui convenait mieux que toutes les explications possibles.
Plus tard, Jean appela de Genève. Camille répondit dans la cuisine. Elsa continua de ranger en entendant des fragments de conversation : l'hôtel, un collègue retrouvé par hasard, un adaptateur oublié, la qualité médiocre du dîner. Camille riait. Elle connaissait les habitudes de Jean suffisamment pour deviner ce qu'il avait oublié avant même qu'il le dise. Elsa observa son visage pendant quelques secondes puis détourna les yeux. Elle avait parfois tendance à oublier, lorsqu'elle était seule avec Camille, tout ce qui existait autour d'elle. La voix de Jean dans le téléphone remettait simplement les murs en place. Quand l'appel prit fin, Camille resta un moment avec l'appareil en main, puis expliqua qu'elle dormait toujours moins bien la première nuit lorsque Jean était absent. Non parce qu'elle avait peur, mais parce que le silence de la chambre lui paraissait inhabituel. Elsa répondit qu'elle était juste au-dessus s'il y avait un problème. Camille sourit et la remercia. La phrase n'avait rien d'autre à contenir.
Le samedi matin, Elsa reçut un message de Nina qui lui proposait de passer l'après-midi chez elle. Elle accepta. Elle n'en parla pas immédiatement à Camille ; non par secret, mais parce que ces deux parties de sa vie ne se rencontraient presque jamais dans son esprit. Nina appartenait aux couloirs de l'université, aux cafés, aux messages tardifs et aux baisers encore nouveaux. Camille appartenait à l'appartement, à la piscine, aux repas et à cette présence devenue familière sous ses pieds lorsqu'Elsa était dans sa chambre. Lorsque Camille lui demanda à midi si elle serait là pour tester une sauce dans l'après-midi, Elsa répondit qu'elle avait déjà promis de voir Nina. Camille ne manifesta qu'une petite déception pratique et proposa de reporter l'essai au dimanche matin. Puis elle demanda, avec un sourire, si Nina allait bien. Elsa sentit son visage s'éclairer malgré elle et répondit oui. Camille remarqua probablement ce changement, car son sourire se modifia légèrement avant qu'elle retourne à ses papiers. Elsa ne chercha pas à savoir ce que cela signifiait.
Chez Nina, le temps prit une autre texture. Sa chambre était plus grande que celle d'Elsa mais encombrée d'objets, de livres, de vêtements posés sur une chaise et surtout de photographies accrochées sans ordre. Certaines avaient été tirées sur du papier bon marché, d'autres simplement scotchées au mur. Avant même de s'embrasser, Nina voulut montrer à Elsa ce qu'elle préparait pour l'appel à projets de l'université. Elle avait provisoirement intitulé la série « Habiter ». Une dizaine d'images étaient étalées sur le lit : une fille assise très droite sur une chaise trop petite, un garçon de dos devant une fenêtre, des mains posées sur un ventre, une femme âgée riant en maillot de bain. Le sujet n'était pas la beauté, expliqua Nina, mais la façon dont chacun prend, refuse ou oublie la place que son corps occupe.
Elsa l'aida à choisir. Elle fut surprise par le sérieux de Nina, si différent de son énergie habituelle. Elle pouvait rester plusieurs minutes devant deux images presque semblables, hésiter sur un cadrage, supprimer une photographie qu'Elsa trouvait jolie parce qu'elle jugeait que la personne « jouait trop au portrait ». Quand Elsa demanda si sa propre photo à la fenêtre entrait dans la série, Nina répondit qu'elle n'en savait rien encore. « Elle est belle, mais ce n'est pas une raison suffisante. » Cette réponse plut à Elsa davantage qu'un compliment. Pour une fois, elle existait dans le travail de Nina sans en être automatiquement le centre.
Camille se trouvait dans la cuisine lorsqu'Elsa revint. Elle avait attaché ses cheveux et travaillait sur son ordinateur, une tasse de thé près du clavier. Elle leva les yeux lorsque la porte s'ouvrit. Son regard resta une seconde sur le visage d'Elsa, peut-être sur sa bouche, puis elle demanda simplement si l'après-midi s'était bien passé. Elsa répondit oui. Elle aurait pu raconter davantage ; elle ne le fit pas. Non parce qu'elle voulait cacher Nina, mais parce que certains détails appartenaient encore à la chambre qu'elle venait de quitter. Camille n'insista pas. Elle demanda seulement si Elsa avait faim. Cette discrétion lui plut. Elles mangèrent plus tard, assez brièvement, puis Elsa remonta. Le samedi se termina ainsi, sans comparaison, sans décision, avec Nina encore présente dans son corps et le bruit discret de Camille qui rangeait quelque chose dans l'appartement du dessous.
Le dimanche matin, elles reprirent le dossier de la réception. Elles fixèrent une première structure de menu, évaluèrent les quantités et décidèrent qu'il faudrait au moins deux essais supplémentaires avant le dîner. Camille précisa les invités : trois couples et un homme seul, principalement des collègues ou anciens collègues de Jean. Elsa demanda si elle les connaissait bien. Camille fit une petite moue difficile à interpréter et répondit qu'elle les connaissait suffisamment. Elle ne développa pas. Une nouvelle fois, le mot s'échapper revint lorsqu'elle expliqua qu'avec Elsa en cuisine elle pourrait disparaître quelques minutes de temps à autre sans que personne s'étonne. Elsa lui demanda cette fois si elle redoutait autant ses propres invités. Camille rit et répondit seulement qu'elle les verrait. La phrase avait le goût d'une promesse et d'un avertissement. Elsa nota l'heure prévue pour l'apéritif et n'insista pas.
Vers quinze heures, Elsa referma le carnet sans avoir d'autre rendez-vous. Cette absence de programme lui fit du bien. Elle et Camille profitèrent de l'après-midi pour tester une entrée et reprendre l'organisation du service. La cuisine se remplit de casseroles, de listes et d'une musique que Camille prétendit détester avant de se mettre à chanter le refrain. Elsa pensa que quelques semaines plus tôt elle aurait probablement cherché à remplir ce dimanche avec quelqu'un pour ne pas paraître seule. Désormais elle pouvait passer plusieurs heures ici sans que cela signifie quoi que ce soit d'autre que le plaisir d'y être.
À la fin de l'après-midi, elles avaient sali beaucoup trop de vaisselle et résolu presque tous les problèmes du menu. Camille posa ses deux mains sur le plan de travail et déclara qu'Elsa était officiellement la meilleure décision logistique qu'elle avait prise depuis des années. Elsa lui répondit qu'elle exigerait que cette phrase figure sur son CV. Elles riaient encore lorsque le bruit d'une clé se fit entendre dans l'entrée.
Il était presque dix-neuf heures lorsqu'elle aperçut Jean devant l'immeuble, occupé à sortir sa valise d'un taxi. Ils montèrent ensemble. Camille vint ouvrir avant même qu'ils aient fini de chercher leurs clés. Elle embrassa Jean avec une chaleur simple, posa les mains sur ses épaules et se moqua presque aussitôt de l'état froissé de sa chemise. Elsa resta légèrement en retrait. Elle ressentit quelque chose de difficile à nommer en les voyant se retrouver, une pointe brève qui n'était pas assez nette pour devenir de la jalousie et qu'elle préféra laisser disparaître. Quelques secondes plus tard, Jean lui racontait déjà une anecdote absurde sur un dîner de congrès et elle riait avec eux. La parenthèse de son absence se referma sans avoir produit l'événement secret que l'imagination d'Elsa avait parfois vaguement laissé flotter. Elle en éprouva à la fois du soulagement et une déception si légère qu'elle aurait été incapable de l'avouer.
En passant devant la cuisine, Jean aperçut le classeur, les feuilles couvertes de notes et les premiers essais photographiés sur le téléphone de Camille. Il demanda ce qu'elles avaient fabriqué pendant son absence. Camille expliqua qu'elle avait recruté Elsa pour leur prochain dîner et que, manifestement, il allait devoir s'habituer à ne plus pouvoir commander n'importe quoi. Jean parut ravi. Il connaissait assez peu les talents culinaires d'Elsa et se laissa impressionner par la précision des listes. Il plaisanta sur le fait qu'elle réussirait peut-être enfin à empêcher Camille de passer la moitié de ses propres soirées dans la cuisine. Camille répondit que c'était exactement l'idée : grâce à Elsa, elle pourrait s'échapper. Jean rit et passa dans le salon avec sa valise. Elsa resta quelques secondes devant les feuilles. Le mot, encore une fois, avait été prononcé avec légèreté. Cette fois elle ne chercha pas à lui donner un sens. Elle savait seulement qu'elle aurait bientôt l'occasion de voir ce que Camille voulait fuir assez longtemps pour avoir besoin d'une excuse.
Plus tard, dans sa petite chambre, Elsa envoya à Nina un message pour lui dire quelle photographie de la série elle préférait finalement. Sous ses pieds, l'appartement avait retrouvé ses deux voix. Jean parlait plus fort, Camille riait, un placard se referma. La normalité de ces sons la calma. Elle pensa à la valise près de la porte, aux repas à deux, aux menus étalés sur l'îlot, à la chambre de Nina couverte d'images et à la main de Camille sur son bras lorsqu'elles s'étaient heurtées. Tout se présentait dans son esprit sans ordre. Elle n'essaya pas d'en créer un. La réception aurait lieu dans quelques semaines. D'ici là, il y aurait des cours, des photographies, des piscines, des essais de cuisine et probablement beaucoup de choses qu'elle n'avait pas prévues. Cette idée lui plut.
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Azimuteur
24 octobre 2026 à 09:18
Vous jouez avec nos nerfs ! Les quatre jours annoncés semblaient contenir l'espoir d'une ouverture entre Nina et Camille. Mais non, pas l'ombre du commencement du début de quoi que se soit. Pas un geste, pas un mot, pas même un sourire engageant !  Argh ! J'enrage... et j'adore !
Photo de profil de Folgi74
Folgi74
24 octobre 2026 à 08:17
Un joli chapitre de transition… tranquille mais qui conserve une tension sous-jacente… j’aime toujours autant te lire et suivre les aventures et tourments d’Elsa. Merci beaucoup !

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