Le lendemain, à midi, mon téléphone vibre.
— Nouveau gage.
Je regarde l'écran. Longuement. Je suis dans mon bureau. La porte est fermée. Je bois une gorgée d'eau.
— Lequel ?
— Pas seul. Cette fois, tu le fais devant quelqu'un.
— Devant qui ?
— Tu verras. Ce soir. Vingt heures. Le bar de la place. Celui en face de la fac. Tu entres. Tu commandes un verre. Tu t'assois au fond. Et tu attends.
— Et ?
— Et tu fais ce que je te dirai.
— Qui ?
— Tu verras.
Je verrouille le téléphone. Je le pose.
Le soir, vingt heures.
Le bar de la place est presque vide. Trois tables occupées. Un couple. Un homme seul. Et une table au fond, près de la fenêtre. Une table pour deux. Avec une chaise vide.
Je pousse la porte. Je traverse la salle. Je commande un verre. Un whisky. Je m'approche de la table. Je m'assois. Je pose mon verre.
Personne.
J'attends.
Je bois une gorgée. Vingt heures dix. Rien. Vingt heures quinze.
La porte s'ouvre.
Un garçon entre.
Je le reconnais immédiatement. Le garçon du restaurant universitaire. Celui qui a ramassé ma culotte. Celui qui a souri. Celui qui a compris.
Il porte une veste noire. Un jean. Il traverse la salle. Il ne me regarde pas tout de suite. Il commande une bière. Puis il se retourne. Il me voit. Il sourit. Un petit sourire. Presque discret. Il s'approche.
— Bonsoir.
Sa voix est calme. Posée. Jeune. Il s'assoit en face de moi. Il pose sa bière sur la table. Il me regarde. Longuement.
Je ne dis rien.
Mon téléphone vibre.
— Tu l'as vu.
Je regarde l'écran.
— C'est lui.
— Qui ?
— Fais ce qu'il te dira.
Je verrouille le téléphone. Je le pose. Je regarde le garçon. Il me regarde. Il sourit. Il ne dit rien.
Un silence.
Puis il parle.
— Hugo m'a dit de venir.
Je reste figée.
— Il m'a dit que tu serais là. Il m'a dit que tu ferais ce que je te demanderais. Il m'a dit que je pouvais te demander ce que je voulais.
Un silence.
— Qui es-tu ? je demande.
— Samuel.
Il le dit simplement. Sans y mettre de poids. Comme si c'était une évidence.
— Un ami d'Hugo. Depuis le lycée. On se dit tout. Il m'a montré les photos. Il m'a parlé de toi. Il m'a parlé du restaurant. Il m'a parlé de la culotte. C'est moi qui l'ai ramassée. C'est moi qui l'ai sentie.
Un silence.
— Et maintenant ?
— Maintenant, je suis là. Et tu vas faire ce que je te dis.
Je le regarde. Longuement.
— Sinon ?
— Sinon, rien. Tu peux partir. Mais Hugo sera déçu. Et tu le sais.
Je bois une gorgée de whisky.
— Qu'est-ce que tu veux ?
Il sourit. Il se penche un peu en avant. Il pose ses coudes sur la table.
— Tu déboutonnes ton chemisier. Entièrement. Tu l'ouvres. Tu le laisses ouvert. Et tu restes comme ça. Le temps que je finisse ma bière.
Je le regarde. Longuement. Je ne bouge pas. Je ne dis rien. Je regarde autour de moi. Le couple. L'homme seul. Le barman derrière son comptoir. Personne ne regarde. Personne ne fait attention. On est au fond. Près de la fenêtre. La lumière est basse.
Je regarde Samuel. Il attend. Il ne sourit plus. Il est sérieux. Mais il attend.
Je porte la main à mon chemisier.
Je déboutonne le premier bouton. Le deuxième. Le troisième. Le quatrième. Le cinquième. Le sixième. J'ouvre. Le chemisier s'écarte. Mes seins apparaissent. Le soutien-gorge noir. La dentelle. La peau blanche. Le creux entre mes seins. La naissance de mon ventre.
Je baisse les mains. Je pose mes avant-bras sur la table. Je le regarde.
Il me regarde.
Il regarde mes seins. Longuement. Sans se presser. Il regarde la dentelle. Il regarde la peau. Il regarde le creux. Il ne dit rien. Il boit une gorgée de bière. Il repose le verre. Il regarde encore.
Et moi, je le regarde aussi.
Je regarde son visage. Ses yeux. Sa bouche. Sa mâchoire. Son cou. Ses épaules. Ses bras. Ses mains posées sur la table. Et puis, malgré moi, je regarde plus bas. Je regarde son torse. Son ventre. Et je m'arrête.
Il y a une bosse.
Sous son jean. À l'entrejambe. Nette. Visible. Tendue. Il bande. Il bande depuis qu'il s'est assis. Il bande depuis qu'il m'a vue. Il bande depuis qu'il a compris que j'allais ouvrir mon chemisier. Il bande. Pour moi.
Je le regarde. Longuement. Je ne peux pas m'en empêcher. Je regarde cette bosse. Je regarde la façon dont le tissu se tend. Je regarde la forme. Je regarde la taille.
Et je rougis.
Je le sens. Cette chaleur qui monte du cou. Qui gagne les joues. Qui me brûle. Je baisse les yeux. Je regarde mon verre. Je ne bouge pas. Je ne referme pas mon chemisier. Je reste ouverte. Devant lui. Rouge. Honteuse. Et excitée.
Parce que je mouille.
Je le sens. Entre mes cuisses. Cette humidité qui perle. Cette chaleur qui coule. Cette mouille qui monte. Je mouille. Maintenant. Dans ce bar. Devant ce garçon. Devant cette bosse. Devant ce désir qu'il ne cache même pas.
Samuel boit une gorgée de bière. Lentement. Il repose le verre. Il me regarde.
— Tu as vu, dit-il.
Ce n'est pas une question.
Je ne réponds pas.
— Tu as vu ce que tu me fais.
Je ne réponds pas.
— Tu as vu ce que tu fais aux hommes. À Hugo. À moi. À tous.
Je ne réponds pas.
— Tu aimes ça.
Je ne réponds pas.
— Tu aimes qu'on te regarde. Tu aimes qu'on te voie. Tu aimes qu'on sache. Tu aimes être ouverte devant quelqu'un qui te désire et qui ne te touche pas.
Un silence.
— Oui, dis-je.
Ce n'est pas un mot que je voulais dire. C'est un mot qui est sorti. Tout seul. Parce que c'est vrai.
Il hoche la tête. À peine. Il finit sa bière. Il pose le verre. Il se lève.
— Tu peux refermer.
Je referme. Lentement. Sans me presser. Je reboutonne un bouton. Puis un autre. Je remets tout en place. Je me lève. Je prends mon sac. Je sors.
Je ne le regarde pas. Je ne le regarde pas en sortant. Je passe devant sa table. Je sors.
Le soir, chez moi, mon téléphone vibre.
— Bien.
Puis rien.
Pas de photo. Pas de message. Pas de suite.
Je pose le téléphone. Je me sers un verre de vin. Je m'assoie sur le canapé. Je regarde le mur.
Samuel. Le meilleur ami. Depuis le lycée. Il m'a vue. Il a vu mes seins. Il a bandé. Il n'a rien caché. Et Hugo était là. Quelque part. Qui savait. Qui attendait.
Je bois une gorgée. Je ferme les yeux.
Et je me dis une chose — une seule. Une chose que je sais déjà vraie.
Ils sont deux. Peut-être plus. Et je ne sais pas combien.
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