Minuit.
Mon téléphone vibre sur la table de nuit.
Je dors mal depuis des semaines. Je dors mal depuis le début. Alors je l'entends tout de suite. Ce petit bruit sec. Cette vibration courte. Une seule. Pas deux. Pas trois. Un seul message. Comme toujours.
Je tends la main. Je prends le téléphone. Je cligne des yeux. La lumière de l'écran me brûle le visage. Je regarde.
Toujours ce numéro inconnu.
Une photo.
J'ouvre.
Et je reste figée.
C'est Sophie.
De dos. À quatre pattes. Sur un sol en béton. Un sol que je reconnais — le béton du sous-sol. Celui que j'ai vu tout à l'heure. Celui où elle était penchée contre le mur. Celui où Hugo la photographiait. La lumière jaune des néons fatigués. Les cartons empilés le long des murs. Les vieux dossiers. L'odeur de poussière. Le sous-sol de la fac. À dix-neuf heures. Ce soir.
Elle porte encore sa jupe en cuir. Relevée. Relevée sur ses reins. Ses bas noirs. Ses bottines. La chemise blanche nouée à la taille. Sa queue de cheval. Tombée sur son épaule.
Et au milieu. Au milieu de ses fesses. Entre ses deux fesses écartées. Il y a le plug.
Mon plug.
Le plug bijou. Noir. Luisant. La base en métal. Le petit joyau qui brille sous la lumière des néons. Celui que j'avais retiré, ce soir-là. Celui que j'avais posé sur la table. Celui que le maire avait photographié. Celui que Hugo avait récupéré. Celui qui était dans un tiroir, chez lui, depuis six mois.
Il est là. Dans le cul de Sophie. Dans le sous-sol de la fac. À quelques mètres de mon bureau. À quelques mètres de l'endroit où je corrigeais mes copies tout à l'heure.
Elle est ouverte. Elle est offerte. Elle est prise en photo comme on prend en photo une chose qu'on possède. Et elle ne bouge pas. Elle ne se retourne pas. Elle reste là. À quatre pattes sur le béton. Avec le plug dans le cul. Avec son cul offert à l'objectif. Avec son cul offert à Hugo. Avec son cul offert à moi.
Je regarde la photo. Longuement.
Je ne bouge pas.
Je ne respire pas.
Mon cœur bat trop vite. Mes joues brûlent. Mes doigts tremblent autour du téléphone.
Sophie.
Sophie avec le plug.
Sophie dans le sous-sol.
Sophie qui ne m'a rien dit.
Sophie qui a accepté ça.
Sophie qui a accepté de le porter.
Sophie qui a accepté d'être photographiée comme ça.
Sophie qui est peut-être en train de le porter encore, là, maintenant, à minuit, pendant que je regarde son cul sur mon écran.
Un autre message arrive.
« Elle le garde. Toute la nuit. »
Je regarde l'écran.
« Elle dort avec. »
Un silence.
« Elle aime ça. »
Je verrouille le téléphone. Je le pose. Je le reprends. Je le déverrouille. Je regarde la photo encore. Longuement.
Je ne peux pas m'en empêcher.
Je regarde le plug. Je regarde le joyau. Je regarde la base en métal. Je regarde les fesses de Sophie. Je regarde la peau blanche. Je regarde la raie. Je regarde l'entrée. Je regarde le plug qui l'ouvre. Je regarde le béton. Les cartons. Les néons. Le sous-sol. Je regarde tout.
Et je sens quelque chose.
Je le sens dans mon ventre. Cette chaleur. Cette chaleur que je connais. Cette chaleur qui monte. Cette chaleur qui descend. Cette chaleur entre mes cuisses.
Je mouille.
Je le sais. Je le sens. Cette humidité qui perle. Cette mouille qui coule. Depuis que j'ai ouvert la photo. Depuis que j'ai vu le plug. Depuis que j'ai vu le cul de Sophie. Depuis que j'ai compris.
Je repose le téléphone. Je le pose sur la table de nuit. Écran éteint. Je me tourne. Je regarde le plafond. Je respire. Une fois. Deux fois. Trois fois.
Mais la photo est là. Dans ma tête. Le plug. Le joyau. Le cul de Sophie. Le béton. Les cartons. Les néons jaunes. Le silence du sous-sol. Hugo derrière l'objectif. Sophie à quatre pattes.
Je me tourne encore.
Je prends le téléphone. Je le déverrouille. Je regarde la photo. Encore. Longuement.
Et ma main descend.
Lentement. Sous la couverture. Sur mon ventre. Sur mes hanches. Entre mes cuisses.
Je me touche.
À travers le tissu, d'abord. Le coton de ma culotte. Léger. Humide. Je le sens. Je le touche. Du bout des doigts. Lentement. Puis dessous. Ma main glisse. Mes doigts trouvent ma chatte. Trempée. Brûlante. Ouverte. Je gémis. Un gémissement que je retiens. Un gémissement qui m'échappe.
Je me touche. Lentement. Du bout des doigts. Je m'ouvre. J'entre. Je ressors. Je remonte. Je trouve le clitoris. Je tourne. Je frotte. Je gémis. Encore. Encore. Le téléphone est dans ma main gauche. La photo est toujours allumée. Je regarde le cul de Sophie. Je regarde le plug. Je regarde le joyau. Je regarde la base en métal. Je regarde cette chose que j'avais dans le cul, moi aussi, cette chose que j'avais retirée devant tout le monde, cette chose que tout le monde avait vue, cette chose que le maire avait photographiée.
Et Sophie l'a dans le cul.
Sophie le porte.
Sophie dort avec.
Sophie aime ça.
Ma main accélère.
Je me touche. Plus vite. Plus fort. Je glisse. Je m'ouvre. Je m'enfonce deux doigts. Puis trois. Je gémis. Je cambre. Je sens tout. Le lit. Les draps. La nuit. Le silence. La photo. Le plug. Sophie. Hugo. Le sous-sol. Le béton. Les néons jaunes.
Je pense à Hugo.
À ce qu'il a fait ce soir. À ce qu'il a photographié. À ce qu'il a dit. À ce qu'il a écrit. « Elle aime ça. » Je pense à sa voix. À son sourire. À ses yeux. À cette phrase — « un jour, vous me demanderez. »
Je pense à Sophie.
À son cul. À ses fesses. À sa raie. À son entrée. À ce plug qui l'ouvre. À ce qu'elle ressent. À ce qu'elle a ressenti quand il l'a enfoncé. À ce qu'elle ressent maintenant. À minuit. Dans son lit. Avec le plug dans le cul. Peut-être en train de se toucher, elle aussi. Peut-être en train de penser à moi. Peut-être en train d'aimer ça.
Je viens.
Dans un cri long, rauque, qui n'en finit plus. Je me cambre. Je tremble. Je serre les dents. Je m'effondre sur le lit. Les jambes tremblantes. La main luisante. Le souffle court.
Puis le silence.
Je reste là. Sur le dos. Les yeux ouverts. Le téléphone à côté de moi. La photo encore allumée. Le cul de Sophie. Le plug. Le joyau. Le béton. Les néons.
Je respire. Une fois. Deux fois. Trois fois.
Puis je prends le téléphone. Je regarde la photo encore. Longuement.
Et je la supprime.
Pas parce que je n'en veux plus. Pas parce que je ne veux pas la voir. Parce que je veux qu'il sache que je l'ai vue. Parce que je veux qu'il sache que je l'ai gardée. Longtemps. Assez longtemps pour faire ce que j'ai fait. Et puis que je l'ai effacée. Comme les autres. Comme toutes les autres. Comme si ça ne changeait rien.
Je verrouille le téléphone. Je le pose. Je me tourne. Je ferme les yeux.
Et je me dis une chose — une seule. Une chose que je sais déjà vraie.
C'est Sophie qui a le plug. Mais c'est moi qui viens de jouir.
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