Le lendemain matin, Nina se réveilla avec la sensation d’avoir été piétinée par un cheval pendant la nuit. Sa tête pesait une tonne, ses paupières étaient gonflées, collantes de sel séché, et son t-shirt, celui qu’elle n’avait même pas pris la peine d’enlever en rentrant, sentait la sueur froide et la bière éventée. La lumière grise de janvier filtrait par les rideaux mal tirés, jetant des ombres tristes sur le désordre de son studio : le manteau jeté par terre, les bottines en vrac près de la porte, le verre d’eau à moitié bu sur la table de chevet.
Elle resta allongée un long moment, immobile, à fixer le plafond. La fissure en Y semblait plus profonde aujourd’hui, comme si elle s’était agrandie pendant la nuit pour refléter l’état de son cœur. Elle repassait en boucle les images de la veille : le sourire d’Angèle quand elle parlait de Sébastien, la façon dont ses yeux verts s’adoucissaient à chaque mention de son prénom, la bise légère sur la joue qui avait laissé une marque invisible mais brûlante sur sa peau. Et surtout cette phrase, répétée comme un mantra cruel :
« Sans lui, je serais probablement en prison, SDF, ou pire. »
Nina se sentait minuscule. Minuscule et toxique. Elle avait passé la nuit à se haïr en silence, à imaginer des scénarios où elle disparaissait purement et simplement pour ne plus être un danger pour personne. Elle avait même ouvert une application de messagerie pour écrire à Angèle un message d’excuses.
« Désolée, j’ai pas été honnête hier soir, je ressens des choses que je n’ai pas le droit de ressentir »
Mais elle l’avait effacé avant d’appuyer sur envoyer. À quoi bon ? Ça n’aurait fait qu’empirer les choses.
Et puis il y avait Marie.
Marie qui était partie en furie deux jours plus tôt. Marie qui lui avait dit, les larmes aux yeux :
« On ne joue pas avec les sentiments des gens comme ça. »
Marie qui avait raison sur toute la ligne.
Nina attrapa son téléphone sur la table de chevet. L’écran était fissuré dans un coin, souvenir d’une chute malencontreuse il y a six mois. Elle ouvrit la conversation avec Marie. Le dernier message datait de la taverne : un simple « À plus tard » envoyé par Marie avant de partir.
Nina fixa le champ de saisie pendant de longues minutes. Elle tapa, effaça, tapa encore.
Finalement, elle écrivit la vérité nue, sans fioritures :
Nina (09:47) : Je suis encore plus dans la merde que tu ne le pensais.
Elle envoya.
Et attendit.
Deux minutes. Pas plus.
Son téléphone vibra dans sa main. Appel entrant. Photo de profil de Marie : elle en train de tirer la langue, un piercing à la langue visible, prise lors d’un festival d’été deux ans plus tôt.
Nina décrocha, la voix rauque.
« Allô… »
« Nina ? » La voix de Marie était basse, inquiète, sans trace de colère résiduelle. « Qu’est-ce qui se passe ? »
Nina sentit les larmes monter instantanément. Elle ne les retint pas.
« J’ai… j’ai vu Angèle hier soir. On est allées boire un verre. Elle m’a tout raconté. Sa vie. Ses parents morts. Les familles d’accueil. Les conneries. La prison évitée de justesse. Et puis… Sébastien. Son mec. Celui qui l’a sauvée. Qui l’a aimée quand personne d’autre ne le faisait. Elle m’a dit qu’il l’a remise sur le droit chemin. Qu’elle lui doit tout. »
Un sanglot lui échappa.
« Et moi… moi je suis là, à fantasmer sur elle, à rêver de la lui voler. Je me sens comme une merde, Marie. Une vraie merde. »
Elle pleurait maintenant sans retenue, le téléphone collé à l’oreille, les larmes coulant sur l’écran.
Marie resta silencieuse un long moment.
Puis, doucement :
« Respire, Nina. Respire. »
Nina essaya. L’air entrait par saccades, sortait en hoquets.
« Je sais pas quoi faire. Je sais pas comment arrêter. Je sais pas comment arrêter d’avoir mal. »
Marie soupira. Un soupir lourd, fatigué, mais plein d’affection.
« Écoute… on va pas régler ça au téléphone. T’as cours aujourd’hui ? »
« Non… J’ai séché. »
« OK. Ce soir. On se retrouve. 19 h 30. Chez L’Archiduc, le resto italien de la rue Dansaert. Tu aimes leurs pâtes à la truffe. Ça te changera les idées. »
Nina renifla.
« Tu… tu veux toujours me voir ? Après ce que je t’ai dit l’autre jour ? »
Marie marqua une pause.
« T’es conne, mais t’es ma conne. Et là, t’as besoin de quelqu’un. Alors oui, je veux te voir. »
Nina ferma les yeux, une nouvelle larme glissa.
« Merci. »
« À ce soir. Et Nina ? »
« Oui ? »
« Essaie de pas te noyer dans ta tête d’ici là. Bois de l’eau. Mange un truc. Prends une douche. Des petites choses. OK ? »
« OK. »
Elles raccrochèrent.
Nina posa le téléphone sur sa poitrine, le regarda vibrer une dernière fois, un message de Marie : un simple cœur noir.
Elle resta allongée encore une heure, le temps que les sanglots s’espacent, que la respiration se calme. Puis elle se leva. Lentement. Elle alla dans la salle de bain, se regarda dans le miroir : visage bouffi, yeux rouges, cheveux en bataille. Elle fit couler l’eau froide, se passa le visage pendant longtemps. Elle prit une douche, chaude cette fois, presque brûlante. Elle se frotta le corps comme pour effacer la culpabilité. Ça ne marcha pas, mais au moins elle se sentit propre.
Elle mangea un yaourt périmé depuis trois jours, il était encore bon, et but deux grands verres d’eau. Elle enfila un jogging large et un sweat trop grand, se remit au lit avec son ordinateur. Elle lança une série qu’elle avait déjà vue dix fois, juste pour avoir du bruit. Elle ne regarda pas vraiment. Elle laissa les heures passer.
À 18 h 45, elle se releva. Elle choisit une tenue neutre : jean slim, pull noir, écharpe grise. Pas de maquillage. Pas d’effort. Elle n’avait plus la force de jouer la comédie.
Elle arriva à L’Archiduc avec dix minutes d’avance. Le restaurant était chaleureux : murs en briques apparentes, lumières tamisées, odeur de basilic et de parmesan. Marie était déjà là, installée à une petite table du fond, près de la cheminée éteinte. Elle portait un hoodie noir oversized, ses cheveux courts en bataille, un piercing argenté à l’arcade. Quand elle vit Nina, elle se leva, ouvrit les bras.
Nina s’y blottit sans réfléchir. Marie la serra fort, longtemps. Nina sentit les larmes revenir.
« Ça va aller, » murmura Marie dans ses cheveux. « Ça va aller. »
Elles s’assirent. Le serveur vint. Marie commanda pour elles deux : antipasti à partager, deux plats de tagliatelle à la truffe noire, une bouteille de rouge italien léger. Nina n’avait pas faim, mais elle se força à grignoter les olives et le pain.
Marie attendit que les assiettes arrivent avant de parler vraiment.
« Raconte-moi tout. Depuis le début. Sans rien zapper. »
Nina obéit.
Elle raconta le message du soir. Le bar. Le Cirio. Angèle qui parlait de son passé sans filtre. L’orphelinat. Les familles. Les conneries. Sébastien l’éducateur qui l’avait écoutée, aimée, sauvée. La façon dont Angèle avait dit « il m’a remise dans le droit chemin » avec une tendresse qui avait transpercé Nina comme une lame.
Et puis la culpabilité. La honte. La jalousie qui ne s’en allait pas. La nuit où elle se réveillait encore en sueur, le corps réclamant ce qu’elle n’avait pas le droit de vouloir.
Elle pleura encore, doucement cette fois, les larmes tombant dans son assiette. Marie écouta sans l’interrompre, le regard grave, les mains serrées autour de son verre.
Quand Nina eut fini, Marie but une longue gorgée de vin.
« OK. Premier point : t’es pas un monstre. T’es une fille de vingt-deux ans qui tombe amoureuse pour la première fois d’une femme. Et ça fait mal parce que c’est pas réciproque. Point. »
Nina secoua la tête.
« Mais elle est heureuse. Avec lui. Et lui, il a tout fait pour elle. Comment je peux même penser à… »
« Tu penses. C’est tout. Tu ne fais rien. Tu ne voles rien. Tu ressens. Et ressentir, c’est pas un crime. »
Marie posa sa fourchette.
« Deuxième point : tu vas arrêter de te punir. Tu vas arrêter de te dire que t’es une merde parce que t’as des sentiments. Ça sert à rien. Ça te détruit, et ça change rien à la situation d’Angèle. »
Nina renifla.
« Et toi ? Tu me pardonnes pour l’autre jour ? »
Marie soupira.
« Mais oui va. Parce que t’étais paumée. Parce que t’as pas mesuré tes mots. Mais ne recommence pas, OK ? Je suis pas ton plan B. Je suis ton amie. Et je vais le rester. »
Nina hocha la tête, les larmes aux yeux.
« Merci. »
Marie tendit la main par-dessus la table. Nina la prit. Leurs doigts s’entrelacèrent.
« Troisième point : on va te remettre sur pied. Pas d’un coup. Pas en claquant des doigts. Mais petit à petit. »
Marie leva son verre.
« D’abord, tu vas arrêter de sécher les cours. Demain, tu y vas. Tu reprends ta vie normale. Tu bosses tes partiels. Tu vois tes potes. Tu vis. »
Nina acquiesça faiblement.
« Ensuite, tu vas limiter les contacts avec Angèle. Pas la bloquer. Pas l’ignorer. Mais tu vas pas chercher à la voir tous les jours. Pas de messages tous les soirs. Pas de “on se refait un verre bientôt ?”. Tu te protèges. »
Nina sentit une pointe au cœur, mais elle savait que Marie avait raison.
« Et toi ? » demanda-t-elle doucement. « Je fais quoi avec toi ? »
Marie sourit, un vrai sourire cette fois, un peu triste mais chaleureux.
« Je reste ton amie. Tu m’appelles quand t’as envie de pleurer. Tu m’envoies des memes à trois heures du mat’ quand tu dors pas. Tu me laisses t’engueuler quand tu fais n’importe quoi. Et tu me laisses t’aimer comme une amie. Juste une amie. »
Nina serra plus fort sa main.
« Promis. »
Elles finirent le repas en parlant de choses plus légères : les profs chiants, les potins de la fac, le dernier concert que Marie avait vu. Nina rit même une ou deux fois, un rire fragile, mais réel.
À la sortie, il gelait. Marie passa son bras autour des épaules de Nina.
« Je te raccompagne chez toi. »
Elles marchèrent lentement dans les rues, le froid mordant leurs joues. Devant l’immeuble de Nina, Marie s’arrêta.
« Tu vas dormir ce soir. Vraiment dormir. Pas de téléphone. Pas de rumination. »
Nina hocha la tête.
« Merci, Marie. Pour tout. »
Marie la serra dans ses bras une dernière fois.
« T’es pas seule, OK ? Jamais. »
Nina monta les escaliers, ouvrit sa porte, s’effondra sur son lit sans se déshabiller.
Pour la première fois depuis des jours, elle ne pleura pas.
Elle se sentait épuisée, brisée, mais… moins seule.
Marie avait raison.
Ça n’allait pas se régler en une soirée.
Mais au moins, maintenant, elle n’était plus toute seule dans le noir.
Le lendemain matin, Nina se leva à 7 h 30 sans combattre l’alarme. Elle n’avait pas dormi profondément, mais pour la première fois depuis des jours, elle n’avait pas passé la nuit à fixer le plafond en ruminant. Elle se sentait vidée, mais fonctionnelle. Marie avait raison : il fallait reprendre le rythme. Aller à la fac. Faire semblant que la vie continuait.
Elle prit une douche courte, enfila un jean large, un sweat gris, des baskets blanches un peu sales. Pas de maquillage. Pas d’effort. Juste l’envie de passer inaperçue. Elle attrapa son sac à dos, y fourra un cahier, un stylo, le Woolf toujours un peu gondolé par la pluie, et sortit.
Dehors, le froid de janvier était sec, coupant. Elle marcha vite vers le campus, écouteurs aux oreilles, une playlist calme en fond pour ne pas avoir à penser. Elle traversa l’esplanade sans regarder autour d’elle. Elle ne chercha pas Angèle. Elle s’était promis de ne pas la chercher. Marie avait été claire : limiter les contacts. Se protéger.
Elle assista à son cours de 9 h 30, séminaire sur Woolf, ironiquement. Elle prit des notes mécaniquement, répondit quand on l’interrogea, sourit vaguement quand un camarade fit une blague. Personne ne remarqua qu’elle était ailleurs. Elle rentra chez elle à 17 h sans avoir croisé Angèle une seule fois. C’était à la fois un soulagement et une petite déchirure supplémentaire.
Le soir, vers 19 h, son téléphone vibra. Groupe WhatsApp des potes de promo : Lucas, Camille, Sofiane et deux autres.
Lucas : Soirée improvisée ce soir ? Bières au Monk, 21 h ? Ça fait trop longtemps qu’on s’est pas vus tous ensemble.
Camille : OUI ! J’ai besoin de me vider la tête après les stats.
Sofiane : Je viens si y a des frites.
Nina : OK pour moi. À tout.
Elle hésita deux secondes avant d’envoyer. Une partie d’elle voulait rester seule, se rouler en boule sous la couette et attendre que le monde s’arrête. Mais l’autre partie, celle que Marie avait réveillée la veille, savait qu’elle avait besoin de bruit, de rires, de normalité. Elle se prépara sans conviction : jean noir, pull ample, écharpe. Elle se regarda dans le miroir et murmura :
« Juste un verre. Ou deux. Pas plus. »
Le Monk était bondé à 21 h 15. Musique indie en fond, lumières tamisées, odeur de bière et de tabac. Ses potes étaient déjà installés à une grande table haute près du bar. Lucas l’aperçut le premier et leva son verre.
« La revenante ! »
Elle sourit faiblement, s’assit entre Camille et Sofiane. On lui mit une pinte d’IPA devant elle presque immédiatement.
« T’as une tête de zombie, meuf, » lança Camille en riant. « Théo t’a encore fait chier ? »
Nina secoua la tête.
« Non. Juste… la vie. »
Ils parlèrent de tout et de rien : les profs sadiques, les partiels qui approchaient, les plans foireux pour le week-end. Nina écoutait plus qu’elle ne parlait. Elle buvait lentement au début. Puis moins lentement. La bière descendait facile, amère et fraîche.
À la deuxième pinte, elle sentit la chaleur monter dans sa poitrine, chasser un peu le froid intérieur.
À la troisième, elle rit pour de vrai à une blague débile de Lucas.
À la quatrième, elle commanda un shot de tequila « pour fêter le retour à la normale ».
À la cinquième… elle arrêta de compter.
La soirée devint floue. Des rires trop forts. Des accolades maladroites. Des selfies qu’elle ne se souvenait pas avoir pris. Sofiane qui essayait de danser sur une chaise. Camille qui racontait une histoire d’ex complètement tarée. Nina buvait pour oublier. Oublier Angèle. Oublier le regard vert. Oublier la main de Sébastien. Oublier la honte. L’alcool faisait son boulot : il brouillait les contours, rendait tout plus lointain, plus supportable.
Vers 2 h du matin, Lucas la raccompagna jusqu’à sa porte. Elle titubait, s’accrochait à son bras.
« T’es sûre que ça va ? » demanda-t-il.
« Ouais… nickel. Bonne nuit. »
Elle monta les escaliers en se tenant à la rampe, ouvrit sa porte, la claqua derrière elle. Elle s’effondra sur son lit tout habillée, chaussures aux pieds. Son téléphone glissa de sa poche, atterrit près de son oreiller. Elle ne le ramassa pas. Elle sombra immédiatement.
Quand elle se réveilla, la lumière grise de l’aube filtrait à travers les rideaux. Il était 8 h 47. Sa tête était un marteau-piqueur. Sa bouche avait le goût d’un cendrier. Son estomac se soulevait à chaque respiration. Elle gémit, roula sur le côté, et c’est là qu’elle le vit : son téléphone, posé juste à côté d’elle sur le matelas, écran allumé, lumière bleue agressive.
Pourquoi était-il là ? Elle ne se souvenait pas de l’avoir pris en main en rentrant.
Elle tendit un bras tremblant, l’attrapa. Le déverrouilla d’un geste maladroit, Face ID ne marchait jamais quand elle était saoule.
L’écran s’ouvrit directement sur WhatsApp.
Sur la conversation avec Angèle.
Le dernier message était d’elle.
Envoyé à 2 h 14.
Nina : Angèle… je peux plus garder ça pour moi. Je suis amoureuse de toi. Depuis le premier jour. Depuis la pluie et les livres. Je sais que t’as quelqu’un. Je sais que c’est mal. Mais je pense à toi tout le temps. Je rêve de toi. Je me touche en pensant à toi. Je suis désolée. Vraiment désolée. Mais c’est plus fort que moi.
Le message était marqué « Lu » à 2 h 37.
Pas de réponse.
Pas un seul mot.
Nina sentit son cœur s’arrêter net. Puis repartir en trombe, cognant si fort qu’elle crut qu’il allait sortir de sa poitrine.
« Non… non non non non… »
Elle relut le message. Mot après mot. Chaque phrase était pire que la précédente. Crue. Honteuse. Implacable.
Elle avait tout avoué. Tout. Les sentiments. Les rêves. Les masturbations. Elle avait écrit ça bourrée, à 2 h du matin, sans filtre, sans réfléchir.
Et Angèle l’avait lu.
Angèle savait.
Nina sentit la nausée monter, violente, incontrôlable. Elle se leva d’un bond, trop vite. Le monde tangua. Elle tituba jusqu’à la salle de bain, tomba à genoux devant la cuvette, et vomit.
D’abord la bile, puis des restes de bière, de frites, de honte. Elle vomit encore, et encore, jusqu’à ce que son estomac soit vide et que ses côtes lui fassent mal. Elle resta là, front contre la porcelaine froide, à trembler.
Quand les spasmes se calmèrent, elle s’assit dos au mur, les genoux contre la poitrine, les larmes coulant sans bruit.
Elle était finie.
Angèle avait lu. Angèle savait qu’elle était folle. Une fille qui fantasmait sur elle en cachette. Une rivale pathétique qui rêvait de briser son couple.
Et elle n’avait même pas répondu.
Pas un « quoi ? », pas un « t’es sérieuse ? », pas un « arrête ».
Rien.
Le silence était pire que n’importe quel rejet.
Nina attrapa son téléphone par terre, il avait dû tomber quand elle s’était précipitée aux toilettes. Elle rouvrit la conversation. Toujours « Lu ». Toujours vide en dessous.
Elle envisagea d’envoyer un message d’excuses.
« Désolée, j’étais bourrée, oublie tout. »
Mais à quoi bon ? Ça ne changerait rien. Angèle avait vu la vérité crue.
Elle savait.
Nina posa le téléphone loin d’elle, comme s’il était radioactif.
Elle se releva péniblement, se traîna jusqu’au lit, s’y effondra. La gueule de bois était atroce, tête qui explose, estomac en vrac, bouche pâteuse, mais ce n’était rien comparé à la panique qui montait en elle.
Elle avait tout gâché.
Tout.
Elle n’irait pas à la fac aujourd’hui.
Elle ne sortirait pas de ce lit. Peut-être jamais.
Elle roula en boule, tira la couette sur sa tête, et laissa les larmes couler librement.
Elle murmura dans le noir, la voix cassée :
« Je suis désolée… je suis tellement désolée… »
Mais il n’y avait personne pour l’entendre.
Et Angèle, quelque part à Bruxelles, avait lu.
Et ne répondait pas.
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