Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Erreur de réservation — Chapitre 5
Auteur
Erreur de réservation
Chapitre 5
Le restaurant était un de ces endroits discrets du 11ᵉ arrondissement, avec des tables un peu trop rapprochées, des nappes blanches et une lumière tamisée qui tentait de faire oublier le bruit de la rue. Catherine était arrivée vingt minutes en avance. Elle s’était assise au fond, dos au mur, et depuis elle n’avait pas bougé.
Elle se trouvait ridicule.
La robe noire qu’elle avait choisie était trop... Trop juste à la taille, trop décolletée, trop élégante pour un simple dîner entre collègues. Elle avait même mis les escarpins qu’elle réservait d’habitude aux soirées avec Thomas. En se regardant dans la glace de l’ascenseur avant de partir, elle s’était dit que c’était une folie. Puis elle était sortie quand même, le cœur battant trop fort, comme si elle allait à un rendez-vous amoureux.
Elle chassa l’idée avec irritation.
Ce n’était pas un rendez-vous amoureux.
C’était juste Sophie.
Juste une discussion nécessaire.
Elle jouait nerveusement avec le bord de sa serviette quand la porte du restaurant s’ouvrit. Sophie entra, les cheveux bruns relevés en un chignon bâclé, un perfecto en cuir sur les épaules, un jean noir et un simple pull col roulé gris. Tenue parfaitement normale. Tenue pour une soirée entre amies. Tenue de quelqu’un qui n’avait rien imaginé d’autre.
Quand elle repéra Catherine, son visage s’éclaira d’abord d’un sourire sincère. Puis ses yeux parcoururent la robe, les épaules nues, le décolleté. Le sourire changea légèrement, devint plus appuyé, presque admiratif.
Elle s’approcha, posa son sac et s’assit en face d’elle.
— Wahou…
Sophie la détailla sans gêne.
— Merde… Tu es magnifique. Canon, même. Tu ne m’avais pas prévenue que je devais m’habiller chic.
Catherine sentit ses joues s’enflammer. Elle baissa les yeux vers sa propre robe comme si elle la découvrait seulement maintenant.
— Non, il ne fallait pas. J’ai fait une folie en m’habillant comme ça. Je… je ne sais même pas pourquoi j’ai sorti cette robe.
Sophie sourit encore, plus doucement cette fois, et prit la carte sans insister.
Le début du dîner fut presque banal.
Elles parlèrent du bureau, d’un projet qui prenait du retard, d’un collègue insupportable, du temps pourri de Paris. Sophie commanda une bouteille de vin rouge et servit Catherine en premier. Elles rirent un peu, de ces rires un peu forcés qu’on a quand on tourne autour de quelque chose d’important sans oser y toucher.
Ce n’est qu’après l’entrée, quand les assiettes furent enlevées et que le silence s’installa un peu trop longtemps, que Sophie posa ses avant-bras sur la table et regarda Catherine droit dans les yeux.
— Bon. Qu’est-ce qui ne va pas ? De quoi tu voulais me parler ?
Sa voix était calme, sans agressivité.
Catherine sentit son estomac se contracter. Elle joua quelques secondes avec le pied de son verre, cherchant ses mots, les perdant, les reprenant.
— C’est… compliqué.
— Je t’écoute.
Elle inspira profondément.
— Depuis que je suis rentrée de Bordeaux… avec Thomas…
Elle s’interrompit, puis reprit, la voix plus basse.
— Ce n’est plus comme avant. Je ne ressens plus rien. Quand il me touche. Quand on fait l’amour. Rien. La première fois, j’ai réussi à… à faire semblant. Pour ne pas l’inquiéter. Je n’avais jamais fait ça avant. Jamais. Et après, c’était encore pire. J’étais complètement absente. Il me prenait mais j’avais l’impression d’être ailleurs. J’ai tout simulé du début à la fin.
Sophie fronça légèrement les sourcils. Elle tendit une main comme pour toucher celle de Catherine, puis se ravisa et la retira.
— Tu devais être crevée. Ces missions, le stress, le train… Ça arrive. Ça va revenir. Donne-toi un peu de temps.
Catherine secoua la tête. Un petit rire triste lui échappa.
— Non. Je n’y crois plus.
Elle releva les yeux. Ils brillaient déjà un peu trop.
— Je crois que je n’aime plus Thomas.
Le silence qui suivit fut dense. Autour d’elles, le restaurant continuait de vivre, des conversations, des rires, le bruit des couverts. À leur table, plus rien ne bougeait.
Sophie finit par demander, prudemment.
— Comment tu peux dire ça comme ça ? Après six mois…
Catherine avala sa salive. Son cœur battait si fort qu’elle avait l’impression que Sophie devait l’entendre.
— En fait j’en suis même certaine.
Elle marqua une pause, puis ajouta, presque dans un souffle.
— J’aime quelqu’un d’autre.
Les mots restèrent suspendus entre elles.
Sophie la fixa. Longuement. Ses yeux verts cherchaient, analysaient, avaient peur de comprendre. Catherine vit exactement le moment où Sophie comprit de qui elle parlait. Le visage de Sophie changea. Pas de colère. Pas de joie. Juste une sorte de gêne soudaine, presque de panique contenue.
Elle se renversa légèrement contre le dossier de sa chaise. Ses doigts tapotèrent nerveusement le bord de la table.
— Catherine…
Sa voix était plus basse, plus prudente.
— Ce qui s’est passé à Bordeaux… c’était…
Elle chercha ses mots avec une maladresse inhabituelle.
— C’était génial. C’était beau. Mais pour moi… c’était surtout pour s’amuser. Pour que ces trois soirées passent plus vite. Je ne…
Elle s’arrêta, mal à l’aise.
— C’était juste… sexuel…
Le monde de Catherine implosa d’un coup.
Le bruit du restaurant devint sourd. La lumière des suspensions au-dessus d’elles sembla trop vive. Elle sentit ses yeux piquer violemment. Elle essaya de se contrôler, de se retenir, de sauver ce qu’il restait de dignité en elle. Mais les larmes vinrent quand même. Doucement d’abord. Une, puis deux, qui glissèrent le long de ses joues sans qu’elle puisse les arrêter.
Elle baissa la tête, honteuse, ridicule dans sa belle robe noire, le cœur en miettes au milieu d’un restaurant où personne ne faisait attention à elle.
Sophie resta silencieuse quelques secondes, visiblement dépassée. Puis elle murmura, plus doucement, presque désolée.
— Merde, Catherine… Je suis désolée. Je ne voulais pas…
Mais Catherine ne répondit pas.
Elle pleurait maintenant sans bruit, les épaules légèrement secouées, incapable de relever les yeux.
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Commentaires ()
Sophie qui se retrouve sans réactions.
Comment Catherine va rebondir après ce cataclysme qui brise ses rêves les plus fou ?