Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Erreur de réservation — Chapitre 11
Auteur
Erreur de réservation
Chapitre 11
Pendant la journée, tous les jours de la semaine, Catherine se tuait au travail.
C’était le seul moyen qu’elle avait trouvé pour ne pas penser à Sophie, qui travaillait à quelques mètres d’elle. Elle s’enfermait dans les dossiers, les tableaux Excel, les comptes-rendus interminables. Elle arrivait plus tôt, repartait plus tard, prenait à peine le temps de déjeuner. Tant qu’elle avait les yeux rivés sur un écran, elle pouvait presque oublier la silhouette familière qui passait parfois dans son champ de vision.
Aujourd’hui, elle était plongée dans un dossier particulièrement compliqué quand la messagerie interne de l’entreprise lui envoya une notification. C’était bizarre. Elle ne l’utilisait jamais. Elle ne travaillait qu’avec les mails. Elle cliqua machinalement.
Quand elle vit le nom de l’expéditeur, un coup de chaud lui traversa toute la poitrine.
Sophie.
Le message était court. Simple.
17 h au bar au coin de la rue.
Rien d’autre.
Catherine resta figée devant l’écran. Un rendez-vous ? Une convocation ? Une explication ? Une dernière humiliation ? Elle n’en savait rien. Ses doigts tremblèrent un peu au-dessus du clavier.
Elle répondit juste :
Ok.
Puis elle passa le reste de l’après-midi à ne plus rien faire de bon. Elle ouvrait des fichiers, les fermait, regardait l’heure toutes les trois minutes. À 16 h 50, elle rangea ses affaires, prit son manteau et sortit sans un mot à personne.
À 17 h pile, elle poussa la porte du bar.
Sophie n’était pas encore là. Catherine choisit une table près de la vitre, s’assit, les mains croisées sur les genoux pour les empêcher de trembler. Elle n’osa rien commander.
Deux minutes plus tard, Sophie entra.
Elle s’installa en face d’elle sans enlever son manteau. Catherine garda les yeux baissés sur la table. Elle n’osait pas croiser son regard.
Sophie fut la première à parler. Sa voix était calme, un peu rauque.
— Je voulais m’excuser.
Catherine releva la tête d’un coup, surprise. Son regard plongea enfin dans celui de Sophie. Les yeux verts étaient fatigués, mais directs.
— Pourquoi tu t’excuses ? demanda-t-elle d’une voix faible.
Sophie inspira lentement.
— Pour Bordeaux. Pour notre première nuit.
Elle joua un instant avec le bord de sa manche.
— Je m’excuse d’avoir joué avec toi. C’est… quelque chose que je fais souvent. Je croise des petites bourgeoises hétéros, bien rangées, curieuses malgré elles. Je les mets dans mon lit, je leur donne le frisson de l’interdit, je leur fais découvrir des trucs… et après je passe à la suivante. C’est un jeu. Un jeu stupide, peut-être. Mais bon...
Catherine sentit une douleur nette lui traverser la poitrine.
— C’est comme ça que tu me voyais ? Une petite bourgeoise hétéro ?
Sophie secoua la tête.
— Non. Avec toi, c’était différent. Enfin… au début. C’est le fait qu’on dorme dans le même lit qui a créé l’occasion. La première nuit, oui, j’ai joué avec toi.
Elle marqua un temps.
— Mais les deux autres nuits… C’était… Souad… C’était vraiment comme quand je suis avec un plan cul. Beaucoup de plaisir donné. Beaucoup de plaisir reçu. Mais juste un plan cul.
Le silence s’installa quelques secondes, lourd.
Catherine articula difficilement :
— Tu ne ressens vraiment rien pour moi alors ?
Sophie la regarda longtemps. Puis elle répondit, simplement :
— Je suis désolée. C’est la première fois que je… convertis une hétéro. J’espère que tu arriveras à m’oublier.
Elle se leva. Elle ajusta son manteau, puis se retourna pour partir.
— Attends, dit Catherine.
Sophie s’arrêta, de dos.
— Moi aussi je m’excuse. Pour avoir brisé ton couple. Pour ce que j’ai dit à Camille. C’était… lâche. Et méchant.
Sophie se retourna à demi. Un petit sourire fatigué, presque doux, apparut sur ses lèvres.
— Je ne t’en veux plus. Après tout… moi aussi j’ai détruit ton couple. On est quittes, non ?
Elle lui fit un beau sourire, un vrai, puis poussa la porte et disparut dans la rue.
Catherine resta seule à table.
Elle était fière d’elle. Elle avait su garder ses larmes tant que Sophie était là. Elle n’avait pas supplié. Elle n’avait pas craqué. Elle avait tenu.
Mais à peine la silhouette de Sophie eut-elle disparu derrière la vitre que les vannes s’ouvrirent. Les larmes montèrent d’un coup, brûlantes, incontrôlables. Elle baissa la tête, les épaules secouées de sanglots silencieux, les mains crispées sur son téléphone.
Elle ouvrit la conversation avec Maude et tapa d’une main tremblante :
J’ai besoin de parler.
La réponse arriva presque immédiatement.
Tu as un problème ?
Catherine renifla, essuya ses joues du dos de la main, et répondit :
J’ai parlé à Sophie. J’ai besoin d’une épaule pour pleurer.
Trois points apparurent. Puis le message de Maude :
J’annule mon plan cul du soir et j’arrive.
Entre deux sanglots, le dernier message de Maude réussit quand même à lui arracher un tout petit sourire.
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Commentaires ()
Suspense suspense.