Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Erreur de réservation — Chapitre 8
Auteur
Erreur de réservation
Chapitre 8
Quelques semaines plus tard, Catherine vivait toujours dans le même brouillard.
Les jours se suivaient, gris, monotones. Elle travaillait, rentrait, mangeait peu, dormait mal. De temps en temps, quand la tension sexuelle devenait trop forte, elle repassait par le bar. Elle ramenait une femme. Parfois deux dans la même semaine. Une fois, elle avait même ramené un homme. Un type correct, doux, qui l'avait prise avec attention. Ça avait été bien. Son corps avait répondu. Mais au moment de jouir, elle avait fermé les yeux et c'était encore le visage de Sophie qu'elle avait vu. Elle avait dû se l'avouer, dans le noir de son appartement vide, elle préférait les femmes maintenant. Clairement. Définitivement. Et parmi toutes les femmes, une seule comptait vraiment. Celle qu'elle ne pouvait pas avoir.
Ce soir-là, c'était l'anniversaire de la société.
Tout le monde était convié, avec conjoint. Catherine s'y rendit donc seule, dans une robe noire simple, les cheveux soigneusement coiffés, le maquillage impeccable. Elle arriva un peu en retard, juste assez pour ne pas avoir à faire trop de sourires de façade dès l'entrée.
Sophie était déjà là.
Et elle n'était pas seule.
À côté d'elle se tenait une femme. Sa compagne. Grande, élégante, cheveux châtains longs, un visage harmonieux, une silhouette affinée. Elle riait à une blague de Sophie, une main posée négligemment sur son bras. Catherine s'arrêta net un instant, un verre de champagne à peine servi entre les doigts. La jalousie lui monta d'un coup, violente, nauséeuse. Elle détailla cette femme avec une précision cruelle. Plus belle qu'elle. Évidemment plus belle qu'elle. Plus sûre d'elle. Plus légitime. Catherine se sentit soudain petite, fade, ridicule dans sa robe trop sage. Elle se rabaissait encore d'un cran, comme elle savait si bien le faire depuis des semaines.
Elle resta à distance, buvant trop vite, répondant à peine aux collègues qui venaient la saluer. Elle n'avait d'yeux que pour le couple. Sophie semblait détendue, presque lumineuse. Sa compagne riait facilement. Chaque fois que leurs mains se frôlaient, Catherine sentait quelque chose se tordre sous ses côtes.
Puis Sophie s'excusa et se dirigea vers les toilettes.
Catherine n'hésita que deux secondes.
Elle traversa la pièce, le cœur battant trop fort, et s'approcha de la femme restée seule près du buffet.
— Bonsoir. Je m'appelle Catherine. Je travaille souvent avec Sophie.
La femme se retourna, souriante, polie.
— Ah, oui. Elle m'a parlé de toi. Je m'appelle Camille.
Elles échangèrent quelques phrases anodines. Le travail, la soirée, le champagne. Catherine souriait trop, parlait un peu trop vite. Puis, sans prévenir, quelque chose se rompit en elle. La jalousie, la frustration, les semaines de vide, tout explosa d'un coup.
Elle regarda Camille droit dans les yeux et dit, d'une voix calme, presque douce :
— Tu sais que j'ai déjà bouffé la chatte de Sophie ?
Camille cligna des yeux, interdite.
Catherine continua, plus bas, plus cru :
— Tu sais aussi que j'ai déjà squirté sous sa langue ? Plusieurs fois. À Bordeaux. Pendant trois nuits. Elle m'a fait jouir comme personne ne m'avait jamais fait jouir. Et moi aussi, je l'ai fait jouir.
Le visage de Camille passa du sourire poli à une pâleur, puis à une rougeur violente. Ses lèvres s'entrouvrirent, sans qu'un son en sorte. Elle restait plantée là, le verre à demi levé, complètement figée.
C'est à ce moment précis que Sophie ressortit des toilettes.
Elle vit immédiatement sa compagne rouge pivoine, le regard perdu, et Catherine debout face à elle, trop proche, trop tendue. Une panique nette traversa ses traits. Elle se hâta à travers la salle, écartant un collègue d'un geste.
À peine arrivée à leur hauteur, Camille se tourna vers elle, le regard glacé.
— Salope, cracha-t-elle.
Puis elle posa son verre sur la table la plus proche, prit son manteau et s'éloigna d'un pas raide vers la sortie, sans un regard en arrière.
Sophie resta un instant interdite, le visage blanc. Puis elle se tourna lentement vers Catherine. Sa voix était basse, tremblante de colère contenue.
— Qu'est-ce que tu lui as dit ?
Catherine soutint son regard. Elle n'avait plus rien à perdre.
— La vérité. Que j'ai déjà eu ma langue sur ta chatte. Que tu m'as déjà fait squirter. Que pendant trois nuits à Bordeaux tu m'as dévorée et que j'ai adoré ça.
Les yeux de Sophie s'écarquillèrent. Un flash de rage pure y passa.
— T'es vraiment qu'une salope… souffla-t-elle.
Catherine ne se démonta pas. Un rire court, amer, lui échappa.
— C'est marrant. Parce que toi, pendant le séjour, tu as bien joué avec moi. Tu savais très bien ce que tu faisais. Tu m'as ouverte, tu m'as fait découvrir des trucs, et après tu m'as dit que c'était « juste pour t'amuser ».
Elle marqua un temps, le regard dur.
— Maintenant on est quittes.
Elle posa son verre, tourna les talons et traversa la salle sans se retourner. Elle sentait le regard de Sophie dans son dos, brûlant, furieux, sûrement blessé. Elle ne s'arrêta pas.
Dans le taxi qui la ramenait, elle restait raide, les mains crispées sur son sac. Ce n'est qu'une fois rentrée, la porte refermée, le silence de l'appartement retombé sur elle, qu'elle s'effondra.
Elle s'adossa contre la porte et glissa jusqu'au sol.
Les larmes vinrent d'un coup, violentes, incontrôlables. Elle n'était pas comme ça. Elle n'avait jamais été comme ça. Cruelle. Vulgaire. Destructrice. Elle venait de faire du mal à Sophie. À la femme qu'elle aimait. Elle avait humilié sa compagne, brisé quelque chose, sali ce qui avait existé entre elles à Bordeaux.
Elle ramena ses genoux contre sa poitrine, y enfouit son visage et pleura longtemps, dans le noir de l'entrée.
Maintenant c'était clair.
Elle avait tout détruit.
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