Fiction
Bi
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Erreur de réservation — Chapitre 6
Auteur
Erreur de réservation
Chapitre 6
Catherine rentra chez elle un peu après minuit.
L’appartement était plongé dans le silence. Une seule lampe restait allumée dans le salon, celle que Thomas oubliait souvent. Elle retira ses escarpins dans l’entrée, les laissa tomber sans soin, puis traversa le couloir sur la pointe des pieds. Dans la chambre, il dormait déjà, allongé sur le côté, un bras replié sous l’oreiller. Sa respiration était profonde, régulière.
Elle se déshabilla méthodiquement. La robe noire glissa le long de son corps et forma une tache sombre sur le sol. Elle retira son soutien-gorge, sa culotte, et se glissa nue sous les draps, tout contre lui. La chaleur de son dos lui parut soudain étrangère. Elle resta immobile quelques secondes, puis les larmes repartirent. Elles avaient à peine séché depuis le restaurant. Maintenant elles revenaient, silencieuses, obstinées. Elle pleurait sans sanglot, juste des larmes qui coulaient sans fin sur ses tempes et venaient mouiller l’oreiller.
Elle n’arrivait pas à se calmer.
Son esprit tournait en boucle sur le visage de Sophie au restaurant, sur ses mots, sur cette phrase simple et définitive, « je ne ressens pas la même chose que toi. » Chaque fois qu’elle y repensait, une vague plus froide lui traversait la poitrine.
À côté d’elle, Thomas finit par bouger. Il se retourna, encore à moitié endormi, et sentit son corps secoué de petits tremblements. Sa main tâtonna dans le noir et trouva son épaule.
— Catherine… ?
Sa voix était rauque de sommeil.
— Qu’est-ce qui se passe ? Tu pleures ?
Elle ne répondit pas. Elle n’en était pas capable. Un sanglot trop gros lui barrait la gorge. Thomas se redressa sur un coude, alluma la petite lampe de chevet. La lumière jaune révéla son visage trempé de larmes, ses yeux rougis, ses cheveux collés par endroits.
— Hé… bébé, regarde-moi. Qu’est-ce qui t’arrive ?
Toujours aucun mot. Juste cette respiration irrégulière et ces larmes qui n’en finissaient pas. Thomas parut de plus en plus inquiet. Il passa une main dans son dos, tenta de l’attirer contre lui. Et c’est à ce moment-là, dans un ultime réflexe de désespoir, que Catherine décida de faire un dernier test.
Elle l’embrassa.
D’abord maladroitement, salée de larmes, puis avec une sorte de rage contenue. Elle passa une jambe par-dessus lui, se pressa contre son corps encore chaud de sommeil. Thomas, surpris mais déjà réveillé par le contact, répondit à ses baisers. Ses mains glissèrent le long de son dos nu, s’attardèrent sur ses fesses. En quelques minutes, il fut dur contre son ventre.
Catherine se donna à fond.
Elle le guida entre ses cuisses, s'empala sur lui d’un seul mouvement, le prit aussi profondément qu’elle le pouvait. Elle bougeait avec une intensité presque désespérée, cherchant la moindre étincelle, le moindre frisson, la moindre parcelle de ce plaisir qu’elle avait autrefois connu avec lui. Elle fermait les yeux, se concentrait sur chaque sensation, son sexe en elle, le frottement, le poids de son corps, l’odeur de sa peau. Elle essayait vraiment. Elle voulait que ça marche. Elle voulait prouver que son corps pouvait encore répondre à cet homme, que tout n’était pas perdu.
Mais il n’y avait rien.
Absolument rien.
Juste un remplissage mécanique, une chaleur étrangère, un mouvement qui n’éveillait aucune vague, aucune tension, aucun frisson. Son sexe restait presque sec malgré les efforts, et même lorsqu’il commença à s’humidifier un peu par réflexe, le plaisir ne vint pas. Pas la moindre étincelle.
Alors elle recommença à simuler.
Elle gémit, arqua le dos, griffa ses épaules, serra son sexe autour du sien par à-coups volontaires. Elle joua parfaitement son rôle, celui de la femme qui prend son pied. Thomas, lui, s’enflamma. Il la trouva particulièrement réceptive, particulièrement chaude, particulièrement à lui ce soir-là. Il la retourna sur le dos, s'enfonça plus fort, plus vite, et finit par jouir en elle dans un long gémissement rauque, le front appuyé contre le sien.
Pendant plusieurs secondes, il resta ainsi, le souffle court, heureux. Puis il releva légèrement la tête… et vit que les larmes de Catherine n’avaient jamais cessé de couler. Elles glissaient toujours, silencieuses, le long de ses tempes, jusque dans ses cheveux.
— Catherine… ?
Sa voix avait changé. L’inquiétude revenait, plus nette.
— Mais… qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi tu pleures encore ?
Elle tourna la tête sur le côté. Elle ne pouvait plus reculer. Plus mentir. Plus faire semblant.
— Je t’ai trompé, murmura-t-elle.
Thomas se redressa un peu, encore en elle, le visage soudain tendu.
— Quoi ?
Elle inspira profondément. Les mots sortirent dans le désordre, salés de larmes, mais clairs.
— À Bordeaux… avec Sophie. On a… on a couché ensemble.
Elle ferma les yeux un instant, puis reprit.
— La première fois, elle a commencé pendant que je dormais. Après j’ai… j’ai voulu. J’ai tout voulu. Et depuis que je suis rentrée… je ne ressens plus rien avec toi. Rien. Même ce soir. J’ai tout simulé. Parce que je…
Sa voix se brisa.
— Parce que je crois que je l’aime. Je crois que je suis amoureuse d’elle. Et je n’arrive plus à te désirer. Je n’y arrive plus du tout.
Le silence qui suivit fut abyssal.
Thomas resta parfaitement immobile au-dessus d’elle. Elle sentait encore son sexe en elle, déjà en train de ramollir. Son visage était devenu blanc. Ses yeux s’étaient agrandis, comme s’il recevait les mots avec un décalage. Puis elle vit les larmes monter aussi dans son regard. Il cligna plusieurs fois, comme pour les chasser, sans y parvenir.
Il se retira doucement d’elle.
Se leva.
Il chercha ses vêtements dans le noir sans allumer une autre lumière. Il enfila son jean, son t-shirt, ses chaussettes, avec des gestes automatiques, un peu maladroits. Il ne dit rien. Pas un cri. Pas une question. Pas même un « je ne comprends pas ». Juste ce silence lourd, et le bruit du tissu.
Arrivé près de la porte de la chambre, il s’arrêta une seconde, le dos tourné. Elle crut qu’il allait parler. Il n’en fit rien. Il sortit. Elle l’entendit prendre ses clés dans l’entrée, ouvrir la porte, puis la refermer derrière lui avec un clic définitif.
Catherine resta seule dans le lit défait, nue, le sexe encore rempli de sa semence, les larmes qui coulaient maintenant sans aucun frein.
Son histoire avec Thomas était terminée. Mais elle se retrouvait alors seule, affreusement seule.
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Commentaires ()
Suite excellente, pour finir avec pleins de questions.