Fiction
Bi
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'encre et le désir — Chapitre 20
Auteur
L'encre et le désir
Chapitre 20
Les bougies sur la table projetaient des ombres tremblantes sur le visage de Sandra, qui faisait défiler les photos de robes de mariée sur son téléphone. Elle avait disposé l'écran entre les deux verres de vin et l'assiette de Vicky, à peine touchée — le tartare de bœuf formait encore une couronne parfaite, les croûtons intacts.
— Celle-là, avec le dos nu… Sandra inclina l'écran.
— Arnold a dit qu'il veut me voir les épaules nues. Tu imagines ? Il a une opinion sur ma robe de mariée.
— Arnold a dit qu'il veut me voir les épaules nues. Tu imagines ? Il a une opinion sur ma robe de mariée.
Elle rit, un rire franc qui emplit l'espace intime du petit restaurant aux murs de pierre. Vicky ne rit pas. Elle faisait tourner son vin dans le verre, le liquide rouge clapotant contre la paroi en un geste mécanique, hypnotique. Ses yeux suivaient le mouvement sans le voir.
Sandra laissa retomber son sourire. Elle posa le téléphone, écran contre la nappe, et observa son amie. Les cernes sous les yeux de Vicky n'étaient pas dissimulés — ou mal. Son fond de teint, habituellement impeccable, marquait les plis de fatigue autour de sa bouche. Elle portait un pull gris trop large, col roulé, qui semblait avaler sa silhouette. Pas de rouge à lèvres. Pas de bijoux. Sandra ne l'avait jamais vue ainsi.
— Tu n'as pas touché à ton assiette. Sandra poussa doucement le bord de l'assiette vers Vicky.
— Ni à ton vin. Et tu n'as pas regardé une seule robe.
— Ni à ton vin. Et tu n'as pas regardé une seule robe.
Vicky releva la tête. Ses yeux marrons, d'habitude vifs et calculateurs, étaient vitreux, comme une vitrine derrière laquelle quelqu'un avait éteint les lumières.
— Je suis fatiguée. Le décalage horaire.
— Je suis fatiguée. Le décalage horaire.
— Tu es revenue de Dubaï il y a deux semaines. Sandra croisa les bras sur la table, penchée en avant.
— Le décalage, ça dure deux jours.
— Le décalage, ça dure deux jours.
Un silence. Le serveur passa, retira l'assiette de Vicky sans qu'elle proteste. Sandra commanda un second verre de vin pour elle, rien pour Vicky. Quand l'homme s'éloigna, Sandra se pencha encore plus près, sa voix baissant d'un ton.
— Alex ?
L'épaule de Vicky tressaillit — un mouvement minuscule, presque invisible, mais Sandra le vit. Le nom avait touché un nerf.
— Alex ne me touche plus, dit Vicky. Les mots sortirent plats, sans inflexion, comme une ligne droite sur un moniteur cardiaque. — Enfin, il me touche. Il effleure. Mon épaule quand il passe. Mon front quand il dit bonne nuit. Comme on caresse un meuble.
Sandra sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine. Elle connaissait ce ton — celui d'une femme qui décrit sa propre disparition. Elle l'avait entendu dans sa propre voix, autrefois, avant Arnold.
— Et toi ? demanda Sandra doucement. Tu le touches ?
Vicky eut un rire bref, sec, sans chaleur.
— Je mets de la lingerie noire. Chaque soir. Un string, un soutien-gorge en dentelle, parfois des bas. Je m'habille pour personne.
Elle but une gorgée de vin enfin, longue, et reposa le verre avec un tintement trop fort.
— Il ne voit même pas. Il dort tourné vers le mur.
— Je mets de la lingerie noire. Chaque soir. Un string, un soutien-gorge en dentelle, parfois des bas. Je m'habille pour personne.
Elle but une gorgée de vin enfin, longue, et reposa le verre avec un tintement trop fort.
— Il ne voit même pas. Il dort tourné vers le mur.
Le serveur déposa le verre de Sandra. Elle ne le toucha pas. Ses doigts restaient posés sur la table, immobiles, tandis qu'elle réfléchissait. L'idée prenait forme — quelque chose qu'elle avait tourné dans sa tête depuis des semaines, depuis qu'elle avait remarqué la première ombre sous les yeux de Vicky, le premier pull gris, le premier silence trop long.
— Je vais te dire quelque chose, dit Sandra. Sa voix avait changé — plus grave, plus lente, le ton qu'elle utilisait quand elle posait les fondations de quelque chose.
— Quand Arnold et moi on a commencé… tu te souviens de ce que j'étais.
— Quand Arnold et moi on a commencé… tu te souviens de ce que j'étais.
Vicky hocha la tête. Elle se souvenait. Sandra, la Sandra d'avant : soumise, hésitante, s'excusant pour son propre plaisir.
— J'ai appris quelque chose avec lui. Pas la soumission — ça, je connaissais. J'ai appris que la liberté, c'est le contraire de ce que je croyais. Sandra fit tourner son verre entre ses doigts. Je pensais que me donner, c'était m'effacer. Mais avec Arnold, je me donne et je deviens plus. Plus visible. Plus entière.
Vicky la regardait, et pour la première fois ce soir, quelque chose bougea derrière ses yeux — une fissure dans la vitrine éteinte.
Sandra se pencha en avant, sa bouche presque contre l'oreille de Vicky. Son parfum — vanille et santal — se mêlait à l'odeur du vin et de la cire de bougie.
— Je veux te proposer un truc. Un pacte.
— Je veux te proposer un truc. Un pacte.
Les sourcils de Vicky se froncèrent.
— Quel genre de pacte ?
— Quel genre de pacte ?
— On échange les rôles. Une soirée. Juste toi et moi. Sandra posa sa main sur celle de Vicky — pas un effleurement de meuble, mais une pression ferme, les doigts entrelacés, les paumes collées. — Je t'initie à ce que j'ai trouvé. Pas avec Arnold — avec moi. Je te montre ce que c'est de reprendre ton corps. Ton pouvoir. Ta putain de liberté, Vicky.
Le mot « putain » claqua dans l'air. Sandra ne jurait presque jamais. Vicky cligna des yeux.
— Tu veux dire… Vicky ne finit pas sa phrase.
— Tu veux dire… Vicky ne finit pas sa phrase.
— Je veux dire exactement ce que je dis. Sandra serrait sa main. — Tu as passé des mois à contrôler Lenoir, à manipuler, à gagner des batailles de putain dans des chambres d'hôtel. Et regarde-toi. Tu es épuisée. Tu mets de la lingerie que personne ne voit. Tu portes un pull gris. Toi.
Le « toi » résonna comme une accusation et un hommage. Vicky retira sa main, non pas pour repousser Sandra, mais pour la porter à ses propres lèvres — toucher sa bouche comme si elle vérifiait qu'elle existait encore.
— Qu'est-ce que tu proposes, exactement ? demanda Vicky. Sa voix avait perdu sa platitude. Il y avait un grain dedans maintenant, une texture.
— Une soirée. Chez moi. Arnold sera ailleurs. Sandra sourit — un sourire lent, chargé, qui ne montait pas jusqu'aux yeux mais qui restait sur les lèvres, délibéré. — Je te montre comment je domine. Comment je me soumets. Comment les deux sont la même chose quand tu choisis. Tu porteras ce que je te dis de porter. Tu feras ce que je te dirai de faire. Et tu retrouveras ce corps que tu as oublié sous ce pull.
Vicky regarda Sandra — vraiment regarda, pour la première fois depuis le début du dîner. Sa gorge bougea quand elle avala. Ses doigts, posés sur la table, tremblaient légèrement.
— Et après ? demanda Vicky.
— Après, tu rentres chez toi. Et tu mets ta lingerie noire. Mais cette fois, quelqu'un la verra.
— Après, tu rentres chez toi. Et tu mets ta lingerie noire. Mais cette fois, quelqu'un la verra.
Le silence qui suivit n'était pas vide. Il était plein — tendu comme une corde de violon avant qu'un archet ne la frappe. Vicky prit son verre de vin, le vida en une longue gorgée, et le reposa.
— Quand ? dit-elle.
Sandra sourit.
Sandra sourit.
La clé tourna dans la serrure avec un déclic précis. Sandra poussa la porte d'un geste assuré et s'effaça pour laisser passer Vicky, puis la referma derrière elles. Le bruit du verrou engageant fit cligner les yeux de Vicky — un réflexe minuscule, presque imperceptible, mais Sandra le capta. Elle posa sa main sur l'épaule de Vicky, là où le tissu du pull gris plissait sous ses doigts.
— Déshabille-toi, dit Sandra. Pas un murmure, pas une demande. Un ordre posé, sans dureté inutile, avec la même voix qu'elle employait pour dicter le choix d'une robe ou le placement d'un convive à table.
Les doigts de Vicky trouvèrent le premier bouton du col. Ils tremblaient — pas de froid, pas de peur exactement, mais cette vibration sourde d'un corps qui réapprend à obéir à quelqu'un d'autre que l'habitude. Le bouton glissa de son alvéole. Puis le deuxième. Le pull gris s'entrouvrit, dévoilant le creux de la gorge, la clavicule saillante, le haut d'un soutien-gorge noir — le même qu'elle portait chaque soir pour personne, celui qu'Alex ne voyait plus. Sandra ne quitta pas des yeux les mains de Vicky, ces doigts qui luttaient avec le troisième bouton comme si chaque geste lui coûtait un effort immense. Elle ne l'aida pas. Elle attendit.
Le pull tomba sur le parquet. Puis le soutien-gorge — Vicky le détacha par-derrière, les bras croisés sur la poitrine une seconde de trop, ce réflexe de pudeur que Sandra reconnut immédiatement. Le pantalon suivit, puis la culotte noire, simple coton, pas la dentelle qu'elle portait à Dubaï. Vicky se tenait droite, les bras le long du corps, le regard fixé sur le sol.
Sandra la prit par le coude — pas fermement, mais avec une pression suffisante pour diriger — et la conduisit à travers le salon jusqu'au grand miroir à pied qui se dressait contre le mur du fond. La lumière de la lampe halogène posait sur la peau de Vicky un reflet chaud, doré, qui creusait les ombres entre ses côtes, sous ses seins, le long de l'intérieur des cuisses.
— Regarde-toi, murmura Sandra en se plaçant derrière elle, assez proche pour que Vicky sente la chaleur de son corps et le parfum de vanille et de santal qui s'en dégageait. — Avant de vouloir être désirée par quiconque — Alex, Lenoir, moi, n'importe qui — tu vas apprendre à te désirer toi-même.
Vicky leva les yeux. Son reflet la regardait — cette femme aux épaules tombantes, aux seins ronds et lourds, aux hanches larges que le pull gris dissimulait depuis des semaines. Elle ne s'était pas vue nue depuis longtemps. Pas vraiment vue. Elle se déshabillait sous la douche, s'habillait dans le noir, évitait les miroirs.
Sandra, derrière elle, contemplait ce corps qu'elle avait connu autrement — arqué, tendu, ruisselant, les cuisses écartées sous sa bouche. Les images affluèrent sans qu'elle les appelle : Vicky à quatre pattes sur ce même lit, les doigts de Sandra enfoncés en elle jusqu'à la paume, le bruit mouillé et obscène de sa chatte qui claquait autour d'elle, les cris aigus qui montaient quand elle la faisait gicler — et elles giclaient, toutes les deux, comme des folles, trempant les draps, les cuisses, le visage de l'autre, rien qu'avec la langue et les doigts, encore et encore, jusqu'à ce que les muscles ne répondent plus.
— Tu te souviens ? dit Sandra, et sa voix avait baissé d'un ton, rauque. — Tu te souviens de comment on devenait. Tu giclais sur ma bouche comme si tu n'allais jamais t'arrêter. Tu me suppliais de continuer même quand tu ne pouvais plus respirer.
Les yeux de Vicky dans le miroir se plissèrent. Sa gorge ondula — une déglutition visible.
Sandra fit un pas de côté et commença à la regarder méthodiquement, comme on examine un manuscrit qu'on n'a pas relu depuis trop longtemps. Son regard partit de la nuque — les vertèbres saillantes — et descendit le long de la colonne, suivant la courbe des reins jusqu'au pli des fesses. Elle leva la main sans toucher, traçant dans l'air une ligne qui épousait la forme du corps de Vicky à un centimètre de sa peau. Les poils de ses bras se dressèrent. Vicky frissonna sans bouger.
Sandra recommença, cette fois plus près — assez près pour que ses doigts effleurent réellement la peau. Elle suivit la ligne de la clavicule, le galbe du sein gauche, le contour de l'aréole. Le téton de Vicky se durcit instantanément, se dressant petit et rose sous le contact fantôme. Sandra le prit entre le pouce et l'index, le pinça avec une douceur calculée — juste assez de pression pour que Vicky inspire court, les épaules se redressant d'un coup. Elle pinça encore, un peu plus fort, et un son sortit de la gorge de Vicky — pas un mot, pas un gémissement, quelque chose entre les deux, un son guttural et mouillé.
— Voilà, dit Sandra en lâchant le téton, qui restait dur, pointé vers le miroir. — Ça, c'est à toi. Personne ne te l'a pris. Tu as juste arrêté de l'écouter.
Ses doigts descendirent le long des côtes, traçant les courbes des hanches, s'attardant au pli de l'aine. Le ventre de Vicky se contracta par saccades involontaires. Sandra fit le tour — se déplaçant derrière elle, puis de l'autre côté, reprenant le même tracé sur le sein droit, pinçant ce téton-là aussi, avec la même lenteur, la même patience. Les cuisses de Vicky se pressèrent l'une contre l'autre. Ses pieds nus sur le parquet pivotaient légèrement, comme si son corps cherchait un appui qui n'existait pas encore.
Sandra recula d'un pas, regarda les fesses de Vicky — pleines, rondes, avec cette légère asymétrie qu'elle connaissait par cœur — et leva la main. La claque fut légère, presque cérémonieuse, un contact sec qui fit vibrer la chair. Vicky sursauta. La deuxième claque suivit, un peu plus appuyée, sur l'autre fesse. La peau rosit en deux taches ovales, comme des cachets de cire sur une lettre.
— Tu te souviens de ça aussi, dit Sandra, et sa voix n'était plus un murmure — c'était devenu une présence pleine, charnelle. — Tu me suppliais de te fesser jusqu'à ce que tu ne puisses plus t'asseoir. Tu venais sur ma cuisse rien qu'avec ça.
Les mains de Vicky se crispèrent sur ses propres cuisses. Ses yeux, dans le miroir, ne regardaient plus le sol — ils regardaient Sandra, derrière elle, qui la détaillait avec une gourmandise qu'elle ne cachait plus. Les pupilles de Vicky étaient dilatées, le rose de ses joues avait monté d'un cran, et sa respiration — qu'elle essayait de maintenir régulière — saccadait à chaque expiration, la poitrine se soulevant par à-coups.
Sandra posa sa paume à plat sur la fesse qu'elle venait de frapper et laissa la chaleur diffuser. — Tu n'es pas éteinte, dit-elle. Tu n'as jamais été éteinte. Tu attendais juste que quelqu'un prenne le temps de te rallumer.
Et Vicky, sans s'en rendre compte, avait légèrement écarté les cuisses.
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