Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L’envers du désir — Chapitre 11 · Orphée
Auteur
L’envers du désir
Chapitre 11 · Orphée
***
Je retrouve ma voiture sur le parking de l'entreprise. Il est un peu plus de neuf heures.
Je pourrais rentrer chez moi. Attendre tranquillement qu'on me rappelle. Mais après ma conversation avec Allyah, rester assis devant mon ordinateur à consulter mes mails toutes les trois minutes me paraît insupportable. Je démarre.
J'ai décidé de retourner à l'Atelier du Désir. Pas pour y entrer. Pas encore. Simplement pour voir.
Je connais désormais les lieux. L'impasse pavée, la devanture discrète, la plaque de bronze, les fenêtres dont les stores restent obstinément baissés. Je me demande si l'établissement ouvre en semaine. Si Magda y travaille. Si les participants du samedi viennent parfois à d'autres moments.
Il y a beaucoup de questions auxquelles une simple observation pourrait apporter des réponses. Et probablement autant auxquelles elle ne répondra jamais. Je m’installe dans un café et choisis très précisément ma place. D'ici, je distingue l'entrée de l'impasse. Je sors un bloc-notes, un stylo et je me surprends à prendre des notes comme un détective, consignant les événements des derniers jours, les heures, les passages et les quelques informations dont je dispose.
J’y passe une bonne demi-heure. Le récit qui se dessine est mystérieux, inquiétant, et toujours terriblement excitant. Je regarde l'heure. Il me reste une journée entière.
À dix heures moins le quart, une voiture noire aux vitres teintées s’arrête devant l'impasse. Une berline récente. Elle reste quelques secondes, puis repart.
Je suis presque déçu.
À dix heures cinq, un utilitaire blanc se gare à proximité. Un homme en descend, ouvre les portes arrière et récupère deux caisses qui me font penser à du matériel de concert. Il les pose sur un chariot.
Je me redresse. Il s'engage dans l'impasse. Je le suis des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse. Du matériel audiovisuel ? Des éclairages ? Des accessoires ?
Je ne distingue pas assez bien les caisses pour le savoir. Quelques minutes plus tard, il revient chercher un pied métallique et une troisième mallette.
Je paie mes cafés et je sors discrètement. Je traverse la rue et m'approche de l'angle de l'impasse.
L'homme marche devant moi, chargé de son matériel. Je ralentis. Il s'arrête bien devant la porte latérale de l'Atelier du Désir et compose un code.
La porte s'ouvre. Il disparaît à l'intérieur. Je m'immobilise.
L'Atelier fonctionne donc en semaine… Et quelqu'un est présent pour réceptionner du matériel. Je regarde les fenêtres. Toujours les stores. Je me demande si Candice s'est déjà rendue ici un autre jour que le samedi. Si elle connaît ce code. Si elle est déjà entrée par cette petite porte.
Je réalise que je ne sais presque rien de ses journées. Pas parce qu'elle me les cache nécessairement. Simplement parce que, depuis des mois, je ne lui pose plus beaucoup de questions. Je reste un instant devant la façade. Puis je m'éloigne.
Ce n'est peut-être pas une bonne idée de me montrer ici. Surtout si quelqu'un a vu ma demande de renseignements.
Je regagne ma voiture.
Je pourrais rentrer chez moi. Attendre tranquillement qu'on me rappelle. Mais après ma conversation avec Allyah, rester assis devant mon ordinateur à consulter mes mails toutes les trois minutes me paraît insupportable. Je démarre.
J'ai décidé de retourner à l'Atelier du Désir. Pas pour y entrer. Pas encore. Simplement pour voir.
Je connais désormais les lieux. L'impasse pavée, la devanture discrète, la plaque de bronze, les fenêtres dont les stores restent obstinément baissés. Je me demande si l'établissement ouvre en semaine. Si Magda y travaille. Si les participants du samedi viennent parfois à d'autres moments.
Il y a beaucoup de questions auxquelles une simple observation pourrait apporter des réponses. Et probablement autant auxquelles elle ne répondra jamais. Je m’installe dans un café et choisis très précisément ma place. D'ici, je distingue l'entrée de l'impasse. Je sors un bloc-notes, un stylo et je me surprends à prendre des notes comme un détective, consignant les événements des derniers jours, les heures, les passages et les quelques informations dont je dispose.
J’y passe une bonne demi-heure. Le récit qui se dessine est mystérieux, inquiétant, et toujours terriblement excitant. Je regarde l'heure. Il me reste une journée entière.
À dix heures moins le quart, une voiture noire aux vitres teintées s’arrête devant l'impasse. Une berline récente. Elle reste quelques secondes, puis repart.
Je suis presque déçu.
À dix heures cinq, un utilitaire blanc se gare à proximité. Un homme en descend, ouvre les portes arrière et récupère deux caisses qui me font penser à du matériel de concert. Il les pose sur un chariot.
Je me redresse. Il s'engage dans l'impasse. Je le suis des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse. Du matériel audiovisuel ? Des éclairages ? Des accessoires ?
Je ne distingue pas assez bien les caisses pour le savoir. Quelques minutes plus tard, il revient chercher un pied métallique et une troisième mallette.
Je paie mes cafés et je sors discrètement. Je traverse la rue et m'approche de l'angle de l'impasse.
L'homme marche devant moi, chargé de son matériel. Je ralentis. Il s'arrête bien devant la porte latérale de l'Atelier du Désir et compose un code.
La porte s'ouvre. Il disparaît à l'intérieur. Je m'immobilise.
L'Atelier fonctionne donc en semaine… Et quelqu'un est présent pour réceptionner du matériel. Je regarde les fenêtres. Toujours les stores. Je me demande si Candice s'est déjà rendue ici un autre jour que le samedi. Si elle connaît ce code. Si elle est déjà entrée par cette petite porte.
Je réalise que je ne sais presque rien de ses journées. Pas parce qu'elle me les cache nécessairement. Simplement parce que, depuis des mois, je ne lui pose plus beaucoup de questions. Je reste un instant devant la façade. Puis je m'éloigne.
Ce n'est peut-être pas une bonne idée de me montrer ici. Surtout si quelqu'un a vu ma demande de renseignements.
Je regagne ma voiture.
À dix heures vingt-trois, mon téléphone sonne. Un numéro masqué.
Je le regarde vibrer sur le siège passager. Je sens immédiatement mon cœur accélérer.
Je décroche.
— Allô ?
— Bonjour. Sommes-nous bien en communication avec Orphée ?
Je le regarde vibrer sur le siège passager. Je sens immédiatement mon cœur accélérer.
Je décroche.
— Allô ?
— Bonjour. Sommes-nous bien en communication avec Orphée ?
La voix est féminine, grave, légèrement rauque. Je la reconnais, c’est celle de Magda.
Je me redresse.
— Oui, c'est moi.
— Bonjour. Je suis Magda, de l'Atelier du Désir.
Je me redresse.
— Oui, c'est moi.
— Bonjour. Je suis Magda, de l'Atelier du Désir.
Je tourne instinctivement la tête autour de moi.
— Bonjour, dis-je. Merci de me rappeler.
— Vous avez quelques instants à nous accorder ?
— Oui. Absolument.
— Parfait. Vous nous avez adressé une demande de renseignements concernant nos rencontres privées.
— C'est exact.
— Nous vous appelons donc pour faire un peu connaissance.
— Bonjour, dis-je. Merci de me rappeler.
— Vous avez quelques instants à nous accorder ?
— Oui. Absolument.
— Parfait. Vous nous avez adressé une demande de renseignements concernant nos rencontres privées.
— C'est exact.
— Nous vous appelons donc pour faire un peu connaissance.
Sa voix est parfaitement calme. Professionnelle.
Je me surprends à l'imaginer assise dans le fauteuil de cuir brun, une cigarette entre les doigts.
— Je vous écoute, dis-je.
Je me surprends à l'imaginer assise dans le fauteuil de cuir brun, une cigarette entre les doigts.
— Je vous écoute, dis-je.
Un léger silence.
— Je crois plutôt que c'est à nous de vous écouter.
— Je crois plutôt que c'est à nous de vous écouter.
Je souris malgré moi.
— Pardon ?
— Vous nous avez contactés. Nous aimerions savoir ce qui vous intéresse dans notre démarche et nos services, nous ne voudrions pas qu’il y ait méprise. Vous pourriez trouver ailleurs et pour bien moins cher un type de service que nous ne proposons pas.
— Pardon ?
— Vous nous avez contactés. Nous aimerions savoir ce qui vous intéresse dans notre démarche et nos services, nous ne voudrions pas qu’il y ait méprise. Vous pourriez trouver ailleurs et pour bien moins cher un type de service que nous ne proposons pas.
Je regarde la devanture de la boulangerie, de l'autre côté de la rue.
— Je suis tombé sur votre site.
— Nous nous en doutons. Qu'est-ce qui a retenu votre attention ?
— Je suis tombé sur votre site.
— Nous nous en doutons. Qu'est-ce qui a retenu votre attention ?
Je réfléchis.
— Votre approche. L'idée d'explorer certaines expériences dans un cadre privé.
— Oui, c'est assez général.
— Votre site l'est aussi…
— Votre approche. L'idée d'explorer certaines expériences dans un cadre privé.
— Oui, c'est assez général.
— Votre site l'est aussi…
Un silence.
Puis je l'entends rire doucement.
— C'est vrai. Nous tenons à préserver une certaine discrétion.
— C'est précisément ce qui m'intrigue.
— La discrétion ?
— Ce qu'elle protège.
Puis je l'entends rire doucement.
— C'est vrai. Nous tenons à préserver une certaine discrétion.
— C'est précisément ce qui m'intrigue.
— La discrétion ?
— Ce qu'elle protège.
Elle ne répond pas immédiatement.
— Voilà une remarque intéressante.
— Voilà une remarque intéressante.
Je sens que j'ai capté son attention.
— Vous organisez donc des rencontres ?
— Oui.
— De quel genre ?
— Cela dépend des personnes, de leurs attentes, de leurs envies.
— Et vous les filmez ?
— Certaines expériences font l'objet d'une captation, lorsque les participants le souhaitent et l'autorisent.
— Dans quel but ?
— Celui de les satisfaire.
— Vous organisez donc des rencontres ?
— Oui.
— De quel genre ?
— Cela dépend des personnes, de leurs attentes, de leurs envies.
— Et vous les filmez ?
— Certaines expériences font l'objet d'une captation, lorsque les participants le souhaitent et l'autorisent.
— Dans quel but ?
— Celui de les satisfaire.
Je repense à Candice, à son téléphone, à la vidéo qu'elle regardait samedi soir.
— Et ces films peuvent être vus, à titre d'exemple de vos prestations ?
— Dans certains cas, oui. Mais uniquement avec des autorisations spécifiques et très précises.
— Et… on peut assister à ces prestations, comme observateur ?
— Éventuellement…
— Et ces films peuvent être vus, à titre d'exemple de vos prestations ?
— Dans certains cas, oui. Mais uniquement avec des autorisations spécifiques et très précises.
— Et… on peut assister à ces prestations, comme observateur ?
— Éventuellement…
Elle marque une pause.
— Pourquoi cette question ?
— Pourquoi cette question ?
Je prends une inspiration.
— Parce que c'est justement cet aspect qui m'intéresse. La possibilité d'assister à une expérience sans nécessairement y participer.
— Parce que c'est justement cet aspect qui m'intéresse. La possibilité d'assister à une expérience sans nécessairement y participer.
Je l'entends déplacer quelque chose.
Peut-être un dossier. Peut-être son cendrier.
— Vous souhaitez d’abord être spectateur ?
Peut-être un dossier. Peut-être son cendrier.
— Vous souhaitez d’abord être spectateur ?
Le mot me fait un effet inattendu.
Spectateur. C'est donc possible.
Je me tends.
— Oui. Je crois.
— Vous croyez ?
— J'aimerais d'abord comprendre ce que vous proposez.
— C'est une demande légitime et raisonnable. De trop nombreuses personnes pensent savoir ce qu'elles viennent chercher avant même de nous avoir rencontrés.
Spectateur. C'est donc possible.
Je me tends.
— Oui. Je crois.
— Vous croyez ?
— J'aimerais d'abord comprendre ce que vous proposez.
— C'est une demande légitime et raisonnable. De trop nombreuses personnes pensent savoir ce qu'elles viennent chercher avant même de nous avoir rencontrés.
Je garde le silence.
Elle poursuit :
— Nous organisons effectivement certaines rencontres auxquelles peuvent assister des invités. Ce sont des événements privés, avec un nombre limité de personnes. Mais il ne s'agit pas d'un spectacle auquel on achète une place.
— Je comprends.
— Les personnes présentes doivent accepter nos règles. Les participants comme les invités.
— Quelles règles ?
— Le respect. La confidentialité. Le consentement. Et quelques autres, que nous expliquons lorsque nous estimons qu'une personne peut rejoindre notre Cercle.
Elle poursuit :
— Nous organisons effectivement certaines rencontres auxquelles peuvent assister des invités. Ce sont des événements privés, avec un nombre limité de personnes. Mais il ne s'agit pas d'un spectacle auquel on achète une place.
— Je comprends.
— Les personnes présentes doivent accepter nos règles. Les participants comme les invités.
— Quelles règles ?
— Le respect. La confidentialité. Le consentement. Et quelques autres, que nous expliquons lorsque nous estimons qu'une personne peut rejoindre notre Cercle.
Je regarde l'entrée de l'impasse.
— Comment le décidez-vous ?
— En faisant connaissance, justement, et en nous assurant de votre motivation et de votre engagement.
— Comment le décidez-vous ?
— En faisant connaissance, justement, et en nous assurant de votre motivation et de votre engagement.
Elle insiste particulièrement sur ce dernier mot. Je souris.
— Je souhaite en effet assister à l'une de vos prochaines rencontres.
— Il faudrait d'abord que nous sachions qui vous êtes et ce que vous recherchez.
— Je pensais que vous acceptiez les pseudonymes.
— Nous les garantissons, mais cela ne signifie pas que nous invitons des inconnus.
— Je souhaite en effet assister à l'une de vos prochaines rencontres.
— Il faudrait d'abord que nous sachions qui vous êtes et ce que vous recherchez.
— Je pensais que vous acceptiez les pseudonymes.
— Nous les garantissons, mais cela ne signifie pas que nous invitons des inconnus.
Je me sens légèrement ridicule.
— Bien sûr.
— Permettez-moi une question.
— Je vous en prie.
— Qu'est-ce qui vous attire dans l'idée de regarder une expérience à laquelle vous ne participeriez pas ?
— Bien sûr.
— Permettez-moi une question.
— Je vous en prie.
— Qu'est-ce qui vous attire dans l'idée de regarder une expérience à laquelle vous ne participeriez pas ?
Je reste immobile. Je pourrais lui répondre franchement. Lui parler de Candice.
De cette femme que j'aime et que je regarde désormais comme une étrangère.
De mon désir retrouvé. Mais ce serait lui donner les clés d'une histoire que je ne suis pas prêt à raconter.
— La curiosité, dis-je.
— Seulement ?
De cette femme que j'aime et que je regarde désormais comme une étrangère.
De mon désir retrouvé. Mais ce serait lui donner les clés d'une histoire que je ne suis pas prêt à raconter.
— La curiosité, dis-je.
— Seulement ?
Je souris.
— C'est déjà beaucoup.
— En effet. Mais la curiosité ne suffit pas toujours.
— C'est déjà beaucoup.
— En effet. Mais la curiosité ne suffit pas toujours.
Je ne sais pas quoi répondre. Je regarde l'heure sur le tableau de bord.
Dix heures trente et une.
Depuis plusieurs minutes, je parle avec une femme que j'ai observée en secret samedi dernier. Et elle ignore que je suis garé à quelques dizaines de mètres de son établissement.
Je trouve la situation délicieusement absurde.
— Vous êtes dans le quartier ? demande-t-elle soudain.
Dix heures trente et une.
Depuis plusieurs minutes, je parle avec une femme que j'ai observée en secret samedi dernier. Et elle ignore que je suis garé à quelques dizaines de mètres de son établissement.
Je trouve la situation délicieusement absurde.
— Vous êtes dans le quartier ? demande-t-elle soudain.
Mon cœur manque un battement.
— Pardon ?
— Vous habitez près de l'Atelier ?
— Pardon ?
— Vous habitez près de l'Atelier ?
Je regarde instinctivement autour de moi.
— Pas vraiment. Pourquoi ?
— Parce que nous préférons rencontrer les personnes intéressées plutôt que de prolonger indéfiniment ces échanges au téléphone.
— Pas vraiment. Pourquoi ?
— Parce que nous préférons rencontrer les personnes intéressées plutôt que de prolonger indéfiniment ces échanges au téléphone.
Je me redresse.
— Vous me proposez un rendez-vous ?
— Éventuellement.
— Je pourrais passer.
— Aujourd'hui ?
— Vous me proposez un rendez-vous ?
— Éventuellement.
— Je pourrais passer.
— Aujourd'hui ?
Je regarde l'impasse.
Je pourrais lui répondre que je suis déjà là. Que je n'aurais qu'à traverser la rue.
Mais je sens que cette précipitation pourrait éveiller sa méfiance.
— Je peux m'organiser.
Je pourrais lui répondre que je suis déjà là. Que je n'aurais qu'à traverser la rue.
Mais je sens que cette précipitation pourrait éveiller sa méfiance.
— Je peux m'organiser.
Elle laisse passer quelques secondes.
— Je vais être très claire avec vous. Notre établissement n'est pas un lieu ouvert au public. Et nous ne recevons pas de visiteurs sans rendez-vous.
— Bien sûr.
— Si nous décidons de vous rencontrer, ce sera à une heure précise, selon nos conditions et nos usages.
— Je vais être très claire avec vous. Notre établissement n'est pas un lieu ouvert au public. Et nous ne recevons pas de visiteurs sans rendez-vous.
— Bien sûr.
— Si nous décidons de vous rencontrer, ce sera à une heure précise, selon nos conditions et nos usages.
Je pense immédiatement à Candice. À son arrivée samedi. À son rendez-vous.
À cette heure qu'elle semblait devoir respecter.
— Je comprends, dis-je.
À cette heure qu'elle semblait devoir respecter.
— Je comprends, dis-je.
Il y a un silence.
Je me demande si elle a remarqué quelque chose dans ma voix.
Puis elle reprend :
— Nous allons transmettre votre demande à la personne qui s'occupe des admissions.
— Ce n'est pas vous ?
— En partie. Je ne décide pas seule de tout.
Je me demande si elle a remarqué quelque chose dans ma voix.
Puis elle reprend :
— Nous allons transmettre votre demande à la personne qui s'occupe des admissions.
— Ce n'est pas vous ?
— En partie. Je ne décide pas seule de tout.
Je trouve cette précision surprenante.
Dans mon souvenir, Magda semblait pourtant diriger tout le monde.
— Et vous pensez que ma demande peut aboutir ?
Dans mon souvenir, Magda semblait pourtant diriger tout le monde.
— Et vous pensez que ma demande peut aboutir ?
Elle ne répond pas immédiatement.
— Permettez-nous de vous rappeler une chose essentielle.
— Permettez-nous de vous rappeler une chose essentielle.
Je me redresse.
— Je vous écoute.
— Les personnes qui viennent chez nous ne sont pas des objets de curiosité. Elles nous accordent leur confiance et cette confiance, nous la protégeons.
— Je vous écoute.
— Les personnes qui viennent chez nous ne sont pas des objets de curiosité. Elles nous accordent leur confiance et cette confiance, nous la protégeons.
Je ne réponds rien.
— Ce que vous pourriez être autorisé à découvrir dépendrait de leur consentement. Pas seulement de votre désir, ou du nôtre. Nous devons vous rencontrer et vous devrez suivre un parcours pour nous approcher.
— Je comprends.
— Vraiment ?
— Ce que vous pourriez être autorisé à découvrir dépendrait de leur consentement. Pas seulement de votre désir, ou du nôtre. Nous devons vous rencontrer et vous devrez suivre un parcours pour nous approcher.
— Je comprends.
— Vraiment ?
La question me surprend.
Puis Magda reprend, presque doucement :
— Ce qui se passe derrière nos portes ne vous appartient pas.
Puis Magda reprend, presque doucement :
— Ce qui se passe derrière nos portes ne vous appartient pas.
Je reste immobile. La phrase me frappe d'autant plus qu'elle ignore à quel point elle est juste. Je prends une seconde. Je pense à Candice. À son sourire lorsqu'elle est ressortie samedi. À ses photographies d'hier soir. À cette vie secrète que je voudrais découvrir, regarder, comprendre. Et, depuis quelques jours, m'approprier.
Elle retrouve son ton professionnel.
— Nous reviendrons vers vous sous peu.
— Merci.
Elle retrouve son ton professionnel.
— Nous reviendrons vers vous sous peu.
— Merci.
Elle raccroche.
Je garde le téléphone contre mon oreille pendant quelques secondes.
Puis je le pose lentement sur le siège passager. Je reste immobile. Je viens de parler à Magda. À la femme qui a accueilli Candice samedi. À celle qui lui a peut-être demandé de venir sans prendre de douche. À celle devant qui je l'ai vue s'agenouiller brièvement, près de son fauteuil de cuir, avant qu'elle disparaisse dans la pièce du fond.
Elle m'a parlé de spectateurs, d'invitations, de films, de consentement.
Elle m'a aussi fait comprendre qu'on n'entre pas chez eux simplement parce qu'on en a envie.
Elle a dit qu'elle allait transmettre notre échange à la personne chargée des admissions.
Ce qui signifie qu'il existe d'autres personnes, une organisation, des règles. Et probablement des moyens de les contourner…
Je récupère mon téléphone.
J'ouvre notre conversation avec Allyah.
Magda vient de m'appeler.
Je n'ai même pas le temps de verrouiller l'écran.
Les trois petits points apparaissent.
QUOI ???
Je souris.
Je viens de lui parler… mais entrer là-dedans risque d'être beaucoup plus compliqué que prévu.
Tu crois ?
Elle parle d'un parcours d'admission, de règles, de rencontres préalables...
Et tu lui as dit quoi ?
Que j'étais curieux.
Ça, au moins, c'est vrai.
Je ris.
Je suis en réunion… Je sors dans une heure ! Garde-moi tout ça au chaud surtout.
Mais à peine quelques minutes plus tard, je reçois un « Ça va ? »
Je souris.
Oui, hâte de te raconter.
Elle me répond par un émoji bisou qui m'interpelle autant que celui de la veille.
Je garde le téléphone contre mon oreille pendant quelques secondes.
Puis je le pose lentement sur le siège passager. Je reste immobile. Je viens de parler à Magda. À la femme qui a accueilli Candice samedi. À celle qui lui a peut-être demandé de venir sans prendre de douche. À celle devant qui je l'ai vue s'agenouiller brièvement, près de son fauteuil de cuir, avant qu'elle disparaisse dans la pièce du fond.
Elle m'a parlé de spectateurs, d'invitations, de films, de consentement.
Elle m'a aussi fait comprendre qu'on n'entre pas chez eux simplement parce qu'on en a envie.
Elle a dit qu'elle allait transmettre notre échange à la personne chargée des admissions.
Ce qui signifie qu'il existe d'autres personnes, une organisation, des règles. Et probablement des moyens de les contourner…
Je récupère mon téléphone.
J'ouvre notre conversation avec Allyah.
Magda vient de m'appeler.
Je n'ai même pas le temps de verrouiller l'écran.
Les trois petits points apparaissent.
QUOI ???
Je souris.
Je viens de lui parler… mais entrer là-dedans risque d'être beaucoup plus compliqué que prévu.
Tu crois ?
Elle parle d'un parcours d'admission, de règles, de rencontres préalables...
Et tu lui as dit quoi ?
Que j'étais curieux.
Ça, au moins, c'est vrai.
Je ris.
Je suis en réunion… Je sors dans une heure ! Garde-moi tout ça au chaud surtout.
Mais à peine quelques minutes plus tard, je reçois un « Ça va ? »
Je souris.
Oui, hâte de te raconter.
Elle me répond par un émoji bisou qui m'interpelle autant que celui de la veille.
Je sors du magasin de bricolage avec trois ampoules LED, un paquet de piles et la satisfaction modeste d'avoir enfin accompli quelque chose d'utile. Il est presque midi.
Je cherche mes clés dans ma poche lorsque mon téléphone sonne. Allyah.
— Je viens enfin de sortir de cette réunion interminable. J'ai cru que j'allais mourir d'ennui. Raconte !
— Quoi ?
— Paul...
Je cherche mes clés dans ma poche lorsque mon téléphone sonne. Allyah.
— Je viens enfin de sortir de cette réunion interminable. J'ai cru que j'allais mourir d'ennui. Raconte !
— Quoi ?
— Paul...
Je ris. Je pourrais lui répondre immédiatement, mais j'aime déjà cette impatience dans sa voix. Depuis ce matin, je sais qu'elle attend mon récit. Et cette simple idée m'a accompagné pendant toute la matinée, ajoutant à mon propre plaisir celui de savoir qu'une autre personne brûlait de découvrir ce que j'avais vécu.
— Magda m'a appelé…
— Ça, je sais ! Tu me l'as écrit. Je veux savoir ce qu'elle t'a dit. C’est quoi le problème ?
— Magda m'a appelé…
— Ça, je sais ! Tu me l'as écrit. Je veux savoir ce qu'elle t'a dit. C’est quoi le problème ?
Je pose le sac sur le toit de la voiture.
— C'est un peu long et compliqué à raconter.
— Parfait. Je t'invite à déjeuner.
— C'est un peu long et compliqué à raconter.
— Parfait. Je t'invite à déjeuner.
Je reste surpris.
— Comment ça ?
— Je t'invite à déjeuner. Tu sais, un restaurant, une table, deux assiettes. Le concept existe depuis quelques siècles.
— Maintenant ?
— À midi trente. J'ai réservé.
— Tu as réservé ?
— Une table pour deux. Au nom d’Eurydice, un petit restaurant que je connais. On sera tranquilles.
— Comment ça ?
— Je t'invite à déjeuner. Tu sais, un restaurant, une table, deux assiettes. Le concept existe depuis quelques siècles.
— Maintenant ?
— À midi trente. J'ai réservé.
— Tu as réservé ?
— Une table pour deux. Au nom d’Eurydice, un petit restaurant que je connais. On sera tranquilles.
Je souris. Elle avait prévu que j'accepterais. Et je suis étrangement flatté qu'elle ait organisé ce déjeuner uniquement pour m'entendre raconter une conversation téléphonique.
— Ça devient sérieux, cette histoire.
— Tu n'imagines pas à quel point.
— Ça devient sérieux, cette histoire.
— Tu n'imagines pas à quel point.
Elle me donne l'adresse.
— Et Paul ?
— Oui ?
— Ne me raconte rien avant d'arriver. Je veux voir ta tête quand tu me parleras de cette femme.
— Et Paul ?
— Oui ?
— Ne me raconte rien avant d'arriver. Je veux voir ta tête quand tu me parleras de cette femme.
Elle raccroche. Je reste quelques secondes avec mon téléphone à la main.
Sa dernière phrase continue de me faire sourire. Elle ne veut pas seulement savoir ce que Magda m'a dit. Elle veut me voir le raconter. Observer mes réactions, mes hésitations, peut-être retrouver sur mon visage quelque chose de l'émotion que j'ai ressentie.
Cette perspective me plaît plus que je ne voudrais l'admettre.
Je n'ai toujours pas eu de réponse de l'Atelier. Mais je viens de gagner un déjeuner.
Sa dernière phrase continue de me faire sourire. Elle ne veut pas seulement savoir ce que Magda m'a dit. Elle veut me voir le raconter. Observer mes réactions, mes hésitations, peut-être retrouver sur mon visage quelque chose de l'émotion que j'ai ressentie.
Cette perspective me plaît plus que je ne voudrais l'admettre.
Je n'ai toujours pas eu de réponse de l'Atelier. Mais je viens de gagner un déjeuner.
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