Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Sous la peau des silences — Chapitre 9 · Deux miroirs
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Sous la peau des silences
Chapitre 9 · Deux miroirs
Le silence retomba autour d'eux, épais, inconfortable. Pas parce qu'il pesait. Mais parce qu'il contenait trop. Trop de peur, trop de tension, trop d'émotions laissées en plan.
Olympe reniflait doucement, le visage dans les mains, les épaules secouées par des sanglots qu'elle tentait d'étouffer.
Skygge, lui, ne bougeait pas. Il n'essayait pas de parler. Pas de la consoler. Il restait là.
Présent.
Au bout d'un moment, elle souffla, la voix rauque :
Olympe reniflait doucement, le visage dans les mains, les épaules secouées par des sanglots qu'elle tentait d'étouffer.
Skygge, lui, ne bougeait pas. Il n'essayait pas de parler. Pas de la consoler. Il restait là.
Présent.
Au bout d'un moment, elle souffla, la voix rauque :
— J'ai honte.
Il tourna légèrement la tête vers elle.
— De quoi ?
— De moi. De ce que je suis devenue. De ce que j'ai accepté. De l'avoir laissé me parler comme ça. Me frapper. M'humilier.
— De moi. De ce que je suis devenue. De ce que j'ai accepté. De l'avoir laissé me parler comme ça. Me frapper. M'humilier.
Skygge serra un peu plus fort sa main. Il n'avait jamais été doué pour les grands discours, mais ses mots, quand ils venaient, touchaient juste.
— Ce que t'as vécu… c'est pas de ta faute. Et t'as rien à prouver. À personne.
Pas même à moi.
Elle le regarda. Un regard mouillé, presque perdu, comme une enfant trop longtemps seule dans le noir.
Elle le regarda. Un regard mouillé, presque perdu, comme une enfant trop longtemps seule dans le noir.
— Et si j'y retourne un jour ? Si je suis pas assez forte ? Si je retombe ?
Il haussa les épaules, doucement.
— Alors je serai encore là. Pas pour te juger. Pour t'aider à te relever. Encore. Et encore. Jusqu'à ce que t'aies plus besoin de personne.
Elle ferma les yeux. Juste un instant.
Puis elle posa sa tête contre son épaule. Cette fois, sans trembler.
Le froid du matin s'était dissipé.
Le soleil perçait lentement entre les immeubles, réchauffant les pierres et les cœurs fêlés.
Et là, sur ces marches sales, entre deux silences, deux douleurs, deux vies fracassées, quelque chose naquit.
Pas une promesse. Pas une histoire d'amour.
Juste une certitude fragile.
Ils n'étaient plus seuls.
Ils étaient remontés en silence.
Dans l'appartement, Skygge avait refermé la porte doucement, comme s'il ne voulait pas briser le peu de paix qu'ils avaient réussi à conserver. Olympe s'était laissée tomber sur le canapé, les mains sur les genoux, toujours enroulée dans le sweat trop grand pour elle.
Il alla chercher deux mugs de thé — c'était tout ce qu'il pouvait faire à cet instant.
Elle accepta le sien sans un mot. Puis, au bout de quelques gorgées, elle brisa le silence.
Puis elle posa sa tête contre son épaule. Cette fois, sans trembler.
Le froid du matin s'était dissipé.
Le soleil perçait lentement entre les immeubles, réchauffant les pierres et les cœurs fêlés.
Et là, sur ces marches sales, entre deux silences, deux douleurs, deux vies fracassées, quelque chose naquit.
Pas une promesse. Pas une histoire d'amour.
Juste une certitude fragile.
Ils n'étaient plus seuls.
Ils étaient remontés en silence.
Dans l'appartement, Skygge avait refermé la porte doucement, comme s'il ne voulait pas briser le peu de paix qu'ils avaient réussi à conserver. Olympe s'était laissée tomber sur le canapé, les mains sur les genoux, toujours enroulée dans le sweat trop grand pour elle.
Il alla chercher deux mugs de thé — c'était tout ce qu'il pouvait faire à cet instant.
Elle accepta le sien sans un mot. Puis, au bout de quelques gorgées, elle brisa le silence.
— Tu sais, je t'ai jamais vraiment parlé de ma vie.
Pas la vraie. Pas ce qu'il y a derrière le masque.
Skygge ne répondit pas. Il s'assit à côté d'elle, attentif. Et elle parla. Lentement. Une voix basse, sans pathos. Juste la vérité.
Skygge ne répondit pas. Il s'assit à côté d'elle, attentif. Et elle parla. Lentement. Une voix basse, sans pathos. Juste la vérité.
— Ma mère est morte quand j'avais dix ans. Cancer. Rapide. Violent. Un jour elle riait, le lendemain elle ne pouvait plus se lever. Et après ça… mon père s'est enfermé dans les échecs. Littéralement. Il bouffait des parties. Analysait des finales toute la nuit. Il voyageait pour les tournois. Et moi ? J'étais là. À attendre qu'il me voie. Qu'il me parle. Mais j'étais invisible. Pas parce qu'il me détestait. Juste parce qu'il avait… disparu autrement.
Elle s'arrêta, inspira.
— J'ai grandi dans le silence. Le vrai. Celui où personne ne te demande comment tu vas. Où les murs te répondent mieux que les gens.
Skygge l'écoutait, figé. Chaque mot résonnait en lui comme un écho familier.
— Et puis Samuel est arrivé. Il était plus âgé. Séduisant. Il m'a fait rire. Il m'a dit que j'étais belle. Que j'étais spéciale. La première fois qu'il m'a giflée… il a pleuré après. Il a dit que c'était moi qui l'avais poussé à bout. Que c'était parce qu'il m'aimait trop. Et j'ai cru. J'ai toujours voulu qu'on m'aime, tu vois. Même si ça fait mal.
Ses doigts tremblaient sur la tasse.
— Il me coupait de mes amis. Il lisait mes messages. Il me disait comment m'habiller, quoi penser, qui éviter. Et quand j'essayais de partir… il redevenait doux. Brillant. Charmant. Je tombais à chaque fois.
Elle tourna les yeux vers Skygge.
— Jusqu'à ce que je le voie, vraiment. Pas le masque. Le vide derrière. Il ne m'aimait pas. Il avait juste besoin de quelqu'un à contrôler. Quelqu'un de brisé.
Elle posa la tasse. Ses mains se crispèrent.
— Alors je suis partie. Sans prévenir. Sans plan. Je me suis souvenue de toi. De ta manière de me regarder sans me juger. De ton silence plus doux que toutes ses promesses.
Un silence les enveloppa à nouveau. Moins lourd. Presque doux, cette fois.
Skygge murmura, le regard fixé au sol :
Skygge murmura, le regard fixé au sol :
— On n'est pas si différents, toi et moi.
Elle hocha lentement la tête.
— C'est pour ça que je suis venue.
Il leva les yeux vers elle. Et cette fois, il vit tout : la fatigue, la peur, la force aussi. Une force née dans les fractures.
— Tu peux rester ici. Autant que tu veux. T'as pas besoin de demander.
Elle le remercia d'un regard. Un simple regard. Mais dans ce regard, il y avait tout : la douleur, la reconnaissance, et cette promesse muette qu'ils se protégeraient. Même cabossés. Même instables.
Deux âmes cassées, qui avaient cessé de fuir.
Le lundi suivant, Skygge retourna en cours. Rien n'avait changé dans les couloirs de la fac : les étudiants bruyants, les affiches usées sur les murs, l'odeur familière de café tiède. Mais lui, il n'était plus tout à fait le même.
Olympe marchait à côté de lui. Sweat noir, capuche relevée, cheveux attachés à la va-vite. Elle gardait la tête basse, discrète. Elle avait insisté pour ne pas rester seule chez lui. Il n'avait pas discuté.
Deux âmes cassées, qui avaient cessé de fuir.
Le lundi suivant, Skygge retourna en cours. Rien n'avait changé dans les couloirs de la fac : les étudiants bruyants, les affiches usées sur les murs, l'odeur familière de café tiède. Mais lui, il n'était plus tout à fait le même.
Olympe marchait à côté de lui. Sweat noir, capuche relevée, cheveux attachés à la va-vite. Elle gardait la tête basse, discrète. Elle avait insisté pour ne pas rester seule chez lui. Il n'avait pas discuté.
— Tu veux venir en cours ? avait-il demandé, surpris.
— Je veux juste pas être enfermée, avait-elle répondu. Et j'écoute bien, même si je fais semblant de dormir.
— Je veux juste pas être enfermée, avait-elle répondu. Et j'écoute bien, même si je fais semblant de dormir.
Il avait souri. Un peu.
Ils entrèrent ensemble dans l'amphi. Quelques regards se tournèrent, curieux. Peu de gens connaissaient vraiment Skygge, mais encore moins savaient qu'il pouvait… être accompagné.
Et au troisième rang, Nina leva les yeux.
Elle le vit tout de suite. Skygge, accompagné d'une fille qu'elle ne connaissait pas. Fine, les traits tirés, un regard vif malgré l'ombre sous les paupières.
Nina fronça légèrement les sourcils. Mais elle détourna vite le regard, feignant l'indifférence.
Skygge, lui, la vit aussi. Il hésita, ralentit une seconde. Puis il choisit un rang plus haut, avec Olympe.
Le cours commença. Sociologie des émotions. Ironique, songea-t-il. Mais son esprit vagabondait ailleurs. Les mots du prof flottaient, indistincts.
À la pause, alors que tout le monde se dispersait, Nina remonta dans l'amphi, une bouteille d'eau à la main. Elle s'approcha, sans précipitation, avec ce calme qu'elle savait utiliser comme une arme douce.
Ils entrèrent ensemble dans l'amphi. Quelques regards se tournèrent, curieux. Peu de gens connaissaient vraiment Skygge, mais encore moins savaient qu'il pouvait… être accompagné.
Et au troisième rang, Nina leva les yeux.
Elle le vit tout de suite. Skygge, accompagné d'une fille qu'elle ne connaissait pas. Fine, les traits tirés, un regard vif malgré l'ombre sous les paupières.
Nina fronça légèrement les sourcils. Mais elle détourna vite le regard, feignant l'indifférence.
Skygge, lui, la vit aussi. Il hésita, ralentit une seconde. Puis il choisit un rang plus haut, avec Olympe.
Le cours commença. Sociologie des émotions. Ironique, songea-t-il. Mais son esprit vagabondait ailleurs. Les mots du prof flottaient, indistincts.
À la pause, alors que tout le monde se dispersait, Nina remonta dans l'amphi, une bouteille d'eau à la main. Elle s'approcha, sans précipitation, avec ce calme qu'elle savait utiliser comme une arme douce.
— Salut, dit-elle à Skygge.
— Salut.
— Salut.
Elle jeta un regard discret vers Olympe.
— Je te dérange pas ? lança-t-elle, polie mais ferme.
Skygge hésita.
— Non, je… je te présente Olympe. C'est… une amie.
Olympe la regarda. Un regard direct, sans agressivité, mais sur la défensive.
— Salut, dit-elle.
Nina lui sourit. Lisse. Cordiale. Mais un peu figée.
— Enchantée.
Un silence.
— Tu viens d'arriver dans la fac ? demanda Nina.
— Non, répondit Olympe. Je suis juste de passage.
— Non, répondit Olympe. Je suis juste de passage.
Un peu trop franc. Un peu trop abrupt.
Skygge sentit la tension. Deux mondes qui se jaugeaient. Deux présences fortes, très différentes.
Skygge sentit la tension. Deux mondes qui se jaugeaient. Deux présences fortes, très différentes.
— Bon… faut que j'y retourne. À plus, Skygge, fit Nina en repartant.
Il hocha la tête.
— À plus.
Quand elle eut disparu, Olympe soupira.
— C'était elle, hein ?
— Elle ?
— Celle avec qui t'as couché.
— Elle ?
— Celle avec qui t'as couché.
Skygge resta silencieux. Il ne savait pas mentir, pas à elle.
— C'est fini, ajouta-t-il. Enfin… je crois.
— Je m'en fous, tu sais, répondit Olympe en fixant le vide. Mais t'as le droit d'être honnête.
— Je m'en fous, tu sais, répondit Olympe en fixant le vide. Mais t'as le droit d'être honnête.
Il tourna les yeux vers elle.
— Je le suis. Maintenant.
Elle le regarda longuement. Puis haussa les épaules.
— Alors ça ira.
Mais son regard restait lointain. Comme si elle savait que ce genre de rencontre ne s'oublie pas si vite. Que la lumière et l'ombre, même séparées, finissent toujours par se croiser.
L'après-midi s'éternisait. Le cours avait été annulé, Skygge était reparti bosser pour des livraisons en ville, laissant Olympe seule sur le campus. Elle errait un peu, en périphérie des bâtiments, les écouteurs dans les oreilles mais rien ne jouait. Juste le silence dans le fil.
Elle s'installa sur un banc, à l'ombre d'un arbre, jambes croisées. Dans sa main, un carnet qu'elle avait volé dans le sac de Skygge. Elle y griffonna un mot, un trait, une phrase sans suite.
L'après-midi s'éternisait. Le cours avait été annulé, Skygge était reparti bosser pour des livraisons en ville, laissant Olympe seule sur le campus. Elle errait un peu, en périphérie des bâtiments, les écouteurs dans les oreilles mais rien ne jouait. Juste le silence dans le fil.
Elle s'installa sur un banc, à l'ombre d'un arbre, jambes croisées. Dans sa main, un carnet qu'elle avait volé dans le sac de Skygge. Elle y griffonna un mot, un trait, une phrase sans suite.
— J'aurais parié que t'écrivais pas.
La voix, juste derrière elle, calme et cassante. Nina.
Olympe leva les yeux, surprise. Puis referma le carnet, lentement.
Olympe leva les yeux, surprise. Puis referma le carnet, lentement.
— Et moi j'aurais parié que t'étais pas du genre à venir provoquer les gens.
— Oh, je provoque pas. Je m'informe.
— Oh, je provoque pas. Je m'informe.
Nina s'assit à côté, sans demander. Une proximité glacée.
— Alors, c'est toi.
— Je crois, oui.
— L'ombre portée, murmura Nina.
— Je crois, oui.
— L'ombre portée, murmura Nina.
Un silence. Les oiseaux, au loin.
— Il t'a raconté des choses sur moi ? demanda Nina, les yeux braqués sur l'allée.
— Seulement ce qu'il comprenait pas. C'est-à-dire… pas grand-chose.
— Seulement ce qu'il comprenait pas. C'est-à-dire… pas grand-chose.
Nina eut un léger sourire.
— Il comprend rien, c'est vrai. Mais il ressent. C'est ça, son arme.
— Et toi ? Tu ressens ou tu contrôles ?
— Et toi ? Tu ressens ou tu contrôles ?
Nina tourna enfin le regard vers elle. Tranchant. Franc.
— Moi je panse. Et je ferme la plaie avant que ça saigne. C'est ce que j'ai appris.
— Et tu crois que je suis quoi ? Une hémorragie ?
— Je crois surtout que t'as le chic pour apparaître pile quand il va mieux.
— Et tu crois que je suis quoi ? Une hémorragie ?
— Je crois surtout que t'as le chic pour apparaître pile quand il va mieux.
Olympe se tendit. Pas physiquement, mais l'éclat de ses yeux changea.
— Il m'a pas sauvée. Je suis venue parce que j'avais plus personne.
— Et lui, il avait recommencé à respirer. À peine.
— Je l'ai pas cassé.
— Pas encore.
— Et lui, il avait recommencé à respirer. À peine.
— Je l'ai pas cassé.
— Pas encore.
Nina croisa les bras.
— Tu sais, Olympe… Je suis pas jalouse. Pas comme ça. Pas hystérique, pas amoureuse.
— Mais t'es vexée. Parce qu'il t'a préférée à moi.
— Non. Je suis juste lucide. Il croit que t'es un mystère à résoudre. Moi, je sais déjà que t'es une blessure qui saigne.
— Mais t'es vexée. Parce qu'il t'a préférée à moi.
— Non. Je suis juste lucide. Il croit que t'es un mystère à résoudre. Moi, je sais déjà que t'es une blessure qui saigne.
Un silence s'installa. Long. Olympe souriait presque.
— C'est drôle. Moi je te trouve belle dans ta clarté. Lisse, propre, raisonnable. Mais y'a rien qui vibre.
— Et toi, t'es le feu qui brûle tout sur son passage, même ceux qui t'aiment.
— Peut-être. Mais lui, il a toujours eu froid.
— Et toi, t'es le feu qui brûle tout sur son passage, même ceux qui t'aiment.
— Peut-être. Mais lui, il a toujours eu froid.
Elles se fixèrent. Deux vérités. Deux manières d'aimer. Inconciliables.
Nina se leva.
Nina se leva.
— T'as pas gagné. Pas encore.
— Je veux pas gagner, répondit Olympe. Je veux qu'il m'ouvre la porte. C'est tout.
— Et moi je veux qu'il la referme avant que tu l'engloutisses.
— Je veux pas gagner, répondit Olympe. Je veux qu'il m'ouvre la porte. C'est tout.
— Et moi je veux qu'il la referme avant que tu l'engloutisses.
Sans un mot de plus, Nina tourna les talons.
Olympe resta seule sur le banc. Un battement de cœur. Puis un autre.
Dans son carnet, elle écrivit une phrase :
Elle brille. Mais moi, je consume.
Le silence régnait dans l'appartement. Olympe referma doucement la porte derrière elle, les joues encore humides. Elle pensait retrouver Skygge dans le salon, mais la pièce était vide. Il avait dû sortir rapidement après l'incident, sans prévenir.
Elle passa lentement dans la cuisine, le sweat trop grand toujours sur elle, et ouvrit machinalement un placard. L'idée même de manger lui semblait étrangère. Pourtant, elle sentait qu'elle devait se raccrocher à quelque chose, un geste banal, une routine.
Olympe resta seule sur le banc. Un battement de cœur. Puis un autre.
Dans son carnet, elle écrivit une phrase :
Elle brille. Mais moi, je consume.
Le silence régnait dans l'appartement. Olympe referma doucement la porte derrière elle, les joues encore humides. Elle pensait retrouver Skygge dans le salon, mais la pièce était vide. Il avait dû sortir rapidement après l'incident, sans prévenir.
Elle passa lentement dans la cuisine, le sweat trop grand toujours sur elle, et ouvrit machinalement un placard. L'idée même de manger lui semblait étrangère. Pourtant, elle sentait qu'elle devait se raccrocher à quelque chose, un geste banal, une routine.
— Tu es Olympe, c'est ça ?
La voix, grave mais posée, la fit sursauter. Elle se retourna. Un homme se tenait dans l'encadrement de la porte, veste posée sur l'épaule, les traits tirés par la fatigue. Il avait les mêmes yeux que Skygge. Plus ternes, plus fatigués. C'était lui. Son père.
Elle hocha la tête, en silence.
Elle hocha la tête, en silence.
— Il m'a parlé de toi. Un peu. Je suis rentré ce matin. Trop tôt ou trop tard, comme d'habitude.
Il s'approcha du comptoir, s'y adossa.
— Il n'amène jamais personne ici. Alors j'ai compris que t'étais pas n'importe qui.
Olympe baissa les yeux.
— Je suis désolée si je vous dérange…
— Tu déranges pas, coupa-t-il calmement. C'est pas ça. C'est juste que… je vois bien que ça tourne pas rond, ni pour toi, ni pour lui.
— Tu déranges pas, coupa-t-il calmement. C'est pas ça. C'est juste que… je vois bien que ça tourne pas rond, ni pour toi, ni pour lui.
Un silence. Puis, à voix basse :
— Vous avez tous les deux cette façon de regarder le sol… comme si le monde était devenu trop lourd.
Elle releva lentement les yeux, hésitante.
— Il vous a dit ce qui m'est arrivé ?
— Non. Et je lui ai pas demandé. Il protège les gens qu'il aime, même s'il sait pas toujours comment.
— Non. Et je lui ai pas demandé. Il protège les gens qu'il aime, même s'il sait pas toujours comment.
Elle inspira, longuement. Puis se lança, sans trop savoir pourquoi.
— Ma mère est morte quand j'étais gamine. Mon père… il vivait pour les échecs. Il gagnait, il voyageait, il brillait. Mais il ne me regardait jamais. J'étais un pion. Un oubli.
Elle s'arrêta, la voix vacillante.
— Samuel est arrivé comme un sauveur. Il me faisait croire que j'étais importante. Puis il a commencé à me manipuler. À me faire croire que tout était de ma faute. Que je méritais les coups. Que j'étais cassée, et que lui seul pouvait me réparer.
L'homme écoutait, sans un mot. Ni pitié ni choc dans ses yeux. Juste une écoute sincère.
— Et Skygge ? demanda-t-il enfin.
Elle ferma les yeux.
— Il me voit. C'est tout. Il voit la saleté, les fissures, les trucs moches... et il me déteste pas pour autant.
Le père de Skygge hocha lentement la tête.
— Il est comme sa mère, murmura-t-il. Elle aussi, elle voyait les âmes cabossées. Elle les fuyait pas.
Un silence paisible s'installa entre eux. Puis il se redressa.
— Tu peux rester ici, autant que t'en as besoin. Et si jamais t'as besoin de parler, même à un commercial paumé, je suis là. Je suis pas toujours là, mais... quand je le suis, je fais de mon mieux.
Elle esquissa un sourire. Léger, mais sincère.
— Merci, monsieur.
— Appelle-moi juste “Seb”. Ça suffira.
— Appelle-moi juste “Seb”. Ça suffira.
Il quitta la pièce, la laissant seule, mais un peu moins lourde.
Un peu plus tard dans la nuit, Skygge rentra. Fatigué, les traits tirés, la chemise froissée. Il trouva Olympe endormie dans le canapé, enroulée dans la couverture qu'il lui avait laissée. Il ne dit rien. Juste un regard. Et un soupir. Il était revenu.
Un peu plus tard dans la nuit, Skygge rentra. Fatigué, les traits tirés, la chemise froissée. Il trouva Olympe endormie dans le canapé, enroulée dans la couverture qu'il lui avait laissée. Il ne dit rien. Juste un regard. Et un soupir. Il était revenu.
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