Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Pas évident, les études ! — Chapitre 9 · Retour en classe
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Pas évident, les études !
Chapitre 9 · Retour en classe
La chambre de Lilou sentait le patchouli et la lessive. L'étudiante avait mis une musique en fond ; deux tasses de thé fumaient sur la table basse. Soraya était assise en tailleur sur le canapé, les yeux dans le vide. Lilou sortait de la salle de bain, les cheveux encore humides, en peignoir noir.
— T'es bizarre depuis deux jours, dit-elle amicalement en s'asseyant à côté d'elle.
Soraya haussa les épaules. Une lassitude la prenait. Elle éprouvait, ces derniers temps, une forme de mélancolie douce.
— Je suis fatiguée, c'est tout.
Lilou la regarda en silence un instant. Elle ne la croyait pas.
— C'est à cause de Malik ?
Silence. Puis un soupir.
— Non… C'est vraiment de l'histoire ancienne ce mec. Il m'a trop prise pour une conne… Y a d'autres choses. Je sais plus trop ce que je fous.
Lilou pencha la tête, curieuse.
— Raconte.
Soraya hésita, fixa sa tasse. Les mots ne venaient pas. Elle se plongeait dans les tourbillons que sa cuillère dessinait dans le liquide chaud. Lilou attendait la suite, mais son amie ne semblait pas décidée à entrer dans les détails.
— Soraya ma puce… tu changes. Ça se voit. Je sais pas ce que tu fous. Mais juste : protège-toi. Pas seulement physiquement. Protège ta tête aussi.
Soraya sourit, mais son visage se teintait d'une légère amertume.
— Trop tard, dit-elle, avec une ironie triste.
Touchée, Lilou entreprit de consoler son mie. Elle l'entoura d'un bras qu'elle voulut le plus chaleureux possible, et la serra contre elle.
— T'es pas seule, ok ? Peu importe ce que t'as fait. Ou ce que tu vas faire.
Elles restèrent ainsi, silencieuses. Deux jeunes femmes dans un appartement trop calme, l'une qui se demandait vers quelles eaux noires elle était en train de sombrer, l'autre peut-être déjà revenue de là. Au bout d'un moment, Lilou se leva pour rouler une cigarette sur le rebord de la fenêtre entrouverte. Elle tira une bouffée lente, puis, voulant changer de sujet, dit :
— T'as remarqué qu'on n'a plus mis les pieds en cours depuis deux semaines ?
Soraya ne put qu'acquiescer. Mais ce n'était vraiment pas une situation qui lui pesait. Elle avait choisi de ne pas penser aux conséquences. Elle s'allongea sur le canapé, les pieds nus posés sur l'accoudoir.
— J'me suis même pas connectée à Moodle ! On décroche grave.
— Franchement, tu crois qu'ils ont remarqué ?
Elles rirent toutes les deux. Une complicité revenue d'un coup.
— T'es plus retournée depuis la scène avec Delebarre, murmura Lilou sans lever les yeux.
— Toi non plus, répondit Soraya.
Lilou esquissa un sourire.
— Ouais, mais moi j'ai jamais prétendu être une bosseuse. Toi, c'est nouveau. T'as lâché prise.
Un silence. Soraya baissa les yeux.
— J'arrive plus à y aller. J'arrive plus à écouter ces profs-là. Ils me dégoûtent…
Lilou tira à nouveau sur la cigarette.
— C'est clair. Les gros porcs qui bandent en matant leurs étudiantes.
— En même temps, on les avait bien encouragés, plaisanta Soraya, un sourire entendu.
Lilou éclata de rire.
— C'est toi ! Petite salope va !
— Tu m'as montré l'exemple, connasse ! répliqua Soraya, faussement outrée. C'est toi, la chaudasse !
— Tu parles ! Et qui c'est qui caresse sa chatte devant tout le monde ?
Lilou se précipita sur Soraya et la chatouilla ; son amie essaya de se défendre avec un coussin. Leurs rires sonore illuminèrent la pièce. Une fois leur folie passée, elles retombèrent sur le canapé, l'une contre l'autre, un peu essoufflées. Lilou regarda Soraya dans les yeux :
— Mais sérieusement… Pourquoi t'as fait ça ? Avec Delebarre ?
— Je peux te renvoyer la question : pourquoi t'as fait ça, avec Delmas ?
Lilou reprit sa cigarette et souffla sa fumée en ricanant. Elle répondit :
— Je l'aime bien, Delmas…
— Ah bon ? Pourtant le mec a rien pour pour lui ! Il est moche. Et il est super chiant !
— Je sais, sourit Lilou. Mais il a un truc. Justement, c'est sa timidité. C'est touchant, je trouve. Du coup ça m'amuse de le mettre mal à l'aise, genre.
Soraya faisait les yeux ronds. Lilou continua son explication, qui avait peine à convaincre son amie.
— Tu sens que le mec est plein de complexes, plein de tabous. Et il passe ses journées à traduire des trucs de cul en latin, genre devant des meufs de vingt ans, le pauvre ! Le gros frustré de la bite ! T'as capté comme il était rouge, putain ! Il allait exploser !
— Je sais pas si les autres ont capté qu'il bandait.
— Ouais… C'était marrant. La grosse gêne du gars. Je suis sûre que depuis il doit se branler comme un taré !
La voix de Lilou se fit un peu plus faible, plus confidente.
— Après, au départ c'était pour le faire bander… mais j'avoue que ça m'a excité aussi de le faire.
Elle se retourna soudain vers Soraya, d'un air de défi :
— Mais toi du coup… tu m'as pas dit : pourquoi tu t'es branlée devant le prof de littérature ? Parce que t'es allée beaucoup plus loin que moi, meuf ! Il t'excite, Delebarre ?
Soraya attrapa la tasse posée devant elle, mais ne but pas. Elle prit un temps avant de parler.
— Ah non, franchement il ne m'excite pas du tout ! Le gros dégueulasse de base. T'as vu comment il regarde les meufs ? Avec son petit sourire… Je l'ai déjà capté en train de me mater les seins, ce connard. À vomir !
— Il paraît qu'il a baisé avec une étudiante, un jour. Il doit avoir des dossiers au cul !… Mais alors, s'il te dégoûte… pourquoi tu lui as foutu ta teuch sous le nez ?
— Je crois que c'est précisément parce que c'est un gros pervers que je l'ai allumé. Y a un truc avec lui… Je sais pas. Comment il regarde. J'ai eu envie de le prendre à son propre jeu, de lui donner ce qu'il cherche. Du coup, là, je l'ai dominé : il s'attendait pas à voir ça, et c'était lui qui était mal à l'aise. J'ai réussi à le briser… Tu te souviens ? Il avait les yeux rivés entre mes cuisses, il suait, il bredouillait... Putain, j'avais envie de rire… et de me cacher en même temps.
— J'avoue…
— Et en même temps, comme toi, ça m'a vachement excitée comme situation. Le risque, le danger. Je saurais pas trop expliquer. Et puis me toucher, comme ça… J'étais trempée ! Et lui qui devait se branler sous son bureau. J'ai vu ses doigts bouger. Il me regardait comme un animal. J'ai senti son envie. C'était… sale.
Soraya se tut une seconde, les doigts serrés autour de sa tasse.
— Ce qui me fait flipper, c'est que… j'ai aimé le voir perdre pied. Trop, je crois. C'est comme si j'avais goûté un truc dangereux. Et maintenant j'ai envie d'y retourner.
Elle esquissa un sourire bref.
— J'ai peur de ce que je suis en train de devenir.
Elle se mit à avoir un rire gêné. Lilou laissa glisser ses doigts lentement sur son avant-bras, presque distraitement. Mais le contact dura une seconde de trop. Soraya sentit sa peau frissonner, et son regard se détourna.
— Moi aussi tu m'as excitée, tu sais…
— Je sais… répondit simplement Soraya.
Elles se regardèrent un moment, sans sourire. Un instant, leurs visages semblaient plus proches qu'ils ne l'étaient. Puis Lilou recula légèrement, comme si elle se reprenait. Elle écrasa sa cigarette dans un pot vide.
— On est en train de partir, Sora. Je le sens. On tient plus debout dans leurs cadres, on s'en fout de leurs cours. On peut en faire ce qu'on veut de ces mecs. … Sérieux, tu crois pas qu'on pourrait leur faire perdre complètement pied ? Les pousser à craquer, ces deux-là ? Delmas. Delebarre ?
Un silence. Puis un sourire en coin.
— Tu veux dire quoi ?
— Je sais pas. Genre les regarder s'effondrer. Ou leur demander des trucs… On pourrait les dominer. On a déjà commencé d'ailleurs…
Leurs regards se croisèrent. Quelque chose venait de naître dans ce silence. Lilou se redressa, et dit, un peu inquiète :
— Non mais en vrai… Qu'est-ce qu'on va faire ?
Soraya ne répondit pas tout de suite. Elle s'allongea, les mains derrière la nuque, les yeux rivés au plafond.
— Je sais pas. J'ai plus envie d'être étudiante. J'ai l'impression que je perds mon temps dans leurs amphis. Que j'ai appris ce qu'on devait savoir.
— La littérature ça ne t'intéresse plus ? demanda Lilou.
— Si. Mais je ne sais pas si j'ai envie de continuer comme ça.
— Moi ça me ferait chier d'avoir perdu trois ans pour rien, protesta Lilou.
Elle croisa ses jambes, puis ajouta :
— Ils sont faibles, Sora. Nous, on est puissantes.
Elle haussa les sourcils et conclut : « En tout cas, moi, je perdrai pas mon année. Je sais ce qu'il me reste à faire... »
Rattrapées par la réalité et les enjeux de leurs études, et ayant considéré qu'un abandon de la fac si près des partiels n'était qu'une fuite en avant qui ne les mènerait sans doute pas bien loin, elles reprirent, bon gré mal gré, le chemin de leurs études. Le jeudi suivant, la porte de la salle 207 s'ouvrit donc sans bruit sur le cours de latin. Soraya entra la première, suivie de Lilou. Elles n'avaient pas remis les pieds en classe depuis des semaines. Leur absence avait laissé dans l'air une sorte de rumeur flottante. Et maintenant, les voilà qui revenaient comme si rien ne s'était passé ! Comme si elles n'avaient pas quitté cette salle en laissant derrière elles quelque chose de difficile à nommer. Les conversations cessèrent. M. Delmas releva les yeux. Un silence étrange enveloppa l'espace. Lilou avança tranquillement, son pas léger mais assuré.
— Bonjour, Monsieur… Vous nous avez manqué, dit-elle soudainement, d'une voix douce, traînante, comme une confidence trop sonore.
Un léger sourire apparut sur ses lèvres. Soraya étouffa un rire. Quelques têtes dans la classe se tournèrent, intriguées.
— On avait trop envie de reprendre le latin ! Annonça-t-elle, avec un enthousiasme feint et plein de sarcasmes.
— Euh… Oui, bonjour… Installez, on va commencer, bredouilla le professeur.
Elle le regardait droit dans les yeux. Il y avait autre chose, un fil tendu entre la provocation et l'innocence, un jeu dangereux dont elle semblait maîtriser parfaitement les règles. Elles s'assirent tout au fond, côte à côte, sans un mot. M. Delmas hésita un instant, puis se força à reprendre le fil du cours. Le latin. La syntaxe de Catulle.
Lilou sortit une feuille d'un geste lent, presque étudié. Elle mâchait un chewing-gum qu'elle avait visiblement oublié de jeter, et ses yeux, eux, ne quittaient pas le professeur. Elle ne prenait pas de notes. Elle observait sans ciller. Chaque mot qu'il prononçait semblait l'amuser. Elle le fixait avec une intensité tranquille, comme si elle savourait un secret qu'il avait oublié. Lui sentait ses joues chauffer sans raison, sous la vrille du regard de l'étudiante.
Soraya suivait, un sourire en coin, amusée. Elle regardait Lilou, elle regardait M. Delmas. Elle croisait parfois le regard de l'un, puis de l'autre. Elle avait l'air d'une spectatrice invitée à une pièce dont elle connaissait déjà la fin.
M. Delmas releva la tête, visiblement déstabilisé. Il toussota, revint maladroitement à son texte.
— Alors… Le poème de Catulle, le lyrisme dans cette poésie latine…
Lilou jouait avec son stylo entre ses doigts. Elle murmura quelque chose à Soraya, qui hocha la tête sans répondre, s'évertuant malgré à suivre le cours. Mais l'une comme l'autre n'écoutaient qu'à moitié.
— Lilou, la traduction du premier vers, s'il vous plaît ?
Lilou sourit doucement. Elle croisa lentement les jambes, trop lentement, faisant crisser le tissu de son jean. Un geste banal, mais qui ramena immédiatement les pensées de Monsieur Delmas vers le dernier cours auquel Lilou avait assisté. Elle redressa le menton. Sa voix était calme, précise, mais chaque syllabe semblait glisser comme une caresse, un effleurement volontaire.
— OK… « Vivamus, mea Lesbia, atque amemus. », « Nous vivons, Monsieur, nous nous aimons. »
Un frisson passa, comme un rideau lourd. Quelques secondes flottèrent, sans son. Monsieur Delmas ouvrit la bouche, puis se ravisa. Il hocha la tête, maladroitement. Ses doigts tremblaient à peine quand il tourna la page de son manuel. Il évita leurs regards. Et puis, considérant que la réponse la plus professionnelle possible serait sans doute la meilleure face à ce qu'il interprétait comme une provocation, il corrigea :
— Pas exactement. Les verbes sont au subjonctif d'ordre. Et vous oubliez l'apostrophe au vocatif.
Soraya, bras croisés, scrutait la scène comme on observe un jeu dangereux. Lilou se pencha vers elle, murmura quelque chose. À nouveau, elles rirent doucement, sans que les autres comprennent pourquoi.
La tension monta d'un cran. Un tremblement qu'il ne parvint pas à identifier parcourut l'échine de Monsieur Delmas. Il ajusta sa veste sans raison.
— Si vous voulez bien être un peu plus attentives… dit-il, d'une voix sèche, qui se voulait ferme mais sonnait comme un aveu.
Lilou le fixa longuement, puis elle sourit, les lèvres à peine entrouvertes.
— On est très attentives.
Elle laissa traîner la dernière syllabe. Comme un murmure intime.
Il détourna les yeux, précipitamment. Il continua à parler, à expliquer, mais sa voix s'était cassée quelque part. Le reste du cours s'éternisa dans un étrange flottement. Le silence pesait entre les phrases, comme si quelque chose de plus important, de plus viscéral, se jouait entre les lignes latines. Lilou jouait minaudait. Elle jouait avec une mèche de cheveux, l'enroulait autour de son doigt. Elle faisait mine de réfléchir en mordillant l'extrémité de son stylo.
— Dites-nous si on fait mal les choses, Monsieur. On peut… recommencer autant qu'il faut.
Il y eut un murmure dans l'assistance, mêmes quelques rires. Delmas ne releva pas.
À la fin de l'heure, Soraya se leva aussitôt et rangea ses affaires. Elle lança à Lilou un regard entendu, presque complice. Mais la jeune fille hésita et lui expliqua qu'elle devait « voir un truc avec le prof » et qu'elle la rejoindrait vite. Soraya acquiesça et sortit sans un mot. Lilou resta seule dans la salle, avec monsieur Delmas. Mais cette fois, si le professeur de latin évitait toujours de croiser son regard, elle-même ne paraissait plus oser le regarder avec son assurance insolente.
Soraya, de son côté, traversa les couloirs de la fac d'un pas rapide. À l'extérieur, elle inspira profondément. Quelque chose battait encore dans sa poitrine, entre le trouble et l'agacement. Elle attendit Lilou pendant dix bonnes minutes. La jeune fille ne revenait pas.
Soraya hésita un instant, jura à mi-voix, puis brusquement fit demi-tour. Les couloirs s'étaient vidés. Le silence y pesait lourdement. La plupart des étudiants avaient quitté les lieux et les cours avaient repris. Seuls quelques pas lointains résonnaient, comme un souvenir.
Lorsqu'elle arriva devant la salle 207, un rai de lumière filtrait encore par l'interstice sous la porte. La main sur la poignée, elle allait ouvrir mais elle s'arrêta sans qu'elle sache pourquoi. Peut-être par instinct. Elle fronça les sourcils, s'en approcha, le cœur battant plus fort. Un bruit léger s'échappa de l'intérieur. Un soupir ? Un chuchotement ? Elle jeta un œil à travers la petite vitre encastrée dans la porte.
Et là, elle les vit.
Lilou était là, pâle, presque totalement nue. Elle était assise à califourchon sur les cuisses de M. Delmas, dos contre son torse. Ses hanches montaient et redescendaient dans un mouvement maîtrisé. La tête penchée en arrière, le professeur était affalé sur son siège, les mains agrippées aux flancs de la jeune fille. Sa chemise était à moitié ouverte, son pantalon au bas des jambes, ses yeux mi-clos. Lilou bougeait avec une grâce hypnotique. Son dos s'arquait, son cou offrait une courbe parfaite, sa bouche entrouverte trahissait une respiration haletante mais contenue.
Soraya demeurait figée. Elle n'entendait presque rien. Juste le craquement discret de la chaise, le souffle rauque de Delmas, et de temps à autre, un petit gémissement étouffé. Mais c'était suffisant. Elle ne parvenait pas à détourner les yeux. Elle se fit plus attentive. Les voix lui parvinrent.
— C'est bon ? chuchota Lilou, dans un souffle audible malgré la porte close.
Delmas grogna, incapable de formuler une réponse. Ses doigts s'enfoncèrent dans la chair fine de ses hanches.
— Plus fort, souffla Lilou, sans tourner la tête. Dites-le !
— Oh oui… Oui, Lilou… C'est bon…
Elle sourit doucement, presque attendrie par la réponse. Elle se cambra davantage contre le professeur, guidant ses mains sur sa peau blanche. Elle les attira jusqu'à ses petits seins, qu'elle plaça elle-même dans les paumes de Delmas, exigeante et sûre. L'homme les caressa avec maladresse, submergé. Sa bouche se posa à la base de la nuque de la jeune fille, cherchant un peu d'ancrage.
Soraya, de l'autre côté de la vitre, était tétanisée. Mais elle ne pouvait pas partir. Elle était clouée là, un nœud de chaleur et de vertige au creux du ventre. Elle avait posé son sac par terre, s'était plaquée contre le mur, dissimulée par l'angle de la porte, et retenait son souffle. Le rythme des mouvements du bassin de Lilou, le bruit feutré des peaux, les soupirs étouffés, tout cela créait en elle une fascination.
Une chaleur naquit dans son ventre. Son jean la serrait trop. Alors, sa main descendit, presque sans qu'elle s'en rende compte, glissant sous sa veste, puis entre ses cuisses. Juste un frôlement au début, une caresse timide, par-dessus le tissu. Sa paume bougea lentement, à peine, juste assez pour amplifier l'écho du plaisir qu'elle éprouvait. Une main agrippée au chambranle, l'autre à l'entre-jambes, elle observait.
— Ahh ! Aah ! Monsieur… je vous sens…
Lilou soupirait, ondulait paresseusement sur le corps de Delmas agité de frissons. Lui se laissait chevaucher, fasciné et perdu. Il semblait ne plus avoir d'âge, plus d'autorité, plus de rôle. Il n'était qu'un homme sous elle.
Une moiteur s'était formée entre les cuisses de Soraya. Chaque souffle de Lilou, chaque mouvement sensuel de ses hanches, lui résonnait dans le ventre. Elle ferma les yeux un instant, perdue dans les bruits d'étreinte étouffés de l'autre côté de la porte. Bientôt, sa main passa sous la ceinture, puis entre les boutons de son jean qui se dégrafèrent. Sa paume se glissa lentement à l'intérieur. Cachée dans l'ombre, la joue collée à la porte, se laissait emporter. Dans un coin de son esprit, elle se demandait ce que cela faisait, ce que Lilou ressentait, ce qu'elle-même ferait si c'était elle.
Elle écarta doucement la bande élastique de son sous-vêtement, sentant l'air frais sur sa peau brûlante. Ses doigts trouvèrent les poils, puis glissèrent lentement entre ses lèvres, déjà humides, frôlant à peine, mais suffisamment pour éveiller au fond d'elle-même une onde violente. Elle effleura son propre clitoris, juste assez pour frémir sous le léger contact. Ses jambes tremblaient, mais elle n'avait plus envie de s'arrêter. Elle avait l'impression d'être prise elle aussi dans cette chorégraphie invisible, de danser avec eux, à distance.
Lilou ne ralentissait pas, bien au contraire. Son corps dansait avec une maîtrise presque cruelle, chaque mouvement de rein était rythmé sur un tempo intérieur que seul elle semblait entendre. Elle s'était légèrement penché en avant maintenant, les paumes à plat sur les genoux du professeur, sa colonne tendue dans une ligne parfaite de tension.
— Vous aimez ? Je le savais… je le savais que vous aimiez ça… susurra-t-elle.
Delmas ne pouvait répondre. Ses lèvres n'étaient plus que murmures inarticulés, ses mains remontaient le long du dos nu de son étudiante.
À travers la vitre, Soraya suffoquait presque. Sa main, enfoncée dans son jean, avait trouvé son rythme. Ses doigts, humides, nerveux, glissaient contre sa peau avec une urgence désespérée. Elle entendait à présent distinctement chaque mot de Lilou. Elle les recevait comme des caresses.
La jeune fille s'empalait avec force sur la bite de Delmas. Des plaques rouges s'étaient formées sur son corps blancs. Elle avait le feu aux joues. La sueur glissait le long de ses omoplates. Ses reins glissaient avec une grâce féline mais les mouvements se faisaient aussi plus violents. Soraya percevait clairement les bruits des peaux qui claquaient, le léger crissement du siège qui se pliait sous le poids des corps, les gémissements de Lilou et de son professeur, qui se mêlaient dans un ballet d'intimité suffocante.
Le spectacle devant elle et leur jouissance affirmée, la consumaient. Elle n'était plus spectatrice. Elle était en train de se perdre dans leur plaisir, d'imaginer sa propre peau contre celle de Lilou et de Delmas, la verge du professeur de latin à la place de ses doigts, ou ses hanches elles-mêmes offertes, triomphante. Elle serrait les dents et se forçait à ne pas bouger, mais le besoin brûlait, insistant. Son bassin se cambrait malgré elle, son souffle se hachait. Elle savourait cette montée aiguë dans son bas-ventre. Un soupir lui échappa. Trop fort.
Et là, elle ressentit.
Une chaleur, une présence. Derrière elle. Silencieuse et immobile.
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Commentaires ()
Détaillée, très bien écrite, et réaliste : merci :)