Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Pas évident, les études ! — Chapitre 3 · Nuit agitée
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Pas évident, les études !
Chapitre 3 · Nuit agitée
La nuit était lourde, mais Soraya n'avait pas envie de dormir. Elle transpirait. Allongée sur son lit défait, elle tâchait d'oublier les élans de ces dernières heures. Elle sentait son esprit dériver, être attiré loin de Malik, loin d'Ilyes, loin même de ces deux soirées étranges qu'elle avait vécues.
Ses pensées la ramenaient plusieurs années en arrière. D'autres images remontaient, plus anciennes, floues et inachevées. Elle repensait à Maxence. Il avait été son premier vrai amour. Un garçon du lycée, qu'elle avait connu en terminale, et avec qui elle avait continué à sortir pendant sa première année de fac.
Maxence était drôle, rassurant. Il avait ce charme adolescent qui mélange la maladresse et l'assurance douce. Elle l'avait probablement aimé, avec sincérité. Du moins, autant qu'elle savait aimer à 17 ans.
Ils s'étaient découverts lentement. D'abord des messages, des regards échangés entre deux couloirs, des promenades gênées sous les réverbères froids. Puis quelques sorties au cinéma, des après-midis passés à tourner autour l'un de l'autre. Au fil des mois, ils étaient devenus plus proches, insensiblement, comme par glissement. Elle se souvenait encore de leurs mains qui s'effleuraient malhabilement, de leurs baisers hésitants, empressés mais sincères.
Ils avaient fait l'amour la première fois dans la chambre de Maxence. Ils en avaient discuté avant, plusieurs fois, toujours partagés entre l'envie et la gêne. Soraya avait accepté de suivre Maxence, un après-midi où les parents de l'adolescent étaient absents. Une chambre d'ado : un lit à une place, des draps qui sentaient le neuf mais une odeur de transpiration qui flottait dans l'air, une lumière trop blanche. Ils s'étaient embrassés longtemps puis, chacun de son côté du lit, ils s'étaient déshabillés maladroitement, le cœur battant, sans se lancer le moindre regard.
Elle s'était laissée faire, avec un peu d'appréhension et un sentiment de honte. Elle voulait que ce soit beau, ou au moins que ce soit « normal ». Allongée sous le drap, les yeux au plafond, elle avait attendu qu'il enfile une capote, sans oser le regarder. Au départ, Maxence avait essayé de se montrer doux, mais rapidement il s'était révélé très gauche. Plus excité par sa propre envie que par son corps à elle, il s'était glissé entre ses jambes sans vraiment la préparer. Il l'avait pénétrée rapidement, sans mots, sans attendre. Et elle, tendue, n'avait rien senti d'autre qu'un vague inconfort, un choc puis une brûlure.
Maxence, trop nerveux, trop rapide, avait haleté, bougé en elle quelques minutes, avant de remplir le préservatif, dans un soupir étranglé. Elle était restée là, nue et glacée, étonnée de ne rien ressentir d'autre que du vide. Pas de plaisir, pas même un frisson, juste cette sensation étrange d'avoir franchi une frontière sans retour.
Après, il l'avait serrée contre lui, l'air satisfait, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Et elle avait souri, elle aussi, pour ne pas gâcher le moment.
Les mois suivants, ils avaient continué à coucher ensemble, de manière irrégulière, dans des chambres d'étudiants, sur des canapés trop petits, parfois dans sa voiture. Toujours dans le silence ou les rires nerveux, toujours la même précipitation. Il la touchait mal, trop vite, trop fort, ou pas assez. Il croyait bien faire, mais elle ne mouillait presque jamais naturellement avec lui. Le plaisir de Soraya demeurait lointain, inaccessible, comme un mythe réservé à d'autres filles.
Et pourtant, elle était restée avec lui. Par habitude et par tendresse aussi, au fond, elle se disait qu'ils formaient « un couple », et Maxence le pensait sans doute également. Entre autres banalités, des amis communs assuraient qu'ils « allaient très bien ensemble ». Et ainsi, elle s'était convaincue qu'elle l'aimait, qu'elle était heureuse. Elle croyait normal que les choses se passent ainsi, que le sexe soit tiède, que le désir soit mécanique. Elle croyait qu'aimer quelqu'un suffisait.
Pourtant, après presque un an et demi, ils avaient fini par rompre, après une dispute banale. Une usure discrète et une lassitude avaient fini par les éloigner. Alors elle avait compris : avec Maxence, elle n'avait jamais appris son propre corps, elle n'avait jamais été désirée pour ce qu'elle était vraiment. Aimée, oui, peut-être, pour ce qu'elle représentait, une fille gentille, jolie, disponible. Mais désirée ? Non. Jamais. Cette pensée l'avait frappée avec une violence étrange.
Soraya se retourna dans le lit. Décidément le sommeil ne viendrait pas. En pensée, elle continua à dérouler le fil de son existence. Après le lycée et la rupture avec Maxence, sa vie d'étudiante avait suivi une routine précise, à la fac de lettres, d'amphi bondés en cours sur la littérature classique ou les théories du langage. Elle était studieuse, sérieuse. Elle rendait ses dissertations à l'heure, lisait les textes qu'on lui imposait. Mais l'ennui rôdait toujours, tapi sous ses journées bien rangées. Elle semblait suspendue, en attente de quelque chose qu'elle n'arrivait pas encore à nommer.
Elle s'était amusée parfois à briser cette lassitude, à jouer avec les garçons. Soraya n'était pas la plus extravertie, ni la plus exubérante. Mais elle savait qu'elle plaisait. Elle aimait séduire, juste pour sentir ce frisson, ce petit pouvoir naissant dans les yeux des autres. Un regard prolongé au détour d'un couloir, une discussion, un sourire ambigu, un frôlement de bras à la cafétéria. Elle avait accepté quelques rendez-vous. Elle laissait parfois un garçon aller plus loin, s'arrêter à un baiser volé dans la nuit, un frisson de lèvres contre sa peau, quelques mains posées sur sa taille, des doigts, des caresses et le plaisir chaud, humide. Mais quelque chose la retenait, un mélange de pudeur et de crainte.
C'était Lilou qui l'avait poussée à s'ouvrir, à s'amuser. Lilou, sa copine de promo, depuis la première année de licence. Lilou et son énergie insatiable, son rire éclatant, sa bouche toujours maquillée. Lilou, qui draguait sans honte, riait fort, sortait en boîte presque tous les week-ends. Lilou, qui racontait sans gêne ses aventures, ses plans foireux, ses expériences diverses. Soraya l'écoutait. Elle souriait lorsque Lilou l'entraînait dans ses délires mais elle ne la suivait que de loin. En effet, son amie était très à l'aise avec les hommes et lorsqu'elle évoquait sans pudeur et avec des détails très obscènes ses relations sans lendemain avec des mecs de leur âge ou plus vieux, Soraya éprouvait à la fois malaise et envie.
Elle ramena les draps contre son ventre nu et soupira. Les images d'Ilyes et de Malik Down l'assaillirent, se mélangèrent dans sa tête. Ce qu'elle avait fait avec eux, c'était brutal, imparfait, parfois gênant. Mais c'était vivant. Et son corps, pour la première fois, avait parlé plus fort que sa tête. Elle avait enfin touché du doigt ce qu'elle n'avait jamais eu avec Maxence : la vraie faim. Elle voulait qu'on ait faim d'elle. Pas le confort ni la tendresse facile, mais le désir brut et animal.
Elle se demanda si le manque qu'elle avait éprouvé jusqu'à présent pouvait expliquer ce que son corps réclamait tant. Pourquoi avait-elle fait bander Ilyes et l'avait-elle humilié jusqu'à le réduire, à l'état d'enfant penaud ? Pourquoi avait-elle éprouvé tant de satisfaction à se moquer du désir de ce gros garçon maladroit, pour lequel elle ne ressentait absolument rien ? Pourquoi avait-elle saisi le sexe de Malik et l'avait-elle laissé jouir dans sa bouche ? Pourquoi avait-elle mouillé aussi vite, aussi fort, sous leurs regards ? Avec Ilyes, elle avait dominé, mais sans rien préméditer. Avec Malik, elle avait cédé au vertige du désir cru, sans calcul. Deux expériences plus vraies, plus intenses, plus sexuelles, que toutes ses relations.
Ce n'était pas seulement du désir. C'était aussi un besoin d'être vue. De sentir qu'elle existait dans les yeux d'un homme. Pas comme une fille sage.
Les lumières de la rue passaient à travers les stores, dessinant des lignes pâles sur les murs. Elle ne s'endormirait pas, c'était sûr désormais. Elle ne pouvait plus. Son corps entier vibrait encore. Sa peau avait la mémoire du feu. Les images et les sensations revenaient, en désordre mais trop nettes. Le regard d'Ilyes, ses mains tremblantes, son sexe sorti maladroitement, la chaleur de son malaise ; et puis, la puissance de Malik, ses gémissements graves, la lourdeur de sa verge entre ses lèvres, le goût, l'odeur, ses mots obscènes et sa semence…
Elle ferma les yeux. Tout revenait. Sa main glissa sous la couette. D'abord lentement. Presque à contre-cœur. Mais son ventre était déjà noué, ses cuisses humides, ses tétons durs sous le tissu fin du débardeur. En bas, elle ne portait qu'une petite culotte. Elle sentit la moiteur, la matière collée à sa peau. Son sexe battait encore doucement entre ses cuisses, douloureux de manque. Elle écarta légèrement les jambes.
Ses doigts effleurèrent le tissu, puis passèrent dessous et rencontrèrent les poils de son sexe. Ils étaient trempés ; sa chatte était chaude, gonflée. Un souffle lui échappa. Elle posa l'autre main sur sa poitrine lourde, pinça doucement un téton durci. Sa hanche se souleva à peine. Son index fouilla sa toison, glissa entre les lèvres, toucha son clitoris, dur comme un noyau.
Elle pensa à Malik. À sa voix rauque. À sa main sur sa nuque. « Suce-moi. Avale-moi comme une salope. » Elle gémit, bas. Juste un souffle. Ses doigts allaient et venaient, glissaient vite maintenant. Elle avait besoin. C'était presque douloureux. Elle repensa à Ilyes aussi. À la façon dont il la regardait avec ce mélange de peur et de désir brut. À sa petite verge tremblante, à la honte sur son visage. Elle se souvint de sa propre excitation tandis qu'elle se palpait les seins devant lui. Et cette scène où elle l'humiliait doucement. Elle lui avait interdit de jouir. Et cela l'excitait encore. Terriblement.
Son bassin bougeait à présent. Sa main frottait son clitoris avec un rythme plus pressé, plus désespéré. Elle passait à l'intérieur aussi, sentait à quel point elle était mouillée, ouverte. Elle imaginait le sexe de Malik glisser en elle. Elle le revoyait aussi dans sa bouche. Elle entendait ses mots obscènes. Toujours ses mots. Elle se les répétait maintenant à elle même, à voix haute, en gémissant de plaisir. « Salope !… Salope !... »
Elle criait son plaisir. Elle s'en foutait. Ses doigts s'enfonçaient profondément dans son sexe, avec des clapotis mouillés. Elle se branlait fort, avec frénésie. Elle caressa son point le plus sensible, en cercles rapides, sa cuisse collée contre le drap. Elle pressait plus fort. Son ventre se creusait, ses jambes tressautaient légèrement.
Elle sentait venir la vague.
Et elle la laissa faire.
L'orgasme la prit d'un coup, sec. Une tension longue, qui lui traversa tout le corps. Elle se cambra à moitié, mordit ses lèvres. Ses doigts restèrent appuyés sur son sexe encore quelques secondes, en prolongement nerveux de son plaisir. Un soupir, long, grave, sortit de sa gorge.
Puis le silence.
Ses mains retombèrent lentement de chaque côté de son corps. Son cœur battait comme un tambour. Sa respiration était lourde, hachée.
Elle resta là. Immobile. Surchauffée. Désorientée. Et une pensée s'imposa, glacée cette fois : « Putain... Qu'est-ce que je suis en train de devenir ? »
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