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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

La dernière notification — Chapitre 13

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La dernière notification

Chapitre 13

Chapitre 13
La portière de la berline se referme avec un bruit sourd, étouffant instantanément les clameurs du parking et le tumulte du magasin. L'habitacle est saturé d'une odeur de cuir et de luxe, un contraste violent avec l'air aseptisé de l'hypermarché que je viens de quitter. À peine assis sur la banquette arrière, Ezra ne me laisse pas le temps de reprendre mon souffle. Il se jette sur moi, ses mains encadrant mon visage avec une urgence presque désespérée.
Il m'embrasse avec une fougue que je ne lui avais jamais connue, un baiser qui goûte le sel de nos larmes mêlées et le soulagement pur. Ses lèvres pressent les miennes comme pour s'assurer que je suis bien réel, que je ne suis pas une énième hallucination de ses nuits sans sommeil. Il me tire contre lui, m'écrasant contre son torse, et je sens les battements de son cœur cogner violemment contre mes propres côtes.
— Je t'aime de tout mon cœur, Marceau... je t'aime de tout mon cœur, murmure-t-il contre mon cou, sa voix étouffée par mon sweat-shirt. Plus jamais je ne te laisse, tu m'entends ? Plus jamais.
À l'avant, l'ambiance est nettement moins romantique. Paul est assis sur le siège passager, le corps rigide comme un piquet. Il nous observe par le rétroviseur central, et son expression est un mélange indéfinissable de mécontentement professionnel et d'un début de sourire qu'il tente désespérément de refouler. Il voit sa tournée sauvée, mais son plan média totalement piétiné.
La voiture démarre en trombe, quittant la zone commerciale de Besançon pour rattraper l'autoroute. Le silence dans l'habitacle ne dure pas. Soudain, Paul lâche un cri de frustration contenu depuis trop longtemps et se retourne brusquement vers nous, le visage congestionné.
— Mais tu as perdu la tête, Ezra ?! Tu as totalement perdu la tête en faisant ton show au milieu de ce magasin ? Tu as conscience de ce qui vient de se passer ? Dans dix minutes, la vidéo sera sur tous les réseaux sociaux, à vingt heures vous ferez l'ouverture du journal ! On avait dit de la discrétion, du tact !
Ezra, qui n'a toujours pas lâché ma main, se met à rire. Un rire clair, sincère, le premier vrai rire que j'entends depuis des semaines.
— Tout ira bien, Paul. Détends-toi. Pour la première fois depuis quinze jours, je respire. Les gens ont vu la vérité, c'est tout. Ils ont vu que je ne suis rien sans lui. Et tu sais quoi ? C'est le meilleur coup de com' qu'on n'ait jamais fait, même si ce n'était pas le but.
Paul grommelle, marmonne des histoires de contrats et de sécurité, puis finit par se retourner vers la route, vaincu par le bonheur insolent qui irradie de la banquette arrière.
Le trajet vers Dijon se fait à une allure folle. Nous ne passons même pas par l'hôtel ; le retard accumulé à Besançon a rendu Paul fébrile. La voiture s'engouffre directement dans les entrailles du Zénith, une immense structure de béton et de métal qui semble dévorer la lumière du jour. À peine descendus, je suis happé par un tourbillon d'activité. Des techniciens courent partout, des câbles jonchent le sol, et une odeur de poussière et d'électricité flotte dans l'air.
— Ezra, sur scène ! Tout de suite ! hurle Paul en consultant sa montre. On a perdu trois heures, les balances sont à peine commencées !
Je reste sur le côté, un peu hébété, tandis qu'Ezra est emmené vers les projecteurs. Durant des heures, j'assiste à un spectacle fascinant et épuisant. Paul est partout, derrière le dos d'Ezra, hurlant des consignes.
— Plus dynamique, Ezra ! On ne voit pas ta joie ! Bouge davantage sur le pont du troisième titre ! On veut du spectacle, pas une veillée funèbre !
Ezra s'exécute, porté par une énergie nouvelle. Il chante pour moi, je le sais. Chaque fois que son regard plonge dans l'ombre des coulisses où je me tiens, sa voix gagne en puissance et en clarté.
Ce n'est que vers 22h00 que Paul lâche enfin sa proie. Tout le monde est épuisé, les visages sont marqués par la fatigue sous les lumières crues du Zénith.
— Stop ! On arrête là ! lance Paul. Allez manger et dormez. Demain, la journée va être très longue, c'est ton ultime date, Ezra. Je veux que tu sois parfait.
Nous rejoignons enfin l'hôtel, une forteresse de luxe où les fans campent déjà devant l'entrée. Ezra refuse de descendre au restaurant de l'hôtel. Il veut être seul avec moi. Une fois dans la chambre, une suite immense avec vue sur les lumières de la ville, il verrouille la porte et soupire de soulagement.
— On commande ici ? me demande-t-il en me prenant par la taille. Je ne veux voir personne d'autre que toi ce soir.
Nous finissons par manger notre repas sur le grand lit king-size, entre les oreillers de soie. On parle de tout et de rien, on se redécouvre après ce qui nous a semblé être une éternité de séparation. Je lui raconte mes doutes, ma peur au magasin, et il me raconte ses nuits d'errance dans sa chambre d'hôtel.
Il n'y a plus de flashs, plus de Paul, plus de clients pour me poser des questions indiscrètes. Il n'y a que nous deux, dans le cocon de cette chambre, tandis que le Zénith de Dijon attend, dans le noir, le triomphe de demain. Ezra finit par s'endormir la tête sur mon épaule, sa main serrant toujours la mienne, comme s'il craignait que je m'évapore si jamais il relâchait sa garde.
L'aube s'insinue timidement par les fentes des rideaux de velours, jetant des traînées de lumière bleutée sur le désordre de nos draps froissés. Je suis encore plongé dans un sommeil cotonneux, bercé par la chaleur de la suite, quand je sens un souffle chaud venir mourir dans mon cou. Une sensation de brûlure familière se presse contre mon dos. C'est lui. C'est Ezra.
Il commence par déposer de petits baisers, légers comme des souffles, juste derrière mon oreille, là où ma peau est la plus sensible. Je sens ses lèvres descendre lentement le long de ma nuque, provoquant une traînée de frissons électriques qui descendent jusqu'à mes reins. Ses mains ne restent pas inactives ; je sens ses doigts longs et fins s'aventurer sur mon dos nu. Il dessine des cercles lents, des caresses interminables qui remontent le long de ma colonne vertébrale, s'attardent sur mes omoplates, avant de glisser vers mes flancs avec une douceur qui me fait gémir tout bas.
— Bonjour, mon ange… murmure-t-il, sa voix basse et éraillée par la nuit me faisant vibrer jusqu'aux os.
Il passe son bras sous ma taille pour ramener sa main sur mon torse. Ses doigts s'égarent sur ma peau, effleurant mes muscles, redécouvrant mon rythme cardiaque qui s'accélère déjà sous sa paume. Je tourne lentement la tête vers lui, mon corps basculant pour faire face au sien. Nous sommes là, d'abord dos contre torse, puis je me retourne pour me noyer dans ses yeux sombres, chargés d'une intensité qui me coupe le souffle.
Nos lèvres se rejoignent dans un baiser d'une ferveur désespérée. C'est d'abord une reconnaissance, un goût de retrouvailles sucrées, mais très vite, la passion que nous avons contenue pendant quinze jours de séparation explose. Le baiser devient fougueux, affamé. Je sens sa langue chercher la mienne, nos souffles qui s'emmêlent dans une lutte délicieuse. C'est une urgence vitale.
— J'ai tellement envie de toi, Marceau… souffle-t-il contre mes lèvres, ses mains se faisant plus pressantes sur mes hanches.
— Moi aussi… Ezra, moi aussi, je réponds dans un souffle, ma voix brisée par le désir qui monte en flèche.
D'un mouvement commun, nous nous dégageons des derniers vêtements qui nous encombrent. Quand nos peaux se touchent enfin totalement, sans aucun obstacle, un gémissement de pur soulagement s'échappe de ma gorge. Ezra se redresse légèrement pour me surplomber, ses yeux dévorant chaque parcelle de mon corps exposé. Je sens contre ma cuisse son sexe déjà bien dur, palpitant de ce même besoin qui me déchire.
— Tu m'as tellement manqué, murmure-t-il en passant ses mains sur mes flancs. Ton odeur… j'avais l'impression de devenir fou à force de ne plus la sentir. Ton corps, Marceau… j'ai rêvé de ce moment chaque nuit, j'ai rêvé de te sentir contre moi, de sentir ta chaleur.
Il redescend pour m'embrasser à nouveau, mais cette fois, ses baisers voyagent partout. Il parcourt ma mâchoire, mon cou, puis descend sur mon torse. Je sens sa langue s'attarder sur mes tétons, les mordillant légèrement, ce qui me fait cambrer le dos de plaisir. Ses mains continuent leur exploration, descendant plus bas, là où mon désir pour lui est le plus brûlant, le plus impitoyable.
— Tout de toi m'a manqué, continue-t-il entre deux caresses brûlantes. La douceur de ta peau, la façon dont tu réagis quand je te touche ici… Je veux te sentir partout.
Je sens son membre, vigoureux et tendu, se presser contre mon intimité alors qu'il se guide avec une lenteur calculée. Il prend son temps, cherchant mon regard pour s'assurer que nous sommes dans cette fusion totale. Quand il s'unit enfin à moi, je ferme les yeux en lâchant un cri étouffé, la tête renversée en arrière. C'est une plénitude absolue, une sensation de complétude que je n'ai trouvée qu'avec lui.
— Regarde-moi, Marceau. Ouvre les yeux, je veux te voir quand je suis en toi, me demande-t-il d'une voix étranglée par l'émotion.
J'obéis, les yeux noyés de larmes et d'amour. Il commence à bouger, lentement d'abord, un rythme profond et régulier qui me fait perdre tout sens de la réalité. Chaque mouvement est une déclaration, chaque va-et-vient est une promesse de ne plus jamais me lâcher. On ne fait plus qu'un, deux corps qui se fondent dans la chaleur de cette chambre.
— Je t'aime, Marceau… Je t'aime si fort que j'en ai eu mal physiquement, siffle-t-il à mon oreille alors qu'il accélère la cadence.
Je m'agrippe à ses épaules, mes ongles s'enfonçant légèrement dans sa peau. Je l'entoure de mes jambes pour le sentir encore plus près, pour qu'il pénètre au plus profond de moi. La sueur commence à perler sur nos fronts, nos respirations deviennent des halètements synchronisés qui emplissent la pièce. Je sens son sexe dur me remplir totalement, chaque coup de boutoir me rapprochant un peu plus de l'explosion.
— Ezra… encore… s'il te plaît… je murmure, ma voix se perdant dans un râle alors que le plaisir monte comme une marée irrésistible, inondant tous mes sens.
— Je suis là… je ne te lâche plus… tu es à moi, Marceau, tu es à moi...
L'intensité monte d'un cran. Ses mouvements deviennent plus rapides, plus sauvages. Je sens ses muscles se tendre à l'extrême sous mes mains. Il m'embrasse avec une force nouvelle, ses mains se serrant contre les miennes, nos doigts entrelacés sur l'oreiller. On approche du but, cette décharge que nous avons attendue dans la douleur de l'absence. Son souffle est court, saccadé, et je sens qu'il est sur le point de lâcher prise.
— Je t'aime... je vais... je t'aime ! s'écrie-t-il.
Le monde autour de nous se dissout dans un tourbillon de sensations pures. Je sens la jouissance me gagner, une vague immense qui envahit tout mon être. Au même instant, Ezra se cambre, son visage contracté par une extase magnifique. Dans un ultime élan de passion, il s'abandonne totalement. Je sens son sexe tressaillir au plus profond de moi alors qu'il jouit en moi, une chaleur intense et libératrice qui semble sceller notre pacte à jamais.
Un cri puissant s'échappe de ses lèvres alors qu'il s'effondre contre moi, son cœur battant à une vitesse folle contre ma poitrine. Nous restons là, soudés, haletants, le temps que nos souffles reviennent à la normale dans cette atmosphère chargée d'électricité et d'amour. Il reste niché dans mon cou, savourant ce moment de paix parfaite. Ses mains caressent mes cheveux avec une tendresse infinie, comme s'il s'assurait que je ne suis pas un rêve.
— Merci d'être là, Marceau… murmure-t-il contre ma peau humide. Je ne te laisserai plus jamais partir. Plus jamais.
Je l'embrasse sur la tempe, incapable de répondre tant l'émotion me submerge. Ce matin, dans cette chambre d'hôtel à Dijon, nous avons effacé quinze jours de souffrance en un instant. Nous sommes ensemble, et plus rien d'autre ne compte.
Les rayons du soleil dijonnais frappent les vitres de la suite avec une insistance joyeuse, mais mon attention est entièrement capturée par la main d'Ezra qui caresse lentement mon flanc sous les draps. Nous sommes restés là, suspendus dans cet entre-deux, savourant la certitude de ne plus être seuls. On finit par s'extraire du lit pour s'installer devant le chariot du petit-déjeuner. Ezra ne cesse de me dévorer du regard, ses doigts venant régulièrement effleurer mon poignet ou ma joue, comme pour s'assurer que je ne suis pas une image projetée par son esprit fatigué.
— Tu es là, murmure-t-il entre deux gorgées de café, un sourire radieux éclairant son visage. Je n'arrive toujours pas à y croire.
C'est à ce moment-là que Thomas, son assistant, entre dans la pièce après un signal discret. Ezra pose sa tasse et lui fait signe de s'approcher. Je le vois se pencher vers lui, son expression devenant soudainement très sérieuse, presque solennelle. Il parle à voix basse, mais je devine à l'intensité de son regard qu'il s'agit de quelque chose d'important.
— Thomas, emmène-le en ville, lui chuchote-t-il pour que je ne puisse pas saisir chaque mot. Il n'a aucune affaire ici. Je veux que tu l'emmènes dans une boutique de haute couture. Trouve-lui la tenue la plus incroyable, la plus parfaite pour ce soir. Je veux qu'il soit éblouissant pour le final. Et prends-lui aussi quelque chose de plus simple, mais de très classe, pour qu'il puisse passer la journée au Zénith avec nous. Ne te soucie pas du budget, prends ce qu'il y a de mieux.
Thomas acquiesce avec un hochement de tête respectueux et se tourne vers moi. Ezra me fait un clin d'œil, une lueur de malice dans ses yeux encore un peu cernés.
— Va avec lui, mon ange. On se retrouve au Zénith pour le déjeuner.
Le shopping avec Thomas est une expérience surréaliste. Je me laisse guider dans des boutiques où chaque vêtement semble coûter le prix de plusieurs de mes salaires. Pour la journée, Thomas choisit une tenue qui me ressemble mais avec une élégance que je n'ai jamais connue : une chemise blanche d'un coton si fin qu'il ressemble à de la soie, un pantalon chino bleu marine à la coupe impeccable, et des baskets blanches d'un cuir souple et immaculé. Quand je me change dans la cabine, je me sens soudainement plus léger, plus à ma place dans cet univers de luxe qui entoure Ezra. Quant à la tenue du soir, Thomas la fait emballer avec un soin jaloux, me laissant seulement deviner la qualité du tissu à travers la housse de protection.
Nous arrivons au Zénith vers 13h00. Le bâtiment est en pleine effervescence. Dès que je franchis le rideau des coulisses, Ezra, qui était en train de discuter avec ses musiciens, lâche son micro. Il s'avance vers moi d'un pas rapide, son regard balayant ma nouvelle silhouette avec une admiration non dissimulée.
Sans un mot, il me saisit la main et m'entraîne à l'écart, dans l'ombre des grands rideaux de scène qui sentent la poussière et le velours. Il me plaque contre lui, ses bras m'encerclant avec une force qui me coupe presque le souffle. Il enfouit son visage dans mon cou, inspirant longuement le parfum du savon et de ma peau propre.
— Tu es magnifique dans ces vêtements, souffle-t-il contre mon oreille avant de m'embrasser avec une ferveur qui me fait vaciller. Je ne veux plus te lâcher.
Il doit pourtant retourner aux répétitions. Je m'installe dans un coin, non loin de Paul qui surveille les réglages de la console. Le manager se tourne vers moi, ses yeux perçants ne me laissant aucune chance de me défiler.
— Alors ? On est prêt pour la suite ? me demande-t-il sans détour. Tu sais que ce soir, le monde entier va savoir. Les réseaux, les critiques, les fans obsessionnels... Est-ce que tu te sens réellement capable d'assumer tout ça sur la durée ?
Je le regarde sans trembler, sentant la chemise blanche de luxe contre ma peau comme une armure. — Oui, je suis prêt. Ces derniers jours m'ont appris que la peur est un prix dérisoire à payer pour être avec lui. Je l'aime, Paul. Et je ne compte plus reculer.
Paul hoche la tête, un rare signe d'approbation dans son regard de professionnel endurci.
La journée passe dans un fracas de basses et de projecteurs qui s'ajustent. Vers 19h00, Ezra quitte enfin la scène, en nage, les cheveux collés par l'effort. Il me prend par le bras et m'emmène dans sa loge, verrouillant la porte d'un geste sec.
— J'ai besoin de nous avant que tout ça ne commence, murmure-t-il.
Il m'entraîne vers la douche de la loge et fait couler l'eau brûlante. La vapeur envahit l'espace, créant un cocon protecteur. Il me déshabille avec une impatience fébrile, ses mains tremblant un peu sur les boutons de ma chemise neuve. Nous entrons sous le jet. L'eau coule sur nos visages, sur nos corps qui se soudent instantanément. C'est sensuel, glissant, chaque centimètre de peau devenant un conducteur de plaisir.
Ses mains pleines de gel douche parcourent mon torse, mes bras, puis descendent avec une intention brûlante. Je sens son sexe, dur et vigoureux, se presser avec force contre mon ventre. Il me plaque contre le carrelage humide, ses baisers devenant profonds, rythmés par le martèlement de l'eau. Il se guide, s'unit à moi avec une fougue sauvage, un besoin de possession qui nous dépasse tous les deux. Je m'accroche à ses épaules trempées, mes jambes s'enroulant autour de sa taille. La chaleur de l'eau se mêle à celle de nos chaires. Je sens son membre dur me remplir à chaque poussée, un rythme impitoyable qui me fait gémir contre son épaule. Ses mains pétrissent mes hanches alors qu'il accélère, sa respiration n'étant plus qu'un râle rauque et saccadé.
— Marceau... mon amour... je t'aime ! s'écrie-t-il alors qu'il jouit en moi, son corps secoué par des spasmes d'une puissance incroyable.
Je lâche prise au même instant, mon cri de plaisir se perdant dans le nuage de vapeur. Nous restons là, haletants sous l'eau qui continue de nous inonder, le cœur battant à l'unisson comme une seule machine.
On finit par sortir, s'enveloppant dans de grands peignoirs. Ezra me regarde, les yeux brillants d'une lumière que je ne lui avais jamais vue.
— Ce soir, ce sera le plus beau concert de ma vie. Parce que tu es là.
Dans l'intimité de la loge, le tumulte du Zénith ne nous parvient plus que sous la forme d'une vibration sourde, un grondement tellurique qui remonte par le sol. C'est le signal. Le moment où tout bascule. Ezra est déjà parti pour les derniers réglages, me laissant seul avec Thomas.
Thomas sort la housse de protection avec une précaution religieuse. Quand il dévoile la tenue, je reste sans voix. C'est un costume d'une élégance absolue : un velours de soie noir profond qui semble absorber la lumière pour mieux la rediffuser. La coupe est d'une précision chirurgicale, soulignant ma carrure. Sous la veste, je porte un pull à col roulé en cachemire d'une finesse extrême, d'un noir si pur qu'il donne à mon visage une clarté nouvelle. Pour parfaire l'ensemble, Thomas épingle sur mon col une broche en platine en forme de plume. Je me regarde dans la glace et le choc est total. Je ne me reconnais pas. Je ne suis plus celui qui se cachait derrière ses lunettes de soleil ; je suis celui pour qui Ezra s'apprête à défier le monde.
— Tu es prêt, Marceau, murmure Thomas. Il est temps d'y aller.
Il me guide à travers le labyrinthe des couloirs techniques. L'agitation est à son comble. On croise des techniciens tendus, des musiciens qui s'échauffent, et soudain, Paul apparaît. Il porte son casque de communication, mais quand il m'aperçoit, il s'immobilise. Il me détaille, un sourire de satisfaction professionnelle mais sincère aux lèvres.
— Parfait. Tu es parfait. Viens, je t'emmène au Carré Or. Tu seras juste devant lui.
Nous débouchons dans la salle. Le choc sonore est une déferlante. Dix mille personnes sont là, une mer humaine qui ondule sous les faisceaux des projecteurs. Dans la foule, je vois des dizaines de drapeaux arc-en-ciel qui flottent fièrement. Paul m'installe dans l'espace réservé, au pied de l'avancée de scène. Je suis si près que je sens l'odeur du métal et de la pyrotechnie.
Soudain, les lumières s'éteignent. Le Zénith explose dans un cri primal. Des lasers fendent l'obscurité et Ezra surgit du sol dans une gerbe de lumière.
Le show est d'une démesure totale, le plus grandiose qu'il ait jamais offert. Ezra est possédé par une énergie électrique, une rage de vivre contagieuse. Il court, il danse, il chante avec une puissance qui fait vibrer le béton du stade. Il transpire la liberté. Durant les titres les plus rythmés, ses yeux plongent régulièrement dans les miens. Un sourire furtif, un clin d'œil complice, et il repart dans son tourbillon.
Après deux heures d'une intensité folle, alors que tout le monde attend le rappel, un silence de plomb s'installe. La scène s'obscurcit. Un unique faisceau blanc descend du plafond, éclairant un piano à queue noir qui s'élève lentement sur un plateau tournant. Ezra s'avance, seul. Le silence est tel qu'on pourrait entendre le battement de mon cœur.
Il s'approche du bord de la scène, juste au-dessus de moi.
— Ce soir est une date que je n'oublierai jamais, commence-t-il, sa voix vibrant dans les enceintes. Vous savez que j'ai traversé des tempêtes ces derniers temps. On a essayé de me dire qui aimer, comment vivre. Mais l'amour ne se négocie pas.
Il prend une inspiration tremblante, son regard ancré dans le mien.
— Cette chanson est pour l'homme de ma vie. Il est ici, ce soir.
D'un coup, les projecteurs pivotent et se braquent sur moi. Les écrans géants affichent mon visage en gros plan, mes yeux brillants d'émotion. La foule pousse un cri de surprise qui se transforme instantanément en une immense clameur de soutien.
— Marceau... rejoins-moi. S'il te plaît.
Je reste figé, le souffle coupé. Paul pose alors une main ferme sur mon épaule et me pousse doucement.
— Vas-y, murmure-t-il. C'est votre moment.
Je monte les marches, chaque pas me semblant durer une éternité. Quand j'arrive sur le plateau, Ezra me tend la main. Ses doigts sont brûlants. Il me guide vers le piano et me fait asseoir à ses côtés sur la banquette. La salle plonge dans le noir complet. Seule une bulle de lumière nous enveloppe tous les deux.
Ses doigts se posent sur l'ivoire. Les premières notes sont d'une pureté cristalline. Il commence à chanter, les yeux rivés dans les miens, faisant abstraction des milliers de regards.
« On a voulu nous taire, nous jeter dans le vent,
Mais l'écho de nos cœurs est bien plus important.
Qu'importent les tempêtes et les cris de la terre,
Ton regard est mon port, ma seule vérité claire. »
Sa voix monte d'une octave, habitée par une sincérité qui me transperce, entamant le refrain :
« Car notre amour est éternel, un feu providentiel,
Un lien que le destin ne pourra jamais défaire,
Même si l'ombre nous guette et que gronde la colère,
Je resterai ton souffle, mon amour essentiel. »
Pendant toute la chanson, pas un bruit ne s'élève de la salle. Les dix mille spectateurs sont suspendus à ses lèvres, comme capturés dans notre bulle d'intimité. Je sens les larmes couler sur mes joues, froides cette fois, libératrices. Ezra chante avec son âme, chaque mot est une caresse, chaque note une promesse.
Quand le dernier accord s'éteint, le silence dure encore une seconde éternelle. Puis, comme un raz-de-marée, le Zénith se lève. C'est un tonnerre d'applaudissements, un rugissement de joie qui semble vouloir soulever le toit du bâtiment. Les gens hurlent, certains pleurent avec moi, bouleversés par ce qu'ils viennent de voir.
Ezra se lève brusquement et me fait lever avec lui. Il se fiche des caméras, de Paul, du futur. Il me prend le visage entre les mains, essuie mes larmes de ses pouces et m'embrasse.
C'est un baiser profond, un baiser de victoire. Un baiser qui dit au monde entier que nous n'avons plus peur. Sous les écrans géants qui immortalisent l'instant, sous les vivats d'une foule en délire et les drapeaux arc-en-ciel qui s'agitent, nous sommes enfin nous-mêmes. Libres. Unis. Éternels.
Fin du chapitre 13.
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