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✦ tounet777 La dernière notification XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

La dernière notification — Chapitre 9

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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La dernière notification

Chapitre 9

Chapitre 9
Le carré VIP est une petite plateforme surélevée, protégée par des cordons de velours épais et des agents de sécurité dont la carrure semble pouvoir bloquer n'importe quelle tempête. Quand Thomas m'y installe, je me sens comme un intrus dans un sanctuaire. Autour de moi, il n'y a que quelques personnes : des partenaires de la tournée, peut-être des influenceurs ou des proches de l'équipe technique, tous trop occupés par leurs téléphones ou leurs propres conversations pour prêter attention au garçon à lunettes qui se fait le plus petit possible dans un coin.
Et puis, les lumières s'éteignent.
Le silence qui précède le début d'un concert de cette envergure est une chose organique, presque solide. C'est une aspiration d'air collective, six mille poumons qui retiennent leur souffle avant le chaos. Soudain, une onde de choc de basses fait vibrer le sol sous mes pieds, remontant jusque dans mes chevilles, ma cage thoracique, mon crâne. Les écrans géants s'allument dans un déluge de couleurs électriques et Ezra apparaît.
Ce n'est pas Félix. Ce n'est pas l'homme qui, quelques heures plus tôt, mangeait un sandwich triangle avec moi dans le clair-obscur d'un couloir. C'est une force de la nature. Il est habillé d'une veste qui accroche chaque rayon des projecteurs, ses mouvements sont précis, habités par une énergie qui semble inépuisable. La foule explose. Le cri est si puissant qu'il me fait physiquement reculer d'un pas.
Pendant les trois premières chansons, je suis pétrifié. Je le regarde courir sur l'immense avancée de scène, haranguer la fosse, sauter avec une aisance déconcertante tout en tenant des notes que je ne pensais même pas possibles. Je me sens soudain minuscule. Comment cet homme, ce dieu de stade que tout le monde veut toucher, peut-il m'avoir choisi, moi ? La sensation d'être un "fantôme" revient me hanter, mais d'une manière différente : je suis le spectateur invisible d'un miracle qui me concerne pourtant intimement.
C'est au milieu du quatrième titre, une chanson plus rock, qu'il le fait.
Ezra se place au bord de la scène, à quelques mètres seulement de ma plateforme. Il essuie la sueur de son front d'un revers de manche, et alors qu'il s'apprête à entonner le refrain, son regard dévie de la foule pour se planter droit dans le mien.
Pendant trois secondes, le monde s'arrête. Les cris s'étouffent, la musique devient un bourdonnement lointain. Il me sourit. Ce n'est pas son sourire de star, celui qui s'affiche sur les abribus. C'est un sourire complice, un peu asymétrique, celui qu'il réserve à nos appels nocturnes. Il incline légèrement la tête, comme pour me demander : « Tu vois ? Je suis là. »
Personne ne remarque ce manège. Pour les fans dans la fosse, il regarde simplement "le public" ou "le carré VIP". Pour les vigiles, il fait son métier. Mais pour moi, c'est une brûlure. Mon cœur rate un battement, puis s'emballe. Je sens mes joues chauffer dans l'obscurité.
Tout au long du concert, ce jeu se répète. Ezra est un professionnel, il donne tout à ses fans, mais je sens qu'il y a un fil invisible tendu entre lui et mon coin d'ombre. À chaque fois qu'il passe près de moi, ses yeux me cherchent. Parfois, c'est juste un battement de paupières, parfois un geste de la main qu'il termine en pointant discrètement ma direction avant de reprendre sa chorégraphie.
Lorsqu'il s'assoit au piano pour la partie acoustique, l'ambiance change. Les projecteurs se resserrent sur lui, créant un îlot de lumière bleue.
— Cette chanson est spéciale, dit-il dans le micro, sa voix un peu rauque résonnant dans toute la salle. Elle parle de l'instant où l'on réalise qu'on n'est plus seul dans le noir.
Il commence à jouer les premières notes de Shadows. Je connais ce texte par cœur pour l'avoir écouté en boucle dans mon studio, mais ce soir, les mots prennent une dimension physique. Il ne quitte presque plus ma direction des yeux. Ses paroles, qu'il chantait autrefois pour des milliers d'inconnus, sont maintenant des flèches décochées directement vers mon cœur. Je me surprends à avoir les larmes aux yeux. Je ne suis plus le caissier de la caisse 4, je ne suis plus l'ami de Tiphaine ou le fils de personne. Je suis celui pour qui Ezra chante.
Le concert touche à sa fin. L'énergie remonte pour le grand final, un déluge de confettis et de jeux pyrotechniques. La salle est en transe. Ezra termine son dernier morceau, essoufflé, rayonnant, les bras levés vers le ciel sous une pluie d'étincelles d'argent. Il remercie le public, promet de revenir, et salue une dernière fois. Alors qu'il recule vers le fond de la scène, il lance un dernier regard vers moi, un regard plein de promesses.
Les lumières de la salle ne se sont pas encore rallumées que je sens une main sur mon épaule. Je sursaute. C'est Thomas.
— Il est temps, Marceau, murmure-t-il pour couvrir le bruit de la foule qui hurle encore pour un rappel qui ne viendra pas. Suis-moi. On passe par derrière avant que la sécurité n'ouvre toutes les vannes.
Je quitte la plateforme, les jambes tremblantes, les oreilles bourdonnantes. Je traverse à nouveau les couloirs de béton, mais cette fois, je n'ai plus peur. Je suis porté par l'adrénaline et par l'image de son regard bleu.
Thomas s'arrête devant une porte noire, au bout du couloir des loges. Des gardes filtrent l'entrée, mais s'écartent immédiatement à la vue de Thomas.
— Il arrive dans deux minutes, il est en train de sortir de scène, me dit Thomas en m'ouvrant la porte. Installe-toi.
La loge est immense, remplie de fleurs, de bouteilles d'eau, de vêtements de scène de rechange. L'air y est frais, mais je peux encore entendre les vibrations de la salle de l'autre côté des murs. Je reste debout au milieu de la pièce, ne sachant que faire de mes mains, le cœur battant à tout rompre.
Soudain, la porte s'ouvre avec fracas. Ezra entre, entouré de deux assistants qu'il congédie d'un geste sec. Il est trempé de sueur, ses cheveux collés au front, sa veste de scène à moitié ouverte. Il referme la porte derrière lui, s'appuie contre le battant et me regarde.
Il ne dit rien. Il respire fort, le torse soulevé par l'effort. Puis, un immense sourire illumine son visage fatigué.
— Alors ? murmure-t-il. C'était comment, vu d'en haut ?
Le claquement de la lourde porte acoustique contre son chambranle résonne comme le point final d'une symphonie électrique. Dans la loge, le silence retombe d'un coup, un silence dense, presque solide, qui agit comme un bouclier contre la fureur qui gronde encore derrière les murs de béton de la salle. Ezra reste immobile, le dos appuyé contre le bois sombre, les épaules affaissées sous le poids d'une fatigue monumentale. Sa poitrine se soulève avec force, sa respiration est erratique, bruyante dans cette pièce devenue trop petite pour l'aura qu'il dégageait sur scène. Il est là, à deux mètres de moi, dépouillé de son armure d'idole, baigné dans la lumière crue des miroirs de maquillage entourés d'ampoules nues.
Sans un mot, il se décolle de la porte. Il ne marche pas vers moi, il s'abandonne. C'est une chute, un basculement total qui le propulse directement contre mon torse. Ses bras s'enroulent autour de ma taille avec une force qui me coupe le souffle, ses doigts s'ancrant dans le tissu de ma chemise comme s'il craignait que le sol ne se dérobe sous ses pieds. Sa tête vient se nicher au creux de mon cou, et je reçois de plein fouet la chaleur humide de sa peau, l'odeur entêtante de la sueur de scène, de la laque et de ce parfum musqué qui est devenu mon seul repère.
— Je t'ai trouvé, murmure-t-il, sa voix n'étant plus qu'un souffle éraillé contre ma peau. Tout le long du show... je ne cherchais que toi. Les milliers de visages, les lumières aveuglantes... tout n'était qu'un bruit de fond. Il n'y avait que tes yeux, là-haut, dans ton coin d'ombre, qui me permettaient de ne pas sombrer.
Je lève mes mains tremblantes et je les pose sur son dos. Le tissu de sa veste de scène est brûlant, chargé de l'énergie cinétique des projecteurs. Je sens ses muscles se détendre sous mes paumes alors qu'il s'enfonce un peu plus contre moi. On reste ainsi, soudés, pendant ce qui semble être une éternité. C'est une parenthèse sacrée au milieu du chaos, un instant où le temps cesse d'avoir une emprise sur nous.
Il finit par se reculer très légèrement, juste assez pour plonger son regard bleu dans le mien. Ses pupilles sont encore immenses, dilatées par l'effort, mais une tendresse infinie y a remplacé le feu de la scène. D'un geste d'une lenteur calculée, il retire mes lunettes avec une délicatesse de cristal et les pose sur la console sans jamais cesser de me fixer.
— Tu n'as pas idée... murmure-t-il en caressant ma joue de son pouce rugueux. D'habitude, quand je quitte la scène, je me sens vide. Mais ce soir, je me sens plein. Chaque note, chaque mot... c'était pour toi, Marceau. Une conversation que personne d'autre ne pouvait entendre.
Il rapproche son visage, et je sens son souffle court sur mes lèvres avant qu'elles ne soient capturées par les siennes. C'est un baiser qui ne ressemble à aucun autre. Il goûte au sel, à la fatigue héroïque de la performance et à une passion contenue. C'est une exploration fiévreuse, une manière de se réapproprier la réalité. Ses mains remontent dans mes cheveux, s'y perdent avec une urgence nouvelle, tandis que je réponds à son baiser avec toute la ferveur dont je suis capable. Le monde extérieur n'existe plus. Il n'y a plus de contrat, plus de fans, plus de secret. Il n'y a que la pression de son corps contre le mien.
On se laisse glisser ensemble sur le large canapé en cuir noir dans le coin de la loge. Ezra s'allonge, sa tête reposant sur mes genoux, son corps encore agité de quelques tressaillements post-concert. Je passe mes doigts dans ses cheveux blonds, les dégageant de son front trempé, traçant la ligne de sa mâchoire avec une fascination que je ne peux plus cacher. Il ferme les yeux sous mes caresses, un petit gémissement de bien-être s'échappant de ses lèvres. On reste là, blottis, à s'embrasser encore et encore, des baisers plus doux, plus profonds, qui durent des minutes entières, nous faisant oublier l'heure et les obligations. Chaque caresse est une promesse, chaque souffle échangé un pacte de sang contre le reste du monde.
Soudain, trois coups secs frappent à la porte. Paul et Thomas entrent, la mine grave, les yeux rivés sur leurs montres.
— Ezra, c'est maintenant, lâche Paul d'un ton sans appel. Les voitures attendent dans la ruelle arrière. C'est déjà le chaos, il y a une cinquantaine de fans qui ont trouvé l'issue et au moins trois paparazzis qui rôdent avec des téléobjectifs. Thomas, emmène Marceau dans le SUV noir. Ezra, tu attends le signal pour la banalisée grise. On doit vous séparer, c'est impératif.
Ezra ne répond pas. Il se lève lentement, remet ses lunettes de soleil, son visage devenant un masque de marbre impénétrable. Il me lance un regard rapide, presque imperceptible, puis il attrape une casquette pour cacher son visage. Paul nous presse vers la sortie de secours. On traverse les couloirs de béton froids vers la petite porte métallique qui donne sur la rue arrière.
À l'extérieur, malgré l'obscurité, l'air est électrique. On entend déjà les cris étouffés des fans derrière les barrières de police. Paul ouvre la porte et fait signe à Thomas de me conduire vers le SUV noir dont le moteur tourne déjà, garé à quelques mètres. Paul s'arrête sur le trottoir, barrant le passage à Ezra, attendant que je sois monté pour le diriger, lui, vers la voiture banalisée située de l'autre côté de la ruelle.
Mais au moment où je m'apprête à monter, Ezra bouscule Paul sans un mot. D'un pas rapide, déterminé, il ignore superbement la banalisée grise. Il fend la petite distance qui nous sépare sous le regard noir de son manager qui reste pétrifié par cette insubordination.
— Ezra ! Non ! On avait dit... ! siffle Paul, ses poings se serrant de fureur.
Ezra ne l'écoute pas. Il arrive à ma hauteur, attrape fermement mon bras et s'engouffre avec moi à l'arrière du SUV noir. Il claque la portière avec une violence qui fait trembler tout l'habitacle.
À l'extérieur, c'est l'explosion. Les fans qui étaient restés à distance reconnaissent la silhouette d'Ezra. Des flashs aveuglants commencent à crépiter contre les vitres teintées de la voiture. Je vois Paul, dehors, le visage déformé par une rage contenue, nous fixant avec une haine froide. Il sait que ce geste vient de tout détruire.
— Démarre. Maintenant, ordonne Ezra au chauffeur d'une voix qui ne souffre aucune discussion.
Le SUV s'élance, forçant le passage au milieu des bras tendus et des objectifs qui se collent aux vitres. Ezra ne lâche pas ma main. Il regarde droit devant lui, la mâchoire contractée, tandis que les flashs continuent d'illuminer l'intérieur de la voiture comme des éclairs de guerre. Il vient de choisir son camp.
L'habitacle du SUV noir est une prison de cuir et de silence, seulement troublée par le ronronnement sourd du moteur et les impacts de lumière qui frappent les vitres. À côté de moi, Ezra n'a pas lâché ma main. Sa paume est moite, ses doigts serrent les miens avec une force qui trahit une tension extrême, une sorte d'urgence désespérée, comme s'il craignait que je m'évapore si son emprise se relâchait. Il ne regarde pas derrière lui, il ne regarde pas les flashs qui continuent de crépiter comme des feux d'artifice malveillants contre le verre teinté alors que nous nous extrayons péniblement de la ruelle sombre située à l'arrière du Zénith de Strasbourg. Il fixe la route, la mâchoire si contractée qu'un petit muscle palpite sans fin au bas de sa joue, sous ses lunettes de soleil qu'il a remises comme un masque.
Je me sens glacé, vidé de toute substance. Mon reflet dans la vitre me renvoie l'image d'un garçon aux yeux écarquillés derrière ses verres, dont le visage vient d'être exposé à la face du monde en une fraction de seconde. Ce n'était pas un flash lointain, une silhouette floue captée au hasard. C'était une exécution médiatique en règle. Mon visage, sans filtre, sans protection, est désormais stocké dans la mémoire de capteurs numériques qui vont le recracher partout, sur tous les écrans, en pâture à des millions d'inconnus avides de scandale.
Soudain, le téléphone d'Ezra, posé sur l'accoudoir central, s'illumine. Ce n'est pas un appel. C'est une avalanche. Les notifications de « X » défilent à une vitesse vertigineuse, un flux ininterrompu de haine, de curiosité et de théories. Je n'ai pas besoin de toucher l'appareil pour lire les messages qui s'affichent en haut du fil : « EXCLUSIF : Ezra quitte le Zénith de Strasbourg avec un inconnu ! », « Regardez la photo, on voit enfin son visage ! ».
Mon sang se glace quand je vois une publication avec des milliers de "reposts" apparaître. Une photo d'une netteté effrayante, prise au moment précis où Ezra me tirait dans la voiture pour me protéger. On me voit de face, la surprise et l'effroi gravés sur mes traits. Sous le cliché, un commentaire accumule les "likes" à une vitesse folle : « Attendez... regardez bien ses traits et ses lunettes. Est-ce que ce ne serait pas la même personne qu'à Besançon ? »
— Ils m'ont reconnu, je murmure, ma voix n'étant plus qu'un souffle éraillé, presque inaudible au milieu du bruit du roulement. Ils font le lien avec Besançon. C'est fini, Ezra. Tout le monde sait que j'étais déjà là-bas.
Ezra tourne la tête vers moi. Ses yeux bleus, visibles derrière ses verres sombres, sont hantés par une lueur de culpabilité dévorante, mais aussi par une détermination farouche qui me fait presque peur. Il serre ma main un peu plus fort, ses phalanges blanchissant sous l'effort.
— Je suis désolé, Marceau. Je n'en pouvais plus de te cacher comme si tu étais une erreur de parcours. Je voulais que tu sois à mes côtés, pour de vrai, devant tout le monde.
Le trajet jusqu'à l'hôtel dure une éternité. Chaque feu rouge est une angoisse, chaque voiture qui nous suit semble être un espion. Quand le SUV s'immobilise enfin devant l'entrée dérobée, Paul est déjà là, sur le trottoir. Il ne nous attend pas. Il arrache la portière dès que le véhicule s'arrête, son visage déformé par la fureur.
— Descendez. Tout de suite, siffle-t-il, sa voix tremblant de rage contenue.
Nous le suivons dans le hall désert, puis dans l'ascenseur. Le trajet jusqu'à la suite se fait dans un silence de plomb, entrecoupé uniquement par les bips des étages qui défilent. Paul fixe le plafond de la cabine, ses mains tremblant contre ses cuisses, ses lèvres remuant comme s'il récitait des insultes silencieuses. Dès que la porte de la pièce se referme, l'explosion se produit avec une violence inouïe.
— TU AS DÉCONNÉ, EZRA ! hurle Paul en jetant violemment sa tablette sur le canapé. C'est plus qu'une erreur de jugement, c'est un sabotage en règle ! On avait un plan ! On avait un communiqué qui tenait la route pour étouffer l'affaire de Besançon, et toi, tu balances tout par la fenêtre pour une impulsion de gamin !
Il se tourne vers Ezra, son visage cramoisi, ses veines gonflées au cou, son souffle court.
— Regarde X ! Regarde ! Ton nom est en tendance mondiale et ce n'est pas pour ta musique ! Les photos de ce garçon circulent partout, et elles ne sont pas floutées, Ezra ! On voit ses lunettes, on voit son visage, on voit tout ! Et le pire ? Les fans ont déjà fait le rapprochement. Ils ont compris que c'était le même qu'à Besançon. Je ne sais pas comment je vais rattraper le coup cette fois. C'est ingérable. Tu as conscience que tu as peut-être détruit sa vie en trente secondes de rébellion ?
Ezra reste debout au milieu de la pièce, parfaitement calme, d'un calme qui me glace le sang. Il retire lentement ses lunettes de soleil, révélant un regard d'une froideur absolue, une détermination que je ne lui connaissais pas. Il s'approche de Paul, réduisant l'espace entre eux jusqu'à ce que son manager soit obligé de reculer contre le mur.
— Et est-ce que tu crois, Paul, commence-t-il d'une voix calmement dangereuse, qu'on ne pourrait pas simplement dire la vérité ?
Le silence qui suit est plus violent que les cris. Paul le fixe, les yeux écarquillés, comme s'il venait d'entendre une folie pure.
— La vérité ? Tu veux dire quoi ? « Salut tout le monde, voici l'homme que j'aime, oubliez le marketing de l'idole célibataire » ? Tu veux couler ta carrière et ton prochain album ?
Ezra l'ignore superbement, comme s'il n'était qu'un bruit de fond gênant. Il se détourne de lui pour me regarder, moi. Ses mains trouvent mon visage, ses pouces caressent mes joues avec une tendresse infinie, ses yeux plongeant dans les miens pour y chercher une réponse.
— Marceau... Est-ce que tu en aurais envie ? Est-ce qu'on arrête de mentir pour de bon ? On pourrait juste dire qu'on s'aime. On publie un message sur X, et c'est fini. On n'aura plus jamais à se cacher dans des voitures ou des loges sombres. On pourra marcher dans la rue. Est-ce que tu en as envie ?
La panique me submerge. Je sens mes jambes devenir du coton, mon souffle s'accélérer. L'image de ma vie à Besançon me revient en mémoire : mes collègues, le visage de ma mère, les regards de mes voisins. Je n'ai jamais été préparé à une telle déflagration médiatique.
— Ezra... je... j'ai peur, je balbutie en secouant la tête, les larmes aux yeux. C'est trop tôt. C'est trop violent. Regarde ce qui se passe sur X... les gens sont déjà d'une agressivité extrême. Si on confirme tout maintenant, je vais me faire dévorer vivant. Je ne suis pas une star, moi.
Je prends une grande inspiration, essayant de ne pas éclater en sanglots devant eux.
— Peut-être qu'un jour on pourra, je continue en le suppliant du regard. Mais s'il te plaît, essayons quand même de minimiser les dégâts pour l'instant. Je ne sais pas comment mes proches vont le prendre. Tiphaine sait, mais les autres... je ne suis pas prêt à porter le poids de ton monde sur mes épaules. Pas comme ça. Pas dans le scandale, la haine et la précipitation.
Ezra me regarde longuement. Je vois la déception lutter avec son amour immense et son besoin de protection. Il veut être libre, mais il réalise que sa liberté est en train de devenir ma prison. Il baisse les yeux, puis les relève vers moi avec une infinie tristesse.
— On va faire comme tu veux, Marceau, murmure-t-il en m'attirant contre son torse pour m'embrasser le front, un baiser long et protecteur. On va essayer de calmer le jeu. Mais sache une chose : je ne pourrai pas jouer au fantôme éternellement. Pas avec toi.
Il se tourne vers Paul, son visage redevenant un masque de pierre.
— Trouve une excuse, Paul. Invente ce que tu veux. Mais si tu touches à sa dignité ou si tu le fais passer pour quelqu'un d'autre que ce qu'il est pour moi, je quitte tout. La tournée, le contrat, tout.
Paul soupire, frotte ses tempes, déjà en train de taper frénétiquement sur son téléphone pour appeler les attachés de presse et tenter de monter un scénario de crise. La nuit promet d'être la plus longue de ma vie. Je m'assois sur le bord du lit immense de la suite, réalisant que le garçon invisible de la caisse numéro 4 n'existe plus. Mon secret est devenu public, et je ne sais pas si je pourrai un jour redevenir anonyme.
Le soleil du lendemain matin n'apporte aucune chaleur. Il filtre à travers les rideaux de la suite strasbourgeoise comme une lumière d'interrogatoire, crue et impitoyable. Je me réveille avec la sensation d'avoir été passé sous un rouleau compresseur, les membres lourds et l'esprit embrumé par une nuit de cauchemars hachés. Avant même d'ouvrir les yeux, le poids des événements de la veille s'abat sur ma poitrine, m'empêchant de respirer normalement. Je tâtonne sur la table de chevet, mes doigts rencontrant enfin le métal froid de mon téléphone. J'hésite un long moment, le pouce suspendu au-dessus de l'écran noir. Une partie de moi veut le jeter contre le mur pour faire taire le monde, mais l'autre est irrésistiblement tirée par une curiosité morbide, celle de mesurer l'ampleur du séisme qui vient de ravager ma vie.
L'écran s'allume et c'est une déflagration numérique. Les notifications de X forment un ruban sans fin, un défilement frénétique de pixels, de jugements et de rumeurs qui s'accumulent à la seconde. Je fais défiler le flux, le cœur battant à tout rompre, les mains si moites que l'appareil manque de me glisser des doigts. À ma grande surprise, ce n'est pas le déversement de haine pure que je redoutais tant. C'est un chaos de contradictions fascinant, une tempête où se mêlent la cruauté et une solidarité inattendue.
D'un côté, il y a les "gardiennes du temple", ces fans acharnées qui crient à la trahison. Elles analysent mes vêtements, mes lunettes, la moindre de mes expressions avec une méchanceté chirurgicale : « Qui est ce type ? Il n'a aucun style, il fait tellement fade à côté d'Ezra », « Regardez sa tête, il a l'air complètement paumé, c'est sûrement un coup de pub monté de toutes pièces ». Mais de l'autre, une vague immense et imprévue se lève pour nous recouvrir. Des milliers de personnes prennent la parole pour défendre la liberté d'Ezra. Comme ils ignorent tout de mon identité et de mon prénom, ils me désignent comme « le mystérieux brun » ou « le garçon du Zénith ». Je lis des messages qui me collent des frissons d'incrédulité : « Laissez-le tranquille !
Ezra a l'air enfin apaisé sur cette photo, regardez avec quelle force il lui tient le bras », « On s'en fiche de savoir qui il est, s'il est celui qui le fait sourire, alors il mérite notre respect », « Ezra est un être humain avant d'être une idole de papier, il a le droit d'aimer qui il veut sans être traqué comme un animal ! ».
C'est un vertige total, une sensation de dédoublement absurde : je suis le centre d'un débat planétaire alors que pour cette foule, je n'ai ni nom, ni voix, ni existence réelle en dehors de ces quelques pixels volés. Au fond de moi, je ne suis toujours que Marceau, le caissier anonyme qui redoute la lumière des néons.
Soudain, l'appareil vibre violemment dans ma paume. Un appel entrant. Maman.
Mon sang se glace instantanément. Je décroche d'une main tremblante, la gorge nouée par une culpabilité soudaine et dévorante.
— Allô ?
— Marceau ? C'est quoi cette histoire ? La voix de ma mère est haute, étranglée par un mélange d'inquiétude et de stupeur. Tes cousines nous ont envoyé des liens ce matin... On n'a rien compris avec ton père. On nous dit que tu es partout sur les réseaux sociaux, qu'on te voit sortir d'un concert à Strasbourg avec une immense star de la chanson... Marceau, qu'est-ce que tu fais là-bas ? Qui est ce garçon qui te tient le bras avec autant de familiarité ?
Je ferme les yeux, le front appuyé contre la vitre froide de la suite, cherchant un appui que mon corps ne me donne plus. Le secret vient de voler en éclats dans le cercle le plus protégé de mon existence. Les cousines, toujours à l'affût du moindre potin, ont fait le lien en un éclair. — Maman, écoute-moi... c'est très compliqué, bien plus que ce que tu peux imaginer. Je ne peux pas t'expliquer tout ça maintenant, par téléphone, je bafouille en luttant contre les larmes qui menacent de déborder. Je... je vais bien, je te le jure. Je vais rentrer à Besançon le plus vite possible et je passerai vous voir directement à la maison, d'accord ? On s'assiéra et je vous dirai tout, je vous expliquerai. Mais s'il te plaît, empêche Papa de regarder les commentaires ou de chercher des infos sur Internet.
— On t'attend de pied ferme, Marceau. Ton père est... il est très perturbé par tout ce déballage. Il ne comprend pas ce qui t'arrive. Reviens vite.
Je raccroche, le souffle court, l'impression d'étouffer. À peine ai-je posé le téléphone que les SMS de Tiphaine s'enchaînent avec la rapidité d'une mitraillette.
[SMS] Tiphaine : « MARCEAU ! J'AI VU LES PHOTOS SUR X ! C'EST LA FOLIE ! T'es en train de casser Internet, mec ! »
[SMS] Tiphaine : « Ils ont fait le lien avec Besançon, les fans commencent à fouiller partout pour savoir qui tu es ! »
[SMS] Tiphaine : « Dis-moi que tu gères, je ne quitte plus mon écran des yeux depuis l'aube ! Courage ! »
Je ne trouve pas la force de répondre. L'angoisse est une marée noire qui monte en moi et menace de m'engloutir. Je me sens exposé, déshabillé devant des millions de regards anonymes, alors même que mon identité n'est pas encore officiellement publique. Je me lève pour gagner la salle de bain, mais je croise Paul dans le couloir de la suite. Il est déjà en ligne, l'air épuisé, des cernes profonds creusant son visage d'ordinaire si lisse. Il me jette un regard chargé de reproches amers.
— Le communiqué vient de partir, lâche-t-il froidement après avoir raccroché brusquement. On ne confirme absolument rien sur ta vie privée ou sur celle d'Ezra. On a simplement parlé d'un « proche de la production » que l'artiste a souhaité protéger de l'agression des fans à la sortie du Zénith. C'est flou, c'est neutre, ça permet de noyer le poisson pour quelques heures. Mais ne te fais aucune illusion, Marceau. Les gens ne sont pas dupes. Ce qu'ils ont vu, c'est un couple. Et ils ne lâcheront pas l'affaire.
Je ne réponds pas et me réfugie dans la chambre où Ezra finit de se préparer. En me voyant entrer, il délaisse ses affaires et vient vers moi d'un pas rapide et inquiet. Il remarque immédiatement mes mains qui tremblent et le désarroi profond qui se lit dans mes yeux.
— Marceau... qu'est-ce qui se passe ? Dis-moi.
— Mes parents, Ezra. Mes cousines ont balancé les photos à toute la famille. Ma vie à Besançon est en train de devenir un champ de mines. Tiphaine m'écrit des trucs de dingue, les fans sur X me dissèquent comme si j'étais un objet de curiosité... Je ne peux pas faire ça, Ezra. Je n'ai pas ton habitude, je n'ai pas ta force. Je ne suis qu'un caissier, rien de plus ! Je ne suis pas fait pour les démentis officiels ou pour être « le mystérieux brun » dont la Terre entière discute !
Je m'effondre sur le bord du lit, la tête entre les mains, terrassé par l'ampleur de la situation. Je sens le matelas s'affaisser sous son poids quand il s'assoit à mes côtés. Il pose ses mains sur mes épaules, une chaleur solide et rassurante qui tente de briser la glace qui s'est emparée de moi.
— Regarde-moi, murmure-t-il d'une voix douce mais d'une autorité sans faille. Regarde-moi, Marceau.
Je lève les yeux vers lui, le regard embué. Il n'a plus ses lunettes. Il n'est plus la star mondiale. Il est juste l'homme qui m'a avoué ses failles dans l'obscurité d'une loge.
— On ne peut pas revenir en arrière, c'est un fait. Et je m'en veux terriblement de t'avoir jeté dans ce tourbillon sans t'avoir préparé. Mais regarde ce que les gens disent aussi, au-delà de la méchanceté. Il y a une armée de fans qui prennent ma défense, qui clament que j'ai le droit d'aimer qui je veux. Ils ne connaissent pas ton nom, ils ne savent pas qui tu es, mais ils te respectent déjà parce qu'ils voient ce que je ressens pour toi à travers ces images.
— Ça ne suffira jamais, Ezra, je sanglote en secouant la tête. Mes parents ne comprendront jamais ce monde-là. Mes collègues à l'hypermarché vont me dévisager dès lundi. Je suis en train de perdre mon anonymat, la seule chose qui me permettait encore de respirer normalement.
— Tu ne perdras rien du tout parce que je suis là, insiste-t-il en prenant mon visage entre ses paumes brûlantes. Je vais te donner cette confiance, Marceau. On va y aller étape par étape. On va gérer tes parents ensemble s'il le faut. On va gérer la suite. Mais s'il te plaît, je t'en supplie, ne laisse pas leur bruit et leurs flashs éteindre ce qu'on est en train de construire tous les deux.
Il m'embrasse avec une ferveur désespérée, comme s'il tentait de me transmettre son courage par ce seul contact. Je réponds à son baiser, mais au fond de mon être, le doute hurle toujours. Je me sens comme un oiseau dont on a brisé la cage pour le forcer à voler au-dessus d'un volcan en éruption. Ezra veut que je sois libre, mais pour l'instant, je ne me sens que terriblement nu et vulnérable.
Dehors, le monde attend avec impatience la prochaine faille. Dans la suite, le silence est redevenu pesant, chargé de l'odeur du café froid et de la peur viscérale d'un avenir que je n'ai plus aucun pouvoir de contrôler.
Fin du chapitre 9.
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