Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'équilibre des corps — Chapitre 2
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L'équilibre des corps
Chapitre 2
Chapitre 2
Je pousse la porte de l'appartement à 13h18 précises. L'air y est frais, propre, une rupture nette avec l'atmosphère lourde et confinée du service. Je me sens physiquement propre, la douche chaude et prolongée que j'ai prise au studio a rincé la sueur et une partie de la tension de la séance. Je porte mes vêtements de ville habituels, mon jean et mon pull gris, mais sous le tissu, je sens mon corps différemment, comme redessiné, plus conscient de lui-même.
Elie est dans la cuisine, terminant de ranger les courses du marché. Elle se retourne, un sourire interrogateur et doux aux lèvres. Ses cheveux sont relevés en ce chignon lâche que j'aime tant.
— Alors ? Cette première séance ? Tu as l'air… comment dire… plus présent ? Moins en apnée.
Je pose mes clés sur le vide-poches en bois flotté, le bruit métallique résonne étrangement fort dans le silence de l'entrée. Je cherche mes mots, essayant de trier le chaos de sensations qui me submerge depuis deux heures.
— Ouais… c'était intense. Physiquement, ça tire partout, mais la douche là-bas m'a fait un bien fou. Le prof… Livio… il est très… pro. Très direct dans ses corrections.
Je reste volontairement évasif sur la nature de ces "corrections". Je ne peux pas lui parler de la proximité, de la chaleur de son corps collé au mien, de son entrejambe frôlant mon dos, de la façon dont son regard bleu perçant a semblé lire en moi. Ce serait comme ouvrir une boîte de Pandore dont je ne soupçonnais même pas l'existence ce matin encore.
— C'est super si ça t'a fait du bien, dit-elle en s'approchant pour m'embrasser sur la joue. Tu as faim ? J'ai pris des lasagnes chez le traiteur.
Je me laisse faire, mais je sens une raideur involontaire en moi. Le souvenir de l'accolade finale de Livio, de sa main descendant trop bas sur mes reins, s'immisce entre nous, même si je suis douché et changé. Son empreinte semble persister.
— Pas trop, pour l'instant. Il… il m'a dit de me reposer cet après-midi, de rester allongé le plus possible et de bien m'hydrater pour éviter que les courbatures ne se transforment en torture, je lance, un peu trop vite, comme pour me justifier de ce que je m'apprête à faire.
Elie hausse les sourcils, surprise mais visiblement soulagée de me voir prendre soin de moi pour une fois.
— C'est une excellente idée. Va t'allonger dans la chambre, je t'apporterai un plateau plus tard si tu veux. Profite.
Je me dirige vers la chambre à coucher, chaque pas me rappelant un muscle insoupçonné, un étirement forcé, une main ferme me guidant. Je n'ai pas à me changer, je suis déjà en tenue confortable. Je m'allonge sur le lit, sur le dos, fermant les yeux. La fatigue accumulée, cumulée à l'effort physique de la séance et à la tension nerveuse, me tombe dessus comme une chape de plomb. Mais c'est une fatigue différente de d'habitude, moins électrique, plus sourde, presque saine.
J'essaie de me concentrer sur ma respiration, comme Livio me l'a répété dix fois. Inspire par le nez, gonfle le ventre… expire par la bouche. J'essaie de visualiser l'air entrant et sortant. Mais des images s'imposent, parasites et brûlantes : son visage penché sur le mien, l'intensité de ses yeux bleu clair, le renflement très net sous son short cycliste lorsqu'il s'est mis à califourchon sur ma jambe tendue.
Je me crispe, je sens la chaleur monter à mes joues. Je me déteste d'avoir ces pensées. Je suis marié. J'aime Elie. Ce mec est juste mon prof de yoga, payé pour m'aider. Un prof un peu trop tactile, certes, trop présent, mais un prof.
L'après-midi s'étire, lente et paresseuse. Je reste allongé, alternant entre des phases de somnolence profonde et des moments de réflexion intense, savourant ce calme inaccoutumé. Je bois beaucoup d'eau, comme recommandé.
Vers 19 heures, Elie entre dans la chambre.
— J'ai préparé la baignoire. Et j'ai acheté du sel d'Epsom exprès pour ton dos, comme Livio l'a mentionné la semaine dernière quand j'ai pris les renseignements. Il paraît que c'est magique pour les muscles.
Je m'arrête, touché par son attention constante, sa gentillesse. Mais cette prévenance accentue ma culpabilité. Je pense à la douche que j'ai déjà prise là-bas, aux serviettes propres de Livio, à son insistance pour que je prenne mon temps dans la salle de bain annexe.
— C'est… c'est vraiment gentil, Elie. Merci. Ça me fera du bien, même si j'ai déjà pris une douche.
Je m'immerge dans l'eau brûlante, saturée de sel. L'odeur est relaxante. La chaleur apaise mon dos, qui recommençait à pulser douloureusement. Je ferme les yeux et je me laisse aller, essayant d'appliquer la méthode Livio : “Respire dans la douleur… laisse-la partir.” Je me concentre uniquement sur mon corps et sa détente, tentant d'effacer les images parasites.
Le dimanche matin, le réveil est plus doux. Mon corps est encore endolori, mais la raideur habituelle du matin a disparu. Je me sens "dérouillé". Elie se prépare pour aller voir sa mère, comme prévu.
— Tu es sûr que tu ne veux pas venir ? L'air pur te ferait du bien.
— Non, je préfère rester tranquille ici. Je pense que je vais aller marcher un peu dans la nature, vers la forêt de pins, pour continuer à me vider la tête, faire ce que Livio a dit de faire doucement.
— Non, je préfère rester tranquille ici. Je pense que je vais aller marcher un peu dans la nature, vers la forêt de pins, pour continuer à me vider la tête, faire ce que Livio a dit de faire doucement.
Elle me sourit, un peu déçue mais compréhensive. Elle sait que j'ai besoin de ces moments de solitude.
— D'accord. Prends soin de toi. On se voit ce soir.
Après son départ, je prépare un petit sac à dos : une bouteille d'eau, une pomme, mon téléphone. J'enfile mes baskets de course et je prends la voiture pour m'enfoncer un peu plus dans la pinède landaise, loin des habitations.
Le soleil tape déjà fort, filtré par la canopée des pins maritimes. L'air sent bon la résine chaude et l'aiguille de pin séchée. Le sol est souple, couvert d'un tapis de ronces et de fougères. Je marche d'un pas régulier sur un sentier pare-feu, essayant de me concentrer sur mes sensations, comme hier. Mes pieds qui se posent sur le sol sablonneux, le mouvement de mes jambes, le balancement de mes bras. Je respire profondément, remplissant mes poumons de cet air pur et parfumé.
Je commence à sentir une petite différence. Pas une révolution, mais un changement subtil, souterrain. Ma démarche est plus fluide, moins contrainte. Je me tiens plus droit, sans y penser, les épaules moins voûtées. La douleur dans mon dos s'est transformée en une gêne supportable, une présence diffuse mais non agressive.
Je m'arrête au milieu d'une clairière. Je ferme les yeux et j'essaie de me reconnecter à ma respiration, comme lors de la séance. Inspire, gonfle, expire, vide. Je sens une sorte d'ancrage se faire, une connexion avec le sol sous mes pieds. C'est une sensation étrange, nouvelle, mais plutôt agréable, apaisante. Je repense à la voix douce et enveloppante de Livio : “Ici, il n'y a que toi, ton souffle et moi qui t'accompagne.” Sa présence semble s'être dissoute dans cette nature puissante qui m'entoure, devenant une source de soutien plutôt que de trouble.
Je rentre chez nous en fin d'après-midi, fatigué par la chaleur mais l'esprit plus clair. Elie est déjà revenue, elle me trouve une meilleure mine.
— La balade t'a fait du bien, on dirait. Tu es moins tendu.
— Ouais, c'était top. J'ai l'impression de commencer à sentir les effets de la séance de samedi, ça se met en place doucement.
— Ouais, c'était top. J'ai l'impression de commencer à sentir les effets de la séance de samedi, ça se met en place doucement.
La soirée se passe tranquillement. On mange les lasagnes, on regarde un film, enlacés sur le canapé. Je me sens plus présent, plus connecté à elle. La culpabilité est toujours là, nichée quelque part, mais elle est moins envahissante. Je me persuade que j'ai juste eu une réaction physique intense à un exercice nouveau, rien de plus.
Le lundi matin arrive, impitoyable. Le réveil sonne à 6h30. Je me lève avec une appréhension familière, la boule au ventre. J'arrive au bureau à 7h15, déjà fatigué. Julien est déjà là, l'air sombre, adossé au mur de l'accueil.
— Mireille est prolongée jusqu'à la fin de la semaine prochaine. Burn-out, apparemment. Et on n'a toujours pas de nouvelles pour le poste vacant. On est dans la merde. Encore plus que la semaine dernière.
Je soupire lourdement, je sens la tension remonter instantanément, mon dos se crisper à nouveau, la douleur pointe. Je me dirige vers mon bureau, mais au lieu de m'effondrer sur ma chaise comme d'habitude pour subir la journée, je m'arrête dans le couloir étroit.
— Respire, Ruben. Ne te laisse pas envahir par le stress dès le matin. Reste ancré.” La voix de Livio résonne dans ma tête, claire et posée.
Je prends une grande inspiration, je me tiens droit, les épaules en arrière, bombant légèrement le torse. Je sens une force m'envahir, une détermination nouvelle. Je refuse de couler.
Je rentre dans mon bureau, je jette mon sac par terre et je saisis le téléphone fixe. Je compose le numéro direct de la cadre supérieure, Mme Dubois. Elle répond après trois sonneries, la voix déjà fatiguée.
— Oui, Ruben ? Qu'est-ce qu'il y a encore ? J'ai une réunion budgétaire dans dix minutes.
— Bonjour Mme Dubois. Je vous appelle pour vous signaler que nous sommes à nouveau en sous-effectif critique ce matin. Mireille est prolongée et nous n'avons toujours pas de remplaçant pour le poste vacant depuis sept mois. La situation est intenable, dangereuse. Nous ne pouvons plus assurer la sécurité des résidents correctement. Julien vient de m'annoncer que Monsieur Ruiz a encore failli tomber ce matin.
— Je sais, Ruben, je sais. Mais je n'ai personne à vous envoyer. La DRH fait ce qu'elle peut, le recrutement est "en cours". Vous connaissez la chanson.
— Ce n'est plus suffisant, Mme Dubois. L'équipe est à bout, je suis à bout. Il nous faut des intérimaires en urgence, dès demain, pour couvrir au moins l'absence de Mireille. J'ai déjà fait une demande formelle la semaine dernière, restée sans réponse. Si nous n'avons pas de renfort d'ici demain matin, je serai contraint d'exercer mon droit d'alerte et de signaler la situation aux autorités compétentes, pour mise en danger de la vie d'autrui.
— Bonjour Mme Dubois. Je vous appelle pour vous signaler que nous sommes à nouveau en sous-effectif critique ce matin. Mireille est prolongée et nous n'avons toujours pas de remplaçant pour le poste vacant depuis sept mois. La situation est intenable, dangereuse. Nous ne pouvons plus assurer la sécurité des résidents correctement. Julien vient de m'annoncer que Monsieur Ruiz a encore failli tomber ce matin.
— Je sais, Ruben, je sais. Mais je n'ai personne à vous envoyer. La DRH fait ce qu'elle peut, le recrutement est "en cours". Vous connaissez la chanson.
— Ce n'est plus suffisant, Mme Dubois. L'équipe est à bout, je suis à bout. Il nous faut des intérimaires en urgence, dès demain, pour couvrir au moins l'absence de Mireille. J'ai déjà fait une demande formelle la semaine dernière, restée sans réponse. Si nous n'avons pas de renfort d'ici demain matin, je serai contraint d'exercer mon droit d'alerte et de signaler la situation aux autorités compétentes, pour mise en danger de la vie d'autrui.
Il y a un long silence à l'autre bout du fil. Je sens que j'ai marqué un point, que j'ai brisé son indifférence habituelle. Elle ne s'attendait pas à cette fermeté de ma part.
— D'accord, Ruben. Je… je vais voir ce que je peux faire. Je vais appeler les agences d'intérim tout de suite. Je vous tiens au courant avant midi.
Je raccroche, le cœur battant à tout rompre, les mains tremblantes. J'ai pris les choses en main. J'ai réagi au lieu de subir.
La matinée est difficile, comme prévu. Julien est exécrable, Sophie pleure, Aurore est à cran. Mais je tiens bon. Je distribue les tâches comme je peux, j'essaie de calmer les tensions, de rassurer les uns et les autres. Je prends quelques minutes pour aller voir Monsieur Delgado, Madame Moreau, Madame Cohen. Je leur parle doucement, j'essaie de leur apporte un peu de réconfort malgré le chaos ambiant.
À 11h30, le téléphone sonne. C'est Mme Dubois.
— Ruben, j'ai réussi à trouver deux intérimaires pour demain matin. Elles seront là à 8 heures pour le tour des toilettes. Elles resteront pour la semaine.
Je pousse un immense soupir de soulagement, sentant une partie du poids s'envoler de mes épaules.
J'annonce la nouvelle à l'équipe réunie à midi. Les visages s'éclairent instantanément, la tension retombe d'un cran. Julien me regarde avec un certain respect, presque de l'étonnement.
— Bien joué, chef. T'as assuré sur ce coup-là. On va pouvoir respirer un peu demain.
Le lendemain, mardi, l'ambiance est effectivement plus sereine. Les deux intérimaires sont compétentes, volontaires et s'intègrent bien à l'équipe. Le sous-effectif est moins criant, les toilettes sont faites à l'heure, les repas se passent dans le calme. Je me sens moins épuisé, moins "vidé" en fin de journée.
Mais malgré cette victoire professionnelle et l'amélioration de la situation au travail, je n'arrive pas à me sortir Livio de la tête. Je repense sans cesse à la séance de samedi, à ses mains fermes et chaudes sur mon corps, à son torse frôlant mon dos, à son regard bleu perçant qui semblait lire mes désirs les plus secrets. J'essaie de me raisonner, de me convaincre que c'était juste du professionnalisme, de la bienveillance poussée à l'extrême. Mais une part de moi sait que c'était plus que ça. Il s'est passé quelque chose d'indicible entre nous.
La semaine se déroule plus lentement que d'habitude, rythmée par ce trouble persistant. Chaque fois que je ferme les yeux pour essayer de me détendre, son image apparaît. Chaque fois que je sens mon dos se relâcher, je pense à ses corrections. Je suis hyper conscient de mon corps, de mes sensations, d'une manière totalement nouvelle et perturbante.
Le mercredi soir, je suis seul à l'appartement. Elie est allée au cinéma. Je m'installe sur le canapé et je saisis rapidement mon téléphone. Je tape à nouveau “Lotus & Souffle studio yoga” dans Google, comme une drogue dont je ne peux me passer. Je relis les avis, je regarde les photos du studio épuré. Je tombe sur une photo de Livio en train d'effectuer une posture complexe, le Cobra, le corps arqué, puissant, athlétique.
Je sens une chaleur familière m'envahir le ventre. Je me déteste d'avoir ces pensées, de me laisser ainsi troubler par un homme que je connais à peine, qui est mon prof. J'aime Elie. J'aime notre vie. Je ne veux pas tout gâcher pour une histoire de yoga, pour un fantasme ridicule.
Je ferme brusquement l'application et je pose mon téléphone sur la table basse, face contre terre. Je prends une grande inspiration, gonflant le ventre au maximum, et j'essaie de me concentrer uniquement sur ma respiration. Inspire, gonfle, expire, vide. Je tiens bon, chassant les images.
Le jeudi et le vendredi passent dans une sorte de brouillard. Le travail est plus gérable grâce aux intérimaires, mais mon esprit est ailleurs. J'appréhende et j'espère à la fois la séance de samedi. Elie remarque ma distraction, mais l'attribue à la fatigue de la semaine.
Le vendredi soir, après le dîner, je m'installe sur le canapé pour préparer mon sac de sport pour le lendemain. Je vérifie l'heure de mon rendez-vous sur mon agenda : 10h30. Mon cœur rate un battement. Je glisse mon collant noir, mon short et mon débardeur dans le sac, ainsi qu'une serviette propre.
Elie s'assoit à côté de moi et pose sa main sur mon épaule.
Le vendredi soir, après le dîner, je m'installe sur le canapé pour préparer mon sac de sport pour le lendemain. Je vérifie l'heure de mon rendez-vous sur mon agenda : 10h30. Mon cœur rate un battement. Je glisse mon collant noir, mon short et mon débardeur dans le sac, ainsi qu'une serviette propre.
Elie s'assoit à côté de moi et pose sa main sur mon épaule.
— Tu es prêt pour demain ? J'espère que cette séance te fera autant de bien que la première.
— Ouais, je suis prêt. Ça devrait aller. Je force un sourire.
— Ouais, je suis prêt. Ça devrait aller. Je force un sourire.
Je me couche tôt, mais le sommeil tarde à venir. Je revois le visage de Livio, j'entends sa voix, je sens son contact. Je sais que demain sera une épreuve, une confrontation avec moi-même et avec ce désir interdit qui me ronge. Je m'endors finalement, hanté par l'image de ses yeux bleu perçant.
Samedi matin. 8h30. Le soleil landais perce déjà à travers les volets clairs de la chambre, dessinant des stries dorées sur le parquet. Je m'éveille doucement, le corps encore engourdi par la semaine, mais sans cette raideur douloureuse qui me paralysait le samedi précédent. C'est subtil, mais je sens que quelque chose a bougé, que mon corps est plus réceptif, moins blindé.
Une odeur de café chaud et de pain grillé flotte dans l'appartement. Elie est déjà levée. Je me lève, j'enfile mon jogging et je la rejoins dans la cuisine. Elle est radieuse, ses cheveux relevés en un chignon lâche, un tablier noué autour de la taille.
— Bonjour mon amour, dit-elle en me tendant une tasse de café fumant. Bien dormi ?
— Ouais, pas mal. Et toi ?
— Très bien. J'ai préparé le petit-déjeuner. Tartines, jus d'orange frais, salade de fruits… Faut prendre des forces avant ta séance.
— Ouais, pas mal. Et toi ?
— Très bien. J'ai préparé le petit-déjeuner. Tartines, jus d'orange frais, salade de fruits… Faut prendre des forces avant ta séance.
On déjeune tranquillement, discutant de tout et de rien. J'essaie de paraître détendu, mais intérieurement, une tension monte. J'appréhende cette deuxième séance, la confrontation avec Livio, avec mes propres désirs contradictoires. Je me revois sur le tapis, sentant son corps contre le mien, sa main sur mon sternum…
Vers 9h45, Elie se lève et vient m'embrasser tendrement.
— Bon, j'y vais. J'ai une tonne de courses à faire pour le week-end. On se voit tout à l'heure. Bonne séance, profite bien !
— Merci, à tout à l'heure.
— Merci, à tout à l'heure.
Je reste seul dans l'appartement silencieux. Je me prépare mécaniquement, enfilant ma tenue de yoga gris foncé, et je range ma serviette et ma bouteille d'eau dans mon sac de sport. Mon cœur bat un peu plus vite que d'habitude. Je jette un dernier coup d'œil dans le miroir avant de partir. J'ai l'air d'un mec qui va faire du sport, pas d'un homme qui court vers un danger délicieux.
Le trajet jusqu'au 12 rue des Lilas se fait dans une sorte de brouillard. J'arrive pile à 10h30. Je me gare, je sors de la voiture, je marche vers le studio. Le logo doré scintille sous le soleil. Je pousse la porte vitrée.
Livio est là, à l'accueil. Il est pieds nus sur le parquet clair. Aujourd'hui, il porte un short de sport large, noir, et un t-shirt moulant gris souris. Ses cheveux longs sont attachés en un chignon haut. Il se retourne en m'entendant et me gratifie d'un large sourire éclatant, immédiat, chaleureux, qui me désarme totalement.
— Bonjour Ruben ! Ravi de te revoir. Comment tu te sens après cette semaine ?
Il s'avance vers moi et, avant que je ne puisse réagir, il me prend chaleureusement dans ses bras pour me dire bonjour. L'étreinte est ferme, directe, corps contre corps. Je sens la chaleur de son torse contre le mien, l'odeur musquée de sa peau, le contact de ses mains puissantes dans mon dos. Je me fige une seconde, surpris par cette familiarité, puis je me laisse aller maladroitement à l'accolade.
— Ça va… un peu fatigué de la semaine, mais mon dos tire moins, je marmonne en me dégageant doucement.
— C'est super, ça veut dire que le travail commence à porter ses fruits. Viens, va te changer dans la pièce annexe, tu connais le chemin. Prends ton temps. Pendant ce temps, je prépare les tapis. On va s'installer dans la petite salle du fond, c'est plus calme, j'ai baissé les stores pour tamiser la lumière et j'ai mis un peu d'encens. Tu vas voir, on va être bien.
— C'est super, ça veut dire que le travail commence à porter ses fruits. Viens, va te changer dans la pièce annexe, tu connais le chemin. Prends ton temps. Pendant ce temps, je prépare les tapis. On va s'installer dans la petite salle du fond, c'est plus calme, j'ai baissé les stores pour tamiser la lumière et j'ai mis un peu d'encens. Tu vas voir, on va être bien.
Je hoche la tête et je me dirige vers la salle de bain. Je me change rapidement pour mettre ma tenue de sport. Je me regarde deux secondes dans le miroir avant de sortir pieds nus, mon sac à la main.
Livio m'attend dans la petite salle. L'ambiance est radicalement différente de la semaine dernière. Les stores sont baissés, filtrant la lumière du jour en une lueur douce et apaisante. Quelques bougies sont allumées, diffusant une odeur légère et relaxante d'encens au santal. Deux tapis sont déroulés au centre, disposés l'un en face de l'autre, séparés d'à peine un mètre, avec des briques en mousse et des sangles à proximité. Musique d'ambiance douce, presque imperceptible.
— Installe-toi sur ton tapis, Ruben. Assieds-toi confortablement, face à moi, en tailleur ou sur les genoux, comme tu préfères. On va commencer en douceur.
Je m'assois en tailleur sur mon tapis, face à lui. Nos genoux se touchent directement. Livio s'assoit en face de moi, dans la même posture, le dos bien droit, les mains posées sur les genoux, paumes vers le ciel.
— Ferme les yeux, Ruben. Prends une profonde inspiration par le nez… et expire lentement par la bouche. Laisse tout ton stress, toutes tes tensions, toutes tes préoccupations en dehors de cette pièce. Ici, il n'y a que toi, ton corps, ton souffle et moi qui t'accompagne.
Sa voix est douce, enveloppante, apaisante. Je ferme les yeux et j'essaie de me concentrer sur ses paroles. J'inspire, j'expire. J'essaie de vider mon esprit. La disposition face à face accentue ma conscience de sa présence, même les yeux fermés, par le contact de nos genoux.
— On va prendre le temps de "poser ses valises". Fais un scan rapide de ton corps. Pars de tes orteils, remonte le long de tes jambes, de ton bassin, de ta colonne vertébrale, de tes épaules, de ton cou, jusqu'au sommet de ton crâne. Repère les zones de tension, de douleur, d'inconfort. Ne juge pas, observe juste. Respire dans ces zones, envoie-leur de la détente à chaque expiration.
Je fais ce qu'il dit. Je sens des tensions dans mes mollets, dans mes hanches, dans mes épaules. J'essaie de les relâcher consciemment. C'est difficile, mon esprit vagabonde, revient sans cesse à l'image de Livio en face de moi, juste avant que je ne ferme les yeux.
— Maintenant, on va travailler sur le Pranayama, la respiration contrôlée. C'est le carburant qui va te permettre de tenir pendant toute la séance sans t'épuiser. On va commencer par la respiration alternée, Nadi Shodhana. C'est une respiration qui équilibre les énergies et calme l'esprit.
Il m'explique la technique : boucher la narine droite avec le pouce, inspirer par la narine gauche, boucher la narine gauche avec l'annulaire, expirer par la narine droite, inspirer par la narine droite, expirer par la narine gauche…
— Allez, essaye. À ton rythme. Ne force rien.
Je galère un peu au début, je m'emmêle les pinceaux avec mes doigts, je respire trop fort. Livio rouvre les yeux et me sourit avec bienveillance, son visage à quelques centimètres du mien.
— C'est normal de galérer au début. Laisse-moi t'aider.
Il se rapproche de moi, restant face à moi, nos genoux toujours en contact. Il prend ma main droite dans la sienne, guide mes doigts vers mon nez. Le contact de sa main chaude, puissante, sur la mienne me trouble profondément. Son visage est tout près, je sens son souffle chaud.
— Inspire par la gauche… bouche… expire par la droite… inspire par la droite… bouche… expire par la gauche…
Sa voix murmure doucement, ses mains guident les miennes avec une précision ferme. La proximité est électrisante. Je sens mon corps réagir malgré moi.
— Relâche tes épaules… oui, comme ça. Très bien. Respire doucement.
Il reste face à moi pendant de longues minutes, me guidant dans la respiration, ses yeux rivés sur les miens à chaque fois que je les rouvre. Le contact est long, intime, troublant.
— Maintenant, on va passer à la respiration Ujjayi, la respiration victorieuse. C'est une respiration sonore, freinée au niveau de la gorge, qui réchauffe le corps et concentre l'esprit. Inspire et expire par le nez, en resserrant légèrement la glotte, comme si tu voulais faire de la buée sur un miroir, mais la bouche fermée.
Il me fait une démonstration, face à moi. J'entends le son rauque et régulier de sa respiration. J'essaie de l'imiter. J'y arrive mieux que pour la respiration alternée. Je sens la chaleur monter doucement en moi, alimentée par son regard soutenu.
— Parfait. On a posé les bases. Maintenant, on va réveiller le corps en douceur. Commence par rouler doucement la nuque, d'un côté puis de l'autre. Lentement. Sens chaque vertèbre se mobiliser.
Je fais ce qu'il dit. Mon cou craque, douloureux. Livio reste assis face à moi, m'observant attentivement.
— Laisse-moi t'aider à relâcher ici.
Il tend les bras, pose ses deux mains chaudes on mes épaules, ses pouces descendent le long de ma nuque, massant doucement les muscles tendus. Le contact direct, face à face, est intense. Ses mains sont puissantes, précises, incroyablement relaxantes. J'ai envie de gémir de plaisir.
— Relâche… oui, laisse aller la tête en arrière… comme ça.
Puis il me guide dans des mouvements articulaires pour les poignets, les coudes, les épaules, les hanches, les genoux, les chevilles. On prépare chaque articulation minutieusement, toujours face à face.
— Et maintenant, on va enchaîner les Salutations au Soleil, Surya Namaskar. On va en faire une série, en variant le rythme pour faire monter la température interne et assouplir tes fascias. Écoute ton corps, ne force rien. Utilise ta respiration Ujjayi pour te guider.
Il se lève, je l'imite. Nous sommes debout, face à face, sur nos tapis respectifs. Il me montre l'enchaînement, fluide, parfait, puissant. Je suis déjà en sueur après quelques cycles. Mes épaules brûlent, mon dos proteste, ma respiration s'accélère. Livio exécute chaque mouvement avec moi, calquant son rythme sur le mien.
— Inspire, lève les bras… expire, flexion avant… inspire, dos plat… expire, planche… inspire, cobra ou chien tête en haut… expire, chien tête en bas…
Chaque fois que je descends en flexion avant, il fait de même, nos visages se rapprochant dangereusement. Dans la planche, il rectifie mon alignement, sa main ferme se posant sur mes reins, son corps frôlant le mien.
— Ouvre la poitrine… oui, exactement comme ça. Tu progresses déjà, Ruben.
La fatigue commence à se faire sentir. Je galère dans la planche, je m'effondre dans le cobra. Livio s'en aperçoit.
— C'est bien, Ruben. Accueille la fatigue. Utilise ta respiration pour tenir. Reste concentré sur tes sensations.
Il se rapproche de moi, se collant contre mon bassin alors que je suis en Chien tête en bas (Adho Mukha Svanasana), ses mains sur mes hanches pour me pousser vers l'arrière, pour allonger ma colonne vertébrale. La pression de son corps contre le mien est nette, imposante. Je me crispe, mal à l'aise, le visage brûlant.
— Relâche… laisse ton cœur descendre vers le sol… oui, comme ça.
Il reste collé plus longtemps que nécessaire. Je sens la chaleur de son corps, la fermeté de ses muscles contre moi. Mon cœur s'emballe. J'ai la chair de poule sur tout le corps. Je ne sais plus si je souffre ou si je prends du plaisir.
— Bien réchauffé ? On va passer au cœur de la séance. On a le temps aujourd'hui, on va décortiquer les postures, rester plus longtemps dans chaque position pour trouver le bon alignement. On va travailler spécifiquement sur l'ouverture des hanches et la souplesse du dos aujourd'hui. Et on va utiliser des accessoires, des briques et des sangles, pour aller plus loin sans se blesser.
On enchaîne des postures debout, le Guerrier (Virabhadrasana), le Triangle (Trikonasana), la Fente (Anjaneyasana). Mes jambes tremblent après dix secondes. Livio vient souvent m'aider en se collant à moi. Il se place immédiatement derrière moi, son corps puissant contre le mien, une main ferme sur mon ventre, l'autre sur ma cuisse pour ajuster l'angle.
— Ouvre la poitrine… oui comme ça. Tu sens ? Il faut que tu pousses ici, que tu engages ton quadriceps.
Sa proximité est déstabilisante. Je sens clairement la pression de son corps contre mes fesses. Mon cœur s'emballe. Je rougis violemment, je fixe le mur devant moi, je ne dis rien.
Il reste là, souffle calme, me murmurant des instructions à l'oreille.
— Tu tiens bien… tu es fort, Ruben. Respire dans la posture. Accueille l'intensité.
Livio me propose de travailler la posture de l'Aigle (Garudasana). C'est une posture d'équilibre complexe où l'on enroule les bras et les jambes l'un autour de l'autre. Il se place face à moi, nos genoux se touchant. Il me montre le mouvement des bras, puis des jambes.
— Enroule ton bras droit sous le bras gauche, paumes l'une contre l'autre... oui, comme ça. Maintenant, plie légèrement les genoux, lève la jambe droite et croise-la par-dessus la cuisse gauche. Si tu peux, accroche ton pied derrière le mollet.
Je galère terriblement. Je n'arrive pas à enrouler mon pied, je perds l'équilibre. Livio s'avance encore plus, ses mains se posant fermement par la taille pour me stabiliser. Son visage est tout près du mien, je vois la concentration dans son regard.
— Concentre-toi sur ton point d'ancrage. Respire doucement. Laisse-moi t'aider.
Il glisse une main sous ma cuisse levée pour m'aider à l'enrouler, son pouce frôle mon aine. Le contact direct m'électrise. Il maintient la pression sur mes hanches, m'obligeant à descendre plus bas. Sa proximité est oppressante, délicieuse. Je sens sa chaleur, sa force.
— Reste concentré... ouvre les épaules... oui, comme ça. Tu tiens.
On tient la posture de longues secondes, Livio me soutenant de tout son corps. Il se colle à moi, son torse frôlant mes bras enroulés. Le contact est intime, intense, troublant.
On passe ensuite au sol. Le Pigeon (Eka Pada Rajakapotasana). Ma hanche droite hurle. Livio s'agenouille face à moi, sur son tapis, puis s'avance pour placer ses mains sur mes genoux, pour m'aider à descendre.
Son entrejambe est à quelques centimètres de mon visage. Son short large s'est relevé légèrement. Je détourne les yeux, mal à l'aise, une chaleur bizarre qui monte malgré moi.
Mais soudain, mon regard est attiré malgré moi. Livio s'est penché en avant pour masser mes lombaires, et dans cette position, son short s'est écarté. Je vois tout. Il ne porte aucun sous-vêtement. Je découvre son intimité, sombre, épaisse, qui a l'air énorme.
Je me fige, tétanisé par ce que je vois. Mon cœur bat à tout rompre. J'oublie la douleur dans ma hanche, j'oublie ma respiration, j'oublie tout. Je suis totalement déconcentré.
Livio sent que je me crispe, que je ne suis plus là. Il pense que je n'y arrive pas, que la douleur est trop forte.
— Ça va, Ruben ? Respire. C'est normal que ça tire. Laisse-moi te montrer comment relâcher.
Il se rapproche encore plus de moi, restant face à moi. Il glisse ses mains chaudes sous mon débardeur gris pour masser directement ma peau, mon dos mouillé de sueur. J'ai la chair de poule à ce contact direct, intime, inattendu. Ses doigts sont puissants, caressants. Ils descendent de temps en temps à la limite de ma taille, me donnant des frissons.
— Relâche… laisse ton bassin descendre vers le sol… oui, comme ça. Respire avec moi.
Il reste longtemps à me masser le dos, le ventre, les cuisses, en se collant à moi, en me murmurant des instructions. Le contact est long, appuyé, sensuel. Je suis totalement perdu, troublé, excité. J'essaie de me concentrer sur sa voix, mais mon esprit revient sans cesse à l'image de son intimité entrevue sous son short.
On utilise les briques et les sangles pour aller plus loin dans les étirements. Livio m'aide à placer les accessoires, à ajuster les sangles, ses mains effleurant sans cesse mon corps.
— Parfait. On a bien travaillé. Maintenant, on va basculer dans du "Yin Yoga". Ce sont des postures au sol, très passives, où l'on reste longtemps sans bouger pour étirer tes tissus profonds, tes fascias, tes ligaments. C'est ici que l'on gagne réellement en souplesse. Relâche tout effort musculaire. Utilise ta respiration pour te détendre totalement.
On enchaîne des postures au sol, la Chenille (Paschimottanasana), le Papillon (Baddha Konasana), la Torsion (Supta Matsyendrasana). Je reste immobile pendant de longues minutes, me concentrant sur ma respiration, sur mes sensations. Livio, face à moi, exécute les mêmes postures. De temps en temps, il s'avance pour ajuster ma posture, pour m'aider à me détendre, ses mains se posant doucement sur mon dos, mes hanches, mes genoux. Le contact est doux, apaisant, rassurant.
— Et maintenant, le moment final : la relaxation, Savasana. Allonge-toi sur le dos, bras le long du corps, paumes vers le ciel. Ferme les yeux. Ne bouge plus. Laisse ton corps s'enfoncer dans le sol. Relâche tout contrôle.
Je m'allonge sur le dos, épuisé mais détendu. Je ferme les yeux. Livio s'agenouille à côté de moi, puis s'assoit en tailleur tout près, une main posée doucement sur mon sternum. Il ne l'enlève pas. Son pouce caresse lentement la peau au bord de mon débardeur gris.
Il guide une rotation de conscience, passant en revue chaque partie de mon corps, des orteils jusqu'au sommet du crâne. Je sens chaque muscle se relâcher, chaque tension s'évanouir.
— Ton pied droit… ta cheville droite… ton mollet droit… ton genou droit… ta cuisse droite… ta hanche droite…
Sa voix est douce, monotone, hypnotique. Je me sens flotter, hors du temps, hors de l'espace.
On finit par un long moment de silence total. Je sens sa présence près de moi, son odeur, la chaleur de sa main sur mon cœur. Je repense à la séance, à ses mains sur mon corps, à son torse contre mon dos, à son intimité entrevue… Je me sens troublé, confus, mais aussi apaisé, détendu, vivant.
Enfin, Livio brise le silence par un chant de mantra doux et vibrant.
— Ohm… Ohm… Ohm…
Les vibrations résonnent en moi, m'apportant une paix profonde.
— Reviens doucement… quand tu veux. Prends ton temps.
Je rouvre les yeux. La salle est toujours plongée dans la pénombre tamisée. Livio est toujours là, assis à côté de moi, un sourire éclatant aux lèvres.
— Alors ? Deuxième séance. Tu as été parfait, Ruben. Tu progresses incroyablement vite.
Je me redresse lentement, encore sonné, les jambes tremblantes. J'ai du mal à trouver mes mots.
— Merci… c'était… c'était intense, je marmonne d'une voix rauque.
— C'est le but ! Allez, va prendre une douche chaude, ça va te faire du bien. Prends ton temps, je t'attends à l'accueil.
— C'est le but ! Allez, va prendre une douche chaude, ça va te faire du bien. Prends ton temps, je t'attends à l'accueil.
Je me lève péniblement, mon corps est une masse de fatigue et de détente mêlées. Je récupère mes affaires et je me dirige vers la salle de bain. La douche chaude ravive les sensations de la séance, le contact de ses mains sur ma peau, la chaleur de son corps…
Je me rhabille rapidement et je rejoins Livio à l'accueil. Il s'approche de moi et me serre à nouveau chaleureusement dans ses bras pour me dire au revoir. L'accolade est aussi ferme que la première.
— À samedi prochain, Ruben. Même heure, même endroit. Je t'attends avec impatience. Et n'oublie pas de bien t'hydrater et de te reposer ce week-end.
Il marque une pause, son regard soutenu planté dans le mien. Sa proximité est encore une fois déstabilisante.
— Au fait, j'allais me chercher un truc à manger dans le coin. Ça te dirait qu'on aille déjeuner ensemble ? On pourrait continuer à discuter de ta pratique, et de toi aussi, si tu veux.
La proposition me prend totalement de court. Mon cœur rate un battement. Déjeuner avec lui, maintenant ? Seul à seul, hors du cadre du studio ? Je me sens submergé par une vague de panique et d'excitation mêlées. Je bafouille, je cherche mes mots.
— Euh... oui... oui, pourquoi pas. Ça serait... ça serait sympa, je finis par lâcher, la voix un peu tremblante, incapable de refuser.
— Super ! Il y a un petit restau bio super bon à deux rues d'ici, « Le Jardin des Saveurs ». Tu connais ? C'est très calme.
— Non, je ne connais pas. Mais ça me va.
— Super ! Il y a un petit restau bio super bon à deux rues d'ici, « Le Jardin des Saveurs ». Tu connais ? C'est très calme.
— Non, je ne connais pas. Mais ça me va.
Je réalise soudain l'implication de ma réponse. Elie m'attend. Elle fait les courses, elle prépare le week-end... Et moi, je m'apprête à partir déjeuner avec mon prof de yoga, l'homme qui me trouble tant. La culpabilité me ronge instantanément.
— Par contre... il faut juste que je... que je prévienne Elie, je marmonne, le visage brûlant. Elle m'attend pour déjeuner.
Livio me sourit avec une sorte de compréhension amusée, qui m'énerve et m'attire à la fois.
— Pas de souci. Prends ton temps. Dis-lui que tu as un imprévu professionnel, ou que tu as besoin de discuter de ta pratique avec ton prof. Elle comprendra.
Sa suggestion me choque. Mentir à Elie ? Utiliser le yoga comme excuse ? Mais je suis incapable de reculer. Je sors mon téléphone d'une main tremblante, sentant son regard peser sur moi. Je compose le numéro d'Elie, le cœur battant à tout rompre. Je dois lui mentir, pour la première fois. Et je sais que ce déjeuner va changer beaucoup de choses.
Fin du chapitre 2.
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