Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'équilibre des corps — Chapitre 12
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L'équilibre des corps
Chapitre 12
Chapitre 12
Le silence qui suit le départ de Livio est d'une densité organique, presque insupportable. Le clic de la serrure résonne encore dans mes tempes comme un coup de feu étouffé. Je l'ai regardé s'éloigner par la fenêtre, sa silhouette athlétique s'engouffrant dans le taxi qui l'attendait au bout de l'allée, emportant avec lui cette odeur de santal et la chaleur de ses mains. Je reste immobile sur le canapé, les membres lourds, la peau encore imprégnée de lui. Mes yeux ne quittent pas l'enveloppe blanche posée sur la table basse. Elle semble irradier une lumière froide sous les rayons de l'aube qui grignotent lentement le parquet de mon salon.
Je tends une main tremblante. Mes doigts effleurent le papier granuleux. C'est dérisoire, n'est-ce pas ? Tout ce que nous avons reconstruit en une nuit, toute cette tension accumulée pendant deux ans, résumés dans quelques grammes de cellulose. Je glisse mon index sous le rabat déjà entrouvert. Le déchirement du papier produit un bruit sec, définitif, qui me fait tressaillir dans le calme plat de la maison.
Je sors le document. C'est un contrat officiel, à l'en-tête prestigieux de l'International Yoga Academy of San Francisco. Les clauses s'alignent, froides, rigoureuses : dates de résidence, honoraires, responsabilités pédagogiques, clauses d'exclusivité. Mon regard glisse sur les termes juridiques, les chiffres, les obligations de représentation, jusqu'au bas de la toute dernière page.
La signature de Livio est là. Nerveuse, élégante, d'une encre noire encore brillante. Il a signé. Il a accepté de partir.
Une vague de nausée me submerge, mais mon attention est soudain captée par un ajout manuscrit, coincé entre le dernier paragraphe imprimé et la bordure inférieure de la page. Une écriture penchée, rapide, celle d'un homme qui écrit dans l'urgence d'une vérité qu'il ne peut plus taire ou qu'il ne veut plus cacher. Je lis, le souffle court, les mots qui dansent devant mes yeux :
— Addenda aux conditions de résidence : Mon acceptation définitive est subordonnée à la présence constante d'un accompagnateur durant l'intégralité de cette année de mission. Je demande formellement l'émission d'un titre de transport supplémentaire et la prise en charge complète des frais de séjour pour cette personne, sans laquelle mon départ est déclaré nul et non avenu. Mon équilibre et ma capacité à honorer ce contrat dépendent exclusivement de cette présence à mes côtés.
Le papier m'échappe et retombe sur mes genoux. Un billet d'avion de plus. Une prise en charge totale. Livio n'a pas seulement signé pour son avenir, il a dessiné une cage dorée pour nous deux. Il veut m'emmener. Il veut m'arracher à mes pins, à ma solitude, à ma maison de bois que j'ai bâtie de mes mains, pour me propulser dans le chrome et le verre de San Francisco. La panique monte, acide, brûlante. Suis-je prêt à redevenir l'ombre de Livio ? À n'être que "l'accompagnateur", celui qui vit dans le sillage d'un homme dont la passion et le talent dévorent tout sur son passage ?
D'un geste saccadé, je me lève. J'ai besoin de bruit, de preuve, de réalité. Je cherche la télécommande, mes doigts luttant contre ma propre maladresse, heurtant les objets sur le meuble. J'allume la télévision et bascule sur la chaîne d'information régionale.
L'image saute aux yeux. Le bandeau défile en bas de l'écran, rouge et blanc : « DIRECT : Conférence de presse de Livio Attal, clôture du festival de Bayonne. »
Le décor est solennel, capturant l'importance de l'événement pour la région. Une salle de réception aux murs de pierre, des micros alignés sur un pupitre en bois sombre. Livio est là. Il a troqué son débardeur de yoga pour une chemise de lin bleu marine, les manches soigneusement retroussées sur ses avant-bras puissants. Il est pâle, des cernes légers marquent son regard, mais ses yeux sont d'une clarté effrayante. Face à lui, une meute de journalistes locaux et spécialisés, carnets ouverts, caméras braquées.
La voix d'un journaliste de la presse sportive s'élève, un peu nasillarde, perçant le silence du salon :
— Monsieur Attal, on parle d'un contrat historique avec San Francisco, une opportunité immense pour un enseignant de votre profil. Confirmez-vous que vous quittez la France dès le mois prochain ?
Livio s'approche du micro. Le larsen siffle un court instant, me faisant grimacer et serrer les dents.
— Les discussions ont été longues, très longues, répond-il, sa voix stable mais dépourvue de son enthousiasme habituel. San Francisco est une opportunité que tout praticien rêve de saisir une fois dans sa carrière. C'est l'aboutissement d'années de travail, de voyages et de formations à travers le globe.
— On vous dit pourtant hésitant, relance une femme au premier rang. On raconte que vous avez posé des conditions de dernière minute assez... inhabituelles pour une structure de cette envergure. Est-ce une manière pour vous d'exprimer des doutes sur ce départ ?
— On vous dit pourtant hésitant, relance une femme au premier rang. On raconte que vous avez posé des conditions de dernière minute assez... inhabituelles pour une structure de cette envergure. Est-ce une manière pour vous d'exprimer des doutes sur ce départ ?
Livio esquisse un sourire amer, un pli familier au coin des lèvres que je suis le seul à savoir interpréter comme un signe de détresse profonde.
— Mes conditions ne sont pas des doutes, murmure-t-il, pesant chaque syllabe. Elles sont une nécessité vitale. On ne construit rien sur le vide. On ne peut pas prétendre enseigner l'équilibre aux autres si l'on est soi-même amputé de sa propre ancre.
— À quoi faites-vous allusion exactement ? insiste le premier journaliste. Est-ce que ce départ pour les États-Unis implique des changements majeurs dans votre organisation personnelle ?
— À quoi faites-vous allusion exactement ? insiste le premier journaliste. Est-ce que ce départ pour les États-Unis implique des changements majeurs dans votre organisation personnelle ?
Je fixe l'écran, les mains crispées sur le contrat au point d'en blanchir mes phalanges. Mon cœur cogne si fort que j'ai l'impression que les journalistes peuvent l'entendre à travers l'image. Livio marque une pause. Il boit une gorgée d'eau, ses doigts serrant le verre si fort que je crains de le voir éclater en mille morceaux. Il semble peser chaque mot, conscient de la portée de ce qu'il s'apprête à livrer.
— Ce que je peux vous dire, reprend-il enfin, c'est que j'ai passé trop de temps à courir après une forme de perfection technique, à parcourir le monde pour trouver des réponses que j'avais laissées derrière moi. Ce contrat est signé, oui. Mais il n'a aucune valeur si la personne concernée refuse de monter dans cet avion avec moi.
Un murmure parcourt la salle. Les flashs crépitent.
— Vous voulez dire que votre engagement est suspendu à la décision d'un tiers ? C'est une position très risquée pour un contrat de ce niveau ! s'exclame un autre reporter.
Livio se redresse. Il semble soudain ignorer l'assemblée, les micros, les questions de carrière. Il s'avance vers le pupitre, ses yeux bleus fixant l'objectif de la caméra principale. J'ai l'impression vertigineuse qu'il transperce l'écran, qu'il est là, dans mon salon, à me regarder au fond des yeux, par-delà les kilomètres.
— Je n'ai plus peur de la vulnérabilité, dit-il, et sa voix résonne dans mon salon avec une force tellurique. J'ai longtemps cru que le succès se mesurait à l'altitude. Je sais aujourd'hui qu'il se mesure à la profondeur de l'attachement.
Il marque un long silence, le regard plus brûlant que jamais, presque fiévreux.
— Mon avenir ne dépend plus de moi, mais de la personne qui, en ce moment même, tient mon cœur entre ses mains.
Le chaos éclate instantanément dans la salle de conférence. Les journalistes s'agitent, posent des questions en rafale. Mais Livio ne répond plus. Il s'écarte du micro, d'un geste lent, digne, presque épuisé, et quitte l'estrade sans un seul regard en arrière.
Je saisis la télécommande et coupe le son d'un coup sec.
Le silence retombe, plus lourd, plus étouffant. L'image de Livio s'éloignant sur l'écran reste figée dans ma rétine comme une brûlure. Je reste assis là, le contrat froissé entre mes doigts, le regard perdu sur les pins qui s'agitent dehors sous la brise marine.
Combien de temps s'écoule ? Je l'ignore. Les minutes se dilatent, se transforment en heures interminables. Je suis prisonnier d'un tourbillon de pensées contradictoires qui me déchirent. Partir. Rester. Devenir son ombre à San Francisco. Le perdre à jamais. Cette phrase tourne en boucle dans mon esprit, comme un mantra obsédant : « Tient mon cœur entre ses mains. » Il m'a tout donné. Il a déposé son destin au pied de mon canapé, comme on dépose une offrande sur un autel.
Je regarde mes mains. Elles sont calleuses, marquées par mon travail quotidien, par la solitude choisie. Sont-elles vraiment capables de porter le destin d'un tel homme ? Suis-je capable de quitter ce sol landais, cet horizon que je connais par cœur, pour l'accompagner dans sa lumière ? Est-ce de l'amour ou un nouvel enfermement ?
Le soleil a maintenant dépassé le zénith. La lumière décline doucement, jetant de longues ombres sur les murs. Je n'ai pas bougé d'un millimètre. Je n'ai pas mangé. Je n'ai fait que regarder ce papier et l'écran désormais muet. Je me sens comme suspendu entre deux mondes, entre l'homme brisé du passé et l'homme incertain du futur.
Soudain, un bruit me tire brutalement de ma torpeur.
Trois coups. Lents. Déterminés. On frappe à ma porte.
Mon souffle s'arrête net. Le contrat glisse de mes mains pour finir sur le parquet, les feuilles s'éparpillant légèrement. Je sais qui c'est. Je sais que le temps des questions et des doutes est terminé. Je me lève, les jambes flageolantes, et je me dirige vers l'entrée, chaque pas me coûtant un effort surhumain, comme si je marchais dans de la mélasse.
Je pose la main sur la poignée froide, mais je ne l'abaisse pas tout de suite. Je prends une toute dernière inspiration, sentant l'odeur rassurante du bois de ma maison, ce sanctuaire que j'apprête peut-être à fermer pour toujours.
J'ouvre la porte d'un geste saccadé, le souffle court, le cœur battant à tout rompre contre mes côtes. Le silence de la maison est soudain brisé par le ronflement d'un moteur qui remonte l'allée. Pendant une seconde, une fraction de seconde folle, j'espère. Livio ? Est-il revenu sur ses pas, incapable de supporter l'attente ? Je me précipite vers la fenêtre, mais ce n'est pas le taxi de ce matin. Un utilitaire blanc est garé devant mon perron, son moteur tournant au ralenti dans l'air frais. Un livreur en uniforme descend, un scanneur à la main et une enveloppe kraft épaisse sous le bras.
Je déverrouille la porte d'entrée avant même qu'il ne frappe.
— Monsieur Brécourt Ruben ? demande l'homme, un peu surpris par mon air égaré et mes traits tirés.
— C'est moi, je réponds d'une voix que je ne reconnais pas.
— Un pli urgent pour vous. Remis en main propre de la part de Monsieur Attal.
— C'est moi, je réponds d'une voix que je ne reconnais pas.
— Un pli urgent pour vous. Remis en main propre de la part de Monsieur Attal.
Je signe sans même regarder l'écran numérique, ma main tremblant tellement que le stylet glisse lamentablement sur la vitre. Dès que la camionnette fait demi-tour dans un crissement de graviers, je m'adosse à la porte close. Je déchire l'enveloppe avec la rage d'un condamné qui cherche sa grâce. À l'intérieur, il n'y a pas de contrat, pas de paperasse administrative, pas de billets d'avion. Juste une simple feuille de papier blanc, sans aucun signe distinctif, et son écriture, cette fois posée, presque solennelle, chaque lettre tracée comme un aveu.
Je commence à lire, et chaque mot s'enfonce en moi comme une lame chauffée à blanc :
« Ruben,
En te laissant cette enveloppe ce matin, j'ai cru être courageux. J'ai cru que te donner le choix était la plus belle preuve d'amour. En réalité, j'ai été égoïste. J'ai passé la matinée à fixer les journalistes lors de cette conférence, mais c'est ton visage que je voyais dans chaque reflet, dans chaque ombre. J'ai réalisé, avec une clarté brutale, que je n'avais pas le droit de te demander cela. Je ne peux pas te demander de tout plaquer, de sacrifier ta paix, ta maison, cette terre que tu as mis deux ans à apprivoiser après avoir fui notre vie.
En te laissant cette enveloppe ce matin, j'ai cru être courageux. J'ai cru que te donner le choix était la plus belle preuve d'amour. En réalité, j'ai été égoïste. J'ai passé la matinée à fixer les journalistes lors de cette conférence, mais c'est ton visage que je voyais dans chaque reflet, dans chaque ombre. J'ai réalisé, avec une clarté brutale, que je n'avais pas le droit de te demander cela. Je ne peux pas te demander de tout plaquer, de sacrifier ta paix, ta maison, cette terre que tu as mis deux ans à apprivoiser après avoir fui notre vie.
Je t'aime, Ruben. Je t'aime au-delà de ce que les mots peuvent traduire, mais je ne peux pas te forcer à vivre ma vie. Je ne veux pas que tu me suives par culpabilité, par dette pour m'avoir quitté autrefois, ou par simple peur de me perdre à nouveau. Je me suis rendu compte que j'allais trop loin en t'imposant ce dilemme alors que c'est toi qui avais besoin de ce calme, ici, loin de moi. Je repars donc demain matin. Je partirai à San Francisco seul. Même si cela me déchire le cœur une seconde fois, je préfère te savoir libre ici que prisonnier de mon ambition là-bas. Pardonne-moi, Ruben. Pardonne-moi d'avoir cru que mon bonheur valait ton sacrifice.
Livio. »
La lettre glisse de mes doigts inertes et finit sa course sur le parquet. Le mot "seul" résonne dans mon crâne comme un glas funèbre. Il renonce. Il s'apprête à franchir cet océan, à remettre des milliers de kilomètres de vide entre nous parce qu'il croit, dans son immense maladresse, me protéger de lui-même. Une panique pure, animale, me saisit les tripes. Une peur viscérale, plus forte que toutes celles que j'ai connues ces deux dernières années : la peur de le perdre, cette fois pour de bon, par ma faute, par ce premier départ que je n'ai jamais fini d'expier.
La lettre glisse de mes doigts inertes et finit sa course sur le parquet. Le mot "seul" résonne dans mon crâne comme un glas funèbre. Il renonce. Il s'apprête à franchir cet océan, à remettre des milliers de kilomètres de vide entre nous parce qu'il croit, dans son immense maladresse, me protéger de lui-même. Une panique pure, animale, me saisit les tripes. Une peur viscérale, plus forte que toutes celles que j'ai connues ces deux dernières années : la peur de le perdre, cette fois pour de bon, par ma faute, par ce premier départ que je n'ai jamais fini d'expier.
Je ne peux pas le laisser faire. Je saisis mes clés de voiture sur le buffet, manque de trébucher sur le pas de la porte et m'engouffre dans mon véhicule. Le moteur rugit. Je roule vers Bayonne comme si ma vie en dépendait, le pied lourd sur l'accélérateur, doublant sans réfléchir sur les routes sinueuses bordées de pins. Les larmes me brûlent les yeux, mais je refuse de les laisser couler. Je fixe le ruban d'asphalte, chaque kilomètre me semblant une éternité. Et s'il avait avancé son départ ? Et s'il avait déjà éteint son téléphone ? L'idée de passer le reste de mes jours dans ce silence que j'ai moi-même choisi il y a deux ans me devient soudain insupportable. Sans lui, cette maison n'est plus un refuge, c'est un tombeau.
J'arrive enfin au Grand Hall des Sports. Le parking, autrefois bondé de festivaliers, est presque désert. Les barrières sont levées, les derniers camions de logistique chargent les structures métalliques dans un vacarme de ferraille. Je me gare n'importe comment et je cours vers l'entrée principale, mes pas résonnant sous la voûte immense et froide du hall.
À l'accueil, une hôtesse range des dossiers avec une lenteur exaspérante. Elle semble épuisée par la fin de l'événement.
— Je cherche Livio Attal, je lance, essoufflé, les mains appuyées sur le comptoir pour ne pas m'effondrer. C'est urgent. Elle lève des yeux blasés vers moi, ajustant ses lunettes.
— Monsieur Attal a terminé ses obligations officielles après la conférence de presse. Il est rentré à son hôtel pour préparer son départ définitif.
— Quel hôtel ? Donnez-moi l'adresse, s'il vous plaît. Je vous en supplie.
— Je suis désolée, Monsieur, nous ne communiquons pas les lieux de résidence des intervenants extérieurs. C'est confidentiel, question de sécurité.
— Vous ne comprenez pas ! je hurle soudain, ma voix se brisant sous le coup d'une détresse que je ne peux plus contenir. Il part demain matin ! Si je ne lui parle pas maintenant, il va commettre la plus grande erreur de sa vie !
— Monsieur, calmez-vous ou je vais devoir appeler le service de sécurité...
— Appelez qui vous voulez ! Je ne bougerai pas d'ici tant que je n'aurai pas cette adresse ! C'est une question de vie ou de mort ! Allez me chercher un responsable ! Quelqu'un qui a un cœur dans cette administration de merde !
— Monsieur Attal a terminé ses obligations officielles après la conférence de presse. Il est rentré à son hôtel pour préparer son départ définitif.
— Quel hôtel ? Donnez-moi l'adresse, s'il vous plaît. Je vous en supplie.
— Je suis désolée, Monsieur, nous ne communiquons pas les lieux de résidence des intervenants extérieurs. C'est confidentiel, question de sécurité.
— Vous ne comprenez pas ! je hurle soudain, ma voix se brisant sous le coup d'une détresse que je ne peux plus contenir. Il part demain matin ! Si je ne lui parle pas maintenant, il va commettre la plus grande erreur de sa vie !
— Monsieur, calmez-vous ou je vais devoir appeler le service de sécurité...
— Appelez qui vous voulez ! Je ne bougerai pas d'ici tant que je n'aurai pas cette adresse ! C'est une question de vie ou de mort ! Allez me chercher un responsable ! Quelqu'un qui a un cœur dans cette administration de merde !
Le ton monte. Je tape sur le comptoir, hors de moi. Quelques techniciens se retournent. C'est alors qu'une silhouette imposante émerge du couloir sombre menant aux vestiaires. Patrick Beach, le grand coordinateur international, s'approche en fronçant ses sourcils broussailleux. Il me reconnaît immédiatement, son regard se posant sur mes mains tremblantes.
— What is going on here? Why are you shouting, Ruben? (Qu'est-ce qui se passe ici ? Pourquoi cries-tu, Ruben ?) demande-t-il d'une voix grave, calme, qui m'oblige à redescendre d'un cran.
Je me tourne vers lui, les yeux injectés de sang, brûlants de larmes retenues. Mon anglais revient par nécessité, haché par l'émotion.
— Patrick... please. Livio is leaving. He sent me a letter, he's breaking up because he thinks he's protecting me... he thinks I won't follow him because I'm the one who left him the first time. (Patrick... s'il vous plaît. Livio s'en va. Il m'a envoyé une lettre, il rompt parce qu'il croit me protéger... il pense que je ne le suivrai pas parce que c'est moi qui l'ai quitté la première fois.)
Je m'approche de lui, suppliant.
— But the person he was talking about at the conference... the anchor he can't live without... it's me! It's me, Patrick! I have to find him before he disappears again. I can't let him leave thinking I don't love him enough to follow him. (Mais la personne dont il parlait à la conférence... l'ancre dont il ne peut pas se passer... c'est moi ! C'est moi, Patrick ! Il faut que je le trouve avant qu'il ne disparaisse encore. Je ne peux pas le laisser partir en pensant que je ne l'aime pas assez pour le suivre.)
Patrick me fixe un long moment sans ciller, son regard scrutant ma déchéance et ma détermination. Il voit l'homme dévasté devant lui, celui qui est prêt à faire un scandale pour une simple adresse. Il soupire longuement, sort son téléphone de sa poche et s'éloigne de quelques mètres. Je l'entends échanger des phrases rapides, autoritaires, en anglais, avec un membre de l'organisation. Mon cœur bat si fort dans mes oreilles que j'ai l'impression que ma cage thoracique va exploser.
Il raccroche enfin et revient vers moi. Un léger sourire, presque triste, étire ses lèvres.
— Listen to me, Ruben. Livio is a good man, but he is stubborn and he thinks he's doing the right thing for you. (Écoute-moi, Ruben. Livio est un homme bien, mais il est têtu et il pense faire ce qui est juste pour toi.)
Il pose une main lourde, rassurante, sur mon épaule.
— He is staying at "Le Grand Hôtel". Go now, Ruben, before he locks himself in his regrets and his suitcase. (Il loge au "Grand Hôtel". Vas-y maintenant, Ruben, avant qu'il ne s'enferme dans ses regrets et sa valise.)
Le soulagement me foudroie avec une telle force que mes genoux manquent de se dérober. Sans réfléchir, je jette mes bras autour du cou de ce colosse, le serrant contre moi dans un élan de gratitude désespérée.
— Thank you... Thank you so much, Patrick. You have no idea... (Merci... Merci infiniment, Patrick. Vous n'avez pas idée...)
Il me tapote le dos avec une affection presque paternelle, m'écartant doucement.
— Go get him. Don't let that plane leave tomorrow without your heart on board. (Va le chercher. Ne laisse pas cet avion partir demain sans ton cœur à bord.)
Je me détache de lui et fonce vers la sortie, manquant de bousculer un vigile au passage. Je ne marche plus, je vole littéralement vers le parking. La peur de le rater ne s'est pas dissipée, elle s'est muée en une adrénaline furieuse. Le Grand Hôtel. Je connais l'endroit, c'est un palace imposant niché sur les hauteurs de la ville. Je grimpe dans ma voiture, les mains crispées sur le volant à s'en faire blanchir les jointures. Je n'ai qu'une seule image en tête, obsédante : Livio, assis sur le bord de son lit, fermant sa valise pour la dernière fois, le regard vide, convaincu que je ne viendrai pas parce que je l'ai déjà quitté autrefois.
Je sors du parking du Hall des Sports dans un crissement de pneus qui déchire le silence lourd de cette fin de journée. Ma voiture devient une extension de ma propre panique, un projectile lancé à travers les rues de Bayonne. Je roule vite, beaucoup trop vite, brûlant les priorités et ignorant les regards outrés des autres conducteurs, les mains soudées au volant comme si ma vie en dépendait — et c'est exactement le cas.
Chaque feu rouge est une torture médiévale, chaque seconde perdue derrière un véhicule trop lent me donne envie de hurler de rage. Dans mon esprit, une horloge invisible égrène les minutes qui me séparent de Livio. La peur de l'échec m'asphyxie ; l'idée d'arriver devant une chambre vide, de ne trouver qu'un lit défait et cette odeur de santal qui s'évapore déjà, me terrifie plus que la mort elle-même. Je ne peux pas arriver trop tard. Pas cette fois. Pas après avoir enfin compris que ma solitude n'était qu'une prison sans lui.
La route qui monte vers les hauteurs de la ville semble interminable, les pins défilent en un flou vert sombre sur les côtés. Je ne vois plus le paysage, je ne vois que son visage tel qu'il était ce matin, empreint d'une tristesse qu'il essayait de cacher derrière son professionnalisme. Je pile devant l'entrée majestueuse du Grand Hôtel. Je laisse ma voiture garée n'importe comment, de travers sur le trottoir, le moteur encore chaud et fumant, et je m'élance sous le porche de marbre blanc. Le luxe feutré du hall, avec ses tapis épais qui étouffent le moindre bruit et ses lustres de cristal étincelants, me semble d'une indécence totale face à l'incendie qui ravage mes entrailles.
Je m'affale presque sur le comptoir en acajou massif de la réception. Un homme au port altier, sanglé dans un costume impeccable, lève des yeux surpris et désapprobateurs sur mon apparence débraillée, mes cheveux en bataille et mon souffle court.
— Je cherche Livio Attal, je lâche, la voix rauque, presque méconnaissable. Donnez-moi son numéro de chambre. Immédiatement.
Le réceptionniste esquisse un sourire professionnel mais glacial, ne bougeant pas d'un millimètre.
— Je suis désolé, Monsieur, nous ne communiquons jamais les numéros de chambre de nos clients pour des raisons de discrétion et de sécurité évidente.
— Écoutez-moi bien, je reprends en me penchant par-dessus le comptoir, mes yeux brûlants fixés dans les siens avec une intensité sauvage. C'est une urgence absolue. Il repart demain matin chez lui. Je dois le voir maintenant. C'est une question de vie... c'est ma vie entière qui se joue ici.
— Écoutez-moi bien, je reprends en me penchant par-dessus le comptoir, mes yeux brûlants fixés dans les siens avec une intensité sauvage. C'est une urgence absolue. Il repart demain matin chez lui. Je dois le voir maintenant. C'est une question de vie... c'est ma vie entière qui se joue ici.
L'homme recule d'un pas, son masque de politesse s'effritant devant ma détermination désespérée. Il sent que je ne compte pas reculer.
— Monsieur, je ne peux pas enfreindre le règlement de l'établissement. Si vous ne vous calmez pas tout de suite, je vais devoir appeler la direction ou la sécurité.
— Appelez qui vous voulez ! je m'emporte, frappant violemment le bois du comptoir. Je ne sortirai pas d'ici sans l'avoir vu ! Vous ne comprenez pas ce qui est en train de se passer ! Vous n'avez pas le droit de me barrer la route !
— Appelez qui vous voulez ! je m'emporte, frappant violemment le bois du comptoir. Je ne sortirai pas d'ici sans l'avoir vu ! Vous ne comprenez pas ce qui est en train de se passer ! Vous n'avez pas le droit de me barrer la route !
L'esclandre commence à attirer les regards curieux et gênés des quelques clients installés dans le hall. Le réceptionniste, craignant sans doute que la situation n'échappe totalement à son contrôle, change soudain de tactique.
— Très bien, Monsieur. Calmez-vous, je vous prie. Je ne vous donnerai pas le numéro de sa chambre. En revanche, je peux appeler Monsieur Attal sur son poste interne. Si vous voulez bien me décliner votre identité ?
— Ruben. Ruben Brécourt. Dites-lui simplement que c'est Ruben. Il comprendra.
— Ruben. Ruben Brécourt. Dites-lui simplement que c'est Ruben. Il comprendra.
Il décroche le combiné d'un geste lent qui me semble durer une éternité. Il tape un code, puis attend. Mon cœur cogne si fort contre mes côtes que j'ai l'impression que le son résonne dans tout le palace.
— Monsieur Attal ? (...) Oui, toutes mes excuses pour ce dérangement. Un certain Monsieur Ruben Brécourt se trouve à l'accueil et insiste pour vous voir. (...) Très bien, je lui transmets.
Il raccroche et me désigne d'un geste de la main un petit salon circulaire situé sur la droite, meublé de fauteuils en velours bleu nuit.
— Monsieur Attal vous demande de l'attendre dans le petit salon. Il descend dans un instant.
Je me détourne sans même un mot de remerciement. Je m'assois sur le bord d'un fauteuil, puis je me relève aussitôt, incapable de rester immobile. Mes jambes tremblent, mes mains sont moites. Je fixe les portes de l'ascenseur, puis le grand escalier de marbre. L'attente est une agonie pure. Chaque seconde qui passe est une lame qui vient entailler mon courage. Est-ce qu'il va vraiment descendre ? Ou est-ce qu'il a seulement accepté pour me dire de partir ?
Soudain, le bruit sec de pas rapides sur le marbre retentit. Livio apparaît au détour du grand escalier. Il porte un pull noir tout simple, les traits tirés, l'air d'un homme épuisé. Il s'avance vers moi d'un pas saccadé, comme s'il était pressé d'en finir avec cette confrontation.
Il s'arrête à deux mètres de moi. Son regard bleu est devenu un océan en pleine tempête.
— Qu'est-ce que tu fais là, Ruben ? demande-t-il, sa voix, oscillant entre la colère froide et une immense fatigue. Pourquoi tu es venu ? Je t'ai laissé cette lettre... je t'ai tout expliqué. Je pensais avoir été clair.
Je fais un pas vers lui, réduisant cette distance insupportable, ignorant totalement le décor de luxe et les employés qui nous observent.
— Tu as été clair, Livio. Trop clair. Mais tu as décidé pour moi, une fois de plus. Tu as décidé que je n'étais pas capable de choisir mon propre destin, que j'étais trop fragile pour supporter ta vie. Tu as décidé de rentrer chez toi demain, puis de partir seul pour San Francisco dans un mois, pour me "protéger" de ce que je ressens pour toi.
Ma voix tremble, chargée d'un trop-plein d'émotions, mais je ne recule pas.
— Je refuse de te perdre à nouveau, Livio. C'est fini, les fuites. C'est fini, les silences de deux ans qui nous ont détruits tous les deux. J'ai passé deux ans à essayer de t'oublier dans mon refuge, à me persuader que j'étais heureux, et le résultat, c'est que je suis plus brisé aujourd'hui qu'au moment où je suis parti la première fois.
Il ouvre la bouche pour m'interrompre, mais je continue, les mots sortant dans un flot ininterrompu.
— Si tu pars dans un mois pour San Francisco, je ne resterai pas ici à regarder le calendrier en me demandant ce qui se serait passé si j'avais eu du courage. S'il faut te suivre au bout du monde, s'il faut traverser l'océan, je le ferai. Je m'en moque du confort et de mes habitudes. La seule chose que je refuse catégoriquement, c'est ton absence. Je veux être là où tu es.
Je m'arrête, le souffle court, les joues humides de larmes que je ne cherche même plus à essuyer. Le silence dans le petit salon devient assourdissant.
— Si tu veux toujours de moi... si tu peux me pardonner d'être parti la première fois sans t'expliquer pourquoi... alors je monte dans cet avion avec toi, dans un mois. Je suis prêt.
Livio reste pétrifié. Il me dévisage pendant de longues secondes qui me paraissent durer des siècles. Mon cœur s'arrête presque de battre. J'ai l'impression d'attendre un verdict. Et puis, soudain, son armure se brise. Ses yeux s'embuent violemment et un tressaillement parcourt tout son corps.
Il ne répond pas par des mots. Il n'en a plus besoin.
D'un bond, il réduit la distance qui nous sépare. Ses mains s'écrasent avec une force désespérée sur mon visage, ses doigts s'emmêlent dans mes cheveux, et il m'embrasse. C'est un baiser violent, affamé, passionné, chargé de toute la douleur accumulée pendant deux ans et de tout l'amour qu'il a tenté d'étouffer. Je réponds avec la même fureur, mes bras s'enroulant autour de son cou pour le plaquer contre moi, le serrant à m'en briser les os.
Le baiser se rompt enfin dans un bruit humide, mais nos fronts restent scellés l'un contre l'autre. Nos souffles courts se mélangent dans l'air climatisé du hall, créant une bulle de chaleur au milieu de ce marbre froid. Livio me fixe, les yeux encore brillants d'une émotion sauvage, et saisit ma main. Il ne prononce pas un mot, mais ses doigts s'entrelacent avec les miens avec une force qui dit tout : il ne me lâchera plus. Il m'entraîne vers les ascenseurs, le silence entre nous étant désormais chargé d'une électricité si dense qu'elle semble faire vibrer les parois de cuivre de la cabine.
Lorsqu'on pénètre dans la chambre 302, le clic de la serrure automatique résonne comme le signal d'un départ sans retour. À peine la porte est-elle fermée que Livio se retourne et me plaque contre le battant de bois sombre. Ses mains remontent brutalement sous mon t-shirt, cherchant le contact de ma peau, cette chaleur qu'il a cru perdre à jamais.
— Je n'arrive pas à croire que tu sois là, murmure-t-il contre mon cou, sa voix brisée par un désir qui me foudroie.
Je ne réponds pas. Je saisis son visage, mes pouces caressant ses pommettes hautes, avant de l'embrasser avec une fureur renouvelée. Nos langues se cherchent, se goûtent, se redécouvrent avec une urgence animale. C'est une lutte de possession, une volonté farouche de rattraper chaque seconde de ces deux années de vide.
Nos vêtements tombent dans un chaos de hâte et d'impatience. Les chaussures sont éjectées, les pantalons glissent au sol. Je fais glisser le pull noir de Livio par-dessus sa tête, révélant ce corps que j'ai tant de fois imaginé dans mes nuits de solitude. Il est magnifique. Sa musculature de yogi est dessinée avec une précision d'orfèvre, chaque fibre de son torse et de ses bras semblant vibrer sous la lumière tamisée des appliques. Je contemple ses pectoraux fermes, son ventre plat aux abdominaux saillants qui ondulent à chaque respiration.
Livio, à son tour, me déshabille avec une dévotion presque religieuse. Ses mains descendent le long de mon dos, agrippent mes fesses, avant de faire glisser mon caleçon. Nos corps nus se pressent enfin l'un contre l'autre, peau contre peau, un choc thermique qui nous arrache à tous deux un gémissement de pur soulagement. Son érection, massive et brûlante, vient s'écraser contre la mienne.
Nous basculons sur le grand lit aux draps de coton égyptien. Je m'installe entre les jambes de Livio, mes mains parcourant ses cuisses fermes, remontant jusqu'à ses hanches. Je m'abaisse pour goûter chaque centimètre de sa chair. Mon nez s'enfouit dans le creux de son aine, je m'imprègne de son odeur de santal mêlée à la sueur naissante. Je prends son sexe en bouche, mes lèvres se refermant sur son gland pourpre, déjà perlé d'un liquide séminal sucré. Je descends lentement, ma langue jouant avec le frein, provoquant des secousses électriques dans tout son corps. Livio rejette la tête en arrière, ses doigts se crispant dans les draps blancs, ses hanches se soulevant inconsciemment pour chercher plus de ma bouche.
— Ruben... oh mon Dieu, Ruben... soupire-t-il, la voix étranglée de plaisir.
Je remonte le long de son corps, mes yeux plantés dans les siens. Il y a une promesse de reddition totale dans notre regard. Je retourne Livio, admirant la courbe parfaite de ses fessiers musclés, la cambrure de son dos puissant. Je m'attarde, ma langue explorant l'intimité de son cul avec une tendresse sauvage. Je me livre à un anulingus lent, appliqué, sentant le muscle de son sphincter se détendre sous mes caresses humides. Livio frissonne de la tête aux pieds, ses gémissements s'étouffant dans l'oreiller.
La tension monte d'un cran. Je me redresse, saisissant ma propre queue, dure à en avoir mal, battante de sang. Je lubrifie Livio avec patience, mes doigts préparant le chemin, s'enfonçant un à un pour l'ouvrir à moi. Livio gémit, le visage enfoui dans les draps. Je me positionne, mon gland pressé contre son entrée brûlante. J'attends, cherchant à nouveau son regard.
— Je t'aime, Livio. Je n'ai jamais cessé, je murmure.
D'un mouvement lent, assuré, je pénètre Livio. Son souffle se coupe net, ses yeux s'écarquillent tandis qu'il me sent le remplir, le conquérir centimètre par centimètre. C'est une sensation de plénitude absolue, comme si deux pièces d'un puzzle brisé se réajustaient enfin. Je m'arrête un instant, laissant son corps s'habituer à ma taille, à ma chaleur, avant de commencer un mouvement de va-et-vient régulier, profond.
Le rythme s'accélère. Le bruit de nos corps qui s'entrechoquent, de nos respirations haletantes, emplit la pièce silencieuse. Je saisis ses hanches, le ramenant contre moi à chaque coup de rein, cherchant à m'enfoncer toujours plus loin, là où l'on ne fait plus qu'un. Livio est transporté, ses propres mains cherchant mes bras, mes épaules, ses ongles s'enfonçant dans ma peau. La jouissance monte en moi, une vague immense qui menace de tout engloutir.
Je change de position, le ramenant sur moi, ses jambes enserrant ma taille. Nous faisons l'amour face à face, nos regards soudés, nos âmes s'exprimant à travers ce langage de chair brute. Je vois le plaisir déformer ses traits, je sens son cul se resserrer sur ma queue à chaque poussée. Je sens le point de non-retour approcher. J'accélère encore, mes mouvements deviennent erratiques, urgents, dictés par un besoin de fusion totale.
— Maintenant, Ruben ! Fais-le maintenant ! crie-t-il, le corps arqué, les muscles tendus à rompre.
Dans une ultime poussée, je décharge mon sperme au plus profond de lui, une chaleur liquide qui se répand en lui, tandis que Livio, dans le même instant, éjacule violemment sur mon torse. Son sperme chaud gicle sur ma peau, marquant notre réunion. Son corps est secoué par des spasmes de plaisir pur qui durent une éternité.
Nous retombons ensemble sur le matelas, nos corps enchevêtrés, baignés de sueur et de semence. Le silence revient, seulement troublé par nos souffles qui peinent à retrouver leur calme. Je ramène Livio contre moi, mon bras entourant ses épaules. Nous restons ainsi, immobiles, savourant la réalité de cette étreinte. Livio pose sa tête sur mon torse, juste au-dessus des traces de son plaisir, écoutant le rythme de mon cœur qui ralentit doucement.
— On a perdu tellement de temps, Ruben, murmure-t-il, sa voix chargée de tous les regrets accumulés.
Je dépose un baiser sur le sommet de sa tête, serrant son corps contre le mien.
— On ne le perdra plus jamais, Livio. Je te le promets. On part ensemble, peu importe où, mais ensemble.
Nous restons là, dans la pénombre de la chambre 302, à discuter de tout ce temps perdu, des malentendus et des peurs. Mais sous nos paroles, il y a surtout l'avenir. Un mois avant le grand départ. Un mois pour nous préparer, mais surtout le reste de notre vie pour ne plus jamais nous quitter.
Fin du chapitre 12.
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