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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

L'équilibre des corps — Chapitre 3

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L'équilibre des corps

Chapitre 3

Chapitre 3
La proposition de Livio reste suspendue dans l'air tiède de l'accueil, vibrant comme une note de fréquence pure dont l'écho refuse de s'éteindre. Déjeuner ensemble. Hors du studio. Hors du sanctuaire protecteur et codifié du tapis de yoga. Mon cœur, déjà mis à rude épreuve par deux heures d'une pratique intense et de contacts troublants, s'emballe de plus belle, cognant contre mes côtes avec une violence qui me fait presque mal physiquement. C'est un coup de massue, une décharge électrique qui me traverse de part en part, me laissant hébété, incapable de formuler une pensée cohérente. Je me sens soudainement exposé, vulnérable, dépouillé de la carapace de « l'élève assidu » que j'essaie désespérément de maintenir pour masquer mon désarroi.
— Euh... oui... oui, pourquoi pas. Ça serait... ça serait sympa, je finis par bafouiller, ma voix trahissant un trouble profond que j'essaie en vain de dissimuler derrière un sourire crispé et maladroit.
Livio me gratifie d'un sourire radieux, un sourire qui semble illuminer toute la pièce et lire en moi comme dans un livre ouvert. Ses yeux perçants, dont je ne peux plus ignorer l'intensité déstabilisante depuis la première séance, plongent dans les miens, me transperçant de part en part.
— Super. Laisse-moi juste deux minutes pour fermer le studio, ranger les tapis et me rincer rapidement. Installe-toi dehors si tu veux, il fait bon, me dit-il d'une voix douce mais ferme, qui ne souffre aucune contestation, comme s'il avait déjà tout planifié.
Je hoche la tête mécaniquement et je sors du studio. L'air extérieur, lourd et parfumé par la résine chaude des pins maritimes et l'odeur de la fougère séchée par le soleil, me frappe le visage, contrastant avec l'atmosphère confinée, fraîche et parfumée à l'encens de la salle de pratique. Le soleil landais, déjà haut dans le ciel, inonde la rue piétonne d'une lumière crue et aveuglante qui fait scintiller les pavés. Je m'appuie contre le mur en pierres apparentes du studio, essayant de reprendre mes esprits, de calmer les battements erratiques de mon cœur qui menace de s'échapper de ma poitrine. Je ferme les yeux un instant, l'image de Livio, son corps puissant, ses mains fermes sur ma peau, imprimée sur mes rétines.
La réalité me rattrape avec la violence d'un boomerang : Elie. Elle m'attend. Elle est probablement en train de terminer les courses au marché, de choisir les légumes frais pour notre dîner, de préparer notre week-end en amoureux, confiante et aimante, ignorant tout du séisme qui est en train de se produire en moi... Et moi, je m'apprête à partir déjeuner avec mon professeur de yoga, cet homme qui, en deux séances seulement, a réussi à ébranler toutes mes certitudes, à fissurer mes défenses les plus solides et à éveiller en moi des désirs profonds, sombres et terrifiants que je croyais enfouis à jamais sous des années de routine et de conformisme confortable.
La culpabilité me ronge l'estomac, une brûlure acide, persistante, corrosive. Je me sens monstrueux, abject, indigne d'elle. Je dois l'appeler. Je ne peux pas ne pas l'appeler. C'est impensable, impossible, ce serait une trahison trop grande. Je sors mon téléphone d'une main tremblante, mes doigts glissant sur l'écran humide de sueur. Je cherche son nom dans mes contacts. Le petit cœur à côté de son nom, symbole de notre amour et de notre complicité, me fait l'effet d'un coup de poignard en plein cœur. Je me sens lâche.
Je m'isole un peu plus loin, près d'un grand bac à fleurs rempli de géraniums rouges éclatants, pour ne pas être entendu par d'éventuels passants ou par Livio s'il sortait plus tôt que prévu. Je prends une immense inspiration, essayant de calmer le tremblement de ma voix. J'appuie sur « Appeler ». Chaque tonalité résonne comme un glas dans ma tête, amplifiant mon angoisse.
— Allô, mon cœur ? La voix d'Elie est douce, enjouée, pleine de cette confiance aveugle qui me torture le cœur. Ça y est, ta séance de deux heures est finie ? Tu n'es pas trop cassé ?
— Salut Elie... Oui, ça vient de se terminer. Non, ça va, je me sens... bien. Un peu fatigué, mais bien. Je bafouille, ma gorge est atrocement sèche, les mots s'accrochent, j'ai l'impression que chaque syllabe trahit mon mensonge.
— Super ! Tu rentres ? J'ai presque fini au marché, j'ai pris des asperges magnifiques et de la ventrèche pour ce midi. Je pensais qu'on pourrait manger tranquillement en terrasse et ensuite...
— Écoute, Elie... Je l'interromps, le ton un peu trop brusque, me sentant mourir de honte. Je... je ne vais pas rentrer tout de suite pour déjeuner.
Un silence pesant s'installe à l'autre bout du fil. Un silence qui me glace le sang, un silence chargé de questions muettes.
— Ah bon ? Il y a un problème ? Sa voix est devenue instantanément plus inquiète, plus distante, dépouillée de sa joie habituelle.
— Non, non, pas du tout. C'est juste que... j'ai eu une discussion prolongée avec le prof après la séance. Livio. Sur ma pratique, sur mes blocages au niveau du dos, sur la respiration... Il... il m'a proposé de continuer la discussion autour d'un déjeuner rapide. C'est... c'est important pour moi de comprendre comment progresser, tu vois ? Pour ne plus avoir mal, pour vraiment profiter des bienfaits du yoga.
Je mens, le visage brûlant, la sueur coulant le long de mes tempes, utilisant ma santé et le yoga comme une excuse fallacieuse, un bouclier lâche et méprisable derrière lequel je me cache.
Un autre silence, encore plus long cette fois. Je me sens comme le pire des criminels, en train de trahir la femme que j'aime, de briser notre confiance pour un fantasme, pour une attirance interdite.
— D'accord... Si c'est pour ton dos et ta pratique... Elie finit par dire, sa voix trahissant une déception évidente, mêlée à une pointe de suspicion que je feins de ne pas remarquer, de peur de m'effondrer. C'est... c'est bien que tu t'investisses autant. Ne rentre pas trop tard, alors. On a des choses à préparer pour demain.
— Non, non, t'inquiète. Juste le temps de manger un morceau et de discuter un peu. Je t'embrasse fort.
— Moi aussi. À tout à l'heure.
Je raccroche, le cœur battant la chamade, une nausée me submergeant. J'ai réussi à lui mentir. Pour la toute première fois en seize ans de vie commune, j'ai sciemment menti à Elie pour aller voir un autre homme. Je me sens sale, abject, indigne de son amour. Mais en même temps, sous cette couche de culpabilité étouffante, une excitation sombre et puissante, une électricité interdite me parcourt l'échine, m'enflamme. Le désir, sauvage et irraisonné, est en train de gagner la bataille contre ma conscience. Je suis terrifié par ce que je suis en train de devenir.
La porte du studio s'ouvre. Livio apparaît. Il s'est changé. Il a troqué sa tenue de yoga pour une tenue de ville qui me coupe le souffle, tant elle souligne son charisme et sa beauté brute, loin de l'ascétisme du studio. Il porte un short en jean délavé, un peu usé, qui moule ses cuisses puissantes et musclées, révélant ses genoux écorchés par des années de pratique. Mais c'est sa chemisette qui attire immédiatement mon regard, m'hypnotisant. C'est une chemisette en lin d'un blanc cassé, à manches courtes, d'un tissu incroyablement fin, presque éthéré. Le soleil de midi passe à travers, rendant la matière quasiment transparente, révélant l'ombre de son torse musclé, le dessin de ses pectoraux, la ligne sombre de ses abdominaux, et même le grain de sa peau mate. Ses cheveux longs sont toujours attachés en un chignon haut, dégageant son cou puissant et sa nuque gracile.
Et à ses pieds, des baskets blanches impeccables, propres, nettes, qui contrastent avec son look décontracté et ajoutent une touche de modernité à sa silhouette athlétique.
Je suis foudroyé par son allure, par cette sensualité sauvage qui émane de lui sans effort apparent. Il s'avance vers moi, son sac de sport à l'épaule, ses baskets blanches crissant légèrement sur le sol pavé.
— C'est bon, on peut y aller ? me demande-t-il, son regard soutenu, presque amusé par mon trouble évident, planté dans le mien.
Je hoche la tête silencieusement, incapable de prononcer un mot cohérent, ma gorge nouée.
Nous commençons à marcher côte à côte dans les rues piétonnes, vers le restaurant « Le Jardin des Saveurs ». Le soleil tape fort, la chaleur est lourde, écrasante, parfumée par l'odeur de la résine chaude et de la fougère séchée. La proximité est électrisante, insupportable. Je suis hyper conscient de son corps contre le mien, du balancement de ses bras qui frôlent les miens, de son odeur musquée, puissante, mêlée à la senteur fraîche du lin et à l'encens de la séance qui imprègne encore sa peau.
Mon corps est encore vibrant, douloureux et délicieusement détendu à la fois, des sensations de la séance de deux heures. Le souvenir de ses mains fermes et chaudes sur ma peau, de son torse puissant collé contre mon dos, de la pression de son corps contre le mien lors des ajustements... tout remonte à la surface, m'envahit. J'ai la chair de poule sur tout le corps malgré la chaleur accablante. Je me sens comme un adolescent, maladroit, gauche, dépassé par mes propres émotions.
Les conversations sont légères au début, insignifiantes – le beau temps, la chaleur, la beauté de la région – mais elles sont teintées de sous-entendus tactiles et visuels que je ne peux ingorer. Livio commente ma démarche, plus fluide selon lui, la façon dont je tiens mes épaules, moins voûtées. Chaque remarque est une caresse invisible, un rappel de l'intimité partagée sur le tapis.
— Tu marches différemment, Ruben. Plus ancré. On sent que la séance de ce matin t'a fait du bien. Ton corps commence à se souvenir de comment fonctionner sans tension. C'est le début d'un long chemin, mais tu progresses vite, me dit-il, sa voix douce mais ferme, qui résonne en moi comme une caresse troublante.
Ses mots résonnent en moi, troublants. Mon corps se souvient surtout de son contact, de sa force, de son odeur.
— J'espère... J'ai encore beaucoup de mal à lâcher prise, à ne pas me crisper, je réponds, cherchant mes mots, essayant de paraître détaché, de ne pas trahir le chaos qui règne en moi.
— C'est normal. C'est le travail de toute une vie. Le yoga n'est pas une performance, c'est une exploration de soi. Accepter ses limites, ses peurs, ses désirs... C'est ça, la vraie force. Parfois, il faut accepter de se perdre pour se trouver vraiment.
Je le regarde, surpris par la profondeur de ses paroles. Ses yeux sont perçants, intenses, ils semblent lire en moi comme dans un livre ouvert. Je me sens mis à nu.
Nous arrivons devant le restaurant, « Le Jardin des Saveurs ». C'est un petit établissement charmant, discret, avec une terrasse ombragée par une treille de vigne vierge et de glycines en fleurs. L'ambiance est calme, intime, loin de la foule du marché. Quelques tables sont occupées par des locaux ou des habitués. Nous nous installons à une table retirée, dans un coin frais, face à face. La nappe est en lin brut, une petite bougie allumée diffuse une lumière douce malgré le jour.
Livio parcourt la carte avec aisance. Il commande des plats bio et sains, en accord parfait avec sa philosophie de vie : une salade de quinoa rouge aux légumes grillés du soleil et un poisson vapeur aux herbes de la garrigue. J'imite ses choix, incapable de me concentrer sur le menu, mes yeux rivés sur lui, sur la transparence troublante de sa chemisette qui laisse deviner son corps musclé, sur la force tranquille qui émane de lui.
La conversation dévie rapidement de la pratique du yoga vers des sujets plus personnels. Livio pose des questions directes, sans détour, sur ma vie, sur mon travail de cadre supérieur, sur mes responsabilités, sur ma relation avec Elie. Son regard soutenu, perçant, ne me quitte pas une seconde, m'hypnotisant. Il est très tactile, sa main frôlant souvent la mienne sur la nappe, son genou touchant le mien sous la table, me donnant des frissons. Je suis totalement déstabilisé par sa proximité, par son charisme, par cette attraction irrépressible que je ressens pour lui.
— Ça fait longtemps que tu es avec Elie ? me demande-t-il, sa voix douce mais ferme, ses mains posées sur la nappe, tout près des miennes, son pouce caressant doucement le dos de ma main.
— Euh... oui, seize ans de vie commune maintenant, je réponds, surpris et déstabilisé par sa franchise. Seize ans... c'est une relation solide, basée sur la confiance et le respect.
— Seize ans... C'est une belle histoire. Une relation solide, durable.
— Oui, c'est vrai. On a construit beaucoup de choses ensemble.
— Et est-ce que tu es heureux ? Il me jette un regard soutenu, un regard qui semble percer ma carapace.
Je reste silencieux, une fois de plus. Sa question est dérangeante, mais elle m'oblige à réfléchir. Seize ans... Est-ce que je suis heureux ? J'aime Elie, bien sûr. C'est ma compagne, mon amie, ma confidente. Mais le bonheur, c'est plus que ça. C'est cette étincelle, cette passion, cette intensité que je ressens en présence de Livio.
— Le bonheur est une quête permanente, je finis par bafouiller, fixant mon verre d'eau. On le cherche tous, non ? Parfois, il est difficile de savoir ce que l'on veut vraiment.
— Oui, c'est vrai. Mais parfois, on le cherche trop loin, alors qu'il est juste là, sous nos yeux. Il suffit d'oser tendre la main, d'accepter ce que la vie nous offre. Parfois, il faut savoir briser les règles pour trouver son propre chemin.
Ses paroles résonnent en moi, troublantes. Son visage est tout près du mien, je sens son souffle chaud. Ses mains se rapprochent insensiblement des miennes sur la table. Le trouble s'intensifie. Ses mains frôlent les miennes sur la table, ses yeux perçants rivés sur les miens, lisant mes moindres réactions. Je suis totalement déstabilisé, perdu entre culpabilité, désir et fascination. Je suis prisonnier de ses yeux bleus et de cette transparence troublante qui me laisse entrevoir son corps musclé. Il multiplie les sous-entendus sur ses désirs, sur son attirance pour moi, sur sa volonté d'aller plus loin. Je ne fais pas le lien tout de suite, je suis trop troublé, trop confus. Je prends ses paroles pour de la bienveillance, pour du professionnalisme poussé à l'extrême.
— Tu sais, continue-t-il, le yoga m'a appris l'importance d'écouter son corps, ses désirs profonds. De ne pas refouler ce que l'on ressent. C'est la seule façon d'être vraiment libre. De vivre en accord avec soi-même. Et toi, Ruben ? Qu'est-ce que ton corps te dit ? Qu'est-ce que tu ressens vraiment, là, maintenant ?
Ses questions m'effraient. J'ai l'impression qu'il lit en moi, qu'il voit tout le chaos, tout le désir que je ressens pour lui. Je suis terrifié par la vérité, par ce que je suis en train de devenir.
— Je... je ne sais pas trop, je marmonne, le visage brûlant. Je me sens... perdu.
— C'est normal de se sentir perdu. Parfois, il faut tout perdre pour se trouver vraiment.
La conversation devient de plus en plus intime, de plus en plus dangereuse. Je suis totalement captivé par Livio, par sa profondeur, par sa passion, par ce désir interdit qui me ronge. Je suis prisonnier de ses yeux bleus et de cette transparence troublante qui me laisse entrevoir son corps musclé.
— Et toi, Livio ? Tu es en couple ? je demande soudain, surpris par ma propre audace.
— Non, je ne suis pas en couple, me répond-il, son regard soutenu planté dans le mien. Mon dernier copain remontait à quelques mois déjà. C'était une belle histoire, mais nous voulions des choses différentes.
Je le regarde étrangement, surpris par sa franchise. Un copain ? Livio est gay ? Je suis totalement déstabilisé par cette révélation. Gay. Livio est gay. Et il ne s'en cache pas. Je me sens submergé par une vague de panique et d'excitation mêlées. Je rougis violemment, je bafouille, je perds totalement contenance.
— Euh... oui... oui, je comprends. C'est... c'est courageux d'être authentique, je finis par lâcher, la voix un peu tremblante, incapable de trouver une réponse plus appropriée.
Livio me sourit, un sourire plein d'une compréhension amusée et provocatrice qui m'énerve et m'attire irrésistiblement.
— Courageux ? Non, juste vital. Je ne peux pas vivre dans le mensonge, dans la peur. C'est la seule façon d'être vraiment libre. De vivre en accord avec soi-même. Et toi, Ruben ? Tu es courageux ? Tu es prêt à vivre ta propre vérité ?
Ses questions m'effraient. J'ai l'impression qu'il lit en moi, qu'il voit tout le chaos, tout le désir que je ressens pour lui. Je suis terrifié par la vérité, par ce que je suis en train de devenir.
— Je... je ne sais pas, je marmonne, le visage brûlant. Je me sens... perdu.
Le déjeuner se termine. Livio propose de me raccompagner jusqu'à ma voiture, garée un peu plus loin. Le trajet est silencieux, chargé d'une tension palpable, insupportable. Je sens sa présence près de moi, son odeur, la chaleur de son corps qui émane à travers la fine chemisette en lin. Chaque pas est une torture, une tentation. Il est très tactile, sa main effleurant souvent mon bras, son épaule touchant la mienne, me donnant des frissons. Je suis totalement déstabilisé par sa proximité, par son charisme, par cette attraction irrépressible que je ressens pour lui.
Arrivés à la voiture, Livio se rapproche de moi. Ses mains se posent doucement mais fermement sur mes épaules. Le contact est électrique, m'envahit totalement. Nos visages sont tout près, je vois chaque détail de sa peau mate, le grain de sa barbe naissante, ses lèvres pulpeuses, ses yeux perçants. Son souffle chaud me donne des frissons. Je suis incapable de bouger, de parler. Mon cœur bat à tout rompre. J'ai envie de l'embrasser passionnément, de tout oublier, Elie, mon mariage, ma vie... Mais je pense à Elie. Seize ans...
Livio s'éloigne doucement, ses mains glissent le long de mes bras, m'abandonnant à mon trouble.
— À samedi prochain, Ruben. Même heure, même endroit. Je t'attends avec impatience. Et repose-toi bien ce week-end. N'oublie pas d'écouter ton corps.
Je monte dans ma voiture, le corps épuisé mais électrisé. Je roule lentement vers l'appartement, les images du déjeuner tournant en boucle dans ma tête… Son charisme, son corps, son regard… Et cette intimité entrevue sous sa chemisette en lin… Et Elie... Seize ans... J'aime Elie, je ne veux pas la perdre. Mais je suis perdu, désemparé, écartelé entre mon amour pour Elie et cette fascination pour Livio qui me submerge. Je suis terrifié par ce que je suis en train de devenir.
Je rentre chez moi, épuisé mais électrisé. J'évite le regard d'Elie, m'enferme dans la chambre pour me reposer. Le souvenir des mains de Livio sur mon corps, de son torse contre mon dos, de son sexe entrevu sous son short large le matin même... hante mes pensées. La chair de poule revient. La culpabilité me ronge l'estomac. Je suis perdu, désemparé, écartelé entre mon amour pour Elie et mon désir pour Livio.
Le dimanche s'étire, lourd et poisseux, comme si le temps lui-même refusait de s'écouler. Je m'éveille avec une migraine sourde qui me barre le front, vestige d'une nuit agitée, hantée par des rêves fragmentés où se mêlaient le visage d'Elie, le sourire provocateur de Livio et la transparence troublante de sa chemisette en lin. La culpabilité, cette vieille amie toxique, s'installe confortablement sur ma poitrine dès que j'ouvre les yeux, m'empêchant de respirer librement. Je reste prostré, fixant le plafond blanc, écrasé par le poids de mes propres secrets.
Le claquement sec de la porte d'entrée, un peu plus tard, résonne comme un coup de grâce. Elie est parti rejoindre son amie Claire pour la journée. Seul. Le mot vibre en moi, un mélange effrayant de soulagement coupable et de panique pure. J'ai la journée entière devant moi. Une journée pour me reposer, officiellement. Une journée pour sombrer, officieusement, dans les méandres de mon obsession.
Je me traîne jusqu'au salon et je me laisse tomber sur le canapé, le corps lourd, l'esprit en lambeaux. La fatigue de la séance de deux heures de la veille tire encore dans mes muscles, une raideur diffuse que je ne déteste pas totalement, car chaque élancement me rappelle son contact, sa force, son odeur musquée. Mais c'est la fatigue mentale qui m'épuise le plus, un épuisement moral qui me consume. Mon esprit est un champ de bataille dévasté où s'affrontent mon amour rationnel pour Elie, seize ans de vie commune, de projets, de complicité, et cette attraction irrationnelle, sauvage, pour Livio.
Je ferme les yeux, mais le noir n'apporte aucun repos. L'image de Livio s'impose instantanément, brutale, obsédante. Je revois son charisme, sa profondeur, cette façon qu'il a de me regarder comme s'il lisait en moi. Et sa tenue d'hier... cette chemisette en lin blanc cassé, si fine que le soleil de midi la rendait quasiment transparente. Je revois distinctement l'ombre de son torse musclé, le dessin de ses pectoraux, la ligne de ses abdominaux, et même le grain de sa peau mate. Son chignon haut dégageant son cou puissant. Mon corps réagit malgré moi, une chaleur subite m'envahit, mon cœur s'accélère. J'ai la chair de poule sur tout le corps.
C'est une obsession. Je dois me rendre à l'évidence. Je ne peux plus le nier. Je suis fasciné par cet homme. Fascine par sa philosophie de vie, par sa liberté, par cette authenticité qu'il revendique avec tant d'assurance. Je compare ma vie, stressante, codifiée, pleine de responsabilités, à la sienne, qui me semble si pure, si connectée à l'essentiel. Je me sens piégé, étouffé par mes propres choix.
Je lutte contre la tentation de sortir mon téléphone. Je me raisonne. « Arrête, Ruben. Tu es un homme marié, tu aimes ta femme. C'est juste un prof de yoga. » Mais les mots sonnent creux, futiles face à l'intensité de ce que je ressens. La curiosité est trop forte. J'ai besoin de savoir, de voir, de comprendre qui il est vraiment, au-delà du studio.
Je craque. Mes doigts glissent sur l'écran, ouvrent Instagram. La tentation est plus forte que la raison. Je tape « Lotus & Souffle ». Le profil du studio apparaît. Je parcours les photos. Livio pratiquant des postures complexes avec une grâce incroyable, son corps puissant et souple figé dans l'effort. Livio en voyage, souriant, radieux. Livio avec des élèves, attentif, bienveillant. Je cherche des indices, des traces de sa vie personnelle.
Je finis par trouver son profil personnel. « Livio_Yoga_Life ». Le profil est public. Je l'analyse sous toutes les coutures. Je remonte le fil des publications. Des photos de lui, de ses amis, de ses passions. Je tombe sur des photos plus anciennes. Livio avec un autre homme. Un homme plus jeune, plus mince, plus... éphèbe. Son ex-copain. Ils ont l'air heureux, complices, amoureux. La révélation du déjeuner me frappe de nouveau de plein fouet. Gay. Livio est gay. Et il aimait cet homme.
Une jalousie violente, irrationnelle, me transperce le cœur. Je me sens exclu, étranger à ce monde qu'il décrit si bien. J'envie cet homme qui a partagé sa vie, qui a connu son intimité. Je me sens ridicule, pathétique, d'éprouver de tels sentiments pour un homme que je connais à peine, alors que j'ai une femme merveilleuse qui m'attend. Je suis perdu, désemparé, prisonnier de cette obsession qui me ronge, m'envahit. La solitude de l'appartement m'oppresse, amplifie mon trouble.
Je reste scotché sur ces photos pendant des heures, incapable de décrocher. J'analyse les moindres détails, les commentaires, les likes. Je cherche des signes, des indices. Je suis perdu, désemparé, prisonnier de cette obsession qui me ronge. Je finis par oser l'impensable. J'envoie un message privé à Livio. Un message « innocent » sur une posture que nous avons travaillé la veille, utilisant le yoga comme une excuse pour entrer en contact avec lui. « Bonjour Livio, j'ai essayé de refaire la posture du Pigeon ce matin, mais je me sens encore très crispé. Aurais-tu un conseil pour m'aider à lâcher prise ? Merci encore pour le déjeuner d'hier, c'était vraiment sympa. » J'appuie sur « Envoyer », le cœur battant la chamade, sentant que je viens de franchir une nouvelle ligne, une ligne dangereuse.
La réponse de Livio est immédiate, flirteuse, pleine de sous-entendus que je feins de ne pas remarquer, de peur de m'effondrer. « Bonjour Ruben ! C'est normal que ça tire. Le Pigeon est une posture d'ouverture intense. N'oublie pas de respirer profondément, d'envoyer de la détente dans tes hanches à chaque expiration. Et surtout, ne force rien. Laisse ton corps s'ouvrir à son rythme. Ravi que le déjeuner t'ait plu. C'était un plaisir de partager ce moment avec toi. » Une discussion s'engage, rapide, addictive. Nous parlons de yoga, de philosophie, de la vie... Livio est drôle, charmant, captivant. Il multiplie les allusions sur ses désirs, sur son attirance pour moi, sur sa volonté d'aller plus loin. Je ne fais pas le lien tout de suite, je suis trop troublé, trop confus. Je prends ses paroles pour de la bienveillance, pour du professionnalisme poussé à l'extrême. Je me sens comme un adolescent devant son premier amour, totalement démuni, désarmé.
Plus l'après-midi avance, plus la discussion devient intime, et plus la panique monte. Seize ans...
Seize ans avec Elie. Je ne peux pas tout gâcher pour une pulsion, pour une fascination déplacée. Je dois réagir. Je dois casser cette dynamique avant qu'il ne soit trop tard. C'est alors que l'idée me vient, comme une bouée de sauvetage : trouver un autre cours. Une solution rationnelle, pragmatique. Un moyen de me « soigner » de cette obsession tout en continuant à prendre soin de mon dos. Je me jette sur mon ordinateur, cherchant fébrilement des cours de yoga plus « conventionnels », plus loin, dans une autre ville. Je tape « Hatha yoga classique », « Yoga thérapeutique ». Je cherche une salle impersonnelle, un professeur qui ne me touchera pas, qui ne me regardera pas comme Livio. J'en trouve un, le mercredi soir, à Dax, à quarante minutes de route. « Yoga Traditionnel – Centre Aliénor ». La description est fadasse, rassurante. Je m'inscris, payant la séance à l'unité. C'est mon plan de fuite.
Le lundi et le mardi passent comme dans un brouillard. Au bureau, je suis incapable de me concentrer. Les réunions me semblent futiles, les dossiers inintéressants. L'image de Livio s'immisce partout. Je compare ma vie professionnelle stressante à sa philosophie de vie, à sa liberté. Je me sens piégé, étouffé. À l'appartement, la tension est palpable. Elie sent que je suis distant, elle pose des questions, s'inquiète pour mon dos, suggère de changer de professeur si les séances sont si « fatigantes ». Je bafouille des réponses évasives.
Le mercredi soir arrive enfin. Je prends la route pour Dax, plein d'espoir, me persuadant que ce cours va tout effacer. « Centre Aliénor ». La salle est située dans un immeuble moderne, sans âme. L'ambiance est froide, impersonnelle. Nous sommes une quinzaine, la moyenne d'âge est élevée. Le professeur, un homme d'une cinquantaine d'années aux gestes secs, commence la séance sans un mot, sans même nous regarder. La pratique est fadasse, ennuyeuse. Pas de fluidité, pas de respiration consciente, juste une succession de postures tenues trop longtemps, sans ajustement. Je me sens ridicule.
Tout au long de la séance, la comparaison avec Livio est brutale, douloureuse. Je cherche désespérément la fluidité, la bienveillance, l'intensité que j'ai ressenties au studio « Lotus & Souffle ». Je cherche son contact, la chaleur de ses mains sur mon corps, la pression de son torse contre mon dos lors de la posture du Pigeon. Le contact me manque. Je réalise avec une clarté effrayante que ce n'est pas le yoga que je cherche, mais Livio. Sa profondeur, son charisme, son magnétisme auquel je suis incapable de résister.
Je sors du cours annulé, déçu, frustré, plus perdu que jamais. J'ai froid. Mon plan de fuite a échoué lamentablement. Je remonte dans ma voiture, le cœur lourd. Je craque. J'ouvre l'application SMS. Je tape son nom. « Bonjour Livio, j'ai finalement hâte d'être à samedi pour la séance. À samedi. Ruben. » J'appuie sur « Envoyer » avant de me raviser. Le piège se referme. Je suis perdu, désemparé, écartelé entre mon amour pour Elie et cette fascination pour Livio qui me submerge. Je suis terrifié par ce que je suis en train de devenir.
Fin du chapitre 3.
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