Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Fièvre animale — Chapitre 3
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Fièvre animale
Chapitre 3
La berline allemande fend l'obscurité naissante de la Côte d'Azur, ses phares au xénon balayant les lacets sinueux qui montent vers les hauteurs de Grasse. À l'intérieur, l'atmosphère est devenue une étuve étouffante, une cage de verre et de cuir saturée par une électricité purement biologique. Je suis littéralement vissé à mon siège. Mes mains, blanches de tension, sont agrippées au plastique de la portière d'un côté, et serrent convulsivement la sangle de ma ceinture de sécurité de l'autre, comme si cet ancrage dérisoire pouvait m'empêcher de sombrer.
Mon corps n'est plus qu'un immense brasier. La température grimpe en flèche, seconde après seconde, propageant une moiteur fiévreuse qui colle ma chemise en lin à mon torse et fait perler des gouttes de sueur le long de nos tempes. C'est une crise hormonale d'une violence inouïe, un tsunami interne qui s'enclenche concrètement, balayant ma raison cartésienne, mes repères de parfumeur, tout mon univers logique, pour me livrer aux pulsions primitives de mes muscles et de mon sang.
Complètement dépassé par cette fièvre interne qui m'embrase les poumons, je cherche désespérément à rationaliser par la parole. Pour mon esprit éduqué dans le culte de la science des odeurs et des compositions chimiques, les concepts mystiques « d'Alpha » et « d'Oméga » n'ont aucun sens logique. C'est une absurdité, un délire de fou ou une hallucination due à une insolation. J'ai besoin de mots, de diagnostics, de certitudes médicales. Je tourne mon visage baigné de sueur vers le profil imperturbable de mon patron, exigeant de savoir, de comprendre la nature exacte du mal qui me ronge.
— Attendez... stop. Vous venez de me dire que j'étais un Oméga ? C'est quoi ce délire, Damian ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Qui êtes-vous exactement ? Je... j'ai tellement chaud, qu'est-ce qui m'arrive ?
Ma voix se brise sur le prénom de mon supérieur, tremblante, coupée par un souffle court et brûlant qui trahit mon agonie.
Impérial au volant, Damian Vance gère la crise sans ciller, ses grandes mains d'une stabilité parfaite sur le cuir du volant. Les reflets du tableau de bord éclairent ses traits de marbre et ses yeux noirs, totalement dilatés, qui surveillent la route avec une concentration de prédateur. C'est alors qu'il m'assène une vérité troublante, d'une voix basse, grave et presque hypnotique, qui vibre jusque dans la moelle de ses os :
— Je suis un Alpha, Nate. Et ce que tu ressens là, cette fièvre qui commence à t'engourdir, ce n'est rien. Ce ne sont que les prémices de tes premières chaleurs. Tu n'as encore rien vu de ce que ton corps va réclamer. Reste calme, je t'explique tout dès qu'on arrive chez moi. Là-bas, tu seras en sécurité.
Je laisse échapper un gémissement faible, enfonçant ma tête contre l'appui-tête. La voiture continue de grimper, s'enfonçant dans les pinèdes sombres, loin de la rumeur de la ville, actant le début d'un voyage vers l'inconnu.
L'arrivée au domaine marque visuellement l'immense puissance financière et sociale du boss, tout en accentuant ma vulnérabilité à mesure que ma crise s'intensifie. La voiture ralentit devant une immense barrière de fer noir, encastrée dans de hauts murs de pierre qui découragent tout regard indiscret. Dans le silence de la nuit de juin, le bruit sourd et mécanique du grand portail électrique qui se referme derrière la berline résonne comme le clic d'une serrure. C'est le symbole ultime et terrifiant du huis clos.
La berline remonte une longue allée privée, bordée de cyprès sombres, avant de déboucher sur la découverte de la propriété : une immense villa contemporaine aux lignes épurées, faite de béton brut, de verre et d'acier. Perchée sur les hauteurs, totalement coupée du reste du monde, elle ressemble à une forteresse de luxe suspendue au-dessus du vide.
Lorsque le moteur s'éteint, le silence qui s'abat sur l'habitacle est presque douloureux pour moi. Terrassé par les vagues de chaleur successives qui me tordent l'estomac, je tente d'ouvrir ma portière, mais mes jambes, transformées en coton, fléchissent immédiatement sous mon poids. J'aurais percuté le gravier de l'allée si Damian n'avait pas été là. En une fraction de seconde, mon patron est à mes côtés. Sans hésiter, il passe un bras puissant sous mes genoux et un autre derrière mon dos, me soulevant sans le moindre effort pour franchir le seuil de la demeure.
L'entrée dans le salon provoque chez moi un véritable choc visuel, malgré le voile de fièvre qui embrume ma vue. Les volumes sont gigantesques, caractérisés par des plafonds immenses d'une hauteur cathédrale et de monumentales baies vitrées qui dominent les lumières scintillantes de la ville de Grasse en contrebas, semblable à un tapis de diamants lointains. Le mobilier, composé de canapés en cuir précieux, de tables en bois fossilisé et de matériaux nobles et sombres, respire une opulence froide et masculine. C'est l'antre d'un homme richissime, un territoire conquis et dominé, et moi, déposé délicatement sur l'immense canapé central, je m'y sens immédiatement piégé, minuscule et à la merci du maître des lieux.
C'est à cet instant précis que la scène bascule dans sa dimension la plus brute. Dès que Damian m'a déposé sur le cuir noir, l'air de la pièce change de texture. L'habitacle de la villa est entièrement saturé par les phéromones naturelles de Damian, un sillage qui n'est plus filtré par les conventions sociales du bureau : une odeur riche de bois de cèdre brûlé, de cuir précieux et d'ambre chaude, musquée et enveloppante.
Pour ma biologie naissante, cette odeur d'Alpha agit comme un détonateur, un signal d'allumage pour les récepteurs secrets de mon corps. Une vague de chaleur liquide, d'une violence sismique, part de la base de ma colonne vertébrale pour venir frapper de plein fouet mon bas-ventre. Mes muscles deviennent totalement mous, vidés de toute force, tandis que ma respiration se raccourcit en petits hoquets paniqués.
Soudain, je ressens une sensation totalement inconnue, intime et terrifiante : une production hormonale intense déclenche l'excrétion d'un fluide qui commence à couler abondamment de mon bas-ventre le long de mes cuisses, trempant mes sous-vêtements d'une moiteur indécente. Complètement paniqué et horrifié par ce que mon propre corps fabrique à mon insu, je glisse une main tremblante à l'intérieur de mon pantalon, cherchant à tâtons la source de cette humidité suspecte. Mes doigts entrent en contact avec la substance. Lorsque je ressors ma main et que je l'approche de mes yeux embrumés par la fièvre, je découvre avec stupeur la texture et la couleur de ce liquide : il est parfaitement transparent, translucide et visqueux, glissant entre mes doigts comme une huile chaude. Des larmes de détresse franchissent enfin la barrière de mes cils devant cette anomalie médicale.
À l'instant même où cette sécrétion s'échappe de mon corps, l'air ambiant change radicalement. Damian, dont les sens d'Alpha sont aiguisés à l'extrême, capte instantanément la signature olfactive de ce fluide. Son nez frémit, ses yeux s'encrent d'une lueur sombre et prédatrice. Attiré de façon magnétique par mes phéromones de miel lourd et de vanille sauvage qui viennent de saturer l'espace, il perd tout son sérieux professionnel. Il brise la distance, monte sur le canapé et vient se positionner juste au-dessus de moi, me piégeant sous sa masse imposante.
Ses yeux dévorent ma silhouette tremblante alors qu'il se penche pour me humer avec une avidité sauvage. C'est alors que, d'un geste ferme et possessif, il saisit mon poignet. Je pousse un hoquet de surprise lorsqu'il lève ma main encore humide vers son visage. Sous mon regard pétrifié, Damian entrouvre les lèvres. Totalement pris de court, paniqué par cette audace inconcevable de la part de mon supérieur, je balbutie dans un souffle terrifié :
— Damian... mais qu'est-ce que vous faites ?!
Sans me répondre, ignorant ma protestation, il passe lentement sa langue sur mes doigts, léchant le liquide translucide pour en goûter la texture et la pureté. Un frisson d'épouvante et de plaisir interdit me traverse de part en part devant cette intimité brute, presque animale, qui piétine toutes les règles.
Complètement enivré, Damian abandonne sa voix de boss pour un ton rauque, fiévreux, lourd d'un désir retenu depuis trop longtemps. Rassemblant le peu d'énergie qui me reste, je tente faiblement de repousser ce mur de muscles avec mon autre main, les yeux brillants de panique :
— Damian... éloignez-vous... S'il vous plaît. Qu'est-ce qui se passe ? Il y a... il y a un liquide bizarre qui coule... Je viens de toucher, c'est complètement transparent et chaud... Qu'est-ce que mon corps fabrique ? C'est... c'est impossible !
Damian ancre son visage encore plus profondément dans le creux de mon cou, respirant mon parfum à pleins poumons, sa voix rauque vibrant contre ma peau :
— Ton corps ne dysfonctionne pas, Nate... Regarde-moi. Écoute, mon Dieu ce que tu sens bon... Ce fluide translucide que je viens de goûter, c'est ta lubrification naturelle. Ton gène d'Oméga s'est réveillé, et cette substance sert à ce que je puisse te prendre sans te faire de mal. Tu es en train de t'ouvrir pour ton Alpha, Nate... et ton odeur me rend complètement fou.
Je secoue la tête de gauche à droite sur le cuir, luttant contre le plaisir honteux que ses paroles provoquent en moi.
— Non... non, c'est faux ! hoqueté-je, la gorge nouée. Je... je ne comprends rien à vos mots... C'est quoi... qu'est-ce que c'est qu'un Oméga ? Et un Alpha ? Expliquez-moi, je vous en supplie, ma tête va exploser ! Je ne suis pas comme ça... Je n'ai jamais été attiré par les hommes, Damian ! Jamais ! Les hommes ne me font rien... Mais là... avec vous... je ne comprends pas ce qui m'arrive, je me dégoûte !
Damian redresse lentement le buste, ses yeux sombres fixés sur mes lèvres entrouvertes et humides, son souffle court caressant mon visage. Prenant conscience de ma détresse psychologique totale, il prend une profonde inspiration pour calmer le grondement qui monte dans sa propre poitrine.
— Écoute-moi attentivement, Nate. Ce n'est pas une question d'homosexualité ou d'hétérosexualité. C'est une question de second genre. Au-dessus de notre condition d'hommes, il existe une vérité biologique mais ancienne, partagée par une infime partie de la population mondiale. Les Alphas sont les dirigeants, les protecteurs, ceux qui possèdent l'instinct de domination et la force. Nous sommes faits pour revendiquer, pour guider. Et les Omégas... les Omégas sont les êtres les plus précieux de notre monde. Vous êtes les seuls capables de calmer un Alpha, de porter la vie d'une manière unique, d'exsuder ces phéromones qui créent le lien parfait. Tu n'as jamais été attiré par les hommes parce que tu n'avais jamais rencontré ton Alpha, et que ta nature dormait. Ce que tu ressens pour moi, ce n'est pas de la volonté, c'est ton instinct qui reconnaît son double.
Je fixe le plafond, les yeux écarquillés, mon cerveau de scientifique essayant d'assimiler ces concepts qui semblent sortir d'un traité de biologie fantastique.
— Mais... mais c'est génétique ? Est-ce que je deviens fou ? Mes parents... mes parents sont tout à fait normaux ! Mon père est comptable, ma mère est institutrice... Ils n'ont pas d'odeurs, ils n'ont pas ces délires de chaleurs ! On fait partie d'une famille... d'une famille d'Omégas ou je ne sais quoi ? C'est impossible, je le saurais !
Un sourire teinté d'une immense compassion et d'une fascination sans borne s'étire sur les lèvres de Damian, alors que sa main descend caresser doucement ma joue brûlante.
— Tes parents sont des Bêtas, Nate. Des humains normaux, qui composent quatre-vingt-dix-neuf pour cent de la population. Le gène de l'Oméga peut sauter des générations, rester endormi pendant des siècles dans le sang d'une lignée. Ce sont peut-être tes ancêtres, il y a des centaines d'années, qui portaient ce sang royal. Aujourd'hui, à cause d'un choc, d'une maturité tardive ou simplement parce que nos chemins se sont croisés et que mon sillage d'Alpha a réveillé ce qui coulait en toi, ton corps a décidé de se révéler. Tu es un Oméga récessif, Nate. Un miracle de la nature.
Je laisse couler de nouvelles larmes. La dualité en moi est insupportable. D'un côté, mon esprit rejette cette folie avec force, refusant de s'avouer vaincu par cette prétendue nature d'Oméga. De l'autre, mon corps me trahit de la plus horrible des manières : l'odeur de cèdre et d'ambre de Damian agit comme une drogue dure, provoquant de profonds spasmes de plaisir dans mon bas-ventre, augmentant encore le flux de ce liquide translucide et chaud qui macère entre mes cuisses. Je déteste cette faiblesse, je déteste ce désir sauvage qui me pousse à vouloir attraper la nuque de Damian pour coller nos corps l'un contre l'autre. Je me sens sale, transformé en animal, esclave d'un homme qui, quelques heures plus tôt, n'était que mon patron distant et respecté.
Damian sent ma détresse psychologique atteindre un point de rupture. Mon odeur de miel, mêlée à l'acidité de ma panique, devient presque douloureuse à respirer pour l'Alpha, éveillant en lui un besoin féroce de me posséder, de me marquer pour faire cesser mes pleurs, mais aussi un instinct protecteur qui lui impose de reculer.
Après avoir asséné cette vérité crue et biologique qui détruit la dernière once de mon déni, Damian doit faire un effort surhumain pour s'arracher à la contemplation de mon corps offert. Ses muscles se contractent, un grognement de frustration pure s'échappe de sa gorge, et il recule d'un coup. Il se relève, la respiration lourde, le torse soulevé par des inspirations erratiques, ses yeux sombres et d'un noir d'encre brillant d'un désir sauvage.
— Je... je dois te laisser quelques minutes, Nate, dit-il d'une voix méconnaissable, étranglée par l'effort de contrôle. Je vais te chercher un verre d'eau... et je vais voir si j'ai des inhibiteurs ou des bloqueurs de phéromones dans mon cabinet médical, bien que je doute que cela fonctionne sur des premières chaleurs aussi puissantes... Reste là. Ne bouge pas.
Il fait demi-tour et s'éloigne d'un pas lourd vers l'aile est de la villa, essayant de retrouver son calme.
Cette retraite me laisse entièrement seul, pantelant sur l'immense canapé en cuir noir. Le silence de la villa contemporaine revient, pesant, oppressant. Isolé sur les hauteurs de Grasse, le corps trempé de ce fluide transparent inconnu qui continue de couler lentement, je reste terrassé par la honte, le visage enfoui dans le tissu de la veste de costume de Damian que je serre contre moi malgré moi. La réalisation est là, brutale, définitive : mon esprit a beau lutter, ma nature biologique s'est irrévocablement modifiée pour cet homme.
Allongé sur l'immense canapé en cuir noir de la villa, je suis déjà libéré de la lourde veste de costume de Damian que j'ai arrachée et rejetée loin de moi dès les premiers instants de la crise. Pourtant, mon corps reste prisonnier d'un enfer portatif. L'air ambiant de la villa, saturé par la présence permanente de mon patron, crée une atmosphère qui semble se solidifier autour de moi. Ses effluves dominants — ce sillage ultraconcentré de bois de cèdre brûlé, de cuir précieux et d'ambre chaude — me submergent à bout portant. Ils s'engouffrent par mes narines pour aller carboniser mes derniers remparts psychologiques.
Ma gorge se serre dans un spasme violent, mes poumons brûlent à chaque tentative d'inspiration, et une détresse respiratoire aiguë s'empare de mon être. L'air ne passe plus. Mes yeux, injectés de sang et brillants de l'eau de mes larmes involontaires, s'écarquillent de terreur face au vide d'oxygène. Dans des halètements rauques, brisés, je cherche désespérément à remplir ma poitrine, mes doigts s'agitant déjà mollement contre le col de ma propre chemise.
C'est à ce moment précis que Damian revient à la hâte dans le salon, tenant d'une main un verre d'eau et de l'autre un flacon d'inhibiteur puissant. Mais le remède arrive trop tard. En me voyant sur le canapé, pris de violents spasmes et amorçant un déshabillage maladroit pour tenter de respirer, son regard change du tout au tout. Inquiet et foudroyé par mon odeur naissante, il pose précipitamment le verre et le flacon sur la table basse. Il se rapproche rapidement de moi, se penchant au-dessus du canapé et tendant les mains pour essayer de me calmer.
C'est ce rapprochement immédiat, cette vague massive de chaleur et d'autorité qui émane de lui, qui déclenche l'explosion. Pris d'une panique purement physique, viscérale, dictée par le réflexe de survie le plus archaïque, je n'ai plus aucune barrière sociale ou pudique. Mes mains s'activent avec une frénésie sauvage. Mes doigts tremblants se jettent sur mon propre cou, agrippant ma cravate pour la détruire, tirant dessus jusqu'au point de rupture, avant de m'en prendre à ma chemise en lin. Dans un accès de rage et de suffocation, je fais sauter les boutons un à un, les entendant rouler sauvagement sur le sol en béton ciré. Je déchire le tissu pour mettre mon torse à nu, cherchant désespérément à refroidir ma peau qui transpire énormément.
Je ruisselle de sueur, mon corps exsudant une moiteur fiévreuse et brûlante, tandis que, tout à fait ailleurs, une tout autre substance est déjà à l'œuvre : au cœur même de mon intimité, là où mon anatomie récessive est réveillée, un fluide transparent, translucide et visqueux continue de couler en abondance, trempant mes vêtements d'une humidité chaude et d'une indécence totale.
Au milieu de cette agonie physique, ma conscience hurle face à l'effondrement de mes repères. Le choc psychologique est d'une cruauté absolue. Moi qui ai toujours mené une vie parfaitement hétérosexuelle, moi qui n'ai toujours aimé, fréquenté et désiré que les femmes, je me retrouve foudroyé, terrassé en une seconde par une pulsion sexuelle totalement étrangère, une attraction magnétique et dévorante pour un autre homme. Ma raison combat de toutes ses forces cette anomalie, refusant de s'avouer vaincue par ce gène ancestral qui vient de me destituer de mon libre arbitre.
C'est alors que la trahison de mon corps atteint son paroxysme. Complètement embrumé par les quarante degrés Celsius de fièvre qui calcinent mes pensées, mon cerveau primitif — ce noyau animal que la civilisation n'a pas réussi à effacer — prend le contrôle total de mes muscles. Il identifie paradoxalement l'homme fort, la source même de mon tourment, comme le seul et unique remède capable de stopper mon agonie. Contre ma propre volonté, alors que ma raison supérieure me crie de fuir, de me débattre, de sortir de cette maison maudite, mes membres agissent d'eux-mêmes, dictés par le besoin impérieux de l'être soumis en chaleur que je suis devenu.
Abandonnant ma position défensive, je me jette littéralement sur l'homme agenouillé au-dessus de moi. Mes mains tremblantes, brûlantes comme des tisons, s'agrippent avec une force insoupçonnée au col et au tissu de la chemise haut de gamme de mon patron. À travers l'échancrure de son col entrouvert, mes yeux fiévreux attrapent la vision de son torse légèrement poilu, une bande de poils sombres et masculins qui s'enfonce sous l'étoffe. Cette vision masculine et brute achève de briser mes dernières digues mentales. Un gémissement de besoin pur m'échappe. Tout en pleurant de frustration, de rage et de confusion, les larmes traçant de longs sillons humides sur mes tempes empourprées, je tire sauvagement sur les pans de son tissu. Mes ongles s'accrochent, et dans un mouvement d'une violence désespérée, j'arrache littéralement la chemise de Damian, faisant voler ses boutons.
Je détruis l'obstacle pour mettre son torse à nu, cherchant frénétiquement à coller mon propre torse fiévreux et transpirant contre sa peau et cette pilosité qui me semblent être la seule source de salut de l'univers, alors même que ce fluide translucide continue de couler, traçant sa course secrète et brûlante à la racine de mes cuisses.
En me voyant suffoquer, me débattre comme un animal pris au piège, puis détruire sa propre chemise en pleurant de résistance et de désir mêlés, Damian perd instantanément son masque d'acier, cette armure de patron impassible et distant qu'il arborait au sein de l'entreprise.
Le choc pour le dominant est frontal, brutal. Ma détresse, ma vulnérabilité totale de mâle brisé par sa première présentation, agit comme un prédateur sur ses instincts. Mon odeur de miel lourd et de vanille sauvage, désormais altérée par l'acidité de ma panique et enrichie par la profusion de ce fluide translucide hautement excitant qui continue de couler en secret, le frappe de plein fouet. Les pupilles de mon boss se dilatent au point d'envahir presque totalement ses iris, ne laissant qu'un cercle de feu sombre. C'est un mélange terrifiant d'inquiétude viscérale pour ma santé — ma peau surchauffée transpire énormément et irradie une chaleur de fournaise — et d'une excitation brute, sauvage, presque contrôlable, qui réveille en lui l'envie de me posséder, de me mordre et de me marquer de manière définitive.
Pour stopper mon assaut désespéré et briser la panique qui me pousse à m'autodétruire, Damian recourt à une prise de contrôle physique absolue. Ses grandes mains puissantes descendent comme des couperets, enserrant brutalement mes poignets fins. D'un mouvement sec, sans effort apparent mais d'une fermeté inflexible, il les plaque au-dessus de ma tête, les immobilisant contre le cuir du canapé. Il me maintient ainsi de force, écrasant subtilement sa propre masse musculaire et son torse désormais dénudé contre moi pour me dominer de tout son poids, bloquant mes mouvements désordonnés. Le visage de Damian plonge alors directement dans mon cou, ses narines frémissantes violemment. Il ancre sa bouche et son nez contre ma peau brûlante, me humant avec une avidité féroce, ses lèvres frôlant ma carotide qui bat à tout rompre, luttant à chaque seconde pour ne pas céder à la bête qui lui ordonne de déchirer le reste de mes vêtements.
L'impact physique de la crise est si violent que le cuir du canapé gémit sous mes soubresauts. L'air entre mes lèvres n'est plus qu'un sifflement aigu, une plainte de noyé. Le verre d'eau et l'inhibiteur, oubliés sur la table, tremblent sous les vibrations de notre lutte. Ma poitrine nue, où brillent d'innombrables gouttes de sueur, se soulève à un rythme cardiaque alarmant. Je transpire énormément, chaque pore de mon buste luttant contre les quarante degrés Celsius de fièvre, cherchant désespérément le contact de la peau de Damian dont la chemise en lambeaux dévoile la carrure puissante.
Moi (suffoquant, des larmes de rage et de honte coulant sur mes tempes, luttant faiblement sous son emprise) :
— J'étouffe... Damian, s'il vous plaît... j'arrive plus à respirer... tout est trop chaud... Lâchez-moi ! Je ne veux pas de ça, j'aime les femmes, qu'est-ce que vous m'avez fait ?! Votre chemise... j'avais besoin... j'ai besoin que ça s'arrête... s'il vous plaît... je brûle... je ne veux pas …, je... je vous en supplie, j'ai trop chaud !
Damian (la respiration coupée par l'afflux massif d'hormones, les yeux d'un noir d'encre brillant d'un désir sauvage et terrifiant, appuyant son front contre ma tempe brûlante, son souffle chaud et lourd de phéromones venant balayer mes lèvres entrouvertes) :
— Nate, regarde-moi, respire ! Regarde-moi dans les yeux ! Ta tête refuse, ton esprit essaie de mettre des étiquettes et de nier l'évidence, mais ton corps sait exactement ce qu'il veut. Je suis revenu pour te donner cet inhibiteur, pour t'aider, mais quand je t'ai vu te déshabiller... et quand tu t'es jeté sur moi pour m'arracher ma chemise... quand ton odeur m'a frappé... C'est le pic de la présentation... Ton gène s'est réveillé à cause de moi, c'est pour ça que tu suffoques, ton système est submergé ! Arrête de lutter... mon Dieu, arrête... En détruisant mes vêtements avec cette force, tu ne fais qu'empirer les choses, je ne pourrai plus me contrôler... Tu n'as pas idée de ce que tu me fais...
Il descend sa bouche le long de ma mâchoire, embrassant sauvagement ma peau trempée d'une sueur abondante, sa voix devenant un grondement sourd, presque animal, qui résonne contre les parois de la pièce :
— Tu me rends complètement fou, Nate... Tu sens si bon, c'est une torture de ne pas te prendre ici, maintenant. Ton odeur de miel est si forte, si pure... elle a envahi toute la maison en quelques secondes. J'ai envie de toi à en crever, Nate. Chaque parcelle de mon être me réclame de te marquer, de déchirer ce qui te reste de vêtements pour posséder l'être que tu es. Et ce fluide... mon Dieu, ce fluide transparent qui coule de toi, qui imprègne ton pantalon... ça me rend dingue. Ta nature profonde est en train de prendre le dessus sur tout ton déni, Nate. Tu as beau crier que tu n'aimes que les femmes, ton corps réclame son maître... il me réclame, moi. Tu es à moi, Nate... sens-moi... arrête de te battre contre ta propre biologie.
Je laisse échapper un long sanglot convulsif, mes hanches se soulevant inconsciemment vers lui, cherchant un frottement, un apaisement que ma conscience continue de maudire. Le liquide translucide continue de couler de plus belle à la racine de mon corps, plus chaud, plus abondant, scellant définitivement ma reddition physique au milieu de mes larmes de honte et de ma sueur ruisselante.
C'est le point de rupture. Les grondements de sa voix, la pression inflexible de son corps dénudé et cette odeur d'ambre et de cèdre brûlé qui s'engouffre dans mes poumons finissent par consumer mes dernières défenses. Ma raison, mes certitudes anciennes, mon passé... tout s'efface, balayé par la vague de fond de mes chaleurs. L'étincelle de résistance en moi capitule. Je ne veux plus fuir. Je ne veux plus débattre. Mon corps ne crie plus son agonie, il réclame son double.
Soudain, une force neuve, primitive et indomptable, jaillit du fond de mon bassin moite. Dans un sursaut de rage pure, je libère mes mains de son emprise relâchée par la surprise. Je ne le repousse pas : je le saisis. Mes doigts s'ancrent violemment dans sa nuque, mes ongles s'enfonçant dans sa peau chaude et griffant la racine de ses cheveux sombres pour le clouer à moi. Je me soulève du cuir du canapé, brisant la distance, et je prends enfin sa bouche.
Le choc de nos lèvres est un cataclysme. C'est un assaut d'une force et d'une fougue sauvages, un impact direct où je jette toute ma frustration, ma honte transformée en désir incandescent. Je n'attends pas qu'il me guide, je m'empare de lui avec une fureur de possédé. Mes lèvres s'écrasent contre les siennes avec une telle violence que je sens le goût métallique du sang mêlé à notre salive brûlante. Je force le passage, mes dents heurtant les siennes dans un gémissement sourd qui remonte de ma poitrine découverte.
La chaleur qui s'en dégage me foudroie sur place. Ce baiser n'est pas une caresse, c'est une fusion nucléaire. Ma langue s'engouffre dans sa bouche avec une autorité désespérée, explorant chaque recoin, s'enroulant autour de la sienne avec une ferveur sauvage. À cet instant précis, un frisson d'une intensité inouïe traverse ma colonne vertébrale, une décharge électrique qui transforme ma fièvre de quarante degrés Celsius en un brasier de plaisir pur. Le contraste entre ma sueur ruisselante et la texture de sa bouche m'enivre. J'éprouve pleinement l'effleurement piquant de sa barbe naissante contre mon menton trempé tandis que l'humidité brûlante et étouffante qui s'échange entre nos lèvres scellées achève de couper le reste d'air qu'il me restait. La friction de nos torses nus est totale, ma peau moite se collant directement contre la sienne et contre cette pilosité masculine qui me submerge. L'air s'arrête complètement de circuler, mais je m'en fiche.
Ce baiser est mon oxygène. À travers ce contact buccal frénétique, j'aspire ses hormones directement à la source, m'abreuvant de son essence de cèdre et de cuir. Chaque mouvement de ma langue enfonce le clou de ma soumission biologique, et pourtant, je domine cet instant par la rage de mon assaut. C'est un échange vorace, affamé, où nos souffles se confondent en de longs gémissements étouffés.
Sous moi, je sens Damian se figer une demi-seconde, soufflé par la puissance inédite de mon initiative, avant de répondre avec une bestialité assortie. Ses bras puissants entourent ma taille nue, me soulevant presque pour m'écraser plus fermement contre son torse poilu. Le cuir du canapé gémit sous notre poids combiné, mais je n'entends plus rien d'autre que le bruit de nos bouches qui se déchirent et se recollent avec une faim insatiable. À la racine de mes cuisses, le fluide transparent et visqueux s'écoule en vagues encore plus chaudes, inondant mes vêtements, scellant dans un spasme de plaisir brut mon entrée définitive dans ce nouveau monde, entièrement soumis au baiser de mon partenaire.
Lorsqu'il daigne enfin rompre brièvement l'étreinte de nos bouches pour reprendre un filet d'air, ses lèvres restent collées contre les miennes, son souffle brûlant et saccadé se mélangeant au mien dans un murmure d'une intensité folle.
Damian (les yeux injectés de désir, fixant mon regard embrumé par la fièvre, un sourire farouche et possessif étirant ses lèvres alors que ses mains s'ancrent plus profondément dans mes hanches) :
Damian (les yeux injectés de désir, fixant mon regard embrumé par la fièvre, un sourire farouche et possessif étirant ses lèvres alors que ses mains s'ancrent plus profondément dans mes hanches) :
— Enfin... On y est, Nate. Tu es prêt. Tu as arrêté de te battre, tu as enfin accepté ce que ton corps réclamait depuis le début. Regarde-toi, tu es complètement à ma merci, tu brûles pour moi. Je savais que tu étais spécial, mais je ne pensais pas trouver un jour ma moitié... Je ne pensais pas que ce serait toi. Maintenant que tu t'es abandonné à mon baiser, je ne te laisserai plus jamais repartir. Tu es à moi, Nate. Entièrement à moi.
Fin du chapitre 3.
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