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✦ tounet777 Fièvre animale XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

Fièvre animale — Chapitre 12

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Fièvre animale

Chapitre 12

Chapitre 12
La journée s'étire dans une atmosphère électrique au sein des bureaux de l'Écorce bleue. Chaque seconde passée à l'intérieur du sanctuaire vitré de Damian semble chargée d'une tension statique qui fait vibrer mes nerfs. Enfermé, protégé, mais surtout dévoré par l'inquiétude de mon protecteur, je sens l'oxygène manquer, non par manque d'air, mais par excès de sa présence imposante.
Damian ne me quitte pas du regard. Ses sens, aiguisés par son génie de parfumeur et sa nature de prédateur dominant, sont en alerte constante, disséquant le moindre changement dans mon rythme cardiaque. Je finis par craquer sous la pression de cet enfermement étouffant.
— Damian, je ne peux pas rester enfermé ici éternellement, je lâche, la voix tremblante mais décidée. Je travaille ici, et j'ai besoin de bouger. Cette cage dorée me rend fou, et je refuse de vivre dans la peur.
Damian se lève, sa silhouette se découpant contre la baie vitrée. Il traverse la pièce en deux enjambées, envahissant mon espace vital avec une urgence dévorante. Il me serre contre lui, ses mains, d'ordinaire si précises, caressant avec une précaution infinie le bas de mon dos, avant de remonter pour effleurer mon ventre, encore plat mais porteur de notre enfant, d'une main qui tremble visiblement.
— Je ne veux pas être ton geôlier, Nate, murmure-t-il, sa voix brisée par une émotion brute. Mais j'ai tellement peur. J'ai peur de ce qui pourrait arriver, peur de te perdre, toi... ou notre bébé. Je ne supporterais pas qu'il vous arrive quelque chose. Le monde extérieur est devenu un champ de mines, et je suis le seul à pouvoir déminer chaque pas que tu fais.
Sans prévenir, il incline la tête. Son souffle chaud sur ma peau déclenche un frisson électrique. Ses lèvres effleurent la cicatrice de sa précédente morsure. Avec une précision possessive, ses crocs percent à nouveau ma peau fine. La douleur est fulgurante, balayée par une onde de chaleur enivrante. Le lien se réactive avec une force décuplée. C'est un marquage profond, intime, définitif. Chaque pore de ma peau sature de ses phéromones, une signature olfactive qui proclame à tout l'édifice : « Il est à moi. Il porte mon enfant. Toucher, c'est mourir. »
Après cette marque de possession absolue, Damian m'entraîne dans un coin sombre du bureau. Il m'embrasse avec une ferveur désespérée, une morsure de baisers où la terreur et l'amour fusionnent. Submergé par l'odeur de cuir et ambrée de mon homme, je réponds avec autant d'intensité, mes mains agrippées aux revers de sa veste. Lorsqu'il se recule, le silence est lourd.
— Tu peux sortir, finit-il par lâcher, la mâchoire serrée, le regard brûlant. Mais garde cette odeur sur toi. Qu'ils sachent que tu es à moi, et que s'ils s'approchent, ils joueront avec le feu.
Je me rends à la pause café, encore étourdi par la morsure fraîche. Dès que j'approche du groupe, Marc et Julien se tournent vers moi, leurs visages curieux.
— Eh, Nate ! lance Marc d'un ton sec. C'est quoi ton problème ? Tu t'es tiré comme un voleur ce matin... On pensait que tu nous rejoindrais pour le point d'équipe, mais non, monsieur est occupé dans le bureau du Parfumeur.
Je tente de formuler une excuse, mais je me fige quand je vois le regard de Julien se fixer intensément sur mon cou. Sans demander, il tend la main vers mon col qu'il écarte légèrement avec une désinvolture cruelle.
— Hé, Nate... c'est quoi ça ? demande Julien, son ton mêlant confusion et malaise. T'as une trace violacée énorme dans le cou. C'est une ecchymose ? Tu t'es fait agresser ou quoi ?
Je rougis violemment, la panique me saisissant. Je tire précipitamment sur mon col pour dissimuler la plaie.
— Ce n'est rien ! Une allergie... enfin, une sorte d'irritation, je me suis gratté trop fort, c'est tout, je babille, incapable de soutenir leur regard.
C'est à cet instant que l'air semble se raréfier. Monsieur Lassalle s'approche. Il ne semble pas pressé, mais sa présence suffit à glacer le sang de Marc et Julien. Il s'installe juste à côté de moi, si près qu'il effleure presque mon épaule. Il inspire profondément, ses narines frémissant au contact de l'odeur brûlante qui émane de ma morsure. Un sourire carnassier étire ses lèvres.
— Une irritation, Nate ? murmure Lassalle, sa voix mielleuse. On dirait plutôt une empreinte... très personnelle. C'est fou ce que la peau réagit vite à certaines influences.
Il se penche vers mon oreille, ignorant délibérément les deux collègues figés.
— Monsieur Vance a l'air d'être un homme d'affaires très... passionné. C'est fascinant comme certains chefs marquent leur territoire. Mais tout le monde ne supporte pas ce genre de laisse, Nate. Si tu te sens étouffé, sache que le bureau de Monsieur Cart est toujours ouvert pour ceux qui souhaitent retrouver une liberté. Tu ne veux pas nous rejoindre pour en discuter au calme ?
Sur ces mots, Lassalle tourne les talons, me laissant là, livide.
Marc, qui avait capté quelques fragments de la conversation, me fixe avec une acuité nouvelle. Dès que Lassalle est hors de portée, il se rapproche, me coinçant presque contre la machine à café.
— Qu'est-ce qu'il voulait dire par « laisse », Nate ? demande Marc, sa voix dénuée de toute plaisanterie. Et pourquoi il parle de « marquer le territoire » ? Ça ne ressemble pas à une simple histoire de patron et d'assistant. C'est quoi ce délire de « rejoindre » Cart ? Qu'est-ce qui se passe réellement entre toi et le nouveau boss ?
Je bafouille, cherchant mes mots, le cœur battant la chamade.
— Mais non... ce n'est rien, vraiment, je... Il fait juste des blagues déplacées, c'est tout. Damian est juste... exigeant sur mon travail.
Marc me scrute intensément, son regard perçant fouillant mes yeux fuyants. Il soupire, son expression s'adoucissant légèrement, mêlant inquiétude et lassitude.
— Nate, je te connais assez pour savoir quand tu mens. Cette marque, ce type qui te parle comme si tu étais son jouet... Écoute, je ne sais pas dans quelle galère tu t'es fourré, mais si tu as des problèmes, de vrais problèmes, tu as le droit d'en parler. On est là, d'accord ? Ne reste pas seul avec ce genre de type.
Je baisse la tête, incapable de répondre, le poids du secret me rendant le souffle plus court encore.
La salle de pause semble s'être rétrécie, transformant ce lieu de détente habituel en un espace oppressant où l'air devient rare. Lassalle ne s'est pas éloigné ; il a simplement fait quelques pas en arrière pour mieux observer sa proie, savourant le malaise palpable qu'il instille. Marc et Julien, quant à eux, ne me quittent pas des yeux. Leur curiosité, qui n'était que de la jalousie mal placée il y a quelques minutes, vire désormais à une inquiétude profonde, presque palpable.
C'est à cet instant que Lassalle, sentant mon hésitation, se remet en mouvement. Il fond à nouveau sur moi, brisant l'espace que j'avais tenté de reprendre. Il revient se placer juste derrière mon épaule, sa présence imposante, presque étouffante. Il hume l'air près de mon cou, ses narines frémissant au contact de la morsure fraîche, comme s'il cherchait à en extraire le poison.
— On ne joue plus, Nate, murmure-t-il, sa voix basse mais impérative, un son qui rampe le long de ma colonne vertébrale. Monsieur Cart n'aime pas que l'on se fasse prier. C'est le moment idéal pour venir avec moi et discuter de ton avenir dans son bureau. Inutile de créer une scène devant tes petits camarades. Viens, maintenant.
Je sens le souffle froid du recruteur contre ma nuque. La panique bouillonne dans mon ventre, menaçant de me faire perdre pied, mais je me force à redresser les épaules. Je puise dans la force brute, cette énergie presque sauvage que Damian a transférée en moi par le lien de notre morsure. La peur est toujours là, mais elle est canalisée, transformée en une détermination froide.
Je pivote brusquement pour faire face à Lassalle, l'obligeant à reculer d'un demi-pas, surpris par ce soudain regain de cran. Je prends l'initiative, répondant d'une voix claire, dont la fermeté surprend jusqu'à mes propres oreilles :
— Je serais ravi d'en discuter avec Monsieur Cart, Monsieur Lassalle. Mais comme je suis sous la responsabilité directe de Monsieur Vance pour ce dossier, je ne peux pas accepter sans son autorisation. Devons-nous aller le chercher ensemble pour qu'il nous donne son accord ?
Un silence de mort s'abat sur la pièce. Le ronronnement de la machine à café semble s'éteindre. Marc et Julien, les yeux écarquillés, observent la réaction du recruteur. Lassalle, qui affichait jusque-là un sourire carnassier, blêmit instantanément. Ses traits se figent, et ses yeux trahissent une hésitation brutale : l'idée de provoquer Damian Vance dans son bureau, après la démonstration de force de ce matin, est la dernière chose qu'il souhaite. Il sait ce qu'il a senti dans ce bureau. Il sait ce qu'il a entendu.
Pourtant, Lassalle ne recule pas. Il reste planté là, ses pieds ancrés dans le sol de la salle de pause comme un parasite refusant de lâcher prise. Il se penche à nouveau vers moi, son regard brillant d'une lueur malveillante, juste assez fort pour que Marc et Julien, figés sur place, puissent entendre chaque mot :
— Aller chercher Monsieur Vance ? répète-t-il, un rictus étirant ses lèvres. Quelle dévotion touchante.
Il baisse la voix, la rendant plus venimeuse, plus intime :
— On ne pourra pas cacher ce "petit secret" très longtemps, Nate. Ni le fait que ton état nécessite... une attention toute particulière.
Dans un geste d'une lenteur calculée, il pointe discrètement son index vers mon ventre, effleurant presque le tissu de mon vêtement au niveau de ma taille. Le simple geste me fait défaillir.
— Bientôt, la nature reprendra ses droits, et ton cher Monsieur Vance ne pourra plus te protéger des regards indiscrets. Il ne pourra pas porter ce poids pour toi éternellement, n'est-ce pas ?
Il se redresse lentement, sa taille imposante semblant écraser tout le reste. Avant de partir, il décoche une dernière pique, cette fois à destination de mes deux collègues :
— Dis à ton protecteur que Cart s'impatiente. Les fondations de son empire personnel ne sont pas aussi solides qu'il le croit.
Lassalle reste là, immobile, quelques secondes encore, savourant le chaos qu'il a semé. Je suis pétrifié, le souffle court, incapable de détourner le regard. Puis, il tourne les talons et s'éloigne, nous laissant dans un silence sépulcral. Aussitôt, Marc et Julien se ruent sur moi, les visages déformés par l'incompréhension et la terreur.
— Nate, c'était quoi ça ? demande Marc, la voix haute, presque stridente. « Petit secret » ? « Ton état » ? De quoi il parlait ? Ce type est complètement cinglé !
Julien, lui, m'observe avec une méfiance nouvelle, son regard oscillant entre la marque violacée dans mon cou et mon ventre que je protège inconsciemment avec mes bras.
— Il a parlé de « poids » et de « nature » ... Et pourquoi il insiste autant sur ta relation avec Vance ? On dirait qu'il vous surveille tous les deux, mais d'une façon malsaine. Nate, il se passe quoi exactement entre toi et le patron ? C'est quoi ce délire de « rejoindre » Cart ? Tu travailles pour qui, bordel ?
Je me sens étouffer. La sueur perle sur mon front. La salle de pause, autrefois mon seul refuge dans cette entreprise, devient une cage. Je sens le regard de Lassalle, toujours posté au bout du couloir, peser sur mon dos comme une lame prête à tomber. Je ne peux pas leur dire. Je ne peux pas leur parler du bébé, pas ici, pas maintenant, avec Cart qui guette dans l'ombre.
— Laissez-moi... je vous en supplie, je parviens à articuler, ma voix étranglée. Je ne peux pas vous expliquer. Ce n'est pas ce que vous croyez.
Mais alors que je tente de m'échapper, je sens l'odeur de Damian revenir, une bouffée réconfortante de cuir et d'ambre qui déchire l'air vicié. Il arrive.
La salle de pause semble s'être rétrécie, les murs recouverts d'une peinture grisâtre paraissant se rapprocher inexorablement. Le ronronnement monotone de la machine à café est devenu un battement de cœur irrégulier et oppressant. Lassalle, ignorant superbement la présence de Marc et Julien, vient de pointer son index vers le bas de mon abdomen, son regard brillant d'une lueur prédatrice et malveillante qui me donne envie de hurler.
Mes pieds sont comme ancrés dans le sol. Je me sens exposé, vulnérable, comme si le simple tissu de mon pantalon n'était qu'un voile transparent dévoilant la vie qui germe en moi. Marc et Julien observent la scène, figés, leurs visages oscillants entre la stupéfaction et une gêne confuse. Ils ne comprennent rien, mais l'atmosphère est si chargée qu'ils perçoivent instinctivement que quelque chose d'anormal, de dangereux, est en train de se jouer ici. Lassalle savoure chaque seconde de mon agonie. Il ne se presse pas. Il laisse le silence s'étirer, ce silence qui hurle ma culpabilité et ma peur. C'est à cet instant précis que le mécanisme de la porte cède.
Le claquement métallique du verrou est une délivrance, un coup de tonnerre dans cette atmosphère viciée. Damian entre. Son costume est impeccable, taillé dans une étoffe sombre qui semble absorber la lumière, mais ses traits sont figés dans un masque de glace. Son regard, froid et tranchant comme une lame de rasoir, balaie la salle. Il ne s'attarde pas sur les autres ; il s'arrête instantanément sur la proximité obscène entre Lassalle et moi.
Le silence qui s'abat alors sur la pièce est tel qu'on entendrait une épingle tomber sur le linoléum. Damian ne court pas. Il n'a pas besoin de faire usage de sa force physique pour intimider ; il impose sa seule présence, une autorité tellurique, archaïque. Il s'avance d'un pas lent, mesuré, chaque contact de ses chaussures avec le sol résonnant comme une sommation.
Sans me toucher, il s'interpose, venant se placer juste assez près pour que sa stature serve de bouclier physique. Il m'éclipse totalement. Je ne vois plus que son dos large, sa nuque droite, ses épaules qui semblent soutenir tout le poids de ma survie. Il coupe net l'angle de vue de Lassalle, interdisant au recruteur de me fixer.
— Monsieur Lassalle, commence Damian. Sa voix est égale, formelle, mais elle résonne avec une basse fréquence qui me fait vibrer l'intérieur du corps. Un calme terrifiant, le calme avant l'ouragan. Je crois que vous perdez votre temps ici. Monsieur Diaz est en plein travail sur le nouveau projet de parfum, un dossier qui requiert toute son attention et un silence absolu.
Il fait un pas de plus. C'est un mouvement minuscule, mais dans la dynamique de la pièce, c'est une avancée de prédateur. Lassalle est contraint de reculer, son dos heurtant bientôt la paroi de la machine à café.
— Je ne tolérerai aucune autre intrusion dans mon service, enchaîne Damian, ses yeux ne quittant pas ceux de l'autre homme. Si vous avez des questions concernant le personnel ou la progression de cette fragrance, vous saurez trouver le chemin de mon bureau. Seul.
Lassalle blêmit. Devant cette autorité qu'il ne peut contester publiquement sans perdre la face, il tente de garder contenance, mais ses doigts crispés trahissent son effroi. Il jette un dernier regard vers moi, un rictus de haine pure étirant ses lèvres fines, une promesse silencieuse de vengeance. Puis, il tourne les talons et sort précipitamment, conscient d'avoir perdu cette manche, ses pas pressés claquant contre le carrelage du couloir jusqu'à s'éteindre.
Une fois la porte refermée sur le recruteur, Damian se tourne très brièvement vers moi. Il ne m'effleure pas, respectant scrupuleusement la distance de convenance pour ne pas éveiller les soupçons de mes collègues, mais il plonge son regard dans le mien. C'est un échange silencieux, foudroyant. Je lis en lui le soulagement de m'avoir trouvé, l'inquiétude persistante, et surtout une instruction tacite, brutale, impérieuse : « Reste dans mon sillage. »
— Nate, dit-il d'un ton professionnel, quoiqu'un peu plus rauque qu'à son habitude. Vous avez terminé votre pause. Je vous attends dans mon bureau pour finaliser les notes olfactives de ce nouveau parfum. Immédiatement.
Puis, retrouvant son masque de marbre, il adresse un hochement de tête sec à Marc et Julien avec une politesse glaciale :
— Messieurs. Bonne fin de journée.
Sans un regard en arrière, Damian tourne les talons et quitte la salle de pause le premier, sa silhouette imposante disparaissant dans le couloir, me laissant seul au milieu des ruines de ma tranquillité.
Je laisse échapper un souffle tremblant, mes poumons se remplissant enfin d'un air un peu moins lourd. Je rassemble mes affaires — mon carnet, mon stylo — avec une hâte fébrile. Mais avant que je ne puisse m'échapper, Julien me barre la route, les sourcils froncés dans une moue indéchiffrable. Marc s'approche à son tour, les bras croisés, le regard oscillant entre la porte et moi.
— Attends une seconde, Nate, lâche Julien.
— C'était quoi ce numéro ? demande Marc à voix basse, son ton cherchant à comprendre mais trahissant une méfiance grandissante. Le nouveau boss débarque à peine, et il déboule ici pour te sauver la mise face à Lassalle comme s'il avait un radar. C'était trop précis. Trop rapide. Tout ça pour un parfum ?
Je déglutis. Ma gorge est sèche.
— Il... il est très à cheval sur les deadlines de ce nouveau projet de parfum, c'est tout... C'est une fragrance complexe, et il veut que les notes soient équilibrées avant la fin de la semaine. Il ne supporte pas que je perde mon temps en discussions inutiles.
— Arrête tes conneries, Nate, coupe Julien, sa voix empreinte d'une inquiétude sincère. Tu as vu comment il t'a regardé ? Ce n'était pas le regard d'un patron envers son assistant. On aurait dit qu'il te dévorait des yeux, comme s'il avait eu la peur de sa vie de te voir avec Lassalle. C'était viscéral. Et pourquoi il insistait sur "votre" travail commun sur ce parfum ?
Julien se rapproche encore, baissant le ton, rendant la discussion plus intime, plus étouffante.
— On aurait dit que vous vous connaissiez depuis des années. Il se passe quoi exactement ? Et pourquoi Lassalle parlait de ton "état" ? Pourquoi il visait ton ventre ? T'es fourré dans quel genre de pétrin, Nate ? Tu ne peux pas nous cacher ça. Ce type, Vance, il est dangereux. Tu as vu comment Lassalle a eu peur de lui ?
Je sens la panique monter, une onde de chaleur incontrôlable qui me monte aux joues. Chaque mot de Julien est une flèche qui touche sa cible. Marc, lui, voulant visiblement détendre cette atmosphère devenue irrespirable, me donne une tape amicale sur l'épaule en riant, un rire qui se veut léger mais qui me semble dissonant, presque cruel.
— Oh, laisse tomber, Julien ! lance Marc avec un clin d'œil, pensant sans doute bien faire. Avoue, Nate ! Attention à tes petites fesses ! Apparemment, tu es tout à fait du goût de Monsieur Vance. Il te protège comme un trésor, même quand il s'agit de simples mélanges d'essences. C'est peut-être juste ça, non ? Une petite aventure de bureau ?
Les deux collègues éclatent de rire. Un rire bruyant qui résonne contre les murs gris. Je me force à rire avec eux, un rire nerveux, saccadé, qui me semble faux, atroce, étranger à ma propre gorge. Mes joues brûlent, la honte et la terreur se mêlant en un cocktail explosif. Ils sont si proches de la vérité, et pourtant si loin.
— Vous êtes vraiment des idiots, finit-il par dire en me dirigeant vers la sortie, le cœur battant à tout rompre, frappant contre mes côtes comme un oiseau en cage. Je ne suis pas payé pour vos potins. J'ai ce parfum à terminer.
Je m'échappe enfin, mais je sais, alors que je marche vers le bureau de Damian, que le secret ne tiendra plus très longtemps. Les murs de l'Écorce bleue ont des oreilles, et les regards, eux, ont désormais des dents.
Lorsque je pousse la porte, l'obscurité m'enveloppe, une transition brutale entre le tumulte extérieur et ce sanctuaire partagé. Ce n'est plus seulement son antre ; deux chaises désormais, deux piles de dossiers, une personnalisation qui rend l'endroit étrangement intime, une grotte protégée où la lumière du jour n'a pas sa place. À peine le verrou claque-t-il, scellant notre isolement, que Damian fond sur moi. Son étreinte est une ferveur presque douloureuse, ses mains agrippant mes épaules, puis glissant vers mon dos, comme s'il craignait que je ne m'évapore. Ses lèvres cherchent les miennes dans un baiser avide, un échange de souffle saturé de son odeur de cuir et rassurante.
— Est-ce que ça va ? murmure-t-il, son front pressé contre le mien, sa respiration saccadée trahissant sa tension. Qu'est-ce qu'il t'a dit, ce sale type ? Qu'est-ce qu'il a osé faire ?
Je lui raconte tout. Chaque mot, chaque sous-entendu, la manière dont Lassalle a pointé son doigt vers mon ventre. À chaque détail, je sens la mâchoire de Damian se contracter sous mes doigts, un effort surhumain pour ne pas laisser éclater une rage qui ferait trembler les murs. Lorsqu'il apprend la menace sur la solidité de son empire, il dépose un baiser long, presque tremblant, sur ma tempe.
— Tu ne t'es pas laissé faire, je suis fier de toi, murmure-t-il d'une voix sourde. Mais les prochaines semaines vont être éprouvantes. Est-ce que tu es vraiment sûr de vouloir continuer à venir travailler ici ? Je peux trouver une solution pour nous protéger et organiser notre quotidien différemment, mais je ne veux pas décider à ta place.
Je baisse les yeux vers mon ventre, encore plat, mais qui porte déjà tout mon futur.
— Je veux travailler tant que je le peux. J'ai besoin de cette normalité, Damian. Ici, avec toi, c'est là que je me sens en sécurité. Mais j'ai peur... Quand mon corps va commencer à changer... comment je vais expliquer ça aux autres ?
Sans un mot, il me soulève, ses muscles puissants ne faisant aucun effort pour m'asseoir sur le coin de notre grand bureau. Il s'insère entre mes cuisses, scellant notre proximité. Ses mains se posent sur ma taille, protectrices.
— On trouvera une solution. On aménagera tes horaires, on limitera les contacts. Personne ne te touchera. Personne ne nous séparera, promet-il, et dans ses yeux brûle une flamme que rien ne peut éteindre.
Un coup sec à la porte nous fait sursauter. Nous nous séparons brusquement. Je me place instinctivement devant mon espace de travail, tandis que Damian redresse sa veste.
— Entrez, lance-t-il, sa voix retrouvant son tranchant professionnel.
Julien apparaît, l'air hésitant.
— Excusez-moi, Damian. C'est juste pour savoir... Nate, Marc et moi, on va boire un verre au bar d'à côté à 17h30 pour décompresser. Tu te joins à nous, Nate ?
Il s'interrompt, son regard allant de l'air sombre de Damian au visage que je sens brûlant de rougeur.
— Euh... tout va bien ? Tu as l'air... tout rouge, Nate.
Damian esquisse une toux feinte, un raclement de gorge autoritaire. Julien se fige, terriblement mal à l'aise. Pour sauver la face, il ajoute :
— Damian, si vous vouliez vous joindre à nous... ça nous permettrait de mieux vous connaître, de sortir du cadre formel.
Damian s'apprête à refuser vertement, mais j'interviens, posant une main apaisante sur son avant-bras.
— Damian, allez-y, venez avec nous. Ça nous fera du bien de sortir un peu, non ? Une bonne occasion de parler d'autre chose que des notes de parfum et des échéances du projet.
Au bar, l'ambiance est lourde. Marc et Julien bombardent Damian de questions intrusives. Je refuse tout verre, ce qui attire l'attention de Marc.
— Dis donc, Nate, plaisante Marc, un peu éméché. Tu ne bois rien ? On dirait presque une femme enceinte ! C'est quoi, un régime spécial pour plaire à Damian ?
Je me crispe, mon regard fuyant vers Damian qui contient à peine son irritation. Marc enchaîne, s'adressant à lui :
— Et vous, Damian ? D'où vous sortez ? Vous avez l'air de venir d'un milieu de la haute. Qu'est-ce qui vous a poussé à venir gérer une boîte comme la nôtre ? Vous avez une famille ? Quelqu'un qui vous attend le soir, ou vous vivez uniquement pour vos essences et vos chiffres ? C'est quoi votre secret, pour être toujours aussi calme, presque effrayant ?
Julien prend le relais, le regard pesant sur moi :
— Dis, Nate, tu ne nous avais jamais dit que tu t'entendais aussi bien avec lui. On dirait presque que vous bossez en binôme, même en dehors des horaires. C'est quoi votre petit secret pour être aussi inséparables, vous deux ?
Sentant le besoin de fuir ce feu roulant de questions, je me lève.
— Je reviens, je vais aux toilettes.
Damian se lève immédiatement, son regard fixant Marc avec une intensité qui force le silence à la table. Il me suit de près, sans un mot.
Dans le calme relatif des sanitaires, loin des regards, Damian saisit ma main, ses doigts s'entrelaçant aux miens avec une force désespérée.
— Je veux rentrer. C'est insupportable, murmure-t-il, sa voix trahissant une détresse profonde. Ils nous analysent, ils te cherchent, ils nous questionnent comme si nous étions un sujet d'étude. Je ne supporte pas de les entendre parler de toi comme ça.
Je lui adresse un sourire apaisant, le tutoiement rétablissant notre bulle.
— Encore trente minutes, s'il te plaît. Pour qu'ils arrêtent de se poser des questions. Si on part maintenant, ils se douteront de tout. Sois patient.
Damian, incapable de résister à ma demande, se penche et dépose un baiser rapide, presque désespéré, sur mes lèvres. C'est alors qu'un bruit de verre brisé résonne à l'entrée. Marc, qui nous avait suivis par pure curiosité, est là, immobile sur le pas de la porte. Son verre a glissé de sa main et s'est fracassé au sol.
Il laisse échapper un cri de surprise. Je me tourne lentement, le visage livide. Le silence qui suit est assourdissant. Marc nous regarde, incapable de détacher son regard de la main de Damian qui serre toujours la mienne, de cette intimité que nous avons cru pouvoir cacher au monde. Le secret vient d'éclater, et je sais, en voyant les yeux de Marc s'agrandir de choc, que rien ne sera plus jamais comme avant.
Fin du chapitre 12.
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