Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Fièvre animale — Chapitre 10
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Fièvre animale
Chapitre 10
Chapitre 10
À peine le moteur de la voiture s'est-il éteint dans l'allée pavée de la villa que je sens une tension électrique, une fébrilité inhabituelle émaner de Damian. Il est 15h30, ce dimanche après-midi, et le calme de la campagne environnante contraste violemment avec le tumulte intérieur qui m'habite. Nous franchissons le seuil de la demeure, ce havre de paix qui, pour la première fois, me paraît presque trop modeste pour l'intensité des événements qui nous submergent.
Damian ne perd pas une seconde. À peine le salon traversé, il saisit son téléphone, ses doigts longs et agiles parcourant l'écran avec une détermination froide. Il compose un numéro privé. Sa voix, lorsqu'il s'adresse à son interlocuteur, est celle d'un homme qui ne demande pas, mais qui ordonne en toute confiance.
— J'ai besoin de ton intervention immédiate, dit-il sans préambule. J'ai besoin d'une livraison urgente de purificateurs d'air haute performance et de diffuseurs de senteurs neutres, chirurgicalement purifiants. Je veux l'air de cette villa totalement vierge de toute empreinte olfactive dans trente minutes. Non, pas de parfums. Je veux du vide, du neutre, de l'immaculé. C'est pour ce soir.
À peine a-t-il raccroché qu'il enchaîne sur une seconde ligne. Son ton change, devenant plus chaleureux mais tout aussi impérieux.
— Antoine ? C'est Damian. J'ai besoin de toi. Ce soir, je reçois. Il me faut un dîner complet, gastronomique, pour cinq couverts. Je veux des standards d'une réception d'État. Des produits d'exception : légumes de saison, poissons nobles, et surtout, aucun allergène, aucune lourdeur. C'est pour une assemblée exigeante, incluant une personne en état de grossesse. Je veux un équilibre parfait, des minéraux, des protéines digestes. Fleurs comestibles, une présentation qui soit un poème. Tu as le champ libre sur la création, mais la perfection est obligatoire. Je veux que tout soit installé, prêt à servir, à 19h30 pile. Tu sais que je ne tolère aucune approximation.
Il raccroche, son regard croisant le mien. Il ne commande pas seulement un festin ; il commande une promesse de soin et un environnement où ma propre essence pourra, plus tard, marquer chaque recoin de ce territoire lorsqu'il recevra ses parents et les autres convives.
Tandis que la logistique s'active dans l'ombre, Damian ne peut rester en place. Je le regarde déambuler, réajustant les coussins, déplaçant un bibelot en cristal. C'est sa manière à lui d'évacuer l'adrénaline, de transformer l'angoisse en un rituel de protection.
Trente minutes plus tard, une équipe installe les dispositifs de purification. L'air devient d'une neutralité absolue, presque électrique. Puis, le ballet du traiteur commence. Sous mes yeux, la salle à manger est métamorphosée pour accueillir cinq convives. Les serveuses déploient des nappes en lin blanc d'une finesse de soie, disposent une vaisselle de cristal qui semble absorber la lumière, et allument une profusion de bougies qui baignent la pièce d'une atmosphère feutrée.
— C'est trop, Damian, murmure-je, le cœur battant. Nous ne sommes que cinq, c'est... intimidant.
Damian s'approche de moi. Il réduit la distance jusqu'à ce que son souffle effleure ma tempe. Il caresse ma joue, son pouce traçant le contour de ma mâchoire.
— Rien ne sera jamais trop pour te faire plaisir, mon ange. Tu es le centre de ma vie, et ce dîner n'est rien comparé à la lumière que tu apportes ici. Laisse-moi faire. Laisse-moi simplement prendre soin de toi devant eux.
Une fois l'air de la maison neutralisé, Damian m'entraîne vers la suite parentale. La salle de bain est un sanctuaire. Sous le jet d'eau tiède, le temps semble se suspendre. Damian m'enveloppe de ses bras, sa peau contre la mienne. Ses mains parcourent mon corps avec une lenteur calculée, une dévotion qui me donne le vertige. Il n'y a plus de place pour la pudeur. Il m'embrasse longuement, cherchant dans le reflet de mes yeux la confirmation que nous sommes bien, enfin, ensemble.
— J'aime tellement ton odeur, murmure-t-il, sa voix grave vibrant contre ma peau humide. C'est ce qui m'a perdu, et c'est ce qui me fait vivre chaque jour depuis. Jamais je n'aurais imaginé finir avec un homme comme toi. C'est une évidence que je n'osais même pas espérer.
Ses mains descendent vers mon ventre, encore plat, mais qui porte déjà en germe tout notre futur. Il y dépose un baiser, puis un autre, une caresse silencieuse empreinte d'une ferveur religieuse.
— Mes parents savent que je suis gay, explique-t-il doucement. Ils m'ont toujours accepté, sans condition. Mais, au-delà de cette acceptation, ils ont toujours nourri, à cause de notre héritage, le rêve secret de voir la lignée se poursuivre par une compagne. Aujourd'hui, je vais leur offrir bien plus qu'ils n'espéraient. Je vais leur présenter le miracle de notre lien à nous devant toute la table.
Sortant de la douche, je me sens lavé de mes peurs. Le luxe de la table dressée pour cinq n'est plus qu'un détail. Ce qui compte, c'est cette complicité nouvelle. Damian m'aide à choisir ma tenue, sélectionnant une chemise en soie fine d'une douceur extrême. Ses gestes sont empreints d'une possessivité tendre, il m'habille comme on habille une pièce de collection.
Soudain, son expression se fait plus sérieuse, plus protectrice. Il me guide doucement vers le lit de la suite.
— Nate, reste ici, me dit-il d'un ton calme mais qui ne souffre aucune discussion. Je veux que tout soit parfait à ton arrivée. Je vais accueillir mes parents et nos invités, et je te ferai signe quand le moment sera venu de nous rejoindre. Je veux que tu fasses une entrée fracassante, en tant que bâtisseur de ce futur.
Je le regarde, fier. Nous ne sommes plus deux amants cachés, mais un couple lié par un destin exceptionnel. Je m'assois, le cœur battant, prêt à attendre le signal de mon amant. La table, les bougies, le silence de la villa... tout est prêt. Le miracle est en route.
J'attends dans la pénombre de la chambre à l'étage, le cœur battant si fort contre mes côtes que je crains que le son ne traverse les murs. Je suis assis au bord du lit, mes mains protégeant instinctivement mon ventre, tentant désespérément de canaliser cette fébrilité qui me noue l'estomac. Soudain, le carillon mélodieux de l'interphone résonne dans toute la villa. J'entends les pas de Damian, lourds et mesurés, traverser le salon. Le cliquetis du verrouillage électronique, le souffle de l'air extérieur, puis les voix qui arrivent jusqu'à moi.
La voix claire d'Ingrid me parvient dès que la porte s'ouvre :
— Alors, Damian, toujours personne en vue ? Tu es tellement marié à tes affaires que tu finiras par inviter ton agenda au restaurant !
Damian répond, impassible :
— Père, Mère, Ingrid, je vous remercie d'être venus. Entrez, je vous prie.
J'écoute les échanges dans le salon. Charles reprend, son autorité naturelle me faisant frissonner :
— Damian, qui attendons-nous donc encore pour commencer ce dîner ?
Lynne ajoute avec une pointe de mépris :
— Et dis-moi, pourquoi l'air est-il si étrangement neutre ici ? Je ne sens rien, c'est presque stérile... On dirait un laboratoire.
Damian reste calme :
— Patience, Père. Mère. Vous comprendrez dans un instant.
Damian finit par monter. Lorsqu'il ouvre la porte, sa présence domine la pièce. Il me fixe d'un regard intense avant de tendre une main protectrice. Je m'y agrippe comme à une bouée. Ensemble, nous descendons, chaque pas résonnant comme un tambour dans ma poitrine.
Lorsqu'ils nous voient, le silence tombe brutalement.
— Je vous présente Nate, mon compagnon, annonce Damian.
Ingrid s'exclame :
— Oh, il est charmant !
Mais Charles et Lynne se figent. Leurs regards glissent sur moi, s'ancrant sur ma nature masculine. Une ombre de déception profonde assombrit leurs visages. Charles me fixe avec une intensité glaciale.
— Nate... c'est cela ? demande-t-il. Dites-moi, Nate, qui êtes-vous exactement ? D'où venez-vous, et que faites-vous dans la vie ?
Je sens mon sang se glacer. Je déglutis, mes mains tremblantes s'agrippant l'une à l'autre alors que je bredouille :
— Je... je... je suis... enfin, je... je travaille en tant que nez senior... pour les créations olfactives... au sein de la même entreprise que Damian. Je... je m'occupe de... de la validation des essences rares, Monsieur. Je... je n'ai pas... enfin, j'essaie juste d'être... d'être à la hauteur, je... je ne sais pas trop quoi dire, je...
Lynne soupire :
— Un simple nez, même senior, pour accompagner mon fils ? C'est une plaisanterie ?
— Je... je suis désolé, Madame, je... je ne voulais pas... je ne savais pas que... bégayé-je, les yeux fixés sur mes pieds.
— Je... je suis désolé, Madame, je... je ne voulais pas... je ne savais pas que... bégayé-je, les yeux fixés sur mes pieds.
Ingrid s'approche de moi pour m'enlacer chaleureusement. Mais en se reculant, son regard accroche la marque sombre sur ma nuque. Elle se fige, blême.
— Pourquoi cette morsure, Damian ? murmure-t-elle. Est-ce que... c'est toi qui l'as fait ?
Damian ne répond pas. Il appuie sur une télécommande : les purificateurs s'arrêtent. Un silence lourd s'installe. Charles, le premier, se raidit. Il inhale. Ses pupilles se dilatent. Il capte enfin mon odeur : une base d'Oméga, douce et intrigante. Mais pour Lynne et Ingrid, rien ne bouge encore. Elles me regardent avec une curiosité sceptique, ne sentant qu'une présence humaine ordinaire.
Le temps s'étire. La neutralité de l'air s'efface lentement, laissant place à la vérité biologique. Trois minutes passent. Soudain, le visage de Lynne se décompose. Elle se redresse brusquement, ses narines frémissantes. Elle inhale profondément, son regard s'écarquillant à mesure que la complexité de mon odeur, chargée de la signature hormonale de ma grossesse, l'atteint. C'est une odeur de lait, de terre fertile et de vie nouvelle qui se déploie.
— Non... ce n'est pas possible, murmure Lynne, la main sur sa poitrine. C'est... une odeur d'Oméga gestant.
Ingrid, à son tour, est frappée par la puissance de cette senteur. Elle porte la main à sa bouche, ses yeux passant de moi à la marque sur ma nuque, puis au ventre que je protège de mes mains.
— Un Oméga mâle ? souffle Ingrid, la voix tremblante d'une incrédulité totale. C'est une légende... c'est une impossibilité biologique, une anomalie sacrée dont on parle dans les vieux textes, mais... ce n'est pas censé exister !
Lynne se précipite vers moi, ses yeux brillant d'une ferveur religieuse. — Un héritier... tu portes notre héritier, Nate ? Elle me frôle, incapable de détacher ses yeux de mon ventre, comme si elle voyait à travers les tissus le miracle qui s'y développait.
— Je... je... je suis tellement honoré, bredouillé-je, les larmes aux yeux, complètement dépassé par cet empressement maternel soudain.
Charles, lui, ne contient plus sa fierté. Il se rapproche, le regard sombre et puissant fixé sur Damian :
— Tu as trouvé un trésor que nous pensions disparu à jamais. Tu as sauvé notre lignée de l'oubli.
Damian m'approche alors et dépose un baiser sur mes lèvres. Je reste là, hébété, encore tremblant, alors que la villa résonne désormais de rires et de l'exaltation de cette famille qui vient de réaliser que le miracle est bien réel.
La salle à manger est baignée dans une lumière chaude, presque envoûtante, où la lueur dansante d'une centaine de bougies en cire d'abeille se reflète sur les parois de cristal. L'air, autrefois aseptisé, est désormais saturé par le ballet des arômes : le velouté de châtaignes, dont le parfum terreux et sucré se marie aux éclats de truffe noire fraîchement râpée, diffuse une chaleur réconfortante. Le ballet des serveuses est d'une précision chirurgicale ; leurs gants blancs effleurent les assiettes en porcelaine de Sèvres alors qu'elles déposent avec une déférence absolue le filet de bœuf en croûte, entouré d'une réduction de vin vieux et de légumes racines glacés au miel de forêt. Les verres en cristal à pied fin sont régulièrement remplis d'un nectar sombre, un grand cru que Damian a fait décanter pendant des heures pour cette occasion.
Pourtant, malgré ce luxe inouï, je me sens comme un intrus, une curiosité de foire assise à la table des rois. L'odeur du repas se mêle aux effluves apaisants, presque enivrants, de l'ambre de Damian et à la douceur lactée, presque florale, qui émane désormais de moi — l'odeur de la gestation qui imprègne chaque pore de ma peau. Charles, Lynne et Ingrid ne me quittent pas des yeux. Ils me dévisagent avec cette intensité dévorante, scrutant chacun de mes gestes, chaque bouchée que je prends, comme s'ils attendaient de voir si, en tant qu'Oméga mâle, je me nourrissais comme un humain ordinaire.
— Ton nom sera gravé dans les annales de notre lignée, Nate, lance Charles, sa voix brisant le silence feutré de la pièce. Elle est chargée d'une gravité nouvelle, presque solennelle. Un Oméga mâle... c'est la rareté absolue. Le seul qui sera jamais connu de notre ère.
Damian, le regard dur, pose sa fourchette en argent avec un bruit sec qui fait sursauter les serveuses.
— Il ne sera pas une bête de foire, Père. Nate n'est pas un trophée à exposer au-dessus d'une cheminée. Sa préservation est ma priorité absolue, bien au-delà de la curiosité historique de cette famille.
Charles se lève lentement, ses mouvements empreints de cette lenteur prédatrice propre aux Alphas dominants. Son regard scrutateur pèse sur moi comme un poids physique.
— Vous dites que vous le savez depuis trois jours seulement, Nate ? Quel âge avez-vous exactement ?
Je sens ma gorge se nouer. Les mots ont du mal à franchir mes lèvres, et je dois me forcer à déglutir pour ne pas suffoquer.
— J'ai... j'ai trente ans, Monsieur.
Le père fronce les sourcils, ses yeux parcourant mon visage comme s'il cherchait une faille dans la réalité.
— Trente ans... C'est inouï. Une révélation si tardive ? Comment est-ce possible ? Peut-être que le fait d'être un mâle a retardé ce processus biologique ? C'est une anomalie dans l'anomalie... Cela mérite une étude approfondie, une observation constante.
Lynne enchaîne, les yeux brillants d'une curiosité dévorante qui me met profondément mal à l'aise.
— Quelle est votre lignée, Nate ? Vos ancêtres étaient-ils des mystiques ? Des érudits ?
Je me racle la gorge, mes mains serrant nerveusement la tige de mon verre d'eau minérale.
— Je... mes parents sont des Bêtas, Madame. Des gens simples, honnêtes. J'ai grandi dans la normalité la plus totale. C'est d'ailleurs ce qui m'a terrifié lorsque tout a basculé. Je pensais devenir fou.
— Et comment as-tu rencontré Damian ? demande Ingrid, captivée, ses mains croisées sous son menton.
— Et comment as-tu rencontré Damian ? demande Ingrid, captivée, ses mains croisées sous son menton.
Je prends une inspiration saccadée, mon regard croisant celui de Damian. Il semble vouloir absorber toute mon anxiété pour m'en libérer.
— C'était il y a trois jours, lors de mes premières chaleurs. La douleur... la douleur était insoutenable. Damian m'a trouvé alors que j'étais totalement vulnérable, et il m'a secouru. Sans lui, je ne serais pas là.
Charles reprend, son ton devenant plus sombre, presque menaçant. Il se rassoit, mais son regard ne me quitte pas.
— Cette légende des Omégas mâles... elle n'est pas qu'un conte. Dans notre monde, vous êtes à la fois sacrés et possédés. On dit que vous êtes le "don" qui apporte la paix, mais cette paix a un prix : une surveillance constante, une vie sous microscope, une solitude forcée.
Il se penche en avant, sa voix baissant d'un ton, rendant ses paroles plus intimes et plus glaciales.
— Il existe une histoire, celle de Julian de Valois. C'était il y a deux siècles, le dernier Oméga mâle recensé. Il était d'une beauté si pure qu'on l'appelait "la Perle Convoitée". Son Alpha, un puissant duc, pensait pouvoir le protéger dans une citadelle isolée. Mais les autres Alphas, avides de sa puissance, ont assiégé le domaine. Ils ne cherchaient pas à le conquérir par la courtoisie ; ils voulaient le posséder, le réduire en esclavage. Chaque Alpha qui parvenait à percer les défenses du duc ne voulait qu'une chose : s'accoupler avec lui pour obtenir une descendance exceptionnelle, pour infuser son sang de cette puissance Oméga unique et créer une lignée d'Alphas dominants capables de renverser des empires. Julian a passé les dix dernières années de sa vie enchaîné, déplacé d'un territoire à un autre par des Alphas qui, à chaque défaite de son protecteur, le marquaient à nouveau, effaçant son identité sous des couches de marquages forcés, jusqu'à ce qu'il devienne fou, une coquille vide incapable de la moindre pensée propre.
Je sens mon sang se glacer. Un frisson glacial parcourt ma colonne vertébrale, me laissant prostré.
— Et ce n'est pas tout, Nate, continue Charles. Le danger vient aussi des Omégas femmes de haute lignée. Elles ne supportent pas cette rareté. Elles ne tuent pas la "Perle", elles la "ternissent". Elles utilisent des manipulations psychologiques, des phéromones de soumission chimique, des poisons qui bloquent vos cycles, juste pour briser votre éclat, pour vous priver de votre capacité à porter la lignée, afin de faire perdre la face à l'Alpha rival. Vous êtes une cible vivante.
Le repas, pourtant grandiose, me laisse un goût de cendre. Chaque bouchée de filet de bœuf semble se transformer en plomb dans mon estomac. Je regarde mon assiette, l'appétit totalement disparu. Je me sens coupable. Chaque violence que Damian pourrait subir, chaque choix qu'il devra faire, chaque vie qu'il devra potentiellement sacrifier pour me garder, ce sera ma faute. Mon existence devient le moteur d'une violence dont je ne voulais pas.
Damian, lisant ma détresse dans mes yeux dilatés et mes mains qui tremblent désormais ouvertement, se penche vers moi. Il pose une main chaude sur mon avant-bras et murmure à mon oreille, sa voix grave étant un ancrage dans le chaos de mes pensées :
— Je t'avais promis ta liberté, Nate. Mais je ne te laisserai jamais en pâture à ceux qui voudraient ternir ta lumière. Regarde-moi. Tout ce que Père raconte, c'est de l'histoire ancienne. Ils n'ont pas la force que je possède. Je te protégerai de ce chaos, même si je dois devenir le monstre dont ils ont peur pour assurer ta sécurité. Jamais personne ne posera une main sur toi.
Ses paroles me parviennent comme une caresse brûlante, mais elles confirment mon enfer : je suis un trésor, une anomalie, une proie. Je ne suis plus Nate, le nez senior, l'homme libre de ses choix. Je suis la "Perle", enfermée dans une cage dorée, consciente que la protection de Damian est ma seule survie, et simultanément, le constat de ma perte d'autonomie. Je lève les yeux vers lui, cherchant une échappatoire, mais je ne trouve que la détermination farouche dans son regard. Le festin continue, les serveuses apportent maintenant un entremets léger aux fruits rouges, mais pour moi, la soirée vient de prendre une tournure que je ne pourrai jamais oublier.
Le dîner touche à sa fin, mais l'atmosphère dans la salle à manger, bien que riche des parfums résiduels de la gastronomie et de la cire d'abeille, devient pesante, saturée par le poids des révélations sur Julian de Valois. Je sens les regards de Charles et de Lynne peser sur chaque fibre de mon être, des regards qui, bien qu'empreints d'une ferveur quasi mystique, me font me sentir comme une pièce de collection fragile, prête à voler en éclats sous la moindre pression extérieure.
Charles rompt ce silence solennel en posant sa serviette de lin sur la table avec un geste mesuré, son expression redevenue grave et professionnelle.
— Nate, ne vous méprenez pas sur mes intentions, commence-t-il, sa voix résonnant contre les parois de cristal. Demain soir, je ferai venir une infirmière spécialisée de ma confiance. Elle effectuera une prise de sang complète pour que je puisse enfin faire des recherches sur votre lignée. Il faut que nous sachions qui vous êtes réellement, de quel ancêtre oublié vous tenez cette nature.
Une peur sourde, froide et immédiate, m'envahit, nouant mon estomac à un point tel que je dois poser mes mains sur mes genoux pour dissimuler leurs tremblements.
— Monsieur... tout cela me fait peur, murmuré-je, la gorge sèche. J'ai l'impression que ma vie m'échappe, que je deviens un objet d'étude. Je ne suis pas un spécimen de laboratoire, je suis... je suis Nate.
Charles, observant ma réaction avec une attention presque chirurgicale, pose une main rassurante sur le rebord de la table, son regard s'adoucissant :
— Je comprends votre effroi, Nate. Vraiment. Mais sachez que je ne ferai pas cela pour vous enchaîner davantage. Au contraire, comprendre votre biologie, c'est aussi savoir comment mieux vous protéger, même à distance. Je veillerai à ce que vous gardiez votre autonomie, pour que vous puissiez continuer à faire ce qui vous plaît, tout en étant à l'abri des prédateurs. C'est une question de survie, pas seulement de curiosité scientifique.
Ses mots, bien que logiques, ne suffisent pas à effacer le frisson qui parcourt ma nuque, juste là où la marque de Damian pulse encore, comme un rappel permanent de mon état d'Oméga lié.
Alors que la soirée touche à sa fin, l'atmosphère s'alourdit d'une pointe de nostalgie. Le départ de la famille marque une transition brutale entre le tumulte des attentes et le retour au calme. Avant de passer le seuil de la porte, Lynne s'approche de moi, sa démarche toujours élégante mais empreinte d'une lenteur nouvelle. Ses yeux, qui m'ont scruté avec scepticisme quelques heures plus tôt, sont désormais pleins d'une tendresse qu'elle n'avait pas manifestée au début de la soirée.
Elle m'enlace, une étreinte longue et maternelle, et, avec une délicatesse infinie, elle pose une main protectrice sur le bas de mon ventre, là où la vie grandit dans le secret.
— Je suis si heureuse, Nate, murmure-t-elle, ses paroles vibrant contre mon épaule. Vous nous offrez un espoir que nous pensions éteint à jamais. Soyez fort, mon enfant.
Ingrid, qui n'est jamais loin, intervient alors, tentant de briser la tension émotionnelle avec un ton faussement outré :
— Et moi alors ? Je compte pour du beurre, dans cette nouvelle généalogie ? Lynne tourne la tête vers sa fille avec un sourire complice, un éclat de bonheur pur illuminant ses traits :
— Tu as très bien compris ce que je voulais dire, ma fille. C'est un nouveau chapitre pour nous tous.
— Tu as très bien compris ce que je voulais dire, ma fille. C'est un nouveau chapitre pour nous tous.
Une fois le traiteur et les serveuses partis, le silence retombe sur la villa, un silence épais, presque sacré, qui semble nettoyer l'espace de la pression des regards extérieurs. Le calme est devenu absolu. Damian, sentant mon épuisement nerveux, cet état de "coquille vide" dont Charles a parlé quelques heures plus tôt, me prend doucement la main.
— Viens, mon ange, murmure-t-il, sa voix n'étant plus qu'un murmure velouté. Tu as besoin de repos. Le monde peut attendre demain.
Dans la chambre, l'ambiance est feutrée, tamisée par la lumière des dernières bougies encore allumées. Damian commence à me déshabiller avec une lenteur rituelle, chaque vêtement retiré étant une barrière de moins entre nous, un effacement des tensions sociales de la soirée. Il se dévêt à son tour, se révélant à moi dans une nudité confiante, celle d'un Alpha qui n'a plus rien à prouver.
Nous nous glissons dans les draps frais, la soie glissant sur nos peaux encore échauffées par l'adrénaline. Damian m'attire contre lui, son corps chaud et puissant épouse le mien, une masse de certitude contre ma vulnérabilité. Il me couvre de baisers, sur le front, les tempes, puis sur mes lèvres pour un baiser profond, amoureux, qui semble aspirer toute la peur qui stagnait encore en moi.
— Tout ira bien, murmure-t-il contre ma peau, sa voix vibrant comme une promesse de sécurité éternelle. Je suis là. Personne ne te prendra, personne ne te ternira. Demain sera une nouvelle étape, mais ce soir, tu es juste à moi, en sécurité dans mon sanctuaire.
Dans l'obscurité de la chambre, je laisse enfin mes défenses s'effondrer. Je ne suis plus la "Perle" menacée, je ne suis plus Nate le nez senior sous observation ; je suis simplement moi, blotti contre mon Alpha, bercé par sa respiration régulière, me laissant aller à un sommeil réparateur sous sa garde vigilante. Malgré l'incertitude du futur, nous sommes là, et dans cette étreinte, nous ne faisons plus qu'un.
Fin du chapitre 10.
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