Je me réveille à sept heures dix, avant le réveil. Le corps lourd, la tête claire. J’ai dormi quatre heures, mais je ne suis pas fatiguée. Je suis ailleurs. Une de ces journées où l’on sait, dès le premier regard dans le miroir, que rien ne se passera comme prévu.
Je m’habille sans réfléchir. Jupe noire, chemisier ivoire, bas sombres, talons. Je noue mes cheveux. Je mets mon parfum — le boisé, celui du mardi. Je le sens sur ma peau, et je pense à lui. À sa phrase. « Mardi, parfum boisé. Je l’attends, maintenant. » Je souris toute seule. Je ne devrais pas.
J’arrive au cabinet à huit heures vingt. Plus tôt que d’habitude. J’espérais peut-être être la première. Je ne le suis pas. Nadia est déjà là, debout près de la photocopieuse, comme la veille. Comme toujours. Jupe sombre, chemisier clair, talons. Elle lève les yeux quand j’entre.
— Vous n’avez pas dormi.
Ce n’est pas une question.
Je ne réponds pas. Je pose mon sac, j’ôte mon écharpe, j’accroche mon manteau. Je sens son regard sur moi, ce regard qui voit tout, qui comprend tout, et qui attend.
— Il arrive dans vingt minutes, dit-elle en se détournant. Le dossier Keller est sur votre bureau. Je l’ai remis en place.
Je m’arrête. Je la regarde.
— Vous l’avez relu ?
— Non. J’ai juste vérifié que tout était là.
Un silence. Elle se retourne. Elle me regarde, longtemps, avec ce petit pli au coin de la bouche.
— Vous les avez emportés, n’est-ce pas ?
Je ne réponds pas. Elle sourit. Pas un grand sourire. Juste un coin de lèvre qui se lève.
— Bien.
Puis elle retourne à ses photocopies.
À huit heures quarante-cinq, la porte d’entrée s’ouvre. Vasseur. Il secoue son parapluie. Il dit bonjour. Il passe devant mon bureau sans s’arrêter. Mais au moment où il me dépasse, il ralentit. Une seconde. Peut-être deux. Assez pour que je sente son parfum, assez pour que je me rappelle les feuillets, assez pour que je me demande s’il sait que je les ai emportés.
Puis il entre dans son bureau et ferme la porte.
Je reste assise, les mains à plat sur le sous-main, le dossier Keller devant moi, et la phrase de Nadia qui tourne encore.
« Bien. »
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La matinée passe. Je travaille. Enfin, j’essaie. J’ouvre des dossiers, je réponds à des mails, je prends des notes. Mais je relis la même phrase trois fois. Je regarde l’heure. Je regarde la porte de Vasseur. Je regarde Nadia qui va et vient, qui me frôle en passant, qui pose un café sur mon bureau sans rien dire.
À midi, elle part déjeuner. Vasseur aussi. Le cabinet se vide. Je reste seule.
Je me lève. Je vais jusqu’à la porte de Vasseur. Elle est entrouverte. Je pousse. La pièce est vide, mais je la connais par cœur maintenant. Le bureau, la chaise, le sous-main, la lampe. Et le tiroir. Le tiroir du bas, celui où il range ses affaires personnelles. Je ne l’ai jamais ouvert. Je sais qu’il est fermé à clé. Mais aujourd’hui, il ne l’est pas.
Je m’approche. Je pose la main sur la poignée. Je tire.
Le tiroir s’ouvre. À l’intérieur, des stylos, des cartes de visite, un carnet noir. Je le prends. Je l’ouvre. Ce n’est pas un carnet professionnel. C’est un journal. Des dates, des notes, des phrases. Toutes de sa main. Toutes sur moi.
« Elle est entrée dans mon bureau aujourd’hui. Elle sentait le boisé. J’ai failli me lever. Je ne me suis pas levé. »
« Elle a posé sa main sur mon bureau. À dix centimètres de la mienne. Je n’ai pas bougé. Je regrette. »
« Je me demande ce qu’elle porterait si elle venait un jour sans rendez-vous. Juste pour moi. »
Je referme le carnet. Je le remets exactement où il était. Je referme le tiroir. Je sors du bureau. Je retourne à ma place. Je m’assois. Je respire.
Il est midi. Le cabinet est vide. Et je sais maintenant que ce n’est plus une question de savoir ce qu’il veut. C’est une question de savoir ce que je veux, moi.
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Tu veux que le chapitre quatre s’arrête là, ou qu’on continue sur l’après-midi — le retour de Nadia et Vasseur, et ce qui se passe quand ils reviennent ?
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