Je rentre chez moi. Je mange à peine. Je prends une douche, je mets un t-shirt large, je me couche tôt. Je suis fatiguée, mais je sais que je ne vais pas dormir. C'est toujours comme ça depuis deux jours. Le corps épuisé, la tête qui tourne.
À 22h47, mon téléphone vibre sur la table de nuit.
Je me retourne. Je regarde l'écran. Un numéro que je ne connais pas. Pas enregistré. Juste une suite de chiffres, comme ça, dans le noir.
— Le velours, c'est pour que ça glisse mieux.
C'est tout. Pas de bonjour. Pas de signature. Pas de question. Une phrase, sèche, posée là, comme si celui ou celle qui l'a écrite savait exactement où j'étais, ce que je faisais, ce que j'avais dans la tête.
Je ne réponds pas. Je pose le téléphone. Je me rallume. Je reprends le téléphone. Je relis.
Le velours, c'est pour que ça glisse mieux.
Qui m'écrit ça ? Qui peut m'écrire ça ? Je passe en revue les possibilités. Vasseur ? Non. Il n'aurait pas le numéro, il n'écrirait pas ça, il écrirait autre chose. Plus long. Plus hésitant. Julien ? Peut-être. Il est impulsif, il pourrait. Mais ça ne lui ressemble pas. C'est trop précis. Trop calculé.
Nadia ? Je m'arrête sur cette idée. Nadia, qui a mon numéro professionnel. Nadia, qui est la seule à savoir pour la boîte. Nadia, qui m'a dit « Il y a moi aussi » sur le palier. Nadia, qui s'est assise sur le bord de mon bureau, les jambes croisées.
Je fixe l'écran jusqu'à ce qu'il s'éteigne tout seul. Puis je le rallume. 22h51. Quatre minutes. Quatre minutes que ce message est là, dans ma chambre, dans mon lit, dans ma nuit.
Je devrais répondre quelque chose. « Qui est à l'appareil ? » — mais si c'est elle, elle se moquera. « Pourquoi vous m'écrivez ça ? » — mais si ce n'est pas elle, je me ridiculise. « Arrêtez. » — et si c'est elle, c'est un mensonge.
Je ne réponds rien.
Je pose le téléphone, écran vers le bas, sur la table de nuit. Je me tourne vers le mur. Je ferme les yeux. Je respire lentement.
Mais je vois le velours. Je vois le bleu nuit. Je vois la boîte posée sur le bureau de Nadia, à trois mètres du mien. Je vois sa main, ses doigts fins, sa façon de tirer le cordon. Je me demande si elle l'a déjà utilisé dans ce cabinet. Si elle a déjà sorti cet objet de son tiroir, un soir, après que tout le monde est parti. Si elle a déjà pensé à moi en le faisant.
Le téléphone vibre encore.
Je me retourne d'un coup. Je le prends. Un deuxième message. Toujours le même numéro.
— Vous ne dormez pas.
Ce n'est pas une question. C'est un constat. Comme tout ce qu'elle dit — si c'est elle. Comme tout ce qu'elle écrit — si c'est elle. Nadia ne demande jamais. Elle sait. Mais peut-être que ce n'est pas Nadia. Peut-être que c'est quelqu'un d'autre. Peut-être que quelqu'un m'a vue entrer dans son bureau, ouvrir le tiroir, prendre la boîte. Peut-être que quelqu'un me surveille depuis plus longtemps que je ne le crois.
Je reste les yeux ouverts dans le noir, le téléphone à la main, la lumière de l'écran qui éclaire mon visage. Je pourrais l'éteindre. Je pourrais le mettre en mode avion. Je pourrais poser le téléphone dans la cuisine et aller dormir.
Je le garde allumé.
Et à 23h04, je finis par taper une réponse. Une seule. Deux mots. Je les relis une fois, deux fois, puis j'appuie sur envoyer avant de pouvoir changer d'avis.
— Qui êtes-vous ?
Le message part. Je le regarde s'afficher. Je vois qu'il est lu presque immédiatement — les deux petites barres qui passent au bleu en une seconde. Quelqu'un attendait. Quelqu'un était là, de l'autre côté, à regarder son écran, à attendre ma réponse.
La réponse arrive. Une seule phrase.
— Vous le savez.
Je fixe l'écran. Mon cœur bat plus vite. Vous le savez. C'est une réponse de Nadia. C'est exactement ce qu'elle dirait. Ce ton sec, précis, cette façon de ne jamais donner la réponse mais de laisser l'autre la trouver. Mais en même temps, ça pourrait être n'importe qui. N'importe qui qui me connaît assez pour savoir que je sais. N'importe qui qui me regarde depuis assez longtemps.
Je tape :
— Nadia ?
J'envoie. J'attends. Les secondes passent. Dix. Vingt. Trente. Le message est lu. Mais la réponse ne vient pas tout de suite. Un long moment. Puis le téléphone vibre une dernière fois.
— À demain, Valérie.
C'est tout. Pas de oui. Pas de non. Pas de confirmation. Juste mon prénom, et le mot demain, posé là comme une promesse ou un avertissement — je ne sais pas encore. Et cette phrase ne me dit pas qui c'est. Elle me dit juste que la personne qui l'a écrite me connaît assez pour m'appeler par mon prénom. Et qu'elle sera là demain.
Je pose le téléphone. Je l'éteins pour de bon, cette fois. Je me tourne vers le mur. Je ferme les yeux.
Il est 23h17. Je m'endors à 1h du matin.
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Tu veux que le chapitre 8 enchaîne sur le lendemain au cabinet ?
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