Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Road movie — Chapitre 5 · Missouri - moi aussi !
Auteur
Road movie
Chapitre 5 · Missouri - moi aussi !
Faut se fier aux apparences !
Louise ou la métamorphose du cloporte !
Certes, l'affaire n'a pas été simple ! J'ai fait les comptes : deux heures dans la salle de bains, quarante dollars de produits de beauté (crèmes en tous genres, rouge à lèvres, mascara, crème dépilatoire, teinture (sans ammoniaque !), fard à joue, dentifrice blanchissant...), trois cents dollars de fringues (et surtout quatre heures à courir les boutiques), une séance coiffeur, manucure et tutti quanti !
Mais le résultat en vaut la chandelle !
Attention, n'exagérons rien, Louise n'est pas à proprement parler un canon, une vamp, une gravure de mode. Ses yeux gris sont un peu trop délavés, son nez un peu fort et légèrement de travers, sa bouche un peu petite, ses lèvres trop fines pour être sensuelles, son menton un peu fuyant. Côté silhouette, la gamine a besoin de se remplumer un peu. Un peu trop sèche. Sa poitrine est un peu trop menue, ses hanches étroites lui donnent une silhouette de fillette impubère. Louise, c'est Mademoiselle Moins : il lui manque toujours un petit quelque chose pour être parfaite.
Mais on est loin désormais de la souillon du fond des bois.
Louise s'avère être une gentille jeune fille, discrète, agréable, et ma foi donc, pas trop mal gaulée. Ses cheveux blonds bouclés, mi-longs désormais et ses taches de rousseur lui donnent un petit air espiègle et quand un sourire (de plus en plus souvent) efface son air de chien battu, elle a un petit quelque chose d'attendrissant.
Quand je regarde les deux gazelles côte à côte, je me dis qu'on ne les croirait jamais cousines. Lilly avec sa peau mate, ses longs cheveux sombres, ses formes généreuses — et Louise, toute blonde, toute mince, toute pâle. Dissemblables ! Et pour cause : la cousine n'en est pas une finalement.
Louise est née du premier mariage de sa mère qui n'a plus eu d'enfant ensuite avec le frère du père de Lilly. Vous me suivez ou il faut que je fasse un croquis ? Elle n'a donc aucun lien de sang avec ma Lilly. Inutile donc de leur chercher des ressemblances. Et d'apprendre cela ne m'a pas fondamentalement déçu !
À dix-huit ans, la pauvre gosse ne connaît du monde que ce qu'elle en a vu à la télé. Installée à l'arrière de la voiture, elle est littéralement captivée par tout ce qu'elle découvre. Avide d'images, son regard ne cesse d'aller et venir, de droite à gauche. Je vois dans mon rétroviseur ses incessantes mimiques d'étonnement, de plaisir et de réprobation parfois. Complètement absorbée par ses découvertes, Louise parle peu.
La gamine n'est donc pas vraiment encombrante, mais sa seule présence a totalement modifié mes relations avec Lilly. Finies les papouilles en voiture, terminés les débordements coquins. Pour un peu, Lilly et moi pourrions passer pour un vieux couple chaperonnant une débutante ! La nuit dernière, Lilly est même allée dormir avec elle, pour qu'elle ne reste pas toute seule !
Hey, j'existe moi ! Faudrait pas m'oublier ! Si j'étais mauvaise langue, je dirais que les bonnes femmes sont toutes les mêmes : quand le poisson est bien ferré, fini les roucoulades, t'as plus qu'à marcher droit. Et à banquer !
Mais bon, je ne suis pas mauvaise langue ...
Avec tout ça, je n'ai même pas eu l'occasion de parler de mon magot à Lilly. Ça me ferait du bien de lui avouer mon secret, j'aimerais partager ce bonheur avec elle, mais j'en viens presque à me demander si ce serait vraiment une bonne chose.
— Si on s'arrêtait là, pour pique-niquer, me demande Lilly qui m'arrache à mes sombres réflexions.
Je serai bien tenté de lui dire que "pique" est de trop, mais je ne voudrais pas choquer la vierge du siège arrière. Alors, j'obéis, en grommelant.
À peine garé, le temps de me retourner et les donzelles ont disparues. Envolées, évanouies. D'accord, pigé : ça pressait ! Tant qu'à faire, je m'enfonce moi aussi à la lisière du bois, je choisis bien mon arbre et l'arrose consciencieusement en dessinant de belles arabesques. Soulagé, je viens de ranger mon attirail quand un léger bruit attire mon attention. Merde ! J'ai failli arroser la cousine ! Accroupie dans le buisson, je ne l'avais pas vue ! Elle, par contre, n'a sûrement rien raté de l'exhibition ! Eh ben comme ça, elle est fixée ! Faut bien qu'elle apprenne non ?
Je retourne, rigolard, vers la voiture où je retrouve Lilly. Louise revient à son tour, rougissant jusqu'aux oreilles en croisant mon regard. Sa gêne ne passe pas inaperçue et Lilly fronce les sourcils en m'interrogeant du regard.
— Oh, ça va, je l'avais pas vue, j'n'ai pas fait exprès. Et elle verra d'autres !
Éclatant de rire, Lilly s'approche de Louise, la prend par les épaules et s'éloigne avec elle en discutant joyeusement.
Eh bien voilà, une fois plus, je me fais planter. Je me retrouve seul, comme un con ! Faut pas pousser, Lilly, faut pas pousser ! Il va falloir qu'on cause tous les deux.
— Loulou ! Loulou !
Lilly m'appelle ! Mais qu'est-ce qu'elle veut encore ? Et où est-ce qu'elle se planque ? Je n'ai pas du tout envie de jouer à cache-cache ! Si vous croyez que je vais crapahuter dans la cambrousse avec ma patte folle ...
Mais, couillon, j'y vais quand même ! Je m'enfonce dans la forêt.
— Loulou ! Loulou !
M'énerve ! Où est-ce qu'elle se planque Bon Dieu !
Waouh !
— T'as vu comme c'est beau ici !
Délicieuse et fraîche comme une rose, Lilly m'attend, sur un tapis de mousse, dans une petite clairière ombragée. Elle assise comme la Petite Sirène de Copenhague sur son rocher, ses longues jambes jointes, ses cuisses délicieusement découvertes sous sa jupe retroussée. Instantanément, ma colère s'évanouit, mon désir pointe en flèche et je vais me précipiter sur elle quand je réalise et scrute les environs. Lilly comprend mon hésitation :
— Louise est allée se promener. Je lui ai expliqué, nous sommes seuls ...
Alors que je tombe à genoux sur la mousse, la douce biche déboutonne lentement son chemisier, l'entrouvre, découvre un sein. Prenant ma tête entre ses mains douces, elle me guide vers sa poitrine. À petits coups de langue, avec précaution, avec une infinie tendresse, j'embrasse, je bizouille, je lèche le sein offert, je retrouve avec délice le goût de sa peau, la fraîcheur de son sein, le relief dur du téton dressé. Au ralenti, comme dans un rêve, nos corps se rapprochent, se touchent, se fondent l'un contre l'autre. Allongés sur cette mousse accueillante, nous nous câlinons longuement, nos corps sont dénudés sans hâte, nos bouches s'unissent, nos lèvres se caressent.
Toute impatience est proscrite, si affamés que nous soyons l'un de l'autre, nous contenons nos élans pour profiter de la douceur du moment. Chaque parcelle de peau découverte m'est un émerveillement, chaque caresse prodiguée, une marque d'amour. Il n'est pas question ici de baiser, de s'envoyer en l'air, il s'agit de s'aimer, d'offrir, de partager. Comme deux amants au premier matin du monde, nous nous découvrons l'un à l'autre, nous nous offrons l'un pour l'autre. Dans la lumière mouvante que filtrent les feuillages, nos corps alanguis savourent les caresses, les agaceries de nos doigts légers, de nos langues pointées, de nos souffles courts. Nos bouches se cherchent à intervalles réguliers, s'appellent, se retrouvent et nos baisers tour à tour aériens et fougueux nous étourdissent. Et mes lèvres gourmandent son corps, glissent sur son ventre soyeux, enveloppent la petite perle nacrée délicatement enchâssée dans son nombril. Ma langue joue avec le petit bijou alors que mon regard se rive à l'horizon des montagnes laiteuses et de leurs pics sombres tendus vers le ciel.
J'hésite entre couler vers sa vallée inondée pour goûter aux sucs parfumés de son désir ardent et escalader les contreforts veloutés de ses rondeurs mammaires. Mais mon cœur submergé d'une ahurissante tendresse me fait préférer à ses appas offerts la douceur de sa bouche fébrile où mes lèvres se plaquent. Nos souffles se mêlent et se confondent, nos langues s'enroulent voluptueusement en chaudes caresses humides, nos cœurs chavirent. Sans autres préliminaires que nos chastes caresses, sans avoir abordé ni du doigt ni des lèvres nos sexes impatients, nos corps nus s'unissent. Je roule sur le dos. Plantant son regard dans le mien, Lilly, gravement, se redresse. Les mains sur mon torse, elle commence doucement à glisser son sexe sur le mien. Caresses affolantes, où le frottement de sa forêt bouclée chatouillant mon prépuce alterne avec la douceur suave des replis délicats du coquillage épanoui. Ce traitement lascif achève d'affoler mon sexe qui raidit encore. J'espère et je redoute la chaleur de sa conque, l'étroitesse de l'antre bouillant, je m'impatiente de cette attente insupportable mais craint de ne pouvoir y résister.
Lilly, enfin, sur moi s'imbrique, s'introduit doucement, lentement, progressivement mais totalement sur mon sexe érigé. Nous restons alors immobiles, mon membre au plus profond d'elle, à profiter de notre chaleur commune, du désir profond qui nous étreint.
Et Lilly s'allonge sur moi. Bouches unies, serrés l'un contre l'autre, à vouloir se fondre, notre désir fusionne. Et nos hanches entament le roulis, commencent la sarabande amoureuse, nos sexes se confondent. Qui monte ou descend, qui roule ou se tend, qui imprime le rythme ? Nous ne distinguons plus le tien du mien, le blanc du noir, l'homme de la femme. Nous ne sommes qu'un désir, qu'une offrande, qu'un seul corps tendu vers le ciel. Les vagues du désir nous parcourent à l'unisson, nous noient dans le tourbillon éthéré d'une tornade étincelante. Nous roulons encore sur la mousse et à l'instant magique, sur Lilly allongé, je sens ses ongles s'enfoncer dans mes fesses durcies par l'attente de l'explosion. Le plaisir nous propulse alors, ensemble, unis, fusionnés, dans le marasme multicolore d'un orgasme si étroitement partagé, d'une jouissance si merveilleusement unique et fusionnelle.
Dans ce cataclysme absolu, nous sommes le monde et le monde n'existe plus ...
oooOOOooo
Des volutes d'air chaud parcourent nos corps détendus. Appuyé contre Lilly, allongé sur le flanc, la tête relevée soutenue par ma main gauche, je contemple attendri le corps alangui de ma douce maîtresse tranquille. Les yeux clos, Lilly ne bronche pas mais sourit béatement de mes caresses légères sur son ventre.
— Lilly, j'ai un truc à te dire.
— Je sais, dit-elle doucement et en ouvrant les yeux, tu m'aimes ?
— Non, enfin si, bien sûr, je t'aime.
Je dépose un bécot léger sur ses lèvres closes avant de continuer :
— Non, il s'agit d'autre chose ... Tu sais, mes petites économies ... je t'en ai parlé ... Eh bien, en fait, mon petit pactole, c'est un million !
— UN MILLION !
Les yeux écarquillés, Lilly a relevé la tête un instant. Quand je croise son regard, je n'y lis pas de la joie mais plutôt une sorte d'inquiétude, voire de la peur.
Je lui raconte tout, par le menu, Certini, Wire, la crise cardiaque et tout le toutim. Lilly s'est rallongée, m'écoute sans broncher. Quand je m'arrête, elle me regarde, inquiète :
— Mais alors, tu es riche, souffle-t-elle.
Je rectifie :
— NOUS sommes riches ! Te voilà "Million Dollar$ Baby’$" !
Un petit sourire tristounet, un voile dans le regard, Lilly n'est pas enthousiaste :
— Mais avec tout ce fric, tu peux te payer toutes les plus belles nanas du monde. Alors moi...
— Mais tu es LA plus belle nana du monde. Et la plus gentille, la plus craquante, la plus chou qui soit, Bébé. Fric ou pas, c'est toi que j'aime, c'est avec toi que je veux vivre. Fric ou pas, je ne sais pas si c'est pour la vie, personne ne peut savoir, fric ou pas, c'est peut-être toi qui me plaquera, un jour ou l'autre. Mais ne gamberge pas trop, je t'aime, tu m'aimes, laisse faire le temps !
Je sais ! Dans le genre bluette "sentimentique et romantale", ça se pose là ! Mais on ne se refait pas. JE suis un romantique ! Point barre ! Vous pensez que j'aurai mieux fait de faire ma grande gueule, de profiter de la situation sans rien dire, de garder mon secret ? Eh bien, je ne suis pas d'accord, ne vous en déplaise ! Et peu importe si elle me plume, tant pis si elle me met sur la paille avant de me claquer entre les pattes, ce qui est pris est pris, et elle a tant à me donner. Alors, je lui explique tout, notre sortie du pays, mes projets, etc. Tout quoi !
Et ma petite souris du Missouri est restée toute ... enfin ...
... MUETTE !
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