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Couverture de Road movie, par Azimuteur
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Road movie — Chapitre 6 · Mises au point !

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Road movie

Chapitre 6 · Mises au point !

Pétard ! Si je
m'attendais à celle-là !
Décidément, ce mec
n'en finit pas de m'étonner ! Avec lui, je vais de surprises en surprises !
D'accord, il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre qu'il n'était pas
celui qu'il voulait paraître. Petit malfrat mal dégrossi, tu parles ! Bien trop
cultivé le bonhomme ! Alors ok, l'enfance solitaire, le côté rat de
bibliothèque, ça explique : la culture, ça s'acquiert. Mais Al n'est pas seulement cultivé, il est
intelligent. Et l'intelligence, on l'a ou on ne l'a pas, et lui, il est
beaucoup plus futé qu'il n'y paraît !
Son magot ? L'histoire
est un peu trop belle pour être vraie... Mais si elle l'est, Pépère a la
chance avec lui ! One million sans se baisser, Monsieur cultive la veine en
gros. Y a de quoi avoir les boules pour
quelqu'un qui a dû trimer, intriguer, prendre des risques pour décrocher la
timbale.
Et puis, elle est
peut-être vraie malgré tout son histoire. Elle tient la route et ça expliquerait
le million dans le sac de voyage : il n'a pas eu le temps matériel de trouver
une meilleure planque. Oh les yeux que j'ai faits le premier soir en ouvrant ce
sac ! Tu parles d'un choc ! Je croyais avoir levé un demi-sel en balade, je
tombe sur un millionnaire en cavale ! Sur le coup, ça m'a même effrayée. Je m'en
suis posée des questions ? Comme je n'imaginais pas que ce fric soit à lui, que
ce soit là d'honnêtes économies, j'ai imaginé une bande de tueurs à ses
trousses. Des tueurs, pas la police, parce qu'avec sa patte folle, je le voyais
mal braquer une banque. Non, son blé, il l'avait forcément carotté à quelqu'un,
volé ou extorqué, mais sans trop de violence. Parce que j'ai beau essayer, je
ne me l'imagine pas avec du sang sur les mains. Tout de même, me retrouver avec
un fuyard n'arrangeait pas vraiment mes bidons. Mais je me suis dit qu'en cas
de pépins, j'avais assez de ressources pour m'en tirer.
En évitant les axes
principaux, se taper des détours et traînailler dans les campagnes au lieu de
filer direct vers une frontière quelconque, était un bon moyen de brouiller la
piste. L'idée aussi de faire plier sa voiture par un casseur m'a démontré qu'Al
n'était pas sot. Payer la Honda presque une fois et demie son prix réel, c'était
le bon moyen de faire disparaître la Ford sans que le vendeur ne pose de
questions. Et bien malin celui qui pourra dénicher ce ferrailleur paumé dans la
cambrousse. Bien joué !
Non, dans l'ensemble,
Al s'est comporté en pro de la cavale : pas de chèque ou règlement par carte,
pas de téléphone ; prudent l'animal !
Sauf avec moi !
J'étais persuadée qu'il ne me parlerait jamais de son magot, en tous cas, pas
avant d'être en sécurité au Mexique. Mais voilà, Monsieur est sentimental. Trop
confiant, c'est sûrement là son plus gros défaut. Ce gars, en fait, est
fondamentalement bon ; pas foncièrement honnête, mais bon. Bon et amoureux !
Parce que là, y a aucun doute, Pépère est ferré ! Ah les bonshommes, ils sont
tous si manœuvrables...
Quoique ! Faut quand
même que tu te méfies ma fille ! Al est amoureux, d'accord, mais toi, t'en es
où à son sujet ? T'as beau faire la fière, tu peux rouler des mécaniques, t'es
quand même pas loin de succomber ! La petite séance sylvestre, tu l'as quand
même bien appréciée...
Merde, il faut que je
me reprenne ! On calcule, on calcule, mais si je ne garde pas vraiment la tête
froide...
J'avais bien senti que
le bonhomme avait besoin d'une petite récré, qu'il était urgent de m'occuper
de lui et de reprendre la main, mais lui offrir une parenthèse aussi...
sentimentale, ce n'était pas prévu. J'ai fourni l'occasion, j'ai offert
l'ouverture, mais en définitive, c'est qui donc qui a mené l'opération ? C'est
le Kiki, c'est lui, y a pas à tortiller, c'est lui qui a mené les débats, qui a
conduit nos ébats, lui qui m'a fait plonger dans cette sentimentalité
sirupeuse, lui qui m'a conduite à lui donner plus que mon corps. Je me suis
laissée mener, j'ai plongé.
Et j'ai aimé. Pas
seulement l'acte. Mais aussi le sirop ! Surtout le sirop !
Et l'aveu ! Million
Dollars Baby ! Sa confiance m'a émue, je ne peux pas le nier !
Merde ! Tu deviens
sentimentale ma fille ! Tu t'attaches ! Fais gaffe !
Quoique...
Et si un et un font
toujours deux...

oooOOOooo
Nous voilà à nouveau en route ! Silence complet dans la bagnole ! Lilly ne pipe pas un mot : visiblement, elle cogite. One Million, le parfum des dollars l'a un peu déstabilisée. Tu m'étonnes !
Sinon, toujours des routes caillouteuses. J'en ai ras-le-bol des petites routes ! Depuis presque une
semaine que j'avale de la poussière, je ne peux plus les sentir ces petites
routes tranquilles. J'en viens à regretter les rues bondées de New York, les
embouteillages où on s'engueule à tour de bras, les autoroutes où on se traîne.
Une autoroute, donnez-moi une autoroute, je craque. Et là, c'est pire que tout.
Les bayous ! Je déteste les bayous ! Ça pue, c'est sombre, il fait une chaleur
à crever et même sous contrôle permanent de la Nasa, on serait foutu de s'y perdre ! Depuis
trois heures, on a croisé une bagnole pourrie et deux crocodiles. Réjouissant ! Et le
pire est devant nous. On va entrer à la Nouvelle-Orléans
par les faubourgs, ça risque d'être coton !
En tous cas, on va se payer un super hôtel, pas le top du
top, faut rester discret, mais un truc bien, propre, moderne. Les piaules
minables des motels à quat'sous, j'en ai soupé ! Un grand lit, vaste,
confortable, un grand lit à partager avec Lilly. Bon, juste à partager, parce
que pour les galipettes, c'est râpé ! Il a fallu trouver un drugstore pour que
Madame puisse acheter des tampons. "Je sais pas si c'est nos galipettes
qui ont tout déclenché, mais c'est les grandes eaux, avec trois jours
d'avance". M'est avis que cette putain de chaleur moite qui est
responsable. Mais du coup, ceinture.
Vous me direz, il reste Louise. Elle est pas si mal la môme
depuis que Lilly l'a prise en main. Oh, le premier jour, quand elle a étrenné sa
première mini-jupe, je ne vous explique pas le tableau ! Elle ne savait plus
comment marcher, s'asseoir, se baisser la gosse ! Trop drôle ! Elle passait son
temps à tirer sur la jupe, à regarder autour d'elle. Faut dire qu'elle n'y
était pas allée avec le dos de la cuillère la Lilly. Elle te lui avait collé
une ras-la-touffe stretch moulante absolument minimaliste. Pas commode !
Mais
elle a vite appris à apprécier le regard des hommes ! Finis les contorsions
pour sortir de la Honda.
J'ai même eu droit à un drôle de petit sourire tout à
l'heure, devant le drugstore. Mademoiselle s'extirpait de la place arrière du
coupé, je lui tenais la portière et elle a bien remarqué que je ne pouvais pas
rater sa petite culotte blanche. Visiblement, ça l'amusait que je voie, la
petite lueur effrontée dans ses yeux en témoignait. Du coup, c'est moi qui ai failli
rougir. J'en viens à me dire qu'il ne faudrait peut-être pas la secouer
longtemps pour qu'elle me lâche son petit trésor.
Mais je n'ai pas envie de me faire arracher les yeux ! Ni
par elle, ni encore moins par Lilly !
Et puis maintenant, il faut se concentrer. Il faut organiser
le transfert. Fini la voiture, maintenant c'est bateau.
Le Mexique ? Non, oubliez le Mexique. Entre nous, il n'a
jamais été question de Mexique. Il fallait bien que je raconte un truc à Lilly.
En fait, c'est direction les îles.
Lesquelles ?
Dites, vous ne seriez pas un peu curieux sur les bords ?
Alors, si on vous le demande, vous direz que vous ne savez
pas !
Non mais des fois !

oooOOOooo
New Orleans, la ville des plaisirs. Le carnaval permanent.
La capitale de l'exhibition. Se promener dans le quartier français le soir,
c'est la certitude de se rincer l'œil gratos. Bars, steakhouses, restaurants
chicos, boîtes à jazz, le quartier a tout ce qu'il faut pour attirer les
noctambules. La plupart des maisons du quartier sont pourvues de balcons ou de
galeries ouvertes. À l'origine, les entraîneuses de bars à filles et des
bordels attiraient leur clientèle en dévoilant plus ou moins leurs charmes
depuis ces balcons. L'Amérique puritaine ayant officiellement bouclé la plupart
des maisons de plaisirs, les putains noires se sont raréfiées aux balcons. Mais
la tradition demeure. Escort-girls, entraîneuses ou simplement habitantes du
quartier perpétuent la coutume. Depuis la rue, le public qui déambule en
troupeaux serrés apostrophe les belles aux étages ; impossible de faire
trois pas sans apercevoir le galbe d'un sein fugitivement dénudé, une poitrine
rebondie mise à nue, une gazelle dénudée balançant ses colliers de perles
multicolores sur ses mamelles exposées.
Plus la soirée avance, plus ces
exhibitions se multiplient, pour le plus grand plaisir des touristes voyeurs
qui mitraillent les belles et moins belles avec leurs appareils numériques.
Sans compter, que régulièrement, dans la foule des badauds, une femme ou
l'autre répond aux provocatrices des étages. Le flot des piétons s'immobilise
alors, un attroupement se forme autour de la touriste délurée qui a soulevé son
tee-shirt et danse en balançant ses nénés sous le nez des passants hilares.
L'émulation gagnant la foule, certaines osent soulever leurs jupes, dévoilant
leurs dessous, entrouvrent leurs shorts et exposent leurs buissons. Les plus
délurées ne cacheront rien de leur anatomie, s'exposant aux flashes et aux
rires, avant de se couvrir à nouveau pour continuer, comme si de rien n'était,
leur balade nocturne. Quelques passants alors se retournent sur leur passage en
balançant des commentaires égrillards avant qu'elles ne fondent dans la foule
et retrouvent un anonymat respectable.
Connaissant Lilly, je m'attendais à quelques débordements de
sa part mais les provocations répétées ne firent que l'amuser sans la pousser
au crime. Je mets cette passivité sur le compte de son état physiologique et
peut-être aussi sur le souhait mutuel de passer plutôt inaperçus. Peu avant
d'arriver à New Orleans, j'ai d'ailleurs repris le petit camouflage déjà
utilisé chez le casseur-autos, à savoir un faux plâtre au pied et des
béquilles. Camouflage voyant certes, mais je continue à penser qu'un type avec
un pied plâtré est certes visible mais que son souvenir restera moins longtemps
à l'esprit que l'image d'un play-boy boiteux. Et pour tout dire, si on vous
demandait si vous avez aperçu un boiteux minable, penserez-vous à faire le
rapprochement avec ce type au pied plâtré que vous avez vu se pavaner avec deux
Escort-girls relativement indécentes.
Pour ce qui est de Louise, Lilly lui avait monté un bateau
sur un soi-disant complexe que je ferais au sujet de mon infirmité et avait
également forcé sur mon côté "petit voyou poursuivi par une bande de
grands vilains pas beaux".
Se balader avec des béquilles n'est pas une sinécure mais
offre l'avantage de mettre les gens dans de bonnes dispositions à votre égard.
Le loufiat du Dizzy ne fait pas exception et nous escorte jusqu'à une très
bonne table dans la boîte. Le public est principalement composé de couples pour
la plupart réunis par deux autour des petites tables en alu brossé. Le décor
est typiquement pompier 1920, les fauteuils confortables et les serveuses
aguichantes avec leurs pseudos uniformes en satin rouge et leurs bas à résilles.
Est-il besoin de dire que nous avons fait une entrée remarquée dans le Club :
moi, à cause de mes béquilles, Lilly, à cause de son décolleté ravageur et
Louise pour sa mini-jupe affolante.
Sur la scène, à moins d'un mètre devant nous, un trio de
blacks souriants distille un blues de bonne facture enrobé par la voix basse et
chaude d'une chanteuse extraordinairement sexy : sans nul doute métissée, la
jeune femme ondule devant son micro. Ses cheveux lisses brillent sous les
spots, sa peau noire est mate et met particulièrement en valeur ses yeux
clairs, ses lèvres plutôt fines rehaussées par un rouge à lèvres gloss, ses
dents régulières et étincelantes. Sa longue robe de lamé scintille, moule ses
formes avantageuses. Fendue jusqu'à l'aine, la robe s'entrouvre sous les
ondulations de l'interprète, dévoilant des jambes interminables, une cuisse
nerveuse et fuselée, l'aine découverte. Spectacle lascif, un peu trouble,
gentiment érotisant.
À la table voisine de la nôtre, trois types, passablement
éméchés louchent sans vergogne vers mes deux compagnes, et se poussent du coude
en se glissant des confidences sans nul doute graveleuses. L'un d'eux se lève
d'ailleurs, s'avance et faisant mine de trébucher, tombe sur Lilly qu'il pelote
sans vergogne. Pas décontenancée pour un sou, Lilly qui avait repéré le manège
le repousse violemment et lui expédie une claque sonore. Hébété, le type prend
la mouche en découvrant les sourires moqueurs des convives alentour, revient à
la charge en jurant et se prend un magistral coup de béquille dans le tibia.
Cette fois, il s'étale de tout son long. Depuis ma chaise, je le bloque au sol
avec mes béquilles et mon pied.
L'incident s'arrêterait là sûrement si ses
copains n'avaient alors la mauvaise idée de vouloir prendre le relais. Debout,
Lilly et Louise les abreuvent de coups, les obligeant à battre en retraite,
mais un des connards écumant de rage défouraille alors un petit calibre et va
tirer sur elles lorsqu'un convive lui abaisse le bras. Le coup part malgré tout
et touche un brave texan d'une table voisine.
Touché à la cuisse, le Texas boy
regarde sans comprendre le trou dans son pantalon. Puis réalisant, le cow-boy
se lève, déplie son double mètre, et aussi gêné par la balle que si une guêpe
l'avait piqué, se rue sur l'ivrogne qui tient toujours son revolver. Le
désordre est indescriptible, la plupart des clients se ruent vers la sortie en
hurlant, renversant tables et chaises, les musiciens sautent de l'estrade pour
plonger dans la mêlée, les serveuses se planquent comme elles peuvent.
Les nuisibles sont rapidement maîtrisés par le cow-boy et
ses amis, le calme revient.
Ce qui aurait pu n'être qu'une petite bagarre amusante se transforme
en drame. Oh, pas du côté texan, un examen rapide montre que la balle a
traversé le gras de la cuisse, quelques points de suture et le bonhomme pourra
continuer sa java, mais parce qu'inévitablement, les cops vont débarquer. Dans
le meilleur des cas, la soirée est foutue ! Et je me passerais bien d'aller
visiter le Poste de Police du secteur ...
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Chapitre 7 · Y a d'la rumba dans l'air à New Orleans !
Une nuit au commissariat de La Nouvelle-Orléans, et les questions des flics ne ressemblent plus à de simples formalités. Al, Lilly et Louise en ressortent avec quelque chose de changé entre eux — quelque chose qui n'a pas de nom encore. De retour dans leur suite d'hôtel, la tension monte. Qui sont vraiment ces trois-là ? Ce qu'ils partagent, ce qu'ils taisent, et jusqu'où peut-on faire confiance à quelqu'un qu'on connaît depuis si peu de temps ?
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