Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Road movie — Chapitre 7 · Y a d'la rumba dans l'air à New Orleans !
Auteur
Road movie
Chapitre 7 · Y a d'la rumba dans l'air à New Orleans !
La pièce est dans le plus pur style police année 80 : grise, sale, triste. Les chaises en skaï sont raides, la clim est poussive et donne plutôt l'air de polluer l'atmosphère que de la rafraîchir. Et les flics sont naturellement désagréables. Débordés, ils nous ont tous collés en cellule, agresseurs et victimes. Bonjour l'ambiance !
Après deux ou trois heures, un inspecteur est enfin venu nous chercher. Il nous a bien entendu interrogés sur les circonstances de la bagarre, et nous a pris nos papiers. Pour vérification ! Victimes, nous sommes traités comme des suspects : pourquoi êtes-vous à la Nouvelle-Orléans, depuis combien de temps, jusqu'à quand, ... Et encore, jusque-là, nous étions plutôt bien traités.
Jusqu'à ce que le fonctionnaire chargé de vérifier nos papiers ne revienne et ne fasse signe à notre inspecteur de le rejoindre dans le couloir. À son retour, le flic avait changé d'attitude, nous servant un regard soupçonneux. D'autres flics avaient alors emmené Lilly et Louise.
— Comment avez-vous connu ces femmes, depuis combien de temps, ...
Pendant une demi-heure, il m'a reposé les mêmes questions. Coincé, je n'ai pu raconter que la vérité, ma rencontre avec Lilly, la masure de son père, la supplique de sa tante, en priant pour que Lilly s'en tienne elle aussi à cette vérité.
— On va vérifier, m'avait dit le flic en me plantant là. On en saura plus demain matin !
Et la nuit s'est écoulée, inconfortable, exaspérante.
Complètement claqué et énervé par cette attente, je vois enfin vers neuf heures la porte du bureau s'ouvrir.
Le flic entre, suivi par mes deux compagnes. Nous rendant nos papiers, il s'excuse :
— Excusez-nous, tout est en règle, mais ...
— Mais quoi, je lui demande, fermement mais sans agressivité.
— Disons que vous formez un trio pour le moins original, continue le flic. Il fallait qu'on vérifie …
Comme je reste muet, les yeux froncés, il explique :
— Un brillant étudiant en droit de Columbia et une responsable de marché de la Chase Manhattan Bank qui se baladent avec une gamine fichée aux mœurs dans le Missouri, franchement, ça intrigue. Mais bon, tout est en règle.
QUOI ? Lilly, tradeuse à Wall Street !!! Et Louise ? Une gamine fichée aux mœurs ? Louise ! La souillon, la vierge timide tapinait les bouseux du Missouri ? "L'avocat, la tradeuse et la putain", on peut le présenter comme on veut, dans notre trio, il y a toujours une pute, décidément !
— Nous vous souhaitons un bon séjour à la Nouvelle-Orléans, poursuit le flic. Cela dit, il risque d'être court, l'alerte "Tempête tropicale" est confirmée, rien de très méchant mais pour le Tourisme … Alors, bonne route. Et surveillez la petite !
En serrant la main de Louise, il explique encore :
— Une patrouille va vous ramener à votre hôtel.
Me saluant et désignant mon "plâtre" :
— Bon rétablissement Monsieur Bullenvald ...
Puis, enfin, serrant la main de Lilly :
— Au revoir Madame DeLorean.
? Madame ? Delorean ? Mais qu'est-ce que c'est ça encore ?
Notre trio quitte le bureau, à la queue-leu-leu, en tentant de faire bonne figure. Sourires ahuris, figés, crispés, tendus.
On a beau être à la Nouvelle-Orléans, et même si ce n'est pas couleur locale, il y a une chose de sûre :
y a d'la rumba dans l'air ...
Ooo000ooO
— Je ne t'ai pas raconté de cracks, moi ! Je ne t'ai pas tout dit, je ne suis pas entré dans le détail, mais au moins je ne t'ai pas menti. J'étais bel et bien chauffeur de Certini ET étudiant en droit. ET premier aux examens des deux premières années. Point barre ! Toi par contre, tu ne peux en dire autant ! Et toi, (je me tourne vers Louise), tu cachais bien ton jeu, Mademoiselle la Pudeur !
Dans le salon de notre suite, Lilly et Louise n'en mènent pas large. Après la nuit passée au poste, nous nous sentons sales, fatigués, énervés. Debout, débarrassé de mon faux plâtre, je claudique, de large en large, énervé et impatient. Je me sens floué, trahi. Et dans une colère noire.
Contre moi ! Je me botterais volontiers les fesses pour cette sentimentalité imbécile qui m'a poussé à donner ma confiance à cette garce de Lilly. Connard !
— Ce n'est pas ce que vous croyez, pleurniche Louise.
Je la coupe, sèchement :
— On verra ça plus tard, si tu veux bien. Pour l'instant, j'ai à parler à ta "chère cousine". Laisse-nous !
Sans demander son reste, Louise rejoint sa chambre alors que j'entraîne Lilly dans la nôtre. Ayant fermé la porte, je demande :
— Il me semble que tu as pas mal de choses à m'expliquer !
Assise au bord du lit, Lilly ne sait visiblement pas par où commencer.
— Je vous écoute Madame la responsable de marché de la Chase Manhattan Bank !
La jeune femme pousse un long soupir :
— D'accord, moi non plus je ne t'ai pas tout dit. Je ne t'ai pas menti, enfin, tout ce que j'ai pu te dire est vrai : le Bronx, le bar, les galères, c'est vrai. Mais disons que ... ça date un peu ...
— Raconte !
Lilly pousse un gros soupir avant de relever la tête pour plonger résolument son regard dans le mien.
— Un jour, j'ai rencontré un type, un client, qui est tombé raide dingue de moi. Comme ce n'était pas n'importe qui, il a pu me sortir des griffes de Wenston, mon "producteur". Il m'a installé dans un chouette petit appartement et m'a casé comme secrétaire dans sa banque ! Enfin, aide de sa secrétaire. Je ne me suis pas trop mal débrouillée, notamment en informatique. J'ai vite appris ! Si sa secrétaire n'avait pas cafté auprès de sa femme, tout aurait continué sans soucis. Mais découvert, il a dû m'éloigner.
Lilly marque une petite pause avant d’enchaîner :
— Pas bien loin, il m'a simplement recasée au fin fond des services, comme opératrice de saisie. Mais ma fiche de paye indiquait "Responsable de Marché" avec salaire en conséquence. Et comme mon chef avait eu droit à une belle augmentation pour fermer les yeux, tout allait bien …
Comme je reste silencieux, le visage fermé, Lilly continue :
— S'il a effectivement fermé les yeux sur ma position, il les a bien ouverts sur moi par contre. Très vite, réalisant que Big Boss me délaissait, il a essayé de se placer. Comme c'était un type assez pervers, je ne me suis pas laissé faire. Je l'ai repoussé. Il l'a mal pris bien sûr. Du coup, il a mené sa petite enquête et découvert mes activités dans le Bronx. Et puis ce salaud m'a progressivement fait faire des petites choses pas très correctes, du point de vue informatique bancaire. Au début, je ne pigeais rien aux opérations mais j'ai fini par capter. Trop tard ! Il m'avait trempée jusqu'au cou, sans se mouiller. Avec mon passé d'entraîneuse, j'étais pieds et poings liés. Alors, ç'a empiré. Côté banque, et côté ... cul aussi.
Comme je lui décoche une moue perplexe, Lilly se défend :
— Non, pas si évident que tu le penses. En dehors du fait qu'il était plutôt moche, gros, gras, désagréable, il était complètement pervers, totalement à la masse. Tant qu'il s'agissait de se balader sans soutifs au bureau, de lui faire une petite gâterie, passait encore. Mais son truc à lui, c'est la soumission infantile. Il a une pièce quasi secrète dans son pavillon, une nurserie. T'imagine le topo, Monsieur aime se faire dorloter comme un bébé, promener en poussette, faire popo dans ses couches, et le reste. Franchement, l'uro, c'est déjà pas vraiment ma tasse de thé, mais la scato-popo-bébé-SM, c'est vraiment pas mon truc. Lui, DeLorean, il ne connaît que ça !
— Ah, parce que c'est lui DeLorean, ton mari ! Non mais eh, ton histoire ne tient pas la route. Pourquoi qu'il t'aurait épousé alors qu'il pouvait t'obliger à faire tout ce qu'il voulait ...
— Ah, parce que c'est lui DeLorean, ton mari ! Non mais eh, ton histoire ne tient pas la route. Pourquoi qu'il t'aurait épousé alors qu'il pouvait t'obliger à faire tout ce qu'il voulait ...
Lilly s'est redressée, tente d'en placer une mais je suis trop énervé pour la laisser parler
— Ne me raconte pas d'histoires, on n'épouse pas sa maîtresse dominatrice si on n'y est pas obligé ! D'autant que malgré tout, il pouvait craindre une réaction de jalousie, de dépit de son patron. C'était pas bon pour son job. Non, arrête, trouve autre chose, mais ne me prends pas pour une bille !
Profitant que je reprends mon souffle, Lilly s'explique :
— C'est pas pour le cul qu'il m'a épousé. Et permets-moi de te dire que je m'en serais bien passé. Non, c'est pour ses petits trafics, à la banque. Comme Monsieur voulait rester OUT, il m'a tout mis sur le dos : jusqu'au transfert final aux Caïmans, il n'y avait que moi qui apparaissais dans ces transactions frauduleuses, mais là-bas, c'est tout pour lui. Et comme nous sommes sous régime de séparation des biens, il pouvait toujours prétendre n'être au courant de rien, me faire porter le chapeau ! "Monsieur le Juge, l'enquête a montré que ma femme était prostituée avant de me rencontrer, je ne le savais pas, patati-patata !" Qu'aurait pesé ma parole contre la sienne. D'autant que son idée était de mettre le maximum d'argent à gauche, sans rien changer à son train de vie en attendant de filer, sans moi certainement.
— Mouais, admettons ... Et ça durait depuis combien de temps cette histoire ?
— Huit mois, et il m'avait dit s'en donner dix avant de disparaître.
— Ah oui, il te l'a dit ! Il a prévu de te laisser tomber mais il te raconte ses plans !
— Non, il a toujours parlé d'un an. Douze mois, il insistait beaucoup au contraire sur cette durée, et c'est bien ce qui me rendait soupçonneuse. Alors, je l'ai surveillé, j'ai trouvé la date programmée de ses vacances, et j'ai découvert ses contacts avec une agence de voyage. Ce radin a acheté son billet en début de mois pour un départ fin septembre. Trois mois à l'avance, c'est moins cher ! Y a pas de petites économies ...
— Pas très malin, mais admettons. Et c'était quoi son arnaque ? Un cent sur chaque opération bancaire, c'est un peu éventé comme système ...
— Non, sur les frais facturés par la Banque sur les opérations de changes, les frais de prélèvements directs, les polices d'assurance, etc ... Enfin, c'était assez compliqué, je t'expliquerai si tu veux mais ...
Je la coupe :
— Et ça lui a rapporté combien ses petites combines ?
— Environ un million ...
— UN MILLION ! Décidément, c'est le chiffre à la mode ... Un million, au chaud, déjà, aux Caïmans !
Qu'on ne me prenne pas pour un con : si Lilly a mis les voiles de chez son bébé gâteux, ce n'est sûrement pas sans assurer ses arrières. Mais jusqu'où ira sa franchise. En tous cas, ce n'est pas moi qui la pousserai à se dévoiler ...
— Mais dis-moi, tu t'en sors bien : d'un côté, un million qui te passe sous le nez avec lui, et de l'autre, moi, pauvre couillon, qui te le sert sur un plateau ! Tu aurais filé quand avec mon magot ? Et tu serais allé jusqu'où pour mettre la main dessus, jusqu'à me loger une balle dans le ventre ?
— Al, crois-moi, me susurre Lilly en s'approchant, je n'ai pas l'intention de me tirer avec ton fric, je n'ai pas l'intention de me tirer du tout. Ton magot, je l'ai découvert le premier soir, à l'hôtel, dans ton sac de voyage. Tu penses si j'aurais eu des occasions pour me tirer avec. Et pour te faire disparaître, franchement, chez mon père, un petit coup de fusil et personne n'aurait jamais retrouvé ton corps dans les cuves de tannage ! Bien sûr, t'es pas obligé de me croire, les faits sont contre moi. Je n'ai que ma parole, la parole d'une petite pute à te donner, pour ce que ça vaut ... Alors, à toi de voir ...
Un long et lourd silence s'installe entre nous. J'attends qu'elle aille au bout, qu'elle se livre complètement. Mais rien ne vient. Jouant le jeu, je fais mine de réfléchir, de peser le pour et le contre, et finalement, je lui caresse la joue en signe de paix et d'absolution.
— Il me semble bien que je vais te croire ... parce que je suis faible, ... et amoureux.
Si je dois le regretter, je ne pourrai m'en prendre qu'à moi-même.
Comme je m'approche pour l'embrasser, Lilly se recule :
— C'est pas tout, il ne doit plus y avoir aucun secret entre nous désormais. Alors, il faut que je dise encore quelque chose ...
— Je t'écoute ...
— DeLorean va avoir quelques surprises. En fait, je l'ai roulé dans la farine, il ne verra jamais son million. C'est moi qui ai le compte, tous ses comptes, les codes, tout.
Je ne me suis donc pas trompé, elle a son million elle aussi !
— Mais alors, tu es riche, sans moi ! Raconte !
— Comme je viens de te le dire, l'argent est dans diverses banques, mais sur mon compte, pas sur le sien. Il n'a aucun moyen de le reprendre. De plus, il va trinquer ! Avant de partir, je suis allé voir William Devoor, mon ex-amant PDG. Je lui ai tout raconté au sujet des petits trafics de DeLorean. Dans quelques jours, les flics vont lui tomber dessus. Il est foutu !
— Dans quelques jours ? Mais pourquoi ton ... Devoor n'a pas agi tout de suite.
— Pour me laisser le temps de filer. En souvenir du bon vieux temps ...
— Attends, il n'est pas fou, il doit bien savoir que TU as le million ?
— Il s'en fout du million. Et j'avais quelques arguments pour le convaincre, si tu vois ce que je veux dire ...
— Ok pour lui ! Mais ton ex ? Tu files et tu crois qu'il va rester sans rien faire ? Si ça se trouve, il a sauté dans un avion et ... te maudit !
— Je suis plus futée que tu ne penses. En fait, je suis officiellement en vacances, chez mon vieux père, que je voulais revoir avant de filer vers le Paradis. Je l'ai supplié et comme officiellement, DeLorean était censé m'emmener avec lui, il a accepté. Tout va bien, à condition que j'aie quitté le pays d'ici à trois jours maintenant. Alors, il faut qu'on mette les bouts, fissa !
J'avais beau m'y attendre, ces dernières nouvelles m'assomment un peu. Après une nuit blanche, il y a de quoi pédaler un peu dans la semoule !
— Mais dis-moi, ok, t'as plus vraiment besoin de mon million et ... tu n'as plus besoin de moi non plus ...
— Idiot, me dit-elle en se lovant contre moi, si je ne tenais pas à toi, il y a longtemps que j'aurais sauté dans un avion. Tu ne crois pas ?
À dire vrai, je suis prêt à croire n'importe quoi ... pour la garder !
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