Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Road movie — Chapitre 4 · Missouri – moi pas du tout !
Auteur
Road movie
Chapitre 4 · Missouri – moi pas du tout !
Pas gai le Missouri !
Au petit matin, tôt, nous avons franchi le Mississippi. Il était temps ! Car nous avions perdu une journée supplémentaire sur le programme prévu. Faut dire que notre soirée chez John-John et Sarah s'était prolongée fort tard.
Après nos premiers ébats et un petit moment de récupération, John-John avait proposé de tourner un porno maison. Franchement, je ne voulais pas (pour d'évidentes raisons de discrétion) apparaître dans ce film. Plus étonnant, Lilly avait refusé elle aussi : timide ? En tout cas, elle avait argumenté préférer le direct-live plutôt que les plans-séquence. Du coup, le film porno, on l’a fait en direct, sans caméra !
Et ma foi, c’était mieux comme ça !
C'est tôt, très tôt que John-John et moi avons rejoint nos petites femmes dans la piaule pour nous reposer un peu. Reposer car dormir à quatre sur un lit de cent-quarante, c’est mission impossible. Du coup, le reste de la journée du lendemain, Lilly et moi l'avons passé au Motel, à lézarder, et à roupiller. Fait exceptionnel, il ne nous est même pas venu à l'idée de nous envoyer en l'air ce jour-là. Je crois que nous étions gavés !
oooOOOooo
Plus on approche de chez Lilly, plus les routes sont mauvaises. Depuis qu'on a franchi le Mississippi, le paysage est devenu monotone, pauvre. La terre rouge est lourde, la végétation n'a plus rien en commun avec celle que j'ai connue dans le Nord. J'ai l'impression d'avoir changé de planète, ou pour le moins, de tropique. Ce qui est le cas d'ailleurs. Il règne une atmosphère étrange dans ce paysage étonnant. La nature y est trop calme, comme assommée par la chaleur moite. Il y a bien longtemps que nous n'avons pas traversé une ville ou simplement un village digne de ce nom. De temps à autre, une boîte aux lettres rouillée nous signale la présence d'une maison, cachée quelque part dans ce bush peu accueillant.
Quoi le bush ?
Quoi ? Qu'est-ce qui ne colle pas ? Allez-y, ça suffit maintenant, je vous entends bien râler depuis un moment !
Vous dites ? Un voyou ne parle pas comme ça ! Mon vocabulaire est trop riche, ce n'est pas crédible, il y a erreur, mystification, je ne suis qu'un petit bourgeois qui s'encanaille et joue les durs ?
Hey ! Stop !
Faut pas se fier aux apparences ! Je vous l'ai déjà dit !
Alors comme ça, sous prétexte que je bossais pour un mafioso, vous me prenez pour une petite frappe, un malfrat demeuré, sans éducation, inculte et basique ? Mais vous avez tout faux !
Je ne suis pas un voyou !
Je vous l'ai dit, mon putain de pied bot m'a valu une enfance solitaire. Je n'ai pas fait les quatre cents coups avec les mômes de mon quartier. Moi, je les ai faits avec Huckleberry Finn, sur les rives du Mississippi, et dans les Caraïbes, sur le Bounty, et j'ai piégé le grizzly et pisté les Comanches avec Davy Crockett. J'ai même bien connu les tours de Notre-Dame avec mon grand frère Quasimodo. Oui, un roman français, d’un certain Victor Hugo, "Notre-Dame de Paris" : je l'ai lu, j'avais neuf ans. Et autant vous dire que le personnage du boiteux-bossu-difforme m'a beaucoup plu ! Presqu'autant que la pulpeuse bohémienne ! Paris ! J'ai arpenté les rues de Paris, derrière Phoebus et Esméralda, à neuf ans, un âge où la plupart de mes copains de classe ne savaient même pas situer la France sur le globe, si tant est qu'ils le sachent maintenant !
Eh oui, j'ai passé ma jeunesse, le nez dans les bouquins. La bibliothèque de mon quartier, j'en ai exploré les moindres recoins, toutes les étagères. C'est là que je me suis formé, que j'ai acquis mes connaissances, ma culture, que j'ai étanché ma soif de savoir, là que j'ai appris à aimer les mots. Sûr que ce n'est pas auprès de ma mère, toujours entre deux cuites, que j'aurais pu m'instruire...
Sachez aussi que je n'ai jamais été porte-flingue pour Certini. J'étais son chauffeur. Je suis même devenu peu à peu son secrétaire et confident, il m'avait pris sous son aile. Au début, il m'appelait "Chueppé", ce qui dans son patois d'Italie du Nord signifie "boiteux". Rien de très original ou gratifiant. Et puis le vieux a découvert ma passion pour la lecture, pour les mots, pour les sciences, le Droit, etc. Du coup, il m'a rebaptisé "Professore" et même "Dottore" et m'a accordé son respect. Ça vous en bouche un coin, non !
Bingo !
Mais là encore, pas de méprise, du respect, je n'en ai pas pour lui. Du moins, je n'en ai plus, depuis qu'il a cédé aux sirènes de l'argent trop sale. Tant qu'il se contentait de contrôler les boutiques de Little Italy et de Soho, le racket, les paris clandestins, le trafic de cigarettes et d'alcool, ses allures de Commandatore me convenaient assez, malgré les cadavres de quelques braves types et de pas mal de salopards qu'il avait dans ses placards. Mais du jour où il a commencé à tremper dans le trafic de poudre, là, pour moi, il ne méritait plus le respect. Non seulement parce que ce trafic est ignoble, mais surtout, parce qu'en trempant là-dedans, il faisait fausse route. D'ailleurs, les ennuis n'ont pas tardé : Italien du Nord, Certini avait au départ autant de chances d'être admis par les grands Mafiosi (tous originaires du Sud, Sicile et Calabre), autant de chances que moi en fait de faire partie de la sélection olympique du 4 x 400 ! Dans les années soixante-dix, son intelligence, sa froide détermination, son sens de l'organisation avaient fini par lui valoir la considération des Familles qui lui avaient laissé le contrôle de quelques miettes de leur empire. Mais en trempant les mains dans la blanche, Certini s'était vite retrouvé isolé, en porte-à-faux. Il était allé trop loin, il marchait sur leurs plates-bandes.
Et c'est bien pour cela que je suis assez tranquille du reste. Je lui ai taxé un petit million, mais il n'a pas l'envergure suffisante pour lancer une chasse à l'homme, pour me débusquer là où je vais et ne trouvera personne pour l'aider. S'il doit ce fric à quelqu'un, il devra racler ses p’tites économies et cracher, point-barre !
Faudrait d'ailleurs qu'il soit vachement futé pour me retrouver. En fait, sans le vouloir, j'ai brouillé les pistes, depuis le temps que je bassine tout le monde avec la Californie. Tu peux courir, c'est sûrement pas là-bas que j'irai. De toute façon, à l'instant précis, je ne sais pas encore exactement où je vais aller planter ma tente. Tout ce que je sais désormais, c'est que Lilly m'accompagnera, où que j'aille. Et une fois installé, personne ne me débusquera.
Parce qu'en fait, je suis un caméléon.
Un caméléon, tu sais, comme Jarod, à la télé : tu es malfrat — je parle comme toi, tu es un petit bourgeois — tu me prendras pour ton frère, tu navigues dans les hautes sphères — tu me reconnaîtras comme un de tes pairs. Expert en ronds de jambes ? Je serai plus obséquieux que toi ! Grossier comme un camionneur, je t'apprendrai de nouveaux jurons.
Je suis un maître de l'empathie, qui que tu sois, je suis comme toi, je suis toi, si je le veux !
Et - je - parle - comme - je - veux !
Cela dit, pour l'heure, je suis un peu inquiet. Mais où donc Lilly m'emmène-t-elle ? Chez elle, dans sa famille, ça, je sais, merci !
Mais c'est où ? Visiblement plus loin que le trou du cul du monde !
— Là, à droite, crie Lilly
À droite ! Je n'avais même pas vu qu'il y avait un chemin ! Enfin, si on peut appeler ça un chemin !
— T'aurais dû me prévenir Lilly, j'aurais acheté un Hummer ! T'es sûre que c'est par-là ?
— Sûre, je le sens ! dit-elle en reniflant.
De fait, une sale odeur envahit l'habitacle. Attendez, je me suis planté, chez elle, ce n'est pas plus loin que le trou du cul du monde, c'est pile-poil dedans !
— Putain, ça pue encore plus que mes souvenirs, soupire Lilly qui s'est redressée sur son fauteuil et scrute la végétation.
Ma Lilly, excitée comme une puce à l'idée de me présenter à son père ! Ce matin, elle a fait des efforts pour s'habiller décemment : jupe sage en coton beige, petite veste saharienne sur un chemisier immaculé qui cache un soutien-gorge des plus sages. Elle a même mis une culotte en coton. Je le sais, j'ai vérifié !
— C'est là, crie-t-elle soudain !
Une infâme masure apparaît entre les hautes herbes desséchées. Une baraque de planches grises disjointes avec un toit en tôles ondulées rouillées. Devant la bicoque, un puits, une éolienne rongée par le temps qui tourne vaguement en grinçant, un camion délabré, une carcasse de voiture, des bidons, un invraisemblable bric-à-brac de vestiges divers, cassés, rouillés, délabrés.
— Merde, c'est encore plus moche que dans mes souvenirs.
La voix de Lilly s’est brisée, les larmes lui montent aux yeux. Pauvrette, je la sens complètement anéantie par ce spectacle désolant.
Lorsque j'arrête la voiture devant le palace, un chien pouilleux attaché à une longue chaîne se rue vers nous en aboyant tout ce qu'il peut, c'est-à-dire peu, car il a la voix cassée par l'âge.
Alors que nous nous frayons un chemin à travers le dépotoir, la porte de la masure s'ouvre et une femme sans âge s'avance précautionneusement sous le soleil. Vêtue d'un tablier informe, les cheveux ébouriffés, une main en visière sur le front, elle est peu avenante et visiblement inquiète. Manquerait plus qu'elle brandisse une Winchester, et le cliché serait parfait.
— Tante Wilma !
Lilly s'approche de la matrone qui, la reconnaissant, joint les mains sur sa poitrine et pousse des cris de joie.
— Lilly ? Lilly, c'est bien toi ?
Les deux femmes tombent dans les bras l'une de l'autre, pleurent, s'embrassent. Alertée par les cris, une autre forme se glisse au dehors : vêtue d'un tablier aussi usé que celui de la tante, la tignasse tout aussi ébouriffée, cette femme-là est plus jeune, beaucoup plus jeune. Sans doute même plus jeune que Lilly.
— Louise, s'exclame Lilly en la voyant. Puis se tournant vers moi, elle précise :
— Ma cousine ! Ma tante, ajoute-t-elle en me désignant la plus vieille. Al, mon fiancé, explique-t-elle ensuite en me pointant du doigt.
— Ton fiancé, s'exclament de concert les deux femmes, intimidées, qui tentent maladroitement de se coiffer et lissent leurs tabliers avec leurs mains sales. J'ai même droit à une sorte de révérence maladroite. Faut dire que je suis aussi chic que le Prince de Galles, même si je ne suis en fait vêtu que d'un short bleu et d'un tee-shirt bêtement blanc. Mais quelle importance, ces deux-là n'ont jamais vu le Prince de Galles ! Mes vêtements sont neufs et propres, c'est largement suffisant pour les impressionner.
— Mais entrez vite, il fait moins chaud à l'intérieur. Et ça pue moins !
Ça, c'est vite dit ! Tout est relatif, comme je le constate en entrant dans le bouge, mais on s'y fera !
L'intérieur de la cabane est à l'image de l'extérieur. L'aménagement des plus sommaires se résume pour la pièce principale à une table en bois avec bancs assortis, deux grandes armoires bancales, un canapé fatigué, deux fauteuils, un vieux téléviseur cathodique. Une partie de la pièce abrite la cuisine avec une grosse cuisinière sale, un évier en pierre, des placards vétustes, et, faisant tâche dans ce décor, un énorme réfrigérateur ultra moderne et étincelant de tous ses chromes.
Tante Wilma passe un chiffon douteux sur les bancs et la table pour que nous puissions nous asseoir sans trop nous salir. Mais Lilly reste debout, fixe un des fauteuils dans lequel gît un homme, vieux, sale, endormi.
— Désolé ma chérie, dit Wilma, mais ton père ne s'arrange pas ! Il continue à s'évertuer à épuiser les stocks de l'alcool qu'il continue à distiller alors qu'il n'a plus un seul client depuis...
La présentation au père a tourné court !
Comme me le raconta ensuite Lilly, Stanton Bereford n'a jamais rien compris au film. Son père à lui, dans les années vingt, s'était fait quelque argent en distillant un mauvais whisky. Il en avait profité pour agrandir son domaine. Mais, à la fin de la Prohibition, le vieux avait bêtement poursuivi sur sa lancée. Pendant quarante ans, il s'était entêté, buvant lui-même ses stocks d'invendus. À la mort du vieux, le fils avait tout aussi bêtement continué lui aussi, à travailler sa mauvaise terre, à tanner de vilaines peaux, à distiller son infâme tord-boyaux. Comme quoi, Bereford n'avait pas attendu d'être vieux pour être con !
À ce régime, l'homme avait perdu peu à peu ses terres, ses biens, sa santé mais l'alcool conservant, il avait réussi à se maintenir en vie. Mais quelle vie, buvant du matin au milieu du jour, cuvant ensuite jusqu'au matin suivant.
Effondré dans son fauteuil, l'homme n'a jamais réagi à la présence de sa fille, se contentant de ronfler sans broncher pendant les deux heures que nous avons passées dans sa maison. Sa pauvre belle-sœur, Wilma, nous raconta sa déchéance irrémédiable, ce naufrage dans lequel la mort de son propre mari (brave et travailleur celui-là) l'avait elle-même jetée.
— Et puis, j'ai le cancer, nous annonça simplement la vieille femme. Le crabe me bouffe et je n'ai vraiment plus pour longtemps.
Sans nous laisser le temps de nous apitoyer, Wilma avait enchaîné :
— Vous partez au Mexique, vous allez vivre là-bas, emmenez Louise. Sauvez-la de notre misère...
Comment refuser !
Ben moi, j'aurais bien été tenté de le faire ! Avec son tablier informe, sa tignasse fadasse, son visage souillé, elle n'est pas très appétissante la grande brelle. Mais pour Lilly, pas d'hésitation et son regard implorant a eu vite fait de me convaincre qu'il était inutile de discuter.
Ah, les femmes !
C'est ainsi que nous sommes désormais trois dans la Honda.
Le boiteux, la putain et la souillon !
Tu parles d'un trio !
D'accord, j'exagère ! Lilly n'est pas une putain (j'insiste !), Louise n'est pas une souillon, c'est juste une pauv'fille, et si je suis bel et bien boiteux, je vous rassure, ça ne durera plus très longtemps...
Mais bon, "Le boiteux, la putain et la souillon", ça sonnait comme le titre d'un western-spaghettis !
J'ai quand même bien le droit de m'amuser un peu !
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.
J'aime
ou laissez un mot
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteur : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()
En bousculant le lecteur, Al (et le conteur perfide que
je suis) s’amuse et veut renforcer la complicité entre lui et vous, les
lecteurs patients.