Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L’envers du désir — Chapitre 12 · Eurydice
Auteur
L’envers du désir
Chapitre 12 · Eurydice
Le restaurant se trouve dans une petite rue commerçante, à quelques minutes des bureaux. Une façade vert sombre, des rideaux de lin pourpre aux fenêtres, une ardoise sur le trottoir. À l'intérieur, une dizaine de tables, des banquettes en velours et une lumière douce.
Allyah est déjà là. Installée au fond de la salle, elle a choisi une petite table à l'écart, près d'une fenêtre donnant sur une cour intérieure.
Elle me fait signe.
— Tu as trouvé facilement ?
Allyah est déjà là. Installée au fond de la salle, elle a choisi une petite table à l'écart, près d'une fenêtre donnant sur une cour intérieure.
Elle me fait signe.
— Tu as trouvé facilement ?
Je regarde autour de moi.
— C'est charmant.
— Et discret.
— C'est charmant.
— Et discret.
Elle dit cela avec un petit sourire.
Je m'assieds en face d'elle.
— Tu as peur qu'on nous entende ?
— Vu ce que tu t'apprêtes à me raconter, je préfère éviter d'avoir à expliquer à mes collègues pourquoi nous parlons de femmes nues et de mystérieux rendez-vous privés pendant la pause déjeuner… et puis je voudrais pas qu’on se fasse des idées sur nous deux.
Je m'assieds en face d'elle.
— Tu as peur qu'on nous entende ?
— Vu ce que tu t'apprêtes à me raconter, je préfère éviter d'avoir à expliquer à mes collègues pourquoi nous parlons de femmes nues et de mystérieux rendez-vous privés pendant la pause déjeuner… et puis je voudrais pas qu’on se fasse des idées sur nous deux.
Je ris.
— Tu imagines le compte rendu ?
— Je préfère pas.
— Tu imagines le compte rendu ?
— Je préfère pas.
Elle me tend la carte.
— C'est moi qui invite.
— Tu n'es pas obligée.
— Je sais. C'est justement ce qui fait le charme d'une invitation.
— C'est moi qui invite.
— Tu n'es pas obligée.
— Je sais. C'est justement ce qui fait le charme d'une invitation.
Je la regarde. Elle paraît de très bonne humeur. Elle a quelque chose de différent de la collègue avec laquelle je déjeune parfois à la cantine. Elle ne cesse de sourire, consulte à peine la carte et revient régulièrement vers moi d'un regard impatient, comme si toutes ces formalités retardaient inutilement le véritable objet de notre rendez-vous.
— Tu sais, dis-je, je commence à avoir l'impression que cette histoire t'intéresse presque autant que moi.
— Tu sais, dis-je, je commence à avoir l'impression que cette histoire t'intéresse presque autant que moi.
Elle sourit.
— Je crois que tu sous-estimes l’effet que ça me fait.
— Je crois que tu sous-estimes l’effet que ça me fait.
Cette réponse me procure une satisfaction inattendue. Je ne sais pas exactement ce qu'elle imagine de l'Atelier, de Magda ou de Candice, mais il me plaît de penser que mes confidences occupent ses pensées même lorsque nous ne sommes pas ensemble.
Nous commandons.
Elle choisit un plat du jour, moi une pièce de bœuf. À peine le serveur éloigné, Allyah se penche vers moi.
— Bon. Magda.
Nous commandons.
Elle choisit un plat du jour, moi une pièce de bœuf. À peine le serveur éloigné, Allyah se penche vers moi.
— Bon. Magda.
Je prends une inspiration, sans me presser. Elle le remarque immédiatement et me décoche un regard amusé.
— C'est bien elle.
— Tu es sûr ?
— J'ai reconnu sa voix. Grave, un peu rauque. Et elle s'est présentée.
— Elle t'a appelé comment ?
— C'est bien elle.
— Tu es sûr ?
— J'ai reconnu sa voix. Grave, un peu rauque. Et elle s'est présentée.
— Elle t'a appelé comment ?
Je souris.
— Orphée.
— Orphée.
Elle me regarde, amusée.
— J’espère que ton histoire ça se terminera mieux que la leur ?
— Je ne te le fais pas dire, Eurydice.
— Allez continue.
— J’espère que ton histoire ça se terminera mieux que la leur ?
— Je ne te le fais pas dire, Eurydice.
— Allez continue.
Je lui raconte l'appel. La façon dont Magda m'a interrogé sur mes motivations.
Son insistance sur la confidentialité. Les expériences filmées, les autorisations nécessaires, les invités qui peuvent parfois assister à certaines rencontres.
Allyah m'écoute sans m'interrompre, presque hypnotisée. Elle s'est rapprochée du bord de la table et garde les yeux fixés sur moi, oubliant jusqu'au verre d'eau qu'elle vient de se servir. De temps en temps, elle fronce légèrement les sourcils ou esquisse un sourire, mais elle ne me coupe pas. Elle semble vouloir entendre chaque mot, avec les intonations et les silences de Magda.
Je m'aperçois que je prends plaisir à retrouver sa voix, à reproduire ses questions, à lui raconter comment je me suis senti pris au piège de mes propres réponses. Plus je m'attarde sur certains détails, plus Allyah paraît captivée. Je pourrais probablement résumer cet appel en cinq minutes, mais je n'en ai aucune envie.
Je lui parle également de cette impression étrange d'être évalué à chaque réponse.
— Elle ne t'a pas demandé de payer ? finit-elle par dire.
— Non.
— Pas de tarif, pas de catalogue, pas de rendez-vous immédiat ?
— Rien de tout ça.
Son insistance sur la confidentialité. Les expériences filmées, les autorisations nécessaires, les invités qui peuvent parfois assister à certaines rencontres.
Allyah m'écoute sans m'interrompre, presque hypnotisée. Elle s'est rapprochée du bord de la table et garde les yeux fixés sur moi, oubliant jusqu'au verre d'eau qu'elle vient de se servir. De temps en temps, elle fronce légèrement les sourcils ou esquisse un sourire, mais elle ne me coupe pas. Elle semble vouloir entendre chaque mot, avec les intonations et les silences de Magda.
Je m'aperçois que je prends plaisir à retrouver sa voix, à reproduire ses questions, à lui raconter comment je me suis senti pris au piège de mes propres réponses. Plus je m'attarde sur certains détails, plus Allyah paraît captivée. Je pourrais probablement résumer cet appel en cinq minutes, mais je n'en ai aucune envie.
Je lui parle également de cette impression étrange d'être évalué à chaque réponse.
— Elle ne t'a pas demandé de payer ? finit-elle par dire.
— Non.
— Pas de tarif, pas de catalogue, pas de rendez-vous immédiat ?
— Rien de tout ça.
Elle réfléchit.
— C'est curieux.
— Pourquoi ?
— Parce qu'une entreprise commerciale cherche généralement à transformer un contact en client. C’est pas ton job d’habitude ?
— Ils vendent peut-être quelque chose de suffisamment particulier pour pouvoir choisir leurs clients avant de parler d’argent…
— Intéressant.
— C'est curieux.
— Pourquoi ?
— Parce qu'une entreprise commerciale cherche généralement à transformer un contact en client. C’est pas ton job d’habitude ?
— Ils vendent peut-être quelque chose de suffisamment particulier pour pouvoir choisir leurs clients avant de parler d’argent…
— Intéressant.
Elle prononce ce dernier mot presque pour elle-même. Je la regarde envisager les différentes possibilités, visiblement fascinée par l'idée qu'il puisse exister, à quelques kilomètres de nos bureaux, un endroit aussi difficile d'accès et dont nous ignorons encore presque tout.
Je lui raconte alors la suite. Le fait qu'ils préfèrent rencontrer les personnes intéressées plutôt que de prolonger les conversations téléphoniques. Leur refus de recevoir des visiteurs sans rendez-vous.
Et surtout cette phrase :
— Elle m'a expliqué que je devrais suivre un parcours pour pouvoir les approcher.
Je lui raconte alors la suite. Le fait qu'ils préfèrent rencontrer les personnes intéressées plutôt que de prolonger les conversations téléphoniques. Leur refus de recevoir des visiteurs sans rendez-vous.
Et surtout cette phrase :
— Elle m'a expliqué que je devrais suivre un parcours pour pouvoir les approcher.
Allyah pose ses couverts.
— Un parcours ?
— C'est le mot qu'elle a employé.
— Quel genre de parcours ?
— Elle ne l'a pas précisé.
— Tu lui as demandé ?
— Elle avait réponse à tout, sauf à mes questions.
— Un parcours ?
— C'est le mot qu'elle a employé.
— Quel genre de parcours ?
— Elle ne l'a pas précisé.
— Tu lui as demandé ?
— Elle avait réponse à tout, sauf à mes questions.
Allyah sourit.
— Tu es tombé sur plus fort que toi.
— Ça ne paraît pas te désoler.
— Au contraire, c’est assez grisant.
— Tu es tombé sur plus fort que toi.
— Ça ne paraît pas te désoler.
— Au contraire, c’est assez grisant.
Elle réfléchit.
— Attends. Elle t'a dit qu'ils voulaient faire connaissance, qu'ils devaient s'assurer de tes motivations et de ton engagement, et que tu devrais suivre un parcours ?
— Exactement.
— Donc il risque d’y avoir plusieurs étapes.
— On dirait.
— Peut-être un entretien. Une présentation. Des règles à accepter. Des épreuves ?
— Peut-être.
— Attends. Elle t'a dit qu'ils voulaient faire connaissance, qu'ils devaient s'assurer de tes motivations et de ton engagement, et que tu devrais suivre un parcours ?
— Exactement.
— Donc il risque d’y avoir plusieurs étapes.
— On dirait.
— Peut-être un entretien. Une présentation. Des règles à accepter. Des épreuves ?
— Peut-être.
Elle se penche légèrement. Elle a l’air d’avoir très chaud.
— Et peut-être qu'on ne peut pas assister à une séance sans avoir d'abord participé à autre chose… Un peu comme nous, donnant-donnant, une expérience intime pour une autre…
— Et peut-être qu'on ne peut pas assister à une séance sans avoir d'abord participé à autre chose… Un peu comme nous, donnant-donnant, une expérience intime pour une autre…
Je la regarde, cette fois-ci c’est elle qui me fascine. Cette possibilité ne m'avait pas traversé l'esprit.
Mais ce qui me trouble davantage, c'est la manière dont elle vient de prononcer ces mots. Participé à autre chose. Elle les a accompagnés d'un sourire presque imperceptible, comme si elle envisageait une expérience dont elle ne connaissait pas encore la nature et que cette ignorance même l'amusait.
— Tu crois ?
— Je n'en sais rien, Paul. Mais ils parlent d'exploration de soi, d'engagement, de consentement... Ça ressemble davantage à un cercle privé qu'à une salle de spectacle.
Mais ce qui me trouble davantage, c'est la manière dont elle vient de prononcer ces mots. Participé à autre chose. Elle les a accompagnés d'un sourire presque imperceptible, comme si elle envisageait une expérience dont elle ne connaissait pas encore la nature et que cette ignorance même l'amusait.
— Tu crois ?
— Je n'en sais rien, Paul. Mais ils parlent d'exploration de soi, d'engagement, de consentement... Ça ressemble davantage à un cercle privé qu'à une salle de spectacle.
Je souris.
— Et tu penses qu'ils vont me demander de faire quoi ?
— Et tu penses qu'ils vont me demander de faire quoi ?
Elle me considère quelques secondes.
— C'est justement la question.
— C'est justement la question.
Je repense à Candice. À son rendez-vous du samedi. À ses postures devant son téléphone.
— Tu crois que Candice a suivi ce fameux parcours ?
— Tu crois que Candice a suivi ce fameux parcours ?
Allyah cesse de sourire.
— C'est plus que probable...
— C'est plus que probable...
Elle réfléchit.
— Et si tout ce que tu as observé faisait partie d'une progression ?
— Comment ça ?
— D'abord une rencontre. Puis une séance à laquelle elle assiste. Ensuite des exercices qu'on lui demande de faire chez elle. Et peut-être, samedi prochain...
— Et si tout ce que tu as observé faisait partie d'une progression ?
— Comment ça ?
— D'abord une rencontre. Puis une séance à laquelle elle assiste. Ensuite des exercices qu'on lui demande de faire chez elle. Et peut-être, samedi prochain...
Elle s'interrompt.
Je la regarde.
— Quoi ?
— Autre chose… Peut-être qu'elle passe à l'étape suivante.
Je la regarde.
— Quoi ?
— Autre chose… Peut-être qu'elle passe à l'étape suivante.
Je sens quelque chose se contracter dans mon ventre.
Je revois Candice au milieu du salon. Sa nudité. Ses mains derrière son dos. Les photographies.
— Tu penses qu'ils la préparent à quelque chose ?
— Je pense que c’est elle qui se prépare. C'est différent et essentiel…
Je revois Candice au milieu du salon. Sa nudité. Ses mains derrière son dos. Les photographies.
— Tu penses qu'ils la préparent à quelque chose ?
— Je pense que c’est elle qui se prépare. C'est différent et essentiel…
Je ne réponds rien.
Allyah m'observe un instant, puis reprend plus doucement :
— Tu sais ce qui m'intrigue ? C'est d'imaginer ce qui peut lui donner envie de faire tout ça. Pas seulement ce qu'elle fait, mais ce qu'elle ressent pendant qu'elle le fait.
Allyah m'observe un instant, puis reprend plus doucement :
— Tu sais ce qui m'intrigue ? C'est d'imaginer ce qui peut lui donner envie de faire tout ça. Pas seulement ce qu'elle fait, mais ce qu'elle ressent pendant qu'elle le fait.
Je relève les yeux vers elle.
— Comment ça ?
— Tu me la décris nue, seule dans votre salon, en train de répéter ses positions. Je me demande ce qui lui passe par la tête. Est-ce qu'elle est intimidée ? Est-ce qu'elle est impatiente ? Est-ce qu'elle s'amuse ? Est-ce qu'elle se trouve belle ?
— Comment ça ?
— Tu me la décris nue, seule dans votre salon, en train de répéter ses positions. Je me demande ce qui lui passe par la tête. Est-ce qu'elle est intimidée ? Est-ce qu'elle est impatiente ? Est-ce qu'elle s'amuse ? Est-ce qu'elle se trouve belle ?
Elle s'interrompt, comme surprise par le nombre de questions qu'elle vient de formuler.
— Enfin, je ne sais pas. J'essaie de me représenter la scène.
— Enfin, je ne sais pas. J'essaie de me représenter la scène.
Je souris.
— Tu y arrives ?
— Tu y arrives ?
Elle me regarde un instant.
— Assez bien, oui.
— Assez bien, oui.
Son sourire s'élargit légèrement, puis elle baisse les yeux vers son assiette.
Je découvre que cette réponse me procure un plaisir particulier. Je lui ai raconté ce que j'ai vu, et désormais je sais qu'elle en garde des images. Mes images, devenues les siennes. Je me demande à quoi ressemble Candice dans son imagination, ce qu'Allyah ajoute ou transforme sans même s'en rendre compte. Cette idée me trouble et me réjouit à la fois.
— Ce qu’il faudrait déterminer, c’est savoir à quelle étape elle en est, elle…
— D’où savoir ce qui va se passer samedi…
Je découvre que cette réponse me procure un plaisir particulier. Je lui ai raconté ce que j'ai vu, et désormais je sais qu'elle en garde des images. Mes images, devenues les siennes. Je me demande à quoi ressemble Candice dans son imagination, ce qu'Allyah ajoute ou transforme sans même s'en rendre compte. Cette idée me trouble et me réjouit à la fois.
— Ce qu’il faudrait déterminer, c’est savoir à quelle étape elle en est, elle…
— D’où savoir ce qui va se passer samedi…
Allyah poursuit :
— Ce que tu m'as raconté ce matin, ça ne ressemble pas à quelqu'un qui subit une situation. Elle répète, elle vérifie, elle se photographie. On dirait qu'elle veut réussir quelque chose, de son plein gré.
— Ce que tu m'as raconté ce matin, ça ne ressemble pas à quelqu'un qui subit une situation. Elle répète, elle vérifie, elle se photographie. On dirait qu'elle veut réussir quelque chose, de son plein gré.
Je la regarde.
— Réussir quoi ?
— Je n'en sais rien.
— Réussir quoi ?
— Je n'en sais rien.
Un petit sourire revient sur ses lèvres.
— Et c'est bien ce qui nous rend fous tous les deux.
— Et c'est bien ce qui nous rend fous tous les deux.
Je souris à mon tour. Tous les deux. Elle ne prend même plus la peine de dissimuler son implication. Et je comprends que son enthousiasme nourrit le mien. Sans elle, je serais probablement encore en train de ressasser mes inquiétudes, seul dans ma voiture. Avec elle, les mêmes souvenirs deviennent passionnants à raconter. Je retrouve la curiosité, l'impatience, et jusqu'à l'excitation que j'avais ressentie en découvrant les premiers secrets de Candice.
Je commence à attendre nos conversations avec presque autant d'impatience que les événements eux-mêmes.
Le serveur vient débarrasser nos assiettes et propose des desserts.
Allyah commande deux cafés sans me consulter.
— Je t'en dois un depuis ce matin, dis-je.
— Considère que je prends de l'avance sur ceux que tu vas me devoir.
Je commence à attendre nos conversations avec presque autant d'impatience que les événements eux-mêmes.
Le serveur vient débarrasser nos assiettes et propose des desserts.
Allyah commande deux cafés sans me consulter.
— Je t'en dois un depuis ce matin, dis-je.
— Considère que je prends de l'avance sur ceux que tu vas me devoir.
Elle attend que le serveur s'éloigne.
— Il y a autre chose qui m'intrigue dans ce que t'a dit Magda.
— Quoi ?
— Elle t'a parlé d'engagement.
— Oui.
— Et elle veut savoir si tu es capable de respecter ce que tu verras.
— Ils protègent leurs participants…
— Il y a autre chose qui m'intrigue dans ce que t'a dit Magda.
— Quoi ?
— Elle t'a parlé d'engagement.
— Oui.
— Et elle veut savoir si tu es capable de respecter ce que tu verras.
— Ils protègent leurs participants…
Je hoche la tête.
Allyah réfléchit.
— Il va falloir que tu respectes leur demande toi aussi, sinon on ne saura jamais ce qui attend Candice.
Allyah réfléchit.
— Il va falloir que tu respectes leur demande toi aussi, sinon on ne saura jamais ce qui attend Candice.
Je souris.
— Tu dis encore « on ».
— Habitue-toi.
— Tu dis encore « on ».
— Habitue-toi.
Nous rions.
Je la regarde et prends plaisir à la retrouver ainsi, en face de moi, aussi attentive à ma vie que si les événements la concernaient directement. Ce n'est pas seulement sa curiosité qui me plaît, mais la manière dont elle accueille mes confidences. Elle ne me regarde pas comme un mari trompé ou un homme ridicule, même lorsqu'elle se moque gentiment de mes filatures. Elle paraît comprendre que quelque chose d'important se joue pour moi et pour Candice, sans chercher à m'en donner immédiatement l'explication.
Et il y a autre chose. Je remarque depuis ce matin une intensité nouvelle dans certaines de ses réactions, une façon de sourire, de prolonger les silences, de revenir sur les détails les plus intimes. Je ne sais pas exactement ce qui l'anime. Peut-être n'est-ce que de la curiosité. Pourtant, il m'arrive de la surprendre absorbée par une image que je viens d'évoquer, le regard légèrement absent, comme si elle avait oublié ma présence quelques secondes.
J'aime ces instants. J'aime les provoquer en choisissant mes mots, en prenant le temps de décrire ce que j'ai vu, puis en attendant sa réaction.
Puis elle se penche vers moi.
— Il faut peut-être arrêter de penser uniquement à Magda.
— Pourquoi ?
— Parce qu'elle contrôle l'accès. Tu l'as bien compris. Et tant qu'elle ne te connaît pas, elle ne te laissera rien voir.
— Donc ?
— Donc il faut trouver quelqu'un qui connaît déjà le fonctionnement de l'endroit.
Je la regarde et prends plaisir à la retrouver ainsi, en face de moi, aussi attentive à ma vie que si les événements la concernaient directement. Ce n'est pas seulement sa curiosité qui me plaît, mais la manière dont elle accueille mes confidences. Elle ne me regarde pas comme un mari trompé ou un homme ridicule, même lorsqu'elle se moque gentiment de mes filatures. Elle paraît comprendre que quelque chose d'important se joue pour moi et pour Candice, sans chercher à m'en donner immédiatement l'explication.
Et il y a autre chose. Je remarque depuis ce matin une intensité nouvelle dans certaines de ses réactions, une façon de sourire, de prolonger les silences, de revenir sur les détails les plus intimes. Je ne sais pas exactement ce qui l'anime. Peut-être n'est-ce que de la curiosité. Pourtant, il m'arrive de la surprendre absorbée par une image que je viens d'évoquer, le regard légèrement absent, comme si elle avait oublié ma présence quelques secondes.
J'aime ces instants. J'aime les provoquer en choisissant mes mots, en prenant le temps de décrire ce que j'ai vu, puis en attendant sa réaction.
Puis elle se penche vers moi.
— Il faut peut-être arrêter de penser uniquement à Magda.
— Pourquoi ?
— Parce qu'elle contrôle l'accès. Tu l'as bien compris. Et tant qu'elle ne te connaît pas, elle ne te laissera rien voir.
— Donc ?
— Donc il faut trouver quelqu'un qui connaît déjà le fonctionnement de l'endroit.
Je réfléchis.
— Le voisin ?
— Le voisin ?
Elle secoue la tête.
— Non, quelqu'un qui y participe vraiment.
— Non, quelqu'un qui y participe vraiment.
Je repense immédiatement au samedi. Aux deux hommes. À la femme ronde.
Au fauteuil de Magda.
— J'ai vu trois autres personnes, dis-je.
— Les deux hommes et cette femme.
— Oui.
— Tu pourrais peut-être retrouver l’un d’eux ?
Au fauteuil de Magda.
— J'ai vu trois autres personnes, dis-je.
— Les deux hommes et cette femme.
— Oui.
— Tu pourrais peut-être retrouver l’un d’eux ?
Je pense aux deux hommes et me demande lequel des deux serait le plus facile à retrouver.
Allyah remarque mon silence.
— Quoi ?
— Je réfléchis.
Allyah remarque mon silence.
— Quoi ?
— Je réfléchis.
Elle me regarde avec une expression amusée.
— Ça se voit. Et ça ne me rassure pas du tout.
— Ça se voit. Et ça ne me rassure pas du tout.
Je souris.
— Tu viens peut-être de me donner une idée.
— Un jour, je vais regretter de t'avoir montré ce site.
— Tu viens peut-être de me donner une idée.
— Un jour, je vais regretter de t'avoir montré ce site.
Je la regarde.
— Pas aujourd'hui ?
— Pas aujourd'hui ?
Elle hésite. Puis sourit.
— Certainement pas aujourd'hui.
— Certainement pas aujourd'hui.
Elle accompagne sa réponse d'un regard si enthousiaste que je ne peux m'empêcher de rire. Elle rit aussi, et je comprends que nous sommes en train de prendre goût à cette façon de préparer ensemble une nouvelle aventure. Nous ne savons toujours pas ce qui se passe réellement à l'Atelier, mais nous commençons à partager le plaisir de chercher.
Nous restons encore quelques minutes à discuter.
Je lui parle de ma présence dans le quartier de l'Atelier lorsque Magda m'a appelé.
Allyah manque de s'étrangler avec son café.
— Attends. Tu étais devant chez eux ?
— Pas exactement devant.
— Paul !
— Dans une rue à côté.
Nous restons encore quelques minutes à discuter.
Je lui parle de ma présence dans le quartier de l'Atelier lorsque Magda m'a appelé.
Allyah manque de s'étrangler avec son café.
— Attends. Tu étais devant chez eux ?
— Pas exactement devant.
— Paul !
— Dans une rue à côté.
Elle secoue la tête, incrédule.
— Et tu lui as dit ?
— Évidemment que non.
— Et tu lui as dit ?
— Évidemment que non.
Elle éclate de rire.
— C'est complètement dingue.
— C'est complètement dingue.
Je la regarde rire et je réalise que c'est presque devenu un jeu entre nous. Plus mes initiatives lui paraissent déraisonnables, plus son plaisir à les découvrir semble grandir. Et je dois reconnaître que j'apprécie ses réactions au point d'avoir parfois envie d'en rajouter, simplement pour voir ses yeux s'agrandir.
Il y a quelques jours encore, j'aurais eu honte de raconter que j'avais passé une partie de ma matinée à surveiller une impasse. Aujourd'hui, je m'en amuse presque, parce que je sais qu'Allyah trouve dans mes aventures quelque chose qui la fascine.
Puis elle retrouve son sérieux.
— Fais quand même attention.
— À quoi ?
— À ne pas leur donner une raison de se méfier de toi.
Il y a quelques jours encore, j'aurais eu honte de raconter que j'avais passé une partie de ma matinée à surveiller une impasse. Aujourd'hui, je m'en amuse presque, parce que je sais qu'Allyah trouve dans mes aventures quelque chose qui la fascine.
Puis elle retrouve son sérieux.
— Fais quand même attention.
— À quoi ?
— À ne pas leur donner une raison de se méfier de toi.
Je hoche la tête.
Elle me regarde plus longuement.
— Et à ne pas te faire prendre par Candice.
Elle me regarde plus longuement.
— Et à ne pas te faire prendre par Candice.
Cette fois, je ne souris pas.
— Je sais.
— Je sais.
Elle pose sa main sur la mienne, très brièvement.
— Je sais que tu l'aimes.
— Je sais que tu l'aimes.
Je relève les yeux.
— Plus que tout.
— Plus que tout.
Elle retire sa main.
Le serveur apporte l'addition.
Allyah la récupère avant moi.
— Je te revaudrai ça.
Le serveur apporte l'addition.
Allyah la récupère avant moi.
— Je te revaudrai ça.
Elle sourit.
— J'y compte bien.
— J'y compte bien.
En sortant, elle allume sa cigarette électronique. Nous restons quelques instants devant le restaurant.
— Tu me préviens s'ils te rappellent ?
— Évidemment.
— Et si tu trouves quelque chose sur l'un des autres participants…
— Aussi.
— Tu me préviens s'ils te rappellent ?
— Évidemment.
— Et si tu trouves quelque chose sur l'un des autres participants…
— Aussi.
Elle tire sur sa vapoteuse.
Puis me regarde avec un sourire que je commence à bien connaître.
— Et surtout, Paul...
— Quoi ?
— Ne fais pas quelque chose de complètement idiot.
Puis me regarde avec un sourire que je commence à bien connaître.
— Et surtout, Paul...
— Quoi ?
— Ne fais pas quelque chose de complètement idiot.
Je ris.
Elle sourit.
Je la regarde repartir vers son bureau. Il est un peu plus de quatorze heures.
Je récupère mon téléphone. Toujours aucune nouvelle concernant ma demande d'admission. Je repense au parcours dont elle m'a parlé. Aux personnes qui organisent les rencontres. Aux invités. Aux règles. Et aux deux hommes que j'ai vus samedi. Je crois que je vais devoir m'intéresser à eux de beaucoup plus près.
Je regarde Allyah s'éloigner vers son bureau, non sans m'adresser un dernier signe de la main. Depuis hier, notre complicité a pris une tournure inattendue. Je repense à ses confidences sur son ancien compagnon jaloux et comprends un peu mieux pourquoi mes aventures la fascinent autant.
Mais ce déjeuner m'a aussi appris quelque chose sur moi-même.
Je n'avais jamais imaginé que raconter les secrets de Candice puisse me procurer autant de plaisir. En les partageant avec Allyah, je les revis, mais débarrassés d'une partie de la peur et de la jalousie qui m'avaient accompagné lorsque je les avais découverts. Je retrouve le désir, la beauté des images, leur étrangeté, et j'éprouve une satisfaction presque enfantine à voir Allyah s'en emparer avec une telle avidité.
Elle ne connaît pas ma femme. Elle ne l'a jamais vue. Pourtant, depuis ce matin, je sais qu'elle essaie de l'imaginer. Et cette idée me plaît bien davantage que je ne suis prêt à l'admettre.
Il est quatorze heures vingt. Je pourrais profiter de mon RTT pour rentrer chez moi, mais une phrase d'Allyah me revient : Il faut peut-être arrêter de penser uniquement à Magda.
Elle a raison. Le parcours d'admission à l'Atelier risque de prendre du temps et samedi approche. Or, je connais déjà trois personnes qui fréquentent cet établissement, dont un homme élégant, d'une quarantaine d'années, que j'ai vu discuter avec Magda.
Je ne sais rien de lui, mais je sais où le retrouver.
Elle sourit.
Je la regarde repartir vers son bureau. Il est un peu plus de quatorze heures.
Je récupère mon téléphone. Toujours aucune nouvelle concernant ma demande d'admission. Je repense au parcours dont elle m'a parlé. Aux personnes qui organisent les rencontres. Aux invités. Aux règles. Et aux deux hommes que j'ai vus samedi. Je crois que je vais devoir m'intéresser à eux de beaucoup plus près.
Je regarde Allyah s'éloigner vers son bureau, non sans m'adresser un dernier signe de la main. Depuis hier, notre complicité a pris une tournure inattendue. Je repense à ses confidences sur son ancien compagnon jaloux et comprends un peu mieux pourquoi mes aventures la fascinent autant.
Mais ce déjeuner m'a aussi appris quelque chose sur moi-même.
Je n'avais jamais imaginé que raconter les secrets de Candice puisse me procurer autant de plaisir. En les partageant avec Allyah, je les revis, mais débarrassés d'une partie de la peur et de la jalousie qui m'avaient accompagné lorsque je les avais découverts. Je retrouve le désir, la beauté des images, leur étrangeté, et j'éprouve une satisfaction presque enfantine à voir Allyah s'en emparer avec une telle avidité.
Elle ne connaît pas ma femme. Elle ne l'a jamais vue. Pourtant, depuis ce matin, je sais qu'elle essaie de l'imaginer. Et cette idée me plaît bien davantage que je ne suis prêt à l'admettre.
Il est quatorze heures vingt. Je pourrais profiter de mon RTT pour rentrer chez moi, mais une phrase d'Allyah me revient : Il faut peut-être arrêter de penser uniquement à Magda.
Elle a raison. Le parcours d'admission à l'Atelier risque de prendre du temps et samedi approche. Or, je connais déjà trois personnes qui fréquentent cet établissement, dont un homme élégant, d'une quarantaine d'années, que j'ai vu discuter avec Magda.
Je ne sais rien de lui, mais je sais où le retrouver.
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