Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L’envers du désir — Chapitre 20 · À sa place
Auteur
L’envers du désir
Chapitre 20 · À sa place
Nous quittons le parking et prenons la direction du centre-ville. La circulation est encore assez fluide. Allyah regarde défiler les immeubles, puis finit par se tourner vers moi.
— Tu sais, j'ai hâte d'y être.
— À la librairie ?
— Oui.
— Tu n'as pas peur de te faire prendre en flagrant délit de mensonge ?
— C'est justement ce qui est amusant.
Elle me regarde.
— Tu ne trouves pas ?
Je souris sans répondre. Je suis surtout surpris de voir à quel point elle semble heureuse de participer à une entreprise aussi dérisoire que retrouver le nom d'un photographe.
Mais je dois reconnaître que son enthousiasme est communicatif.
Une vingtaine de minutes plus tard, nous arrivons dans la rue de la librairie.
Je me gare à quelque distance, suffisamment loin pour ne pas être visible depuis la vitrine. Je reconnais immédiatement les lieux. La devanture sombre, les ouvrages de photographie exposés derrière la vitre, la petite terrasse du café voisin où Vincent a retrouvé le jeune homme la veille.
Allyah observe les alentours.
— C'est là ?
— Oui.
— Et tu étais où, hier ?
Je lui montre le trottoir opposé.
— Là-bas, à peu près. Je l'ai vu sortir, puis je l'ai suivi jusqu'au café.
Elle regarde dans la direction que je lui indique, comme si elle cherchait à reconstituer la scène.
— D'accord.
Elle ouvre son sac et commence à fouiller à l'intérieur.
— Qu'est-ce que tu cherches ?
— Mon accessoire.
Elle en sort un stylo métallique, assez élégant.
Elle le fait tourner entre ses doigts, puis le range dans la poche de son manteau.
— Bon. Voilà comment on fait.
Elle sort son téléphone.
— Je t'appelle avant d'entrer. Tu restes ici, tu coupes ton micro et tu écoutes.
— Et si quelqu'un t'appelle pendant ce temps ?
— J'ai désactivé les notifications. Et je vais garder le téléphone dans la poche intérieure de mon manteau, micro vers le haut.
Elle me montre l'emplacement.
— À tout de suite.
— Bonne chance.
Elle se penche vers moi avec un sourire.
— La chance, c'est pour les amateurs.
Elle sort de la voiture.
À travers le pare-brise, je la regarde traverser la rue d’un pas souple et décidé. Elle ne se retourne pas, ne ralentit pas, comme si elle avait fait cela toute sa vie. Devant la vitrine, elle marque une très légère pause, le temps d’ajuster la bandoulière de son sac, puis elle pousse la porte.
De là où je suis garé, j’ai une vue partielle sur l’intérieur de la librairie. Pas assez pour entendre quoi que ce soit sans le téléphone, mais suffisamment pour l’apercevoir entre les rayonnages et la vitre.
Elle m’appelle.
Je décroche aussitôt et porte l’appareil à mon oreille.
— Je t’entends, murmuré-je.
— Moi aussi, répond-elle très bas. Maintenant, silence Orphée.
Je souris.
À travers la vitrine, je la vois s’avancer jusqu’au comptoir. Elle retire calmement un gant, glisse une mèche de cheveux derrière son oreille, puis adresse à la libraire un sourire aimable, presque timide. C’est cela qui me frappe d’abord : elle n’a pas l’air de mentir, elle a l’air d’être sincèrement embarrassée de déranger.
— Bonjour, madame. Excusez-moi de vous déranger.
La voix de la libraire me parvient par le téléphone.
— Bonjour. Je peux vous aider ?
Je vois Allyah ouvrir son sac et en sortir le stylo. Elle le tient entre deux doigts, comme une preuve modeste mais précieuse.
— Peut-être. C’est un peu particulier, mais je cherche quelqu’un qui est passé chez vous hier après-midi. J’ai retrouvé un stylo qu’il a oublié au café d’à côté et je l’ai aperçu entrer dans votre boutique juste après. Je me suis dit que vous le connaissiez peut-être.
À travers la vitre, j’observe la libraire pencher légèrement la tête. Allyah, elle, ne bouge presque pas. Elle garde cette posture douce, polie, parfaitement dosée, une main sur son sac, l’autre posée près du comptoir. Si je ne savais pas qu’elle improvise, je la croirais réellement venue rendre service.
La libraire hésite. Allyah attend, sans empressement. Puis elle ajoute quelques précisions, avec naturel, en regardant le stylo comme si ce détail réveillait sa mémoire :
— Un monsieur assez élégant, la quarantaine, peut-être un peu plus, les cheveux légèrement grisonnants... Je crois que je connais son travail de photographe, c’est très… puissant !
Je la vois accompagner sa description de petits gestes discrets, jamais trop appuyés. Tout semble juste. Tout semble facile.
— Photographe ?! Oui, Vincent, il est passé hier en effet !
Je me redresse brusquement. Je comprends alors que ce qui me trouble n’est pas seulement qu’elle soit en train de réussir. C’est le plaisir évident qu’elle prend à réussir, et celui, tout aussi net, que je prends à la regarder faire.
Allyah marque une légère hésitation. Je devine son sourire.
— Vincent oui, mais je me souviens plus de son nom…..
Je retiens mon souffle.
La libraire lui répond :
— Vincent Delmas, c’est l’homme que vous décrivez et oui il a beaucoup de talent !
Vincent Delmas.
— Vous pensez que je pourrais retrouver ses coordonnées ?
— Il a un site professionnel, mais ne vous embêtez pas, il vient souvent, je lui rendrai son stylo. Vous voulez me laisser votre nom et votre numéro de téléphone pour qu’il vous remercie ?
— Ah bah oui… pourquoi pas.
Allyah n’avait pas tout prévu on dirait… Je retiens mon souffle.
— Attendez, je vais laisser mon numéro pro moi aussi.
Je l’entends qui sort le téléphone et cherche à l’intérieur.
— Voilà 07, 14, … … …
J’y crois pas….. Je ferme les yeux. Elle a donné mon numéro ! Mais elle est dingue ?
— Merci encore. Bonne journée !
— Bonne journée, madame.
La clochette tinte une seconde fois.
J'entends les pas d'Allyah sur le trottoir, puis un petit rire étouffé.
— Alors, Orphée ? murmure-t-elle.
Je souris.
— Je suis impressionné, mais pourquoi tu as donné mon numéro ???
— Parce qu’il va être curieux, il va rappeler, au moins pour dire que ce n’est pas son stylo, et comme il va tomber sur le répondeur d’un homme, il ne va pas insister, et toi, tu auras peut-être la chance de récupérer son numéro…
Je suis mouché… Épaté. Absolument épaté.
— C’est du grand art… Je suis scotché.
Elle rit.
— Attends. Je te rejoins.
Je raccroche.
Quelques instants plus tard, je la vois apparaître au coin de la rue. Elle traverse au passage piéton et vient jusqu'à la voiture, le sourire aux lèvres.
Elle ouvre la portière et s'installe à côté de moi.
— Mission accomplie.
— Tu as réussi.
— Tu avais des doutes ?
— Aucun. Enfin, presque aucun.
Elle éclate de rire.
— Tu es incroyable.
Elle me regarde avec une satisfaction qu'elle ne cherche pas à dissimuler.
— Je reconnais que je me suis plutôt bien débrouillée.
— Je te dois une fière chandelle.
— C'est vrai.
Elle répond avec un sérieux si exagéré que je me mets à rire.
— Je peux au moins t'offrir un déjeuner.
— Non.
Je suis surpris.
— Non ?
— J'ai une meilleure idée.
Allyah me regarde avec un sourire dont je commence à me méfier.
— Tu me dois plus que ça.
Elle désigne la librairie d'un mouvement de tête.
— Je viens quand même de retrouver ton photographe. Et je lui ai laissé ton numéro, ce qui pourrait nous être très utile.
Je souris.
— Bon. Qu'est-ce que tu veux ?
Elle ne répond pas immédiatement. Elle regarde à travers le pare-brise, puis se tourne vers moi.
— Je voudrais que tu m'emmènes là où tu as vu Candice.
Je la dévisage.
— À l'Atelier ?
— Oui. Et au sex-shop.
— Tu veux visiter un sex-shop ?
— Ce n'est pas vraiment le magasin qui m'intéresse.
Elle rit, puis retrouve son sérieux.
— Depuis lundi, je n'arrête pas de penser à ce que tu m'as raconté.
— À la galerie ?
— À tout. Candice qui s'agenouille devant Magda. Cette femme qui la filme. Ses vêtements qu'on lui subtilise. Et puis cette apparition en rouge, devant tous ces gens...
Elle hésite.
— J'ai beau essayer d'imaginer, il me manque quelque chose.
— Quoi ?
— Presque tout… Et j’ai faim de tout ça.
Elle se tourne complètement vers moi.
— Je sais ce que tu as vu, Paul. Tu me l'as raconté avec tellement de détails que j'ai presque l'impression d'y avoir assisté. Mais je voudrais comprendre ce que Candice, elle, a vécu.
Je ne réponds rien.
— Tu m'as parlé de ses genoux sur le bitume. J'aimerais voir cet endroit. Savoir à quoi ressemble ce parking, s'il est vraiment exposé aux regards, si les gens passent tout près. J'aimerais me tenir là où elle était, regarder autour de moi, essayer d'imaginer ce qu'elle voyait.
Elle marque une pause.
— Et ce qu'elle ressentait surtout.
Je la regarde, surpris par la précision de sa demande.
— Tu voudrais te mettre à sa place ?
— Un peu, oui.
Elle sourit, presque embarrassée.
— C'est étrange, hein ?
— Pas tant que ça.
— Si, quand même. Je ne connais même pas ta femme et voilà que j'ai envie de comprendre ce qu'elle a éprouvé en s'agenouillant devant une inconnue sur le parking d'un sex-shop.
Elle baisse brièvement les yeux.
— Mais ça me trouble.
Je sens quelque chose remuer en moi.
— Qu'est-ce qui te trouble exactement ?
Elle prend le temps de réfléchir.
— Le fait qu'elle ait choisi de le faire. Qu'elle ait accepté de se montrer comme ça. Tu m'as dit qu'elle semblait parfaitement calme, presque fière, à la galerie. Pourtant, elle devait bien avoir peur à certains moments.
— Je suppose.
— Et peut-être que c'était justement ce qu'elle cherchait.
Je repense à Candice dans sa combinaison rouge, à l'assurance avec laquelle elle avait suivi l'homme qui la tenait en laisse.
— C'est possible.
— J'aimerais savoir ce que ça fait, reprend Allyah. Pas forcément faire les mêmes choses qu'elle. Mais essayer de ressentir un peu de ce qu'elle a pu ressentir.
Elle cherche ses mots.
— Comprendre comment on passe d'une femme qui va tranquillement à son cours de sport à une femme qui semble heureuse de s'exposer aux regards d'une centaine d'inconnus.
Je reste silencieux.
Depuis samedi, je n'ai cessé de me poser ces questions. Pourquoi Candice ? Pourquoi maintenant ? Qu'est-ce que Magda lui a proposé ? Qu'a-t-elle découvert là-bas qui lui donne envie de recommencer ?
Et voilà qu'Allyah me propose une manière entièrement nouvelle d'aborder ce mystère.
Non plus seulement suivre Candice, observer ses déplacements, chercher à surprendre ses secrets.
Essayer de comprendre ce qu'elle éprouve.
L'idée me fait un peu peur, la demande d’Allyah est très troublante.
Mais elle me fascine immédiatement.
Je regarde Allyah. Je l'imagine à genoux sur le bitume, à l'endroit précis où ma femme attendait Magda. Elle relèverait la tête vers l'entrée du magasin, regarderait les voitures, les hommes qui vont et viennent, les fenêtres des bâtiments voisins.
Et elle pourrait peut-être me dire ce que Candice avait vu depuis cette position.
Ce qu'elle avait pu ressentir.
Je me surprends à désirer cette expérience autant qu'elle.
— Tu sais, dis-je, il y a quelque chose auquel je n'avais jamais pensé.
— Quoi ?
— Depuis le début, j'essaie de découvrir ce que Candice fait. Mais je ne sais absolument pas pourquoi elle le fait.
Allyah acquiesce.
— C'est exactement ça.
— Je peux la regarder pendant des heures, je peux suivre Magda, Vincent, tous les gens de cet Atelier... Ça ne m'apprendra pas nécessairement ce qu'elle y trouve.
— Non.
Elle me regarde avec attention.
— Si moi, je me mets à sa place, peut-être que je comprendrai.
Cette phrase me traverse avec une force inattendue.
Je me représente de nouveau Candice agenouillée sur le parking. Et Allyah, au même endroit, quelques jours plus tard, tentant de retrouver les sensations de ma femme.
Deux femmes qui ne se connaissent pas, mais dont l'une essaierait de comprendre l'autre à travers une expérience partagée.
Je viens de comprendre quelque chose qui me trouble profondément. J'aime cette idée plus que je ne voudrais l'admettre.
— Tu sais, j'ai hâte d'y être.
— À la librairie ?
— Oui.
— Tu n'as pas peur de te faire prendre en flagrant délit de mensonge ?
— C'est justement ce qui est amusant.
Elle me regarde.
— Tu ne trouves pas ?
Je souris sans répondre. Je suis surtout surpris de voir à quel point elle semble heureuse de participer à une entreprise aussi dérisoire que retrouver le nom d'un photographe.
Mais je dois reconnaître que son enthousiasme est communicatif.
Une vingtaine de minutes plus tard, nous arrivons dans la rue de la librairie.
Je me gare à quelque distance, suffisamment loin pour ne pas être visible depuis la vitrine. Je reconnais immédiatement les lieux. La devanture sombre, les ouvrages de photographie exposés derrière la vitre, la petite terrasse du café voisin où Vincent a retrouvé le jeune homme la veille.
Allyah observe les alentours.
— C'est là ?
— Oui.
— Et tu étais où, hier ?
Je lui montre le trottoir opposé.
— Là-bas, à peu près. Je l'ai vu sortir, puis je l'ai suivi jusqu'au café.
Elle regarde dans la direction que je lui indique, comme si elle cherchait à reconstituer la scène.
— D'accord.
Elle ouvre son sac et commence à fouiller à l'intérieur.
— Qu'est-ce que tu cherches ?
— Mon accessoire.
Elle en sort un stylo métallique, assez élégant.
Elle le fait tourner entre ses doigts, puis le range dans la poche de son manteau.
— Bon. Voilà comment on fait.
Elle sort son téléphone.
— Je t'appelle avant d'entrer. Tu restes ici, tu coupes ton micro et tu écoutes.
— Et si quelqu'un t'appelle pendant ce temps ?
— J'ai désactivé les notifications. Et je vais garder le téléphone dans la poche intérieure de mon manteau, micro vers le haut.
Elle me montre l'emplacement.
— À tout de suite.
— Bonne chance.
Elle se penche vers moi avec un sourire.
— La chance, c'est pour les amateurs.
Elle sort de la voiture.
À travers le pare-brise, je la regarde traverser la rue d’un pas souple et décidé. Elle ne se retourne pas, ne ralentit pas, comme si elle avait fait cela toute sa vie. Devant la vitrine, elle marque une très légère pause, le temps d’ajuster la bandoulière de son sac, puis elle pousse la porte.
De là où je suis garé, j’ai une vue partielle sur l’intérieur de la librairie. Pas assez pour entendre quoi que ce soit sans le téléphone, mais suffisamment pour l’apercevoir entre les rayonnages et la vitre.
Elle m’appelle.
Je décroche aussitôt et porte l’appareil à mon oreille.
— Je t’entends, murmuré-je.
— Moi aussi, répond-elle très bas. Maintenant, silence Orphée.
Je souris.
À travers la vitrine, je la vois s’avancer jusqu’au comptoir. Elle retire calmement un gant, glisse une mèche de cheveux derrière son oreille, puis adresse à la libraire un sourire aimable, presque timide. C’est cela qui me frappe d’abord : elle n’a pas l’air de mentir, elle a l’air d’être sincèrement embarrassée de déranger.
— Bonjour, madame. Excusez-moi de vous déranger.
La voix de la libraire me parvient par le téléphone.
— Bonjour. Je peux vous aider ?
Je vois Allyah ouvrir son sac et en sortir le stylo. Elle le tient entre deux doigts, comme une preuve modeste mais précieuse.
— Peut-être. C’est un peu particulier, mais je cherche quelqu’un qui est passé chez vous hier après-midi. J’ai retrouvé un stylo qu’il a oublié au café d’à côté et je l’ai aperçu entrer dans votre boutique juste après. Je me suis dit que vous le connaissiez peut-être.
À travers la vitre, j’observe la libraire pencher légèrement la tête. Allyah, elle, ne bouge presque pas. Elle garde cette posture douce, polie, parfaitement dosée, une main sur son sac, l’autre posée près du comptoir. Si je ne savais pas qu’elle improvise, je la croirais réellement venue rendre service.
La libraire hésite. Allyah attend, sans empressement. Puis elle ajoute quelques précisions, avec naturel, en regardant le stylo comme si ce détail réveillait sa mémoire :
— Un monsieur assez élégant, la quarantaine, peut-être un peu plus, les cheveux légèrement grisonnants... Je crois que je connais son travail de photographe, c’est très… puissant !
Je la vois accompagner sa description de petits gestes discrets, jamais trop appuyés. Tout semble juste. Tout semble facile.
— Photographe ?! Oui, Vincent, il est passé hier en effet !
Je me redresse brusquement. Je comprends alors que ce qui me trouble n’est pas seulement qu’elle soit en train de réussir. C’est le plaisir évident qu’elle prend à réussir, et celui, tout aussi net, que je prends à la regarder faire.
Allyah marque une légère hésitation. Je devine son sourire.
— Vincent oui, mais je me souviens plus de son nom…..
Je retiens mon souffle.
La libraire lui répond :
— Vincent Delmas, c’est l’homme que vous décrivez et oui il a beaucoup de talent !
Vincent Delmas.
— Vous pensez que je pourrais retrouver ses coordonnées ?
— Il a un site professionnel, mais ne vous embêtez pas, il vient souvent, je lui rendrai son stylo. Vous voulez me laisser votre nom et votre numéro de téléphone pour qu’il vous remercie ?
— Ah bah oui… pourquoi pas.
Allyah n’avait pas tout prévu on dirait… Je retiens mon souffle.
— Attendez, je vais laisser mon numéro pro moi aussi.
Je l’entends qui sort le téléphone et cherche à l’intérieur.
— Voilà 07, 14, … … …
J’y crois pas….. Je ferme les yeux. Elle a donné mon numéro ! Mais elle est dingue ?
— Merci encore. Bonne journée !
— Bonne journée, madame.
La clochette tinte une seconde fois.
J'entends les pas d'Allyah sur le trottoir, puis un petit rire étouffé.
— Alors, Orphée ? murmure-t-elle.
Je souris.
— Je suis impressionné, mais pourquoi tu as donné mon numéro ???
— Parce qu’il va être curieux, il va rappeler, au moins pour dire que ce n’est pas son stylo, et comme il va tomber sur le répondeur d’un homme, il ne va pas insister, et toi, tu auras peut-être la chance de récupérer son numéro…
Je suis mouché… Épaté. Absolument épaté.
— C’est du grand art… Je suis scotché.
Elle rit.
— Attends. Je te rejoins.
Je raccroche.
Quelques instants plus tard, je la vois apparaître au coin de la rue. Elle traverse au passage piéton et vient jusqu'à la voiture, le sourire aux lèvres.
Elle ouvre la portière et s'installe à côté de moi.
— Mission accomplie.
— Tu as réussi.
— Tu avais des doutes ?
— Aucun. Enfin, presque aucun.
Elle éclate de rire.
— Tu es incroyable.
Elle me regarde avec une satisfaction qu'elle ne cherche pas à dissimuler.
— Je reconnais que je me suis plutôt bien débrouillée.
— Je te dois une fière chandelle.
— C'est vrai.
Elle répond avec un sérieux si exagéré que je me mets à rire.
— Je peux au moins t'offrir un déjeuner.
— Non.
Je suis surpris.
— Non ?
— J'ai une meilleure idée.
Allyah me regarde avec un sourire dont je commence à me méfier.
— Tu me dois plus que ça.
Elle désigne la librairie d'un mouvement de tête.
— Je viens quand même de retrouver ton photographe. Et je lui ai laissé ton numéro, ce qui pourrait nous être très utile.
Je souris.
— Bon. Qu'est-ce que tu veux ?
Elle ne répond pas immédiatement. Elle regarde à travers le pare-brise, puis se tourne vers moi.
— Je voudrais que tu m'emmènes là où tu as vu Candice.
Je la dévisage.
— À l'Atelier ?
— Oui. Et au sex-shop.
— Tu veux visiter un sex-shop ?
— Ce n'est pas vraiment le magasin qui m'intéresse.
Elle rit, puis retrouve son sérieux.
— Depuis lundi, je n'arrête pas de penser à ce que tu m'as raconté.
— À la galerie ?
— À tout. Candice qui s'agenouille devant Magda. Cette femme qui la filme. Ses vêtements qu'on lui subtilise. Et puis cette apparition en rouge, devant tous ces gens...
Elle hésite.
— J'ai beau essayer d'imaginer, il me manque quelque chose.
— Quoi ?
— Presque tout… Et j’ai faim de tout ça.
Elle se tourne complètement vers moi.
— Je sais ce que tu as vu, Paul. Tu me l'as raconté avec tellement de détails que j'ai presque l'impression d'y avoir assisté. Mais je voudrais comprendre ce que Candice, elle, a vécu.
Je ne réponds rien.
— Tu m'as parlé de ses genoux sur le bitume. J'aimerais voir cet endroit. Savoir à quoi ressemble ce parking, s'il est vraiment exposé aux regards, si les gens passent tout près. J'aimerais me tenir là où elle était, regarder autour de moi, essayer d'imaginer ce qu'elle voyait.
Elle marque une pause.
— Et ce qu'elle ressentait surtout.
Je la regarde, surpris par la précision de sa demande.
— Tu voudrais te mettre à sa place ?
— Un peu, oui.
Elle sourit, presque embarrassée.
— C'est étrange, hein ?
— Pas tant que ça.
— Si, quand même. Je ne connais même pas ta femme et voilà que j'ai envie de comprendre ce qu'elle a éprouvé en s'agenouillant devant une inconnue sur le parking d'un sex-shop.
Elle baisse brièvement les yeux.
— Mais ça me trouble.
Je sens quelque chose remuer en moi.
— Qu'est-ce qui te trouble exactement ?
Elle prend le temps de réfléchir.
— Le fait qu'elle ait choisi de le faire. Qu'elle ait accepté de se montrer comme ça. Tu m'as dit qu'elle semblait parfaitement calme, presque fière, à la galerie. Pourtant, elle devait bien avoir peur à certains moments.
— Je suppose.
— Et peut-être que c'était justement ce qu'elle cherchait.
Je repense à Candice dans sa combinaison rouge, à l'assurance avec laquelle elle avait suivi l'homme qui la tenait en laisse.
— C'est possible.
— J'aimerais savoir ce que ça fait, reprend Allyah. Pas forcément faire les mêmes choses qu'elle. Mais essayer de ressentir un peu de ce qu'elle a pu ressentir.
Elle cherche ses mots.
— Comprendre comment on passe d'une femme qui va tranquillement à son cours de sport à une femme qui semble heureuse de s'exposer aux regards d'une centaine d'inconnus.
Je reste silencieux.
Depuis samedi, je n'ai cessé de me poser ces questions. Pourquoi Candice ? Pourquoi maintenant ? Qu'est-ce que Magda lui a proposé ? Qu'a-t-elle découvert là-bas qui lui donne envie de recommencer ?
Et voilà qu'Allyah me propose une manière entièrement nouvelle d'aborder ce mystère.
Non plus seulement suivre Candice, observer ses déplacements, chercher à surprendre ses secrets.
Essayer de comprendre ce qu'elle éprouve.
L'idée me fait un peu peur, la demande d’Allyah est très troublante.
Mais elle me fascine immédiatement.
Je regarde Allyah. Je l'imagine à genoux sur le bitume, à l'endroit précis où ma femme attendait Magda. Elle relèverait la tête vers l'entrée du magasin, regarderait les voitures, les hommes qui vont et viennent, les fenêtres des bâtiments voisins.
Et elle pourrait peut-être me dire ce que Candice avait vu depuis cette position.
Ce qu'elle avait pu ressentir.
Je me surprends à désirer cette expérience autant qu'elle.
— Tu sais, dis-je, il y a quelque chose auquel je n'avais jamais pensé.
— Quoi ?
— Depuis le début, j'essaie de découvrir ce que Candice fait. Mais je ne sais absolument pas pourquoi elle le fait.
Allyah acquiesce.
— C'est exactement ça.
— Je peux la regarder pendant des heures, je peux suivre Magda, Vincent, tous les gens de cet Atelier... Ça ne m'apprendra pas nécessairement ce qu'elle y trouve.
— Non.
Elle me regarde avec attention.
— Si moi, je me mets à sa place, peut-être que je comprendrai.
Cette phrase me traverse avec une force inattendue.
Je me représente de nouveau Candice agenouillée sur le parking. Et Allyah, au même endroit, quelques jours plus tard, tentant de retrouver les sensations de ma femme.
Deux femmes qui ne se connaissent pas, mais dont l'une essaierait de comprendre l'autre à travers une expérience partagée.
Je viens de comprendre quelque chose qui me trouble profondément. J'aime cette idée plus que je ne voudrais l'admettre.
Allyah pourrait devenir mes yeux à l'endroit même où ceux-ci ne me servent plus à rien. Elle pourrait me parler non pas de ce que Candice a fait, mais de ce qu'une autre femme peut éprouver en acceptant de le faire. Je sais bien qu'elle n'est pas Candice. Que ses sensations seront différentes, ses désirs aussi. Qu'elle ne pourra jamais m'expliquer exactement ce qui se passe dans la tête de ma femme.
Mais elle pourrait m'en donner une idée.
Une idée qui m'excite déjà.
— Et… Tu me raconterais ?
Allyah sourit.
— Évidemment.
— Tout ?
Je souris à mon tour.
Elle sourit, mais ne détourne pas les yeux.
— Je crois que c’est justement la partie de l’expérience qui m’attire et me trouble le plus...
Nous restons un moment silencieux. Je suis très troublé, elle aussi.
Si elle ressent autant de plaisir que moi à vivre cette aventure, je comprends pourquoi elle ne veut pas que ça s’arrête…
Puis elle reprend :
— Tu m'as dit que tu avais éprouvé quelque chose d'extraordinaire en regardant Candice à la galerie. Quelque chose que tu n'avais jamais ressenti auparavant.
— Oui.
— Et moi, depuis que tu me racontes tout ça, je sens que quelque chose m'intrigue de plus en plus. Je ne sais même pas si c'est de la curiosité, de l'excitation ou simplement l'envie de comprendre.
Elle laisse échapper un petit rire.
— Probablement les trois.
Je la regarde.
— Tu aurais voulu être à la galerie ?
— Oui.
La réponse est immédiate.
Elle marque une pause.
— Et maintenant, je crois que j'aimerais aller un peu plus loin.
Je sens mon cœur accélérer. Jusqu'où cela va-t-il nous mener ?
Elle sourit.
— J'aimerais voir l'Atelier. L'endroit où tu l'as découverte samedi. Tu me montreras où tu étais, ce que tu pouvais apercevoir depuis la rue.
— Tu ne verras pas grand-chose.
— Ce n'est pas grave. J'ai besoin de voir les lieux pour comprendre ton histoire.
Elle réfléchit un instant.
— Et peut-être aussi pour commencer à me raconter la mienne.
Je tourne la tête vers elle.
— Comment ça ?
Elle semble surprise par ses propres mots.
— Je ne sais pas. C'est sorti tout seul.
Elle sourit, puis regarde ses mains.
— Je crois que toute cette histoire commence à me travailler un peu plus que prévu.
Je devrais peut-être m'inquiéter de l'entraîner dans mes indiscrétions, mes mensonges, ma fascination grandissante pour ce que Candice me cache.
Mais cette inquiétude ne résiste pas longtemps à mon excitation.
Pour la première fois depuis le début de cette histoire, quelqu'un ne se contente plus de m'écouter. Allyah veut éprouver quelque chose à son tour.
Et cette perspective m'excite presque autant que les images de Candice.
— D'accord, je finis par dire.
Elle relève immédiatement la tête.
— Vraiment ?
— Je t'emmène.
Son visage s'éclaire.
— Ce soir ?
Je regarde l'heure.
— Pourquoi pas ? On pourrait commencer par l'Atelier.
— Et ensuite, le parking ?
— Ensuite, le parking.
Elle acquiesce, ravie.
— Tu sais ce que je trouve le plus troublant dans cette idée ?
— Non.
— Savoir que tu seras là. Que tu me regarderas essayer de comprendre ce que ta femme a ressenti.
Elle me fixe avec ce sourire qui ne lui ressemble qu'à moitié, mélange de malice et d'une émotion plus difficile à identifier.
— Et que cette fois, ce sera moi qui pourrai te raconter quelque chose.
Je sens une chaleur familière se répandre dans mon ventre.
Je pensais avoir découvert ce matin le plaisir de raconter à Allyah ce que j'avais vu.
Je commence à comprendre que je pourrais en éprouver autant à l'écouter me raconter ce qu'elle aura vécu.
Mais elle pourrait m'en donner une idée.
Une idée qui m'excite déjà.
— Et… Tu me raconterais ?
Allyah sourit.
— Évidemment.
— Tout ?
Je souris à mon tour.
Elle sourit, mais ne détourne pas les yeux.
— Je crois que c’est justement la partie de l’expérience qui m’attire et me trouble le plus...
Nous restons un moment silencieux. Je suis très troublé, elle aussi.
Si elle ressent autant de plaisir que moi à vivre cette aventure, je comprends pourquoi elle ne veut pas que ça s’arrête…
Puis elle reprend :
— Tu m'as dit que tu avais éprouvé quelque chose d'extraordinaire en regardant Candice à la galerie. Quelque chose que tu n'avais jamais ressenti auparavant.
— Oui.
— Et moi, depuis que tu me racontes tout ça, je sens que quelque chose m'intrigue de plus en plus. Je ne sais même pas si c'est de la curiosité, de l'excitation ou simplement l'envie de comprendre.
Elle laisse échapper un petit rire.
— Probablement les trois.
Je la regarde.
— Tu aurais voulu être à la galerie ?
— Oui.
La réponse est immédiate.
Elle marque une pause.
— Et maintenant, je crois que j'aimerais aller un peu plus loin.
Je sens mon cœur accélérer. Jusqu'où cela va-t-il nous mener ?
Elle sourit.
— J'aimerais voir l'Atelier. L'endroit où tu l'as découverte samedi. Tu me montreras où tu étais, ce que tu pouvais apercevoir depuis la rue.
— Tu ne verras pas grand-chose.
— Ce n'est pas grave. J'ai besoin de voir les lieux pour comprendre ton histoire.
Elle réfléchit un instant.
— Et peut-être aussi pour commencer à me raconter la mienne.
Je tourne la tête vers elle.
— Comment ça ?
Elle semble surprise par ses propres mots.
— Je ne sais pas. C'est sorti tout seul.
Elle sourit, puis regarde ses mains.
— Je crois que toute cette histoire commence à me travailler un peu plus que prévu.
Je devrais peut-être m'inquiéter de l'entraîner dans mes indiscrétions, mes mensonges, ma fascination grandissante pour ce que Candice me cache.
Mais cette inquiétude ne résiste pas longtemps à mon excitation.
Pour la première fois depuis le début de cette histoire, quelqu'un ne se contente plus de m'écouter. Allyah veut éprouver quelque chose à son tour.
Et cette perspective m'excite presque autant que les images de Candice.
— D'accord, je finis par dire.
Elle relève immédiatement la tête.
— Vraiment ?
— Je t'emmène.
Son visage s'éclaire.
— Ce soir ?
Je regarde l'heure.
— Pourquoi pas ? On pourrait commencer par l'Atelier.
— Et ensuite, le parking ?
— Ensuite, le parking.
Elle acquiesce, ravie.
— Tu sais ce que je trouve le plus troublant dans cette idée ?
— Non.
— Savoir que tu seras là. Que tu me regarderas essayer de comprendre ce que ta femme a ressenti.
Elle me fixe avec ce sourire qui ne lui ressemble qu'à moitié, mélange de malice et d'une émotion plus difficile à identifier.
— Et que cette fois, ce sera moi qui pourrai te raconter quelque chose.
Je sens une chaleur familière se répandre dans mon ventre.
Je pensais avoir découvert ce matin le plaisir de raconter à Allyah ce que j'avais vu.
Je commence à comprendre que je pourrais en éprouver autant à l'écouter me raconter ce qu'elle aura vécu.
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