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✦ Vivi75 Wesh la campagne XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Wesh la campagne — Chapitre 12 · Trop de questions pour Hassan !

21 minutes
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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Vivi75
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Wesh la campagne

Chapitre 12 · Trop de questions pour Hassan !

L'obscurité tomba plus tôt ce soir-là. La cuisine de la ferme baignait dans une lumière jaune, triste. Bernard était assis à la table, les bras croisés, le regard vide, comme absent. Hassan, lui, faisait les cent pas. Son regard était sombre, agité. Il n'arrivait plus à rester en place. Depuis le retour de Lucas ce matin, quelque chose s'était brisé en lui. La rencontre avec le jeune boulanger l'avait remué plus qu'il ne voulait l'admettre. La journée fut particulièrement pénible. Il avait errait dans la campagnes désertes, s'était perdu dans les chemins. Le soleil écrasait le pays, mais dans le ventre du jeune homme, une tempête hurlait. Il pleura, cria plusieurs fois et lorsque, le soir venu, il rentra enfin à la ferme, des traces de poussières terreuses lui collaient au front et aux joues.
— Faut qu'on parle.
La voix claqua comme un coup de fouet. Bernard releva lentement les yeux, surpris par le ton.
— J'en ai marre, Bernard. J'te jure, j'en peux plus.
Il s'arrêta, planta son regard noir dans celui de l'homme, la gorge serrée. Il hésita une seconde, mais la colère le traversa à nouveau comme une décharge. Il explosa presque :
— J'en peux plus de ce bordel, Bernard. Tu comprends ça ? Tu vois pas ce que t'es en train de faire de moi ?! Putain… regarde-moi !
Bernard resta silencieux, les mains jointes devant lui.
— J'suis venu ici pour un stage ! Un putain de stage. Et je me retrouve là, à ramper à tes pieds ! À sucer ta bite comme si c'était normal ! C'est pas moi, ça ! C'est pas ce que j'suis !
— C'est toi qui viens dans mon lit tous les soirs, Hassan…
— Tu crois que j'ai le choix ? Tu crois que j'ai envie d'être ça ? D'être une… une putain de fiotte qui gémit sous un mec ?! J'me reconnais plus, putain ! J'me reconnais plus du tout !
Ses grands yeux noirs s'allumaient. Il frappa la table du plat de la main, secoué par l'émotion. Le flot de ses paroles ne se tarissait pas :
— T'imagines ce que ma famille dirait, hein ? Si on me voyait là, à genoux, la bouche pleine de foutre ?! T'imagines ce que mon daron penserait ? Ma mère ?! Mes potes du quartier ?! Merde Bernard ! Tu le sais, ça ? J'ai grandi dans une putain de religion qui m'a appris que j'brûlerai en enfer pour ça ! Que j'étais un déviant ! Un chien ! Et là j'suis là, à me faire baiser comme une salope par un mec que j'connais à peine ! Qui dit rien, qui joue les durs, mais qui se planque !
Bernard voulait répondre, mais Hassan ne lui en laissa pas le temps. Les mots sortaient en rafales, durs, hachés, portés par la rage :
— J'suis pas comme toi ! Moi j'ai pas grandi ici, dans tes champs de merde, loin de tout. Moi j'ai grandi au quartier ! Là-bas, tu sais comment ils les appellent, les mecs comme nous ? Ils les défoncent. Littéralement. Ils les piétinent. Chez moi, t'existes pas si t'es pédé ! T'es mort, tu vaux rien, t'es une merde ! Tu comprends ce que c'est ? Tu comprends ce que je dois faire chaque jour pour pas me détester ?
Il pleurait, maintenant. C'était des larmes de rage, de honte, de frustration pure. Bernard, jusqu'ici figé, serra les mâchoires. Il posa lentement ses mains sur la table. Sa voix, quand elle sortit, se voulut apaisante :
— Tu parles de toi comme si tu étais un monstre.
— J'suis un monstre, Bernard ! Et c'est toi qui me le rappelles chaque putain de nuit. T'as vu ce qu'on fait ? T'as vu dans quel délire on est partis ?! Les carottes, la pisse, les crachats…Je t'en veux, putain, je t'en veux d'avoir réveillé ça en moi. T'as voulu faire de moi ce que je suis pas. Un gros pédé, une tarlouze. Je te hais pour ça, Bernard. T'entends ? J'te hais.
— Moi, je ne t'ai jamais menti, répondit le fermier.
— Mais ta gueule putain ! Ta gueule ! Tu m'as fait sombrer dans cette merde. T'es qu'un gros pédé frustré, qui se fait chier dans sa campagne. C'est quoi ton délire Bernard ? Enculer des petits mecs, pour oublier ton passé, ce que tu étais avant ?
Il marqua une pause. Ses lèvres tremblaient.
— J'ai trouvé une photo de toi, Bernard.
Un instant, le visage du fermier se crispa.
— Je t'ai vu ado. Alors dis-moi, merde. Pourquoi t'es devenu comme ça ? Pourquoi tu t'planques derrière cette image de mec dur ? Pourquoi tu t'racontes jamais ?
Bernard soupira. Dans la lumière blafarde, il semblait soudain vieux, usé. Il se leva. Les épaules voûtées, il s'approcha d'Hassan, le regard durci :
— Tu veux que je parle de moi ? OK. J'ai toujours vécu ici, dans cette putain de ferme voisine. Père alcoolique. Ce gamin sur la photo, c'était moi, ouais. Maigre. Trop gentil. Trop muet. Harcelé, frappé, humilié. J'étais un fantôme. Jusqu'au lycée agricole, c'était l'enfer. J'ai tout pris dans la tronche : les insultes, les coups, le mépris. J'me suis fait sucer dans les chiottes du bahut à 16 piges par un gars plus vieux. J'ai rien dit. Il m'a jeté comme une merde. Je me suis fait baiser par mon premier mec dans une voiture volée. Il m'a quitté le lendemain. J'ai couché avec des types dans les bois, des parkings, des chiottes. Et j'ai arrêté de parler. Parce que chaque fois que j'ai parlé, on m'a craché à la gueule. J'ai serré les dents. J'ai appris à être dur. À encaisser. À frapper plus fort que les autres. Je suis devenu un bloc. Parce que c'était ça ou disparaître.
Il fit un pas de plus vers Hassan, mais le jeune homme recula.
— Et quand t'es arrivé ici, que j'ai vu ton regard… j'ai compris. Que t'étais comme moi. Tiraillé. Brisé de l'intérieur. J'ai décidé de te montrer ce que j'étais, de te laisser entrer. On a fait l'amour. Peut-être trop fort. Peut-être comme je l'ai appris. Mais je me suis jamais foutu de toi.
Hassan secoua la tête, les larmes ruisselant sur ses joues. Il laissa tomber des paroles qui achevèrent le fermier :
— C'est trop tard pour ces conneries. Tu veux quoi ? Un peu de compassion ? Trouve-toi un psy, taré ! T'aurais dû parler avant. Moi je peux pas continuer comme ça. Je me dégoûte. Tu comprends ça ? J'me regarde dans la glace et j'ai envie de me foutre des baffes !
Il s'éloigna d'un pas rapide. Puis, juste avant de disparaître par la porte, il regarda une dernière fois Bernard avec mépris et lâcha :
— On arrête tout.. Je veux pas finir comme toi. Je vais pas m'enterrer vivant pour baiser des mecs en cachette. Je suis pas homo, Bernard. Et je veux plus avoir honte de moi.
Il claqua la porte. Bernard ne bougea pas. Il resta là, seul dans la cuisine, le visage fermé. Une larme coula et vint mourir dans les poils drus de sa barbe.
Cette nuit-là, pour la première fois depuis longtemps, les deux hommes ne partagèrent pas le même lit. Hassan s'était réfugié dans sa chambre. Une rage en lui avait explosé, mais il parvint à se calmer progressivement. Il ne trouva cependant pas le sommeil, tombant dans l'abîme sans fin de ses pensées.
Alors, vers une heure du matin, il alluma son téléphone. Il n'y avait toujours pas de réseau , mais il voulut regarder des photos. En cet instant, son monde lui manquait terriblement. Il espérait se raccrocher à des souvenirs, y trouver du réconfort. Dans son lit, il fixait l'écran de son téléphone. L'écran tremblait un peu entre ses doigts. Il faisait défiler d'anciennes photos prises à la va-vite, sa famille, les rues de sa cité. Il revoyait Samir, Eliott, Adil, Malik… Des sourires larges, des joggings froissés, des scooters cabossés, des poses viriles, menton levé, poings fermés. Il y avait lui, au centre, toujours : regard dur, barbe de trois jours, bras croisés, le torse gonflé comme un bouclier. Les gars. Les vrais. Il avait été ce genre de mec, sûr de lui, dur. Il se laissa alors envahir par une nouvelle bouffée de honte, imaginant les regards de ses potes sur ce qu'il était devenu, sur ce qu'il avait fait. Sans doute ils ne l'auraient pas reconnu.
Il repensa aussi aux moqueries, aux insultes jetées à ceux qui « marchaient bizarrement », parlaient trop doucement, s'habillaient « comme des tapettes », à la violence.
Lui, était-il devenu « une tafiole » ? Non, impossible. Il retrouverait bientôt des certitudes, une route droite, claire. Ce stage serait enfoui dans sa mémoire comme un secret honteux, qu'il arriverait un jour à oublier. Mais ses entrailles étaient pleines d'un souvenir sale et brûlant. Et sa bite se dressait encore parfois sans prévenir, au moindre flash.
Il éteignit son téléphone. Tout cela était trop lourd à porter. Il devait voir quelqu'un, en parler à quelqu'un. Mais qui ? Pas Bernard. Quelqu'un qui n'avait pas les mêmes démons. Il songea à Lucas, ce gamin du village. Il repensa alors à leur dispute violente, à la manière dont il l'avait malmené. Leur dernière rencontre avait été chargée de tensions. Mais Lucas était le seul ici auprès de qui Hassan s'était un peu confié. Il se rappelait que, dans ce tumulte, il était le seul à l'avoir écouté, à avoir vu au-delà de son masque dur de la virilité. Puis revinrent dans sa mémoire les derniers mots du boulanger : « Si tu veux discuter, tu sais où me trouver. » Pourquoi pas ? Il verrait bien. Épuisé, il finit par s'endormir.
Mais au petit matin, dans le silence de la ferme encore endormie, l'angoisse et la honte tournaient toujours en boucle dans sa tête. Sa dispute avec Bernard le hantait. Il se leva très tôt, pour ne pas avoir à croiser le fermier, puis se lava et habilla le plus discrètement possible. Sans un bruit il quitta la ferme. À l'extérieur, le froid de l'aube le saisit. Il trembla et se décida à marcher jusqu'au village qui s'éveillait à peine. À la boulangerie, on serait sans doute déjà debout.
Les premières lueurs du jour baignaient les rues d'une lumière tamisée. Lucas était seul, dans la boutique, en train de mettre sur les comptoirs les pains et viennoiseries qui seraient achetés dans la journée. Lorsqu'il aperçut Hassan, sa bonne humeur matinale disparut. Timidement, le jeune arabe pénétra dans la boutique. Hésitant, il demanda « T'as un moment ? » Lucas le fixa un instant, se doutant déjà que ce n'était pas pour discuter de pain. Il hocha la tête, essuya ses mains sur son tablier. Il prévint son cousin qu'il s'absentait et fit signe à Hassan de le suivre derrière la boutique, dans une petite cour discrète, à l'abri des regards. Une fois seuls, Lucas s'adossa au mur et croisa les bras. Il gardait son calme, mais son regard était froid.
— Alors ? finit-il par dire d'un ton sec. Qu'est-ce que tu veux ? Me casser la gueule ?
Hassan semblait chercher ses mots, ou peut-être juste la manière et le courage de les dire.
— Je suis désolé. J'ai merdé… l'autre jour.
Lucas haussa légèrement les sourcils, mais ne répondit rien. Hassan poursuivit :
— Ce que je t'ai dit… la manière dont je t'ai parlé… c'était pas toi que je visais. C'était moi. J'sais même plus qui je suis, Lucas. J'ai pété un câble.
Lucas le regardait toujours, impassible. Il voulait comprendre, mais pas l'excuser si facilement.
— Et maintenant ? lui dit-il d'un ton ironique, t'attends quoi ? Que je te prenne dans mes bras parce que t'es perdu ?
— Non. Je ne sais pas. J'ai juste… j'ai plus personne à qui parler. Et toi, t'étais là. T'as été là.
Mais Lucas n'était pas prêt à baisser la garde.
— Et alors ? Tu crois que j'ai pas vu venir ce qui se passait à la ferme ? Je t'ai regardé changer, Hassan. Tu devenais quelqu'un d'autre. Et j'ai rien dit parce que je pensais que tu devais trouver ton chemin. Mais hier, quand t'es venu me parler comme si j'étais une sous-merde…
— Pardon, murmura Hassan.
Lucas soupira. Il décroisa les bras et s'avança d'un pas. Hassan baissa les yeux. Il avait du mal à contenir son émotion. Devant ce malaise, Lucas posa une main sur son bras. Un geste simple, un pardon, une ouverture. Alors Hassan prit confiance et dit, d'une voix blanche : « Lucas. Je suis perdu. » Ils restèrent un moment dans cette cour, le froid du matin s'effaçant un peu sous cette forme fragile de réconciliation. Lucas fit un léger signe de tête : « Viens. On sera mieux à l'intérieur. »
Ils traversèrent la boutique, puis montèrent un petit escalier qui menait à l'étage. La chambre de Lucas était modeste, mais étonnamment chaleureuse. Les murs étaient couverts de posters d'art, de photos de voyage, d'affiches de vieux films. Une pile de bouquins s'entassait près du lit. Une guirlande lumineuse diffusait une lueur douce, presque réconfortante. Le lit, à moitié défait, était couvert d'un drap épais et d'un vieux pull abandonné. Sur le bureau, un mug vide, une feuille à moitié griffonnée, et un petit carnet ouvert. La pièce respirait la vie, le calme, l'intime.
Lucas retira son tablier, l'accrocha à une chaise, et jeta un regard à Hassan, qui restait au milieu de la pièce, les bras ballants, comme un môme paumé.
— Assieds-toi, invita Lucas, de sa douce voix de fille. Fais comme chez toi. Tu veux boire quelque chose ?
— Non merci.
Hassan hésita, puis s'installa sur le lit. Il observait la chambre, les objets, les détails. Il se sentait déplacé, presque étranger dans ce lieu aussi. Pourtant, il respirait mieux ici qu'à la ferme. Lucas s'assit en face de lui, sur une chaise retournée, les bras posés sur le dossier.
— Tu veux parler ?
— Je sais pas trop comment.
— Dis ce que t'as sur le cœur.
Un silence. Hassan soupira. Il regardait ses mains. Puis, d'un ton presque neutre :
— Avec Bernard… On a.. on a couché ensemble.
Lucas ne broncha pas. Il cligna simplement des yeux, hocha juste la tête.
— D'accord.
Un long silence les enveloppa. Comme la discussion ne semblait pas vouloir repartir, Lucas rassura son ami :
— T'es pas obligé de tout me dire. Mais je devine.
— C'était pas… c'était pas censé arriver, reprit alors Hassan. Au début, je le détestais presque. Puis c'est allé trop vite. Mais j'ai jamais su si c'était de l'amour ou juste de la pulsion.
Lucas l'écoutait, attentif. Il ne posa qu'une question : « Mais au moins, tu as aimé ? » Hassan continua, plus bas :
— Oui. Oui, j'ai aimé… Mais c'est pas juste ça. Je ne me reconnais plus. Je sais même plus ce que ça veut dire, être un homme. Chez moi, un homme c'est fier, ça montre rien. Ça baise avec des meufs, ça se fait pas baiser. Ça commande. Ça pleure pas. Ça rigole pas avec un mec dans une chambre qui sent le savon et les bougies.
Il rit, nerveusement. Un rire cassé. Lucas sourit également. Alors Hassan continua :
— Et moi j'suis là. À me demander si j'suis devenu une gonzesse. Je me revois à genoux, en train de … putain, je peux plus me regarder en face. C'est comme si j'étais en train de me transformer. Et ça me fait flipper.
Lucas se pencha légèrement en avant. Sa voix douce se voulut réconfortante :
— Tu te demandes tout ça parce que t'as vécu dans un monde où on t'a dit que la tendresse, c'est une faiblesse. Que le plaisir c'est sale. Mais tu veux que je te dise un truc, Hassan ? T'es pas moins un homme parce que t'as pleuré. Parce que t'as fait l'amour avec un gars, parce que t'as aimé ou que t'as eu peur. Ce que t'as vécu avec Bernard, c'est pas une trahison !
Hassan déglutit. Les mots de Lucas appliquaient un baume sur les cicatrices de son âme.
— Mais j'ai honte, Lucas. J'ai tellement honte de ce que j'ai fait. J'ai honte d'avoir aimé ça. C'est moi qui demandais, qui suppliais même !
— T'as pas à avoir honte de ton corps, ni de ton plaisir. La honte, c'est ce qu'on t'a appris à ressentir.
Lucas se leva de sa chaise et vint s'asseoir sur le lit, au plus près d'Hassan. Il posa une main sur son genou et dit :
— T'as le droit d'avoir des envies. T'as le droit de douter. Sans qu'on te juge.
Hassan serra les lèvres. Il voulait parler, encore. Dire merci. Dire qu'il avait peur. Il baissa les yeux vers le sol, puis souffla, presque comme un aveu douloureux :
— Mais je suis un mec, Lucas. Moi, je suis un mec. Je veux pas qu'on me prenne pour une fille, tu vois ? Je veux pas… devenir ça. Être fragile, être dominé… C'est pas moi.
— Je sais bien que t'es un mec, Hassan. T'as pas besoin de le prouver. C'est pas parce que t'as envie d'un homme, ou que t'as pris du plaisir à quelque chose de… différent, que t'es plus un homme. Mais t'as pas à coller à un modèle pour ça. T'as le droit d'être un mec qui aime qu'on le touche, qu'on l'écoute. Un mec qui ressent. Et si parfois ça ressemble à des trucs « de filles »… Mais qui a décidé ça, au juste ?
— Mais c'est pas pareil, répliqua Hassan, un peu sur la défensive. Y'a des trucs, des gestes, des vêtements, même des mots… c'est vraiment des trucs de meufs. Tu peux pas dire que c'est flou. C'est pas flou dans la vraie vie.
— Ouais. Dans ton quartier, dit Lucas en souriant. Mais c'est pas une vérité universelle. C'est une construction. Une cage. La virilité comme on l'impose, mais tu ne peux pas être dans un rôle toute ta vie.
— Et toi ? T'as jamais eu ce genre de… conflit ?
— Tout le temps, affirma Lucas. Mais j'ai arrêté de lutter. J'ai compris que ce qui me faisait peur, c'était aussi ce qui me faisait du bien.
Hassan fronça les sourcils, ne voyant pas où le jeune homme blond voulait en venir. Après une pause, celui-ci ajouta, plus bas, presque gêné :
— Tu m'as dit ton secret. Et moi, tu veux que je te dise un truc ? Un truc que j'ai jamais dit à personne ?
— Vas-y.
Lucas détourna les yeux, un instant. Il chercha ses mots, puis les lâcha d'un trait :
— J'suis un garçon. Je suis gay. Je me sens mec. Mais parfois… je porte des trucs de meufs. Des sous-vêtements. Juste parce que ça me plaît, ça me fait du bien. Ça me rassure. C'est doux. Et pendant longtemps, je me sentais bizarre. Mais aujourd'hui, je m'en fous.
Hassan le regarda, figé. Il ne savait pas quoi répondre. Ce n'était pas du dégoût. Pas du rejet. Juste de la surprise. Interloqué, il ne put refréner un sourire.
— Sérieux ? Tu mets des trucs genre… dentelle, tout ça ?
— Parfois. Des culottes, de la soie, de la dentelle. Ouais. Et tu sais quoi ? Ça change rien à qui je suis.
Le trouble d'Hassan s'intensifiait.
— Ok… Je sais pas si je comprends… Mais j'crois que je te respecte pour me l'avoir dit.
Un silence s'installa. Moins tendu. Les deux garçons se regardaient, dans une sorte de reconnaissance étrange, comme deux étrangers qui se découvrent plus proches qu'ils ne l'auraient cru. Mais Hassan passa une main dans ses cheveux noirs, gêné, et finit par dire « Lucas, c'est quand même chelou... » Un sourire éclaira le visage du garçon :
— Ouais. Mais t'es venu jusqu'ici pour te confier à un mec chelou, c'est peut-être pas un hasard !
Ils se mirent à rire. Cette gaieté retrouvée faisait du bien à Hassan. Ayant repris confiance en lui, et se laissant aller sur la pente glissante des confidences, il demanda à Lucas :
— Mais en vrai… tu fais vraiment ça ?
Hassan éprouvait une fascination étrange, presque hypnotique. Il cherchait à comprendre. À voir, vraiment, ce que ça voulait dire.
— Pas tous les jours. Pas tout le temps. Mais ouais. Parfois, j'en ai besoin.
— Et tu… tu sens vraiment comme une meuf ?
— Je ne me déguise ? C'est pas un sketch. C'est… plus intime que ça. C'est pas pour les autres. C'est pour moi. Mais si tu veux voir… je peux te montrer.
Hassan resta interdit. Il ne sut pas quoi répondre tout de suite. Mais une partie de lui — celle qui avait découvert tant de contradictions, de violence, de désirs — avait terriblement envie d'aller plus loin. Il acquiesça d'un signe de tête, presque imperceptible. Lucas se leva, calme. Il posa une main sur l'épaule d'Hassan, juste un contact, comme pour lui dire « t'en fais pas », puis disparut dans la petite salle de bain attenante. Hassan resta seul dans la chambre. Il se demandait ce qu'il allait ressentir. Il n'avait jamais été confronté à ça. Jamais un garçon ne lui avait parlé avec autant de franchise et encore moins proposé de briser les codes devant lui.
Quelques minutes le jeune boulanger blond fit son entrée. Hassan leva les yeux et fut immédiatement pétrifié par ce qu'il vit. Lucas était là, debout dans l'embrasure. Mais ce n'était plus le garçon efféminé. C'était une fille. Une vraie fille qui se tenait devant Hassan.
Lucas portait un ensemble de lingerie fine ; il avait passé une nuisette très légère, dont le tissu transparent laisser apparaître un soutien-gorge rouge en dentelle, parfaitement ajusté à son torse fin, et une culotte assortie qui épousait ses hanches étroites. Son entrejambe était délicatement dissimulé dans la soie. Ses jambes étaient nues, longues, lisses. Son visage, légèrement maquillé, révélait une toute autre douceur : un trait d'eyeliner fin, discret, soulignait ses yeux clairs, tandis qu'un peu de blush sur les joues et un gloss rosé sur ses lèvres les rendaient particulièrement sensuelles. Sa silhouette était fine, sa peau blanche et veloutée. Il avait le port gracieux et élégant. Il irradiait quelque chose de profondément féminin, troublant, presque érotique.
Hassan n'arrivait pas à détourner le regard. Il se sentait glacé et brûlant à la fois. Il ne comprenait pas ce qui se passait en lui. Au bord de la panique, il ne pouvait cependant détacher ses yeux de la jeune fille blonde qui se trouvait face à lui. Il s'avança, souriant, d'une démarche féline. Tout en lui semblait soudain réécrit.
— Dis quelque chose, murmura Lucas, avec un brin d'inquiétude.
Sa voix n'avait pas changé. Un timbre clair, qui achevait de parfaire la jeune fille qui était entrée dans la pièce. Hassan ouvrit la bouche, la referma. Il n'y avait pas de mots. Il n'avait jamais vu ça. Jamais imaginé qu'un autre garçon puisse oser aller si loin ni le troubler en le mettant, lui, face à autant de beauté.
— T'es… magnifique, lâcha-t-il malgré lui.
Lucas sourit, doucement, presque gêné. « Merci » murmura-t-il. Hassan se frotta le visage, confus. Il rougit violemment.
— J'sais pas ce que ça me fait. C'est pas censé me plaire… mais j'arrive pas à regarder ailleurs.
Lucas s'assit près de lui sur le lit, toujours en lingerie, ses genoux croisés avec une pudeur élégante.
— Dis toi que tu voulais savoir si tu aimais les filles… On a ta réponse.
Hassan le fixa, perdu.
— Je sais plus. Je sais plus rien.
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Thibear
17 décembre 2025 à 16:08
C’est tellement bien écrit, vraiment quel plaisir à lire…
Soyez respectueux
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