Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Emma, offerte à la montagne — Chapitre 9 · Veillée sous la roche
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Emma, offerte à la montagne
Chapitre 9 · Veillée sous la roche
La lumière pâle du matin filtre à travers la voûte épaisse de la forêt, effleurant les troncs sombres de reflets mouvants. La forêt, encore engourdie de la nuit, chuchote à peine : bruissements légers, craquements discrets, souffle de feuillage. Tristan ouvre la marche, chaque geste empreint de prudence. Il avance avec la vigilance d'un chasseur, les sens en éveil. Ses yeux fouillent les sous-bois, débusquent l'invisible.
Chaque racine, chaque pierre, chaque repli du terrain peut cacher un piège. Son visage est tendu, fermé, concentré. Par moments, il tend la main en arrière, silencieusement, pour retenir Emma ou lui indiquer de le suivre plus près. Il avance comme s'il faisait corps avec le paysage.
Emma suit. Elle glisse légèrement sur les feuilles mouillées, les ballerines gorgées d'eau. Ses jambes la tirent, ses cuisses brûlent. Le sol est meuble, par endroits glissants, tapissés d'humus. Son souffle se fait court. Elle fixe la nuque de Tristan, le port stable de son dos, et surtout ce sac à dos qu'il porte avec une telle aisance qu'on jurerait qu'il fait partie de lui. Il ne le subit pas, il l'habite. Comme si chaque mouvement, chaque pas, avait été pensé avec ce poids en plus. Il avance avec une maîtrise naturelle, presque animale.
Emma suit. Elle glisse légèrement sur les feuilles mouillées, les ballerines gorgées d'eau. Ses jambes la tirent, ses cuisses brûlent. Le sol est meuble, par endroits glissants, tapissés d'humus. Son souffle se fait court. Elle fixe la nuque de Tristan, le port stable de son dos, et surtout ce sac à dos qu'il porte avec une telle aisance qu'on jurerait qu'il fait partie de lui. Il ne le subit pas, il l'habite. Comme si chaque mouvement, chaque pas, avait été pensé avec ce poids en plus. Il avance avec une maîtrise naturelle, presque animale.
Emma ne dit rien, mais en elle, une tension monte. Il la protège. Et cette proximité physique, imposée par le danger, rend chaque seconde plus dense.
— Tu tiens ? murmure-t-il sans se retourner.
Elle hoche la tête, puis souffle :
— Oui. Je te suis.
Ils marchent ainsi, à travers les troncs, jusqu'à un léger tournant du chemin. Soudain, Tristan tourne la tête avec la vivacité d'un rapace. Son regard se durcit, ses narines frémissent. Il s'arrête net, tend l'oreille, le corps en tension. Emma ne comprend pas tout de suite. Elle s'apprête à parler quand, quelques secondes plus tard, un grondement de moteur se fait entendre au loin. Le bruit se rapproche rapidement.
Le cœur d'Emma se serre. Tristan, lui, était déjà en alerte. Elle reste muette, sidérée par la facilité avec laquelle il lit la forêt, par cette intuition presque animale. Il est dans son élément, ici. Elle le sent, elle le voit, et quelque chose en elle se serre d'un respect mêlé d'admiration.
Le cœur d'Emma se serre. Tristan, lui, était déjà en alerte. Elle reste muette, sidérée par la facilité avec laquelle il lit la forêt, par cette intuition presque animale. Il est dans son élément, ici. Elle le sent, elle le voit, et quelque chose en elle se serre d'un respect mêlé d'admiration.
— Viens. Maintenant.
Il la saisit par le poignet et l'entraîne hors du sentier, vers un talus abrupt. Ils dévalent la pente, glissent sur la terre, s'écrasent au sol dans un tapis de feuilles humide. Emma sent violemment une souche enfoncée contre sa cuisse, une douleur sourde lui arrache un souffle court, qu'elle retient aussitôt.
Tristan est allongé à demi sur elle, son torse pressé contre son dos, son souffle chaud frôle sa nuque. Elle ne peut ni bouger ni gémir. Juste au-dessus, le 4x4 passe lentement. Un moteur rauque, des voix, un rire étouffé. Chaque seconde dure une éternité. Ils restent figés, plaqués au sol, invisibles, mêlés à la terre, au silence et à l'urgence.
Tristan chuchote à son oreille :
Tristan chuchote à son oreille :
— C'était lui. Je l'ai vu.
Elle ferme les yeux. Le danger est passé, mais son cœur bat encore trop vite. À côté d'elle, Tristan rampe progressivement vers le haut du talus pour observer la trajectoire du 4x4.
Emma reste allongée, et baisse les yeux vers sa cuisse. Là, à l'intérieur, une belle marque rouge s'étale, nette, gonflée. La souche l'a cognée durement. La douleur est vive, mais elle serre les dents. Elle ne dit rien. Ce n'est pas le moment. Elle n'a pas le choix.
Ils remontent lentement, prudemment. Le monde reprend son calme. Ils avancent sans un mot, chacun absorbé dans le silence tendu de l'après-coup.
Emma reste allongée, et baisse les yeux vers sa cuisse. Là, à l'intérieur, une belle marque rouge s'étale, nette, gonflée. La souche l'a cognée durement. La douleur est vive, mais elle serre les dents. Elle ne dit rien. Ce n'est pas le moment. Elle n'a pas le choix.
Ils remontent lentement, prudemment. Le monde reprend son calme. Ils avancent sans un mot, chacun absorbé dans le silence tendu de l'après-coup.
À la mi-journée, ils s'arrêtent. À l'abri du vent. Tristan sort un bout de pain dur, du fromage salé, un petit thermos. Emma s'assied, le dos contre un arbre. Ses jambes tremblent. Il verse une soupe tiède dans le couvercle du thermos et la lui tend. Elle boit doucement. La chaleur l'apaise. Ils ne parlent pas. Juste des regards, des gestes simples.
— On va grimper, dit-il après un long moment. Là-haut. Un surplomb, à flanc de montagne. Personne ne viendra là-bas.
Elle acquiesce. Le repas est terminé, et l'ascension commence.
Le chemin devient raide. Les pierres roulent sous leurs pas. Le vent siffle dans les hauteurs. Emma lutte. Ses ballerines glissent sur les éboulis, ses appuis cèdent. Elle grogne, trébuche à nouveau.
Alors Tristan décide de passer derrière elle. Il s'approche sans un mot, cale sa main ferme dans le creux de ses reins. Dès ce contact, elle ne glisse plus. Il la soutient sans forcer, avec une aisance tranquille, comme si son geste avait été mille fois répété. Portée par cette pression stable et chaude au bas du dos, Emma gravit la pente sans plus chanceler.
Le chemin devient raide. Les pierres roulent sous leurs pas. Le vent siffle dans les hauteurs. Emma lutte. Ses ballerines glissent sur les éboulis, ses appuis cèdent. Elle grogne, trébuche à nouveau.
Alors Tristan décide de passer derrière elle. Il s'approche sans un mot, cale sa main ferme dans le creux de ses reins. Dès ce contact, elle ne glisse plus. Il la soutient sans forcer, avec une aisance tranquille, comme si son geste avait été mille fois répété. Portée par cette pression stable et chaude au bas du dos, Emma gravit la pente sans plus chanceler.
Mais son esprit, lui, vacille. Cette main contre elle, posée juste là, dans le creux tendre et secret de ses reins, au travers du tissu si fin de sa robe d'été… C'est un contact simple, et pourtant il éveille une onde lente, presque insidieuse, qui s'insinue sous sa peau. Une chaleur d'abord discrète, puis plus affirmée, s'étire comme un frisson doux et lourd, remonte le long de sa colonne, gagne sa poitrine, l'emplit d'un trouble moite. Elle sent son ventre se contracter, imperceptiblement. Le feu couve bas, profondément. Tout en elle se resserre autour de ce point de contact. Elle ne pense plus à la pente, ni aux pierres, ni même au souffle court de l'effort. Tout s'efface, ne reste que cette paume puissante, cette chaleur virile et discrète qui s'installe entre ses reins et embrase ce qu'elle peine encore à appeler désir. Elle a chaud. Trop chaud. Et ce n'est plus à cause de la montée.
Ils font face à une marche rocheuse, haute comme Tristan. Il grimpe sans effort apparent, trouvant des prises invisibles, comme si la roche s'ouvrait sous ses pieds. Emma, restée en bas, ne comprend pas. Pour elle, le mur est lisse, vertical, impraticable.
Allongé à plat ventre au sommet, Tristan lui tend le bras :
— Donne. Je te tire.
Elle hésite une seconde, lève les yeux vers lui. Puis elle saisit ses doigts. Le contact la secoue. En un seul mouvement sûr, il la soulève presque sans peine. Son corps monte, guidé, tiré, comme si elle ne pesait rien. Ses pieds cherchent encore des appuis qu'elle ne trouve pas, mais la force de Tristan suffit.
Elle sent ses jambes frotter contre la paroi, de petits cailloux s'échapper sous elle. Mais il la maintient, ferme et précis. Sa main autour de la sienne est une ancre. Un lien. Elle grimpe sans effort, propulsée par sa poigne et son calme. Son souffle s'accélère. D'effort. De trouble. De ce sentiment étrange de dépendre entièrement de lui, l'espace de quelques secondes.
Quand elle atteint le sommet, leurs regards se croisent. Elle ne dit rien. Mais ses joues sont rouges. Et pas seulement à cause de l'ascension. Saisis ses doigts rugueux. Le contact la traverse. Il ne dit rien, mais son regard la scrute, inquiet. Ils grimpent ensemble, lentement, en silence. Les arbres s'éclaircissent. L'air devient plus froid. Le ciel est plus proche.
Quand elle atteint le sommet, leurs regards se croisent. Elle ne dit rien. Mais ses joues sont rouges. Et pas seulement à cause de l'ascension. Saisis ses doigts rugueux. Le contact la traverse. Il ne dit rien, mais son regard la scrute, inquiet. Ils grimpent ensemble, lentement, en silence. Les arbres s'éclaircissent. L'air devient plus froid. Le ciel est plus proche.
Enfin, ils y sont. Un large surplomb rocheux, formant une alcôve naturelle. Le sol est couvert d'aiguilles de pin, sec. L'espace est en retrait, invisible depuis les sentiers. Devant eux, la vallée s'étend comme un monde oublié. Le vent siffle, mais sous la roche, c'est calme. Intime.
Tristan scrute l'abri rocheux avec attention, ses yeux détaillant la forme du surplomb, l'épaisseur de la paroi, l'orientation du vent. Il hoche légèrement la tête, comme un homme qui reconnaît un lieu sûr, familier. Puis il se redresse, et son regard se projette au loin, au-delà de la vallée baignée de silence. Son regard monte, glisse le long des crêtes, épouse les contours des montagnes bleutées à l'horizon. Il est immobile, absorbé, comme en paix devant ce paysage. Une paix rare.
Tristan scrute l'abri rocheux avec attention, ses yeux détaillant la forme du surplomb, l'épaisseur de la paroi, l'orientation du vent. Il hoche légèrement la tête, comme un homme qui reconnaît un lieu sûr, familier. Puis il se redresse, et son regard se projette au loin, au-delà de la vallée baignée de silence. Son regard monte, glisse le long des crêtes, épouse les contours des montagnes bleutées à l'horizon. Il est immobile, absorbé, comme en paix devant ce paysage. Une paix rare.
— On est bien ici, souffle-t-il, presque pour lui-même.
Emma, elle, ne regarde pas le décor. Ses yeux sont restés fixés sur la main de Tristan, toujours mêlée à la sienne. Chaude. Large. Puissante. Protectrice. Elle la contemple, troublée. Elle imagine cette même main sur sa peau, sur son flanc, glissant le long de ses reins. Une chaleur lente monte en elle.
— Oui… on est bien ici, murmure-t-elle.
Tristan ne semble pas l'avoir entendue. Elle rougit, baisse les yeux. Puis se redresse doucement. Il relâche sa main dans un geste naturel, comme s'il ne s'était aperçu de rien. Mais elle, elle reste un instant figée, comme marquée par cette empreinte invisible dans sa paume.
Ils commencent à rassembler du bois autour de l'abri. Emma ramasse de petites branches au sol, hésitante, tandis que Tristan observe ses gestes.
Ils commencent à rassembler du bois autour de l'abri. Emma ramasse de petites branches au sol, hésitante, tandis que Tristan observe ses gestes.
— Prends plutôt du bois bien mort, lui dit-il doucement. Y'a pas de sève, ça fume moins.
Elle hoche la tête, corrige ses choix. Lui choisit les morceaux les plus secs, les casse d'un geste net, puis s'agenouille. Il gratte une allumette, abrite la flamme dans ses paumes, puis la glisse sous une poignée de brindilles. Le feu prend doucement, les flammes frémissent, basses, discrètes.
Pendant qu'il surveille la combustion, Emma s'assied lentement près du foyer. Elle retire ses ballerines détrempées, les dépose près des pierres chaudes pour les faire sécher. Lorsqu'elle baisse les yeux sur ses pieds, elle découvre la peau ridée, ramollie par l'humidité, marbrée de rouge et d'irritation. Ses orteils sont gonflés, sensibles, presque vulnérables. Elle les masse lentement, ses doigts glissant sur la peau fripée, sur les contours échauffés, jusqu'aux chevilles tendues. Ses ballerines, fines et citadines, semblent déplacées ici, presque dérisoires. Elle frissonne, resserre sa veste sur elle, tandis que le feu réchauffe doucement ses jambes nues et danses, reflets d'ambre sur ses yeux encore voilés de fatigue.
— Il faut que ce soit discret. Trop de lumière, et ils pourraient nous voir de loin.
Emma s'installe près du feu, ramenant ses jambes contre elle, les genoux serrés contre sa poitrine. Elle pose son menton sur ses genoux, ses bras enroulés autour d'eux, comme pour se refermer sur elle-même. Le feu crépite doucement, ses reflets orangés dansent sur sa peau. Son regard se perd dans les flammes.
Elle pense à cette main. Celle qui a touché ses reins, juste au-dessus de ses fesses. Puis cette même main, qui l'a soulevée dans le vide comme si elle ne pesait rien. Elle revoit son bras tendu, ses yeux calmes, son autorité tranquille. Tristan.
Elle pense à cette main. Celle qui a touché ses reins, juste au-dessus de ses fesses. Puis cette même main, qui l'a soulevée dans le vide comme si elle ne pesait rien. Elle revoit son bras tendu, ses yeux calmes, son autorité tranquille. Tristan.
Et soudain, elle ne sait plus quoi penser. Il y a deux jours à peine, un homme voulait la forcer, la briser. Et là, cet autre homme, silencieux, brut, puissant, ne la touche pas. La respecte. L'aide dans sa fuite sans rien exiger. Le contraste la trouble plus encore que la peur. Elle ne comprend pas ce qu'elle ressent, mais elle sent que quelque chose change en elle.
Elle redresse la tête, chasse ses pensées d'un soupir discret, et resserre sa veste contre elle.
Leurs visages sont éclairés par la lueur du foyer qui crépite. La nuit s'installe lentement, enveloppant le surplomb dans une obscurité douce. Ils mangent en silence une soupe chaude. Le café qui suit a ce goût âpre et franc, mais sa chaleur glisse profondément dans le ventre, apportant un réconfort brut.
Elle redresse la tête, chasse ses pensées d'un soupir discret, et resserre sa veste contre elle.
Leurs visages sont éclairés par la lueur du foyer qui crépite. La nuit s'installe lentement, enveloppant le surplomb dans une obscurité douce. Ils mangent en silence une soupe chaude. Le café qui suit a ce goût âpre et franc, mais sa chaleur glisse profondément dans le ventre, apportant un réconfort brut.
Quelques mots s'échangent. Des phrases simples, posées entre deux cuillerées. Tristan lui raconte qu'il venait souvent ici, déjà enfant, avec son grand-père. Pour lui, ce coin de montagne, ce rocher, ces pins tordus, c'est presque une deuxième maison. Emma l'écoute, attentive. Elle boit ses mots comme on boit une histoire au coin du feu.
Il ajoute, en souriant, qu'à vingt minutes à pieds du refuge où ils s'étaient arrêtés l'autre jour, à droite d'un sentier peu visible, se trouve une vieille bergerie qu'il a entièrement retapée lui-même. Il y passe parfois des journées entières, puis corrige avec un petit rire :
Il ajoute, en souriant, qu'à vingt minutes à pieds du refuge où ils s'étaient arrêtés l'autre jour, à droite d'un sentier peu visible, se trouve une vieille bergerie qu'il a entièrement retapée lui-même. Il y passe parfois des journées entières, puis corrige avec un petit rire :
— Enfin… plutôt des mois.
Emma l'observe, troublée. Pas par ses mots, mais par la lumière qui joue sur son visage, par cette voix grave et tranquille, par cette façon d'appartenir à la nature. Elle le regarde comme on regarde quelqu'un juste avant que les choses ne basculent. Juste avant qu'un sentiment différent ne se mette à naître, en silence.
— Tu veux t'allonger ? propose-t-il.
Elle acquiesce. Il dispose deux couvertures contre la roche, côte à côte. Ils s'allongent, sans se toucher. Le feu projette une lumière tremblante sur les parois, modelant l'espace de reflets fuyants. Les ombres dansent autour d'eux, s'étirent et se resserrent au rythme des flammes qui crépitent. L'air est frais. Le silence revient, profond, ponctué seulement par le soupir régulier du foyer.
Emma regarde les étoiles. Une pluie fine de lumière, calme, éternelle. À voix basse, elle demande :
— Celle qui brille le plus… c'est laquelle ?
Tristan tourne légèrement la tête, puis tend le bras, son doigt pointant un éclat intense au-dessus de l'horizon.
— Là. C'est Vénus.
Emma suit la direction qu'il indique, puis tourne la tête vers lui, son regard glissant sur son profil éclairé par la lueur tremblante du feu.
— Je croyais que c'était l'Étoile du Berger.
Tristan sourit.
— Oui, c'est son nom courant. Mais son vrai nom, c'est Vénus. Elle est comme toi : elle brille dans la nuit. Elle est belle… tu ne trouves pas ?
Il fixe l'étoile en parlant, sans détour. Emma, elle, tourne lentement la tête vers lui. Il vient de dire « belle comme toi ». Les mots, prononcés avec un tel naturel, la traversent, la bousculent. Ils percent quelque chose en elle qu'elle croyait murée. Ses yeux s'embuent, rougissent sans qu'elle ne puisse les en empêcher. Après tout ce qu'elle vient de vivre, cette tendresse, si inattendue, si nue, lui fend le cœur. Elle ne s'y attendait pas. Elle a envie de le serrer contre elle, là, maintenant. Mais elle ne bouge pas. Elle se contente de regarder à nouveau l'étoile, comme pour dissimuler l'émotion qui la submerge.
Elle bouge à peine. Son souffle est lent, profond, presque en harmonie avec le silence autour d'eux. Son regard erre parmi les constellations, fascinées par la lente respiration du ciel. Les étoiles scintillent, lointaines et innombrables, comme autant de pensées qu'elle n'ose formuler. Le froid caresse ses joues, mais elle ne frissonne pas. Car en elle, une autre chaleur monte. Une chaleur dense, épaisse, née au creux de son ventre, irradiant lentement vers sa poitrine, ses cuisses, ses reins. Une pulsation chaude, presque animale, intime et sourde. Cette chaleur-là n'a rien à voir avec le feu. Elle est intérieure. Elle est pour lui.
Mais soudain, une pression contre son dos. Quelque chose de ferme, d'inattendu. Son corps se fige. Un frisson la parcourt. Elle se demande un instant si une racine ne dépasse pas du sol. Par réflexe, ses doigts glissent lentement derrière elle pour vérifier. Mais au lieu d'une racine, sa main effleure quelques secondes le tissu du pantalon de Tristan. Une chaleur animale la traverse, brutale et muette. Elle se fige, retire sa main d'un geste minuscule. Elle ne bouge plus. Aucun doute possible maintenant. Ce n'est pas une racine. Et elle sait exactement ce que c'est. Son ventre se noue, sa respiration se suspend. Le feu crépite toujours, discret. Elle reste immobile, tendue, brûlante de ce qu'elle vient de comprendre.
— Tristan…
Pas de réponse.
— Tristan... Je sens quelque chose... de dur… entre toi et moi. Tu penses que c'est dangereux pour moi ?
Un long silence. Tristan ne bouge pas. Le feu crépite doucement. L'atmosphère paraît suspendue entre eux, comme si le monde retenait son souffle, attentif à ce qui pourrait naître de ce frôlement involontaire.
— Tristan ? Est-ce que je dois... avoir peur ?
Il souffle lentement, sans tourner la tête. Il ne sait pas quoi répondre. Il sait qu'elle a deviné, que son silence confirme déjà trop. Et pourtant, il ne peut pas lui dire la vérité. Pas lui dire qu'il pensait à elle, l'autre soir, nue, dans cette culotte noire en satin, si fine qu'elle laissait deviner le secret de sa toison. Rien que d'y repenser, son ventre se contracte. Il reste figé, comme pris en faute. Ses pensées le trahissent. Son corps aussi.
Il sent la chaleur monter dans sa nuque, une gêne sourde qu'il ne sait plus masquer. Sa gorge se serre, ses mâchoires se crispent. Il détourne le visage, ferme les yeux, cherche une échappatoire, une esquive verbale, un souffle d'ironie pour noyer le trouble. Mais il n'a rien. Rien de léger.
Il sent la chaleur monter dans sa nuque, une gêne sourde qu'il ne sait plus masquer. Sa gorge se serre, ses mâchoires se crispent. Il détourne le visage, ferme les yeux, cherche une échappatoire, une esquive verbale, un souffle d'ironie pour noyer le trouble. Mais il n'a rien. Rien de léger.
Rien de neutre. Rien qui puisse effacer ce que son corps, à cet instant, hurle à sa place.
Il se redresse à peine sur un coude, mais c'est à l'intérieur que tout vacille. Il se répète : "Un soldat pris en embuscade doit improviser, observer, riposter." Mais là, il n'y a ni terrain, ni ennemi, ni plan. Juste elle. Sa voix douce. Son souffle chaud dans la nuit. Et son corps si près du sien qu'il sent la frontière flamber entre résistance et abandon.
Il se redresse à peine sur un coude, mais c'est à l'intérieur que tout vacille. Il se répète : "Un soldat pris en embuscade doit improviser, observer, riposter." Mais là, il n'y a ni terrain, ni ennemi, ni plan. Juste elle. Sa voix douce. Son souffle chaud dans la nuit. Et son corps si près du sien qu'il sent la frontière flamber entre résistance et abandon.
— Merde, soldat… t'es foutu.
Il se mord l'intérieur de la joue, tente de retrouver son calme, mais c'est sa peau qui parle, son ventre qui se contracte, son sexe qui pulse malgré lui. La discipline militaire ne lui est d'aucun secours ici. Pas contre ce genre de feu là.
— C'est peut-être… un serpent. Attiré par la chaleur.
Elle esquisse un sourire dans l'obscurité, un rictus mêlé de provocation et d'ironie contenue.
— Et le fait qu'il y ait un serpent entre toi et moi… c'est censé me rassurer ?
— Tu crois qu'il risque de me piquer ? De me mordre ? Ou de… cracher son venin sur moi ?
— Tu crois qu'il risque de me piquer ? De me mordre ? Ou de… cracher son venin sur moi ?
Tristan fait une grimace, mal à l'aise. Il ne sait pas comment se sortir de cette situation un peu gênante. Il souffle doucement, puis tousse pour s'occuper les lèvres, gagner quelques secondes. Il ferme les yeux, tente de reprendre contenance, mais son cœur bat trop fort. Il se force à esquisser un léger sourire, nerveux, presque invisible dans l'ombre.
— Ce serpent-là… ne ferait pas de mal. Pas ici. Pas comme ça.
— Pourquoi ce serpent serait dangereux… dans d'autres circonstances ??
— Ailleurs… les serpents sont parfois… moins sages. Ils réagissent à la vue d'un corps nu, d'un souffle, d'un murmure. C'est animal. Il ne décident pas.
— Pourquoi ce serpent serait dangereux… dans d'autres circonstances ??
— Ailleurs… les serpents sont parfois… moins sages. Ils réagissent à la vue d'un corps nu, d'un souffle, d'un murmure. C'est animal. Il ne décident pas.
Elle se tourne à demi vers lui. Son regard cherche le sien dans l'ombre. Elle est touchée. Il ressent quelque chose pour elle, elle en est sûre. Tant d'autres, dans une telle proximité, auraient profité de la situation. Une main glissée sous la couverture, un souffle déplacé, un frôlement voulu. Voire un geste plus intrusif, une robe soulevée. Mais lui, non. Rien. Aucun geste déplacé. Juste ce trouble irrépressible, ce frisson involontaire, ce corps qui le trahit. Un signe silencieux qu'il ne contrôle pas. Et cela, pour elle, dit tout. Elle sourit intérieurement, émue. Elle regarde encore un instant son profil, puis baisse les yeux vers les braises, le cœur doucement serré.
Emma le regarde du coin de l'œil. Une question la traverse. Elle se demande si cette différence d'âge, entre eux, le dérange. Visiblement, non. Il est là, proche, troublé, respectueux. Elle sent qu'il la voit, vraiment. Pas comme une gamine, mais comme une femme.
— Même s'ils sont vieux, ces serpents ? Ils n'ont pas peur des proies trop jeunes ?
— Justement. Ils ont peur. Peur de blesser. Peur d'être ridicules. Alors… ils se cachent.
— Justement. Ils ont peur. Peur de blesser. Peur d'être ridicules. Alors… ils se cachent.
Un silence retombe. Chargé. Emma fixe les braises. Sa voix devient plus douce.
— Celui-là… je crois qu'il ne me fait pas peur.
Elle marque une pause, puis ajoute dans un souffle, presque pour elle-même :
— Même si, au premier abord, il semble un peu bourru…
Tristan la coupe, avant même qu'elle ait fini sa phrase :
— Comment ça, bourru ?
Sa voix est plus vive qu'il ne le voudrait. Il se racle la gorge, tousse légèrement, comme pour rattraper cette impulsion. Il sent qu'il a réagi trop vite. Il détourne légèrement le visage, gêné par sa propre brusquerie, puis souffle à mi-voix, comme pour s'excuser :
— Peut-être que… je vis depuis trop longtemps seul, là-haut, dans ces montagnes.
Un léger sourire flotte sur ses lèvres, invisible dans l'obscurité, mais vibrant au creux de son ventre.
— Je parle du serpent, bien sûr, ajoute-t-il avec un souffle presque amusé. Le serpent vit seul, lui aussi, dans la montagne.
Emma glisse alors, d'un ton doux, mais curieux :
— Et… est-ce que c'est indiscret de demander si ce serpent a toujours vécu seul, ou s'il a déjà partagé sa tanière avec une madame serpent ?
Tristan entrouvre les lèvres, prêt à répondre. Puis il se ravise, ferme doucement les yeux. Son visage se fige, comme traversé par un souvenir ancien, peut-être douloureux. Emma, à la lueur tremblante du foyer, observe son profil se refermer. Elle ne dit rien, elle attend. Elle sait qu'il va répondre. Peut-être pas ce qu'elle attend, peut-être pas tout, mais quelque chose. Parce qu'il veut lui dire. Parce qu'il ne fuit pas.
Enfin, sa voix s'élève, grave, plus lente.
Enfin, sa voix s'élève, grave, plus lente.
— Il y a eu… au tout début, une madame serpent. Une femme bien. Patiente. Mais… l'absence. Les missions. Les mois loin d'ici… ont fini par user sa patience. Et son amour.
Il marque une pause, regarde les flammes comme si elles contenaient les souvenirs.
— Je la comprends. C'est la vie.
Il ne dit rien de plus. Mais tout est là, dans le ton, dans la simplicité nue de ses mots.
Un silence s'installe. Long. Apaisé, mais dense. Tristan cherche ses mots. Quelque chose le pousse à lui demander, mais il ne sait pas comment formuler. Comment poser une question qui n'ouvre pas une brèche ?
Il se racle légèrement la gorge, tourne un peu la tête vers elle, puis, d'une voix plus douce, presque hésitante :
Un silence s'installe. Long. Apaisé, mais dense. Tristan cherche ses mots. Quelque chose le pousse à lui demander, mais il ne sait pas comment formuler. Comment poser une question qui n'ouvre pas une brèche ?
Il se racle légèrement la gorge, tourne un peu la tête vers elle, puis, d'une voix plus douce, presque hésitante :
— Et toi… tu es avec quelqu'un ?
Emma se tourne lentement vers lui, soutient son regard. Le feu projette sur son visage des ombres dansantes, mais ses yeux, eux, sont immobiles.
— Non. Je n'ai jamais vraiment été avec quelqu'un, pas comme il faudrait. J'ai croisé des serpents… du genre à piquer une fois, cracher leur venin, puis disparaître. Des passants, pas des compagnons.
Elle marque une pause, ses doigts frôlant machinalement le tissu de la couverture.
— Et puis il y a eu ce vieux serpent, un auquel je me suis accrochée. Fort, rassurant. Mais lui… il m'a blessée. Profondément. Alors non, jamais d'histoire partagée. Pas vraiment.
Elle ne sourit pas, mais dans sa voix, il y a une lucidité tranquille. Une vérité douce-amère qu'elle ne cherche ni à enjoliver ni à cacher.
Tristan hoche doucement la tête.
Tristan hoche doucement la tête.
— Je vois.
Juste deux mots. Mais dans ce "je vois", Emma sent qu'il n'y a ni curiosité ni jugement. Juste une forme d'acceptation, simple et sincère. Cela la touche profondément.
Après une courte pause, il reprend, presque gêné :
— Je vais m'écarter pour la nuit. Encore désolé… enfin, tu comprends.
Emma reste silencieuse un instant, puis tourne légèrement la tête vers lui.
— Je ne sais pas ce que ça fait pour un homme, si c'est supportable ou non. Mais moi… si on peut avoir un peu moins froid, je crois que je préfère sentir ta bosse dans mon dos et dormir au chaud, plutôt que de trembler toute la nuit.
Tristan sourit, imperceptiblement. Il incline la tête en signe d'accord.
— Alors je vais essayer de penser à une vieille femme édentée avec du poil au menton…
Emma étouffe un léger rire, puis murmure simplement :
— Merci, Tristan.
Un mot doux, mais chargé. Dans ce "merci", il y a tout : merci de me respecter, merci de ne pas profiter de la situation, merci d'être cet homme-là. Tristan incline à peine la tête, sans répondre, mais ses yeux brillent faiblement dans l'ombre.
Ils se recouchent. Chacun ajuste les couvertures avec soin, veillant à bien les border pour retenir la chaleur. Puis, presque naturellement, ils s'installent en cuillère. Emma se place face à la paroi rocheuse, lovée contre elle, tandis que Tristan se glisse derrière elle, tournant le dos au vide. Il laisse un mince espace, juste assez pour ne pas la frôler, mais assez étroit pour que leurs souffles se mêlent et que la chaleur circule entre leurs corps. La nuit les enveloppe dans ce fragile équilibre, entre abandon et retenue, entre confiance et tension silencieuse.
Ils s'endorment. Deux corps brûlants de tension, figés dans une retenue fragile. L'un contre l'autre, mais séparés par la peur, le respect, et quelque chose qui ressemble à un début de sentiment.
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Commentaires ()
merci de ce commentaire je vous souhaite une bonne lecture pour les chapitres suivants.
Merci à vous pour votre commentaire ravi que ce chapitre vous plaise.
Elle fait partie de mon top 10.
Mon côté fleur bleue espère que la fin sera un happy end.
Mille mercis pour ce très bon moment de lecture.
merci pour votre commentaire ravi que cela vous plaise et qu'il soit dans votre Top 10. Par contre j'ai peur que vous n'appréciez pas la fin. :(