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Couverture de Emma, offerte à la montagne, par Galaxie rouge
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Emma, offerte à la montagne — Chapitre 7 · Le flair du chasseur

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Galaxie rouge
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Emma, offerte à la montagne

Chapitre 7 · Le flair du chasseur

Note de l'auteur

Résumé du chapitre précédent : Captives dans un bâtiment sordide, Emma et Léa parviennent à se libérer de leurs liens, meurtries et transies de froid. La peur et la faim les tenaillent, mais la certitude d'un destin atroce, celui d'être vendues et utilisées leur donne la force de fuir. En rampant dans l'ombre, elles tombent sur une scène sexuelle brutale, entre voyeurisme et terreur, qui leur offre une ouverture pour s'échapper. Elles découvrent une réserve remplie de sacs et de valises abandonnés, preuves glaçantes d'autres victimes passées. Après s'être habillées à la hâte, elles décident de se séparer pour multiplier leurs chances. Emma prend la forêt, seule, déterminée à survivre, tandis que Léa file vers la gare. Chaque pas est une lutte, mais la liberté entrevue vaut tous les risques. La forêt s'ouvre devant Emma, mais la menace rôde encore.
Le vent souffle dans les branches sombres qui encerclent le refuge. L'aube est grise, humide, indécise. Tristan referme son sac à dos d'un geste sûr, glisse la boucle métallique sous la sangle, puis pose la main sur la vieille poignée de la porte en bois du refuge. Il l'abaisse lentement, pousse la porte, jette un dernier regard sur la salle vide et la claque derrière lui. Un gros caillou roule contre le chambranle pour bloquer l'ouverture. Il contourne le bâtiment, traverse les herbes humides, et s'arrête net à l'arrière, là où la terre s'effondre en pente raide. Là où elle a sauté.
Il se penche. Son regard fouille.
Rien de spectaculaire. Quelques brindilles cassées. Il inspire profondément. Elle a filé par là.
La pente est traîtresse, glissante de rosée et de mousse. Chaque pas réclame attention. Il progresse, penché vers le sol, à l'affût du moindre indice. Ici, une touffe de fougère écartée. Là, l'empreinte légère d'un pas sur un sol meuble. Elle ne laisse presque rien. Comme si elle avait voulu disparaître. Comme s'il poursuivait un fantôme.
Mais il la sent. C'est plus qu'une intuition. C'est une tension dans l'air, un fil invisible, mais tendu entre leurs corps, vibrant comme une corde d'archet qu'on aurait effleurée. Il ferme les yeux un instant, et elle surgit dans son esprit. Là, sur le pas de la porte du refuge, sa toute première vision d'elle.
Elle venait de courir toute la journée dans les pentes détrempées, glissant, chutant, se relevant, poussée par une peur primitive. Son souffle était court, haché, ses genoux sales, ses bras griffés par les ronces. La pluie battante de l'orage l'avait trempée jusqu'à la moelle, sa robe plaquée contre son corps, ses cheveux ruisselants collés à ses joues, son front, sa bouche. Des gouttes glissaient le long de son menton jusque dans la naissance de sa gorge. Elle tremblait de froid, de fatigue, de solitude. Mais elle était là.
Debout. Immobile. Les bras croisés sur sa poitrine, recroquevillée sans fuir, le regard agrandi par l'épuisement, la peur, et une supplique silencieuse qu'il n'a jamais oubliée. Ce visage ruisselant, cette chair tendue, cette dignité dans la détresse, cette vulnérabilité nue… ça l'avait percuté de plein fouet. Il s'en souvient dans sa chair, pas seulement dans sa mémoire.
Puis ce souvenir, plus lancinant encore : elle, nue devant lui, simplement vêtue de cette culotte noire en satin, si fine, si diaphane qu'elle laissait entrevoir les contours délicats de sa toison. Il avait devant lui le corps d'une femme, offert sans intention, vulnérable et splendide. Et son regard, malgré lui, avait tout enregistré.
Chaque détail. La courbe délicate de ses seins, leurs aréoles rosées durcies par le froid, le creux de son ventre, les lignes tendues de ses hanches, la souplesse de ses jambes, la pâleur de l'intérieur de ses cuisses. Rien n'avait échappé à sa mémoire. Jamais il n'avait regardé une femme ainsi, sans précipitation, sans désir immédiat. Comme si chaque fragment de peau lui avait été confié.
Et ce souvenir-là, il le porte comme une brûlure. Il n'a jamais gardé d'image aussi intacte, aussi vive, aussi sacrée. Ce corps, il le trouve beau, troublant, enveloppé d'une chaleur silencieuse qui le consume de l'intérieur. Ce n'est pas seulement du désir. C'est une faille. Une obsession douce, entêtante, presque douloureuse. Elle hante sa mémoire avec la précision d'un rêve trop réel. Et il ne sait plus s'il doit la chasser… ou la chérir.
Il secoue la tête, chasse les pensées, reprend la marche.
Vers midi, il s'arrête à l'abri d'un rocher moussu. Il s'assied, retire son sac, croque une pomme en silence. Chaque bouchée est un bruit trop fort dans le calme des bois. Il allume son petit réchaud, fait chauffer de l'eau dans une gamelle cabossée. L'odeur du café monte lentement, familière, apaisante.
Il pense à Emma. À cette femme qui s'est immiscée dans ses pensées sans permission, sans bruit, mais avec une intensité déconcertante. Il regrette de ne pas lui avoir parlé davantage, de ne pas avoir osé franchir le seuil de ses silences pour l'entendre vraiment.
Pourtant, ces silences, il les respecte. Ils disent beaucoup. Ils portent une pudeur rare, une profondeur qui le désarme. Il aime cette façon qu'elle a de rester droite, même trempée, même effondrée de fatigue. Cette façon de ne pas se plaindre, de tout encaisser en silence. Elle se bat sans bruit, sans plainte, avec une dignité farouche. Et cela le bouleverse.
Il sent monter en lui une forme de manque, aigu, physique, presque douloureux. L'absence d'elle à ses côtés pèse plus qu'il ne l'aurait cru. Il voudrait être là, pour elle. L'épauler. La protéger. Il se dit que c'est ça, simplement ça. De la protection. Rien de plus. Mais il sait qu'il se ment.
Ce qu'il ressent dépasse le simple élan du sauveur. C'est un trouble. Un appel sourd. Il ne reconnaît pas cette forme d'attachement, ce respect imbriqué dans un désir contenu. Ce n'est pas seulement une femme en fuite. C'est elle. Et ça le touche plus profondément qu'il n'ose se l'avouer.
Il boit lentement, les yeux mi-clos. L'odeur du café monte à ses narines, chaude, amère, enveloppante. Il repense à ce moment suspendu, la veille, quand elle avait accepté ce verre de petite prune, presque à contre-cœur, mais sans fuir. Elle l'avait suivi.
Elle, en fuite, vulnérable, sans assurance, sans connaître son nom ni son passé. Il n'en revient pas. Il faut une force folle, ou une confiance innée, pour oser un tel geste. Était-ce de la confiance ? Ou de l'insouciance ? Il ne sait pas. Mais il sait ce que lui a ressenti : une forme d'admiration immédiate, nue, immense. Une reconnaissance presque sacrée pour cette femme belle, fragile, et pourtant si courageusement présente.
Et puis, il y a eu cette confidence. Tombée comme une lame dans le silence du refuge. Cet aveu d'une scène dégradante. D'un salaud, quelque part, qui l'avait forcée à s'exposer, à poser comme une chose, comme une marchandise. La tension revient dans sa nuque, dans ses mâchoires. Il sent monter une rage froide, sourde, terrifiante. Il veut plier cet inconnu, le briser de ses poings, le forcer à répondre pour chaque image imposée à cette femme. À cette inconnue qui, en si peu de temps, est devenue autre chose dans son esprit : une présence qui le touche, une femme qu'il respecte, qu'il admire, et dont le regard silencieux lui reste collé à la peau.
Mais c'est pire encore. Car malgré lui, des images lui viennent. Il l'imagine, forcée, mise en scène, dans ces poses humiliantes où chaque geste, chaque posture, n'avait d'autre but que d'exciter le regard d'un autre. Un regard sale, avide, celui d'un homme qu'il ne connaît pas, mais qu'il hait déjà.
Et puis vient cette pensée insupportable : ce même homme, s'approchant, la prenant, sans tendresse, comme une chose. Son ventre se contracte de colère. Ce fantasme le soulève d'écœurement. Il serre les dents, dures, féroces. Non. Pas elle. Pas comme ça. Il chasse l'image, la rejette d'un coup de volonté brutale.
Et aussitôt revient celle qu'il veut garder. Celle qui le bouleverse. Elle, nue, mais droite, dans la lumière douce du refuge. Frissonnante, vulnérable, mais digne. Le menton levé, le regard clair, la peau parcourue de frissons. Une beauté qui ne se donne pas, mais qui s'impose. Une force calme, offerte sans se livrer.
C'est cette image qu'il garde au fond de lui comme une lueur. Il ne veut plus penser à elle comme à une silhouette excitante, mais comme à une femme qu'il doit protéger. Qu'il doit sauver. Même s'il doit en mourir. Il se le promet. Sans détour. Sans condition.
Pendant ce temps, ailleurs, Emma avance.
Ses ballerines sont détrempées, presque gelées, si fines qu'elles ne protègent plus rien. Son souffle est haché, presque douloureux. Chaque inspiration la brûle, chaque expiration la laisse plus vide. Elle grimpe, descend, s'enfonce dans les feuillages sans plus savoir si elle suit une direction ou tourne en rond. Sa fuite, commencée dans la panique, s'est transformée en errance. La pente l'a lessivée, vidée. Le vent siffle sous les branches, soulève sa robe d'été, trempée jusqu'à la transparence.
Le tissu colle à ses cuisses, à son ventre, et l'ensemble de ses vêtements d'été robe légère, veste fine, ces quelques pièces qu'elle a attrapées à la hâte en s'échappant du lieu de sa détention ne sont plus qu'un poids humide, glacé, plaqué contre sa peau. Elle grelotte, halète, sent ses jambes céder à chaque pas.
Elle ne sait plus si elle fuit ou si elle est simplement perdue. Et lui, il connaissait la montagne. Lui savait comment bouger, comment se cacher, comment survivre. Peut-être qu'elle n'aurait pas dû fuir seule. Peut-être qu'elle aurait dû le suivre. Mais c'est trop tard maintenant. Il n'est plus là. Et elle est seule, glacée, tremblante. Seule, avec cette pensée qui la mord : peut-être qu'elle a commis une erreur qu'elle ne pourra pas réparer.
Elle trébuche, s'effondre sur les genoux, les paumes en avant dans la terre détrempée. Son souffle est court, rauque, arraché à sa poitrine. Elle reste là, pliée sur elle-même, le front baissé, les cheveux collés par la sueur et l'humidité, le visage strié de traces boueuses. Son ventre palpite, secoué par le rythme frénétique de sa respiration. Ses tempes battent, brûlantes sous les perles de sueur qui roulent jusqu'à sa mâchoire. Tout son corps tremble, tendu à l'extrême, au bord de la rupture.
Alors, elle pousse un cri. Un cri brut, primal, arraché du plus profond d'elle-même. Un cri animal, sauvage, rauque, qui fend l'air comme une blessure ouverte. Un cri qui porte la rage, la peur, l'humiliation, la fatigue et cette solitude qui l'écrase. Un cri qui dit qu'elle refuse de mourir ici, qu'elle refuse de s'effacer. Qu'elle voulait juste danser, sentir la musique pulser sous sa peau, pas fuir, pas geler, pas disparaître dans une forêt qui n'est pas la sienne. L'écho se fracasse contre les troncs, s'éparpille entre les branches, résonne comme un appel déchiré puis s'éteint.
Et là, dans le silence qui suit, elle comprend. Elle vient peut-être d'alerter quelqu'un. Quelqu'un qui ne devrait pas l'entendre. Elle se fige. Le cœur cognant contre ses côtes. Des larmes brûlantes roulent sur ses joues sans qu'elle puisse les retenir. Elle regrette. Ce cri, c'était trop. Trop fort, trop risqué. Mais c'était ça ou s'effondrer. Elle l'a crié pour vivre. Et maintenant, elle pleure pour survivre.
Un bruit. L'eau. Elle s'approche du murmure, découvre un ruisseau étroit qui dévale la pente, vif, limpide, nourri par la fonte des neiges là-haut. Elle s'agenouille, à bout de souffle, les cuisses tremblantes, le cœur affolé. Sans attendre, elle plonge ses mains, forme une coupe instable, et boit. Elle ne boit plus comme une femme. Elle boit comme une bête traquée, haletante, affamée de vie. L'eau est d'une froideur implacable. Elle lui mord la langue, le palais, lacère sa gorge d'une brûlure glacée. Mais elle boit encore. Goulûment. À grandes gorgées tremblantes.
Puis elle s'asperge le visage, la nuque. L'eau glisse entre ses omoplates, s'infiltre jusqu'au creux de ses reins. Elle gémit presque sous le choc. Sa peau rougit, son souffle se calme. Les muscles tendus lâchent prise. Un soupir s'échappe de ses lèvres. Long. Moite. Libérateur. C'est comme si ce froid, venu des sommets, lavait tout : la sueur, la peur, la saleté, les hurlements muets. Comme si, dans le ruissellement glacé sur sa peau brûlante, elle reprenait contact avec quelque chose de vivant en elle. Quelque chose de pur. D'animal. D'essentiel.
Assise sur un rocher, elle ferme les yeux.
Elle pense à Léa. Est-ce qu'elle a pu s'enfuir ? Est-ce que les hommes les ont trouvées ? Où est-ce qu'ils n'ont vu qu'elle ?
Et lui ? Cet homme du refuge. Il avait l'air rude, au début. Muré. Presque intimidant. Mais quand il a parlé… c'était autre chose. Une voix plus grave que brusque. Une façon de l'écouter sans intervenir. Et puis, ce verre. Partagé comme une trêve. Elle l'a vu changer, juste un peu. Un relâchement dans les épaules, une chaleur plus diffuse dans son regard. Elle se surprend à faire des calculs : s'il est entré dans l'armée à dix-huit ans et qu'il y est resté quinze ans, ça lui donne au moins trente-trois. Peut-être trente-cinq. Dix ans de plus qu'elle ? Elle pince les lèvres. C'est beaucoup. Et pourtant il dégage quelque chose qui l'attire. Une densité. Une solidité. Un mystère tranquille. Il l'intrigue, la trouble, la bouscule sans rien faire. Et ça, elle ne sait pas encore si c'est rassurant ou dangereux.
Elle soupire, se parle à elle-même. Tu es folle. Tu ne le connais même pas. Il ne t'a pas demandé en mariage. Et pourtant il la trouble, d'un trouble profond, physique, presque charnel. Ce n'est pas seulement son regard. C'est ce qu'il dégage. Une présence pleine, enracinée, ce mélange de force contenue et de silence habité.
Ce dos large, musclé, zébré de cicatrices, lui revient en mémoire avec une netteté déconcertante. Elle voudrait y poser les doigts, doucement, suivre chaque ligne, chaque relief de peau, comme on lit une carte ou une blessure ancienne. Comprendre ce qu'elles disent, ces marques : la douleur, le courage, la solitude peut-être. Imaginer les nuits sans sommeil, les terres étrangères, le sang, la peur.
Elle sent un frisson, pas de froid cette fois. Il y a dans cet homme quelque chose d'opaque, de rugueux, de magnétique. Quelque chose qui l'attire irrémédiablement, comme un feu discret, mais brûlant. Et elle n'a aucune idée de ce qu'elle ferait s'il la regardait autrement. Elle ferme les yeux un instant. Respire. Tu es vraiment folle, ma pauvre.
Elle rit sans joie. Tu es vraiment folle, ma pauvre. Ce type ne te trouve peut-être même pas intéressante.
Elle ne sait pas pourquoi ça lui revient. Mais ça lui revient.
Il l'a vue nue. Et il n'a rien fait. Pas un geste déplacé, pas un mot, pas même ce regard envahissant qu'elle a appris à redouter. Et pourtant, elle était offerte, vulnérable, les bras nus, la peau perlant encore de pluie et de fatigue. Elle se souvient de son regard. Étrange. Doux. Intense, mais sans violence. Un regard qui enveloppe sans posséder. Et cette impression, rare, bouleversante : celle d'avoir été vue, mais pas prise. Regarder sans envahir, sans salissure.
Elle pense alors à ce couloir d'hôpital, à Léa, à ces hommes. À ces regards qui lacéraient la peau avant les mots, ces silences épais de sous-entendus, ces rires étouffés derrière des portes qui ne protégeaient plus rien. Là-bas, elle s'était sentie mise à nu, humiliée, souillée jusqu'à l'os. Tripotée des yeux comme une bête d'étal, évaluée, jaugée, comme de la marchandise offerte sans défense.
Chaque regard lui donnait la sensation d'un toucher, glacial, visqueux, insidieux. Et ce souvenir-là, elle ne parvient pas à l'effacer. Mais dans ce refuge, avec lui… c'était autre chose. Une forme de retenue, de respect silencieux, presque sacré. Un regard qui n'a pas pris, mais simplement accueilli. Et c'est cette retenue-là, plus que n'importe quelle caresse, qui continue de la hanter.
C'est ce calme-là qui la trouble. Ce respect nu. Cette absence de domination là où tant d'autres se seraient sentis puissants. Elle en garde une nostalgie étrange, comme une brûlure douce au creux du ventre. Il l'a regardé nu. Et pourtant, elle s'est sentie intacte.
Elle penche un peu la tête, tire légèrement sur sa robe trempée qui colle à sa peau. Pourtant, elle est presque transparente. Ou alors il est aveugle ? Elle rit doucement, malgré elle, une chaleur lui montant aux joues. En tout cas, j'ai eu de la chance, pense-t-elle. D'autres auraient profité de la situation, de cet isolement. Lui, non. Et c'est ça qui la hante.
Elle frissonne.
Le ciel s'alourdit. Le vent tourne. Des gouttes perlent sur les feuilles.
Tristan reprend la marche. Il a vu des signes. Puis, à hauteur de hanche du moins, celle d'Emma, il aperçoit un petit bout de tissu gris accroché à l'extrémité pointue d'une branche. Il s'arrête. S'approche. Le tissu est effiloché, accroché net comme déchiré par la fuite. Il le reconnaît aussitôt : la doublure intérieure de sa veste. Il en est sûr. Un souffle d'adrénaline monte. Elle est passée par là, récemment. Il grimpe un talus, pousse une branche.
Et il la voit.
Assise, recroquevillée sur elle-même, les bras serrés autour de ses jambes, la tête légèrement penchée. Sa robe froissée colle à sa peau humide. Elle grelotte jusque dans les mâchoires, ses dents claquent doucement sans qu'elle puisse les contrôler. Un frisson lui parcourt l'échine, mêlé de fatigue, de froid et d'une pensée obsédante. Elle ne parle pas. Elle pense. Et dans ce silence, ses yeux fixes, perdus, disent tout le chaos en elle.
Il reste figé. Son cœur cogne fort. Elle est là. Fragile. Vivante. Et lui, il ressent un trouble inattendu, presque intime, comme s'il s'apprêtait à honorer un rendez-vous qu'il n'a pourtant jamais donné. Un moment suspendu. Il inspire. Il fait volontairement un peu de bruit en avançant, froisse une branche, écrase un caillou, juste assez pour signaler sa présence. Il ne veut pas lui faire peur, surtout pas. Et surtout, il ne veut pas qu'elle crie. On ne sait jamais si d'autres rôdent encore dans les parages. Il s'avance doucement.
— Emma…
Elle sursaute. Le regard s'agrandit. Elle reconnaît. Elle respire.
Il s'approche, s'accroupit près d'elle. Tends sa gourde.
— Tu veux boire un peu ? demande-t-il doucement, en lui tendant la gourde. C'est tiède, ça te fera du bien.
Elle prend. Ses doigts tremblent. Il voit ses lèvres, pâles. Ses joues, creuses. Elle a froid. Il enlève sa veste, la pose sur ses épaules. Elle ne proteste pas.
Elle a froid. Un froid qui n'est plus seulement extérieur. Il est en elle maintenant, insidieux, rampant. Il s'insinue sous sa peau, dans ses os, jusque dans les fibres de son ventre. Ses muscles tétanisent, ses mâchoires claquent, sa robe trempée colle à sa peau comme un linceul mouillé. Elle est là, assise sur le sol, recroquevillée sur elle-même, les bras serrés autour de ses genoux comme pour retenir un reste de chaleur, un souvenir de vie. Ses lèvres tremblent, ses dents s'entrechoquent. Même sa bouche grelotte.
Elle sent que son corps lâche, petit à petit. Non pas de fatigue, mais de froid. Ce froid profond, dangereux, qui n'endort pas seulement les extrémités, mais le cœur. Elle grelotte comme une enfant abandonnée au bord d'un monde glacé. Elle sent qu'elle n'est plus qu'un souffle, un corps réduit à une pulsation lente, vacillante. L'hypothermie n'est plus une menace lointaine. Elle est là, présente, presque intime. Une amante cruelle qui l'enlace sans douceur.
Et pourtant, dans ce tremblement qui secoue sa chair, dans cette vulnérabilité extrême, il y a une forme étrange de nudité. Pas seulement de peau, mais d'être. Elle est nue de toute défense. Dépouillée de tout ce qu'elle croyait contrôler. Ce froid la met à nu. La rend fragile, oui. Mais aussi, étrangement, plus vivante. Parce que sentir, même douloureusement, c'est encore exister.
— Tu es blessée ?
Elle secoue la tête. Il vérifie le pansement de la veille. Il a tenu. Mais elle est glacée. Il pose la main sur son bras. Sa peau frôle la sienne. Elle frissonne.
Un silence s'installe. Il la regarde. Elle détourne les yeux.
— Merci… dit-elle, à peine audible.
Il sourit. Vaguement. Puis l'aide à se relever. Sa main glisse dans la sienne, naturellement, comme si ce geste allait de soi. Ils avancent ainsi quelques pas, main dans la main, comme un couple en promenade. Il passe devant, et la guide à travers les racines et les pierres, tirant sur sa main pour l'aider. Cette main chaude, ferme, dans laquelle sa propre main semble disparaître, la touche plus qu'elle ne veut l'admettre. Elle sent la force contenue dans ses doigts, la sécurité. Elle n'aurait jamais cru qu'un geste aussi simple puisse la troubler autant.
— Viens. On ne peut pas rester là.
Ils marchent. Les feuillages bruissent au-dessus d'eux. Ils ne parlent pas. Mais tout, dans leurs gestes, dit qu'ils se sont retrouvés. Et que rien ne sera plus exactement comme avant.
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michel60
9 décembre 2025 à 16:21
Superbe et envoutant.
Une atmosphère étrange ou la tendresse ressort malgré la dureté des situations.
Merci
Modifié 9 décembre 2025 à 16:22
Soyez respectueux
Répondre
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Fosgate
3 décembre 2025 à 22:35
Hâte de voir la suite.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de aime28
aime28
3 décembre 2025 à 11:11
Très jolie suite
Vraiment très très bien écrite
Vivement la suite
Espérant retrouvé sa copine et que leur histoire continue
Soyez respectueux
Répondre
Jondalar
3 décembre 2025 à 09:47
Un excellent scénario pour la série HUGO
POUR LA TÉLÉVISION
Soyez respectueux
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