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✦ tounet777 L'éveil dans l'obscurité XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

L'éveil dans l'obscurité — Chapitre 12

28 minutes
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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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L'éveil dans l'obscurité

Chapitre 12

Chapitre 12
Le silence qui suit est plus dense que celui de la nuit. Nos corps restent emmêlés sur le canapé, la sueur refroidissant lentement sur nos peaux. Dan est encore enfoncé en moi — non, c'est moi qui suis encore enfoncé en lui. Sa respiration chaude contre mon cou, ses cuisses tremblantes de part et d'autre de mes hanches. Je sens chaque battement de son cœur contre ma poitrine, irrégulier, encore trop rapide.
Je ne bouge pas. Je ne veux pas bouger.
Mes mains, encore crispées sur ses hanches, se détendent peu à peu. Je les fais glisser le long de son dos, sentant les vertèbres, les muscles encore contractés, la peau moite. Il frissonne sous mes doigts.
— Tu vas bien ? murmure-t-il, la voix rauque, presque cassée.
Je hoche la tête contre son épaule. Les mots ne viennent pas tout de suite. Dans mon noir permanent, le monde s'est réduit à la chaleur de son corps, à l'odeur de sexe et de sueur, au goût salé de sa peau sur mes lèvres. Pour la première fois depuis l'accident, je ne me sens ni brisé, ni dépendant, ni diminué. Je me sens… entier.
— Mieux que bien, je finis par répondre. Toi ?
Il laisse échapper un petit rire étouffé, un son qui vibre contre ma gorge.
— Je crois que j'ai oublié comment respirer correctement.
Je souris. Mes doigts remontent dans ses cheveux, les ébouriffent doucement. Il reste un long moment ainsi, le front collé au mien, nos souffles se mêlant. Puis, avec une lenteur presque cérémonieuse, il se redresse. Je sens mon sexe glisser hors de lui, encore sensible, encore un peu dur. Il y a un bruit humide, intime. Dan frissonne.
Il s'allonge à côté de moi, collant son corps nu au mien, une jambe jetée par-dessus mes cuisses. Sa main trouve la mienne et nos doigts s'entrelacent.
— On a peut-être un peu forcé, murmure-t-il. Ta tempe…
— Elle va bien. Plus de douleur. Juste… tout le reste.
Je tourne la tête vers lui, même si je ne vois rien. Mes lèvres cherchent les siennes. Le baiser est lent, profond, sans urgence cette fois. Juste une confirmation. Que c'est arrivé. Que c'était réel. Que ni lui ni moi ne regretterons.
Après un moment, Dan se redresse un peu.
— Attends. Je reviens.
Je l'entends se lever, le bruit de ses pieds nus sur le parquet, le froissement d'un torchon, le bruit de l'eau dans la cuisine. Il revient avec un gant de toilette tiède. Avec une douceur infinie, il nettoie mon ventre, mon sexe, l'intérieur de mes cuisses. Chaque geste est précis, presque dévot. Puis il s'occupe de lui-même, rapidement. Quand il se rallonge, il apporte un grand plaid qu'il étend sur nous deux.
Nous restons ainsi, peau contre peau, pendant de longues minutes. Dehors, la ville continue sa vie. À l'intérieur, il n'y a que le tic-tac de l'horloge et le rythme de nos cœurs qui se calment.
— Demain matin, le type du SAAVA, rappelle-t-il doucement. Et l'après-midi, la MDPH.
— Je sais.
— Tu es prêt ?
Je réfléchis. La canne blanche est déjà là, posée quelque part dans le salon — je l'ai entendue cliqueter quand on l'a ramenée. Le carbone, le graphite, l'embout marshmallow. Un objet qui va me suivre partout, désormais. Un symbole. Et pourtant, ce soir, il ne me fait plus aussi peur.
— Avec toi, oui.
Dan serre ma main plus fort. Il dépose un baiser sur mon épaule, puis sur mon collier osseux, puis sur le bord du pansement de ma tempe, avec une précaution extrême.
— On va y aller doucement. Un pas après l'autre. Et si un jour tu en as marre, on s'arrête. D'accord ?
— D'accord.
Le silence reprend. Mais cette fois, il n'est plus vide. Il est plein de nous.
Plus tard, bien plus tard, Dan me guide jusqu'à la chambre. Nous nous douchons ensemble, lentement, sans chercher à rallumer le feu. Juste de l'eau chaude, du savon, des mains qui se passent le flacon, des baisers mouillés sur les épaules. Il me sèche avec une serviette épaisse, avec une lenteur presque tendre, puis se sèche lui-même. Aucun de nous ne cherche de vêtements. Nous restons nus.
Dans le lit, il se colle dans mon dos, peau contre peau, un bras passé autour de ma taille, la main posée à plat sur mon ventre. Sa chaleur m'enveloppe entièrement. Sa respiration s'alourdit peu à peu contre ma nuque.
— Dan ? murmuré-je dans le noir.
— Oui ?
— Merci. Pour tout. Pour le tennis. Pour la canne. Pour… ce soir.
Il presse un baiser dans mes cheveux.
— Dors, mon cœur. Demain on recommence.
Je ferme les yeux — un geste inutile, mais réflexe. Pour la première fois depuis des semaines, le noir qui m'entoure n'est plus une prison. C'est juste la nuit. Et dans cette nuit, il y a un homme nu qui m'enlace, un avenir qui commence à prendre forme, et un corps qui, enfin, se sent de nouveau vivant.
Je m'endors ainsi, ancré à lui, le cœur un peu moins lourd.
Je me réveille avant lui.
Le corps de Dan est encore collé au mien, nu contre nu, sa jambe lourde jetée par-dessus la mienne, son bras enroulé autour de mon torse comme s'il avait peur que je disparaisse pendant la nuit. Sa respiration est profonde, régulière, tiède contre ma nuque. L'odeur de sa peau – un mélange de savon, de sueur séchée et de quelque chose de purement masculin – m'enveloppe entièrement. Je ne bouge pas. Je reste immobile, les yeux ouverts sur le noir absolu, et je savoure chaque détail.
Pour la première fois depuis l'accident, le réveil n'est pas une panique. Pas de brûlure derrière les orbites, pas de vertige, pas de sensation de me disperser dans le vide. Juste cette chaleur solide contre mon dos, ce poids rassurant, et le souvenir encore brûlant de la veille au soir.
Je tends la main derrière moi et caresse doucement sa hanche. La peau est douce, un peu fraîche aux endroits où le drap l'a laissée découverte. Dan grogne faiblement, un son grave et endormi, puis serre son bras un peu plus fort autour de moi.
— Tu es réveillé… murmure-t-il, la voix encore rauque de sommeil.
— Depuis un moment.
Il enfouit son visage dans mon cou et dépose un baiser lent, paresseux. Sa main glisse sur mon ventre, s'attarde un instant plus bas, juste au-dessus de mon sexe encore lourd de la nuit, puis remonte pour se poser à plat sur mon cœur.
— Comment tu te sens ? demande-t-il.
— Entier. Et un peu… étonné d'être encore en vie.
Il rit doucement contre ma peau.
— Moi aussi.
Nous restons ainsi encore un long moment, sans parler. Puis le matin s'impose. La chaleur de la pièce change légèrement, le tic-tac de l'horloge devient plus net, et quelque part dans l'immeuble un ascenseur grince. Dan soupire.
— Le type du SAAVA arrive à dix heures quarante-cinq. Il va falloir se lever.
Je fais la grimace.
— Encore cinq minutes.
— Trois. Et je t'offre le café au lit.
Je cède. Il se détache de moi avec une lenteur presque douloureuse, le matelas se relevant sous son poids. J'entends ses pieds nus sur le parquet, le bruit de la porte de la salle de bain, puis le jet d'eau. Quand il revient, il sent le savon et le dentifrice. Il s'approche du lit, se penche, et m'embrasse longuement, goûtant encore un peu à la nuit.
— Debout, Altesse. On a une canne à apprivoiser.
La douche est rapide, presque clinique cette fois. Nous nous lavons l'un à côté de l'autre sans chercher à rallumer le feu. L'envie est là – je le sens dans la façon dont sa main s'attarde un peu trop longtemps sur mon épaule, dans la façon dont mon propre corps réagit quand ses doigts brossent mon bas-ventre en passant le savon – mais nous la laissons de côté. Trop de choses à faire.
Habillés, nous prenons le petit-déjeuner dans la cuisine. Dan me guide la main jusqu'à la tasse, jusqu'à la tartine, jusqu'au bol de fruits. Je mange en silence, concentrant toute mon attention sur les textures et les goûts. Le pain croustille sous mes dents, le café est un peu trop amer, l'orange a un goût de soleil que je ne verrai plus jamais. Dan, assis en face de moi, mange aussi, mais je sens qu'il m'observe.
— Tu es nerveux, constate-t-il.
— Un peu. C'est… définitif, cette canne. Une fois que je vais commencer à m'en servir, je ne pourrai plus faire comme si ce n'était qu'une parenthèse.
— Ce n'est pas une parenthèse. C'est un outil. Comme une raquette, autrefois.
Je souris malgré moi.
— Tu es fort pour les métaphores, toi.
— J'ai eu le temps de m'entraîner.
À dix heures trente, la sonnette retentit. Mon estomac se noue. Dan pose une main sur mon épaule, ferme, rassurante, puis va ouvrir.
La voix qui entre dans l'appartement est masculine, claire, posée, avec un léger accent du Sud.
— Bonjour. Kevin Morel, instructeur en locomotion pour le SAAVA. Vous devez être monsieur St-Clair ?
Dan répond à sa place, puis me guide jusqu'à l'entrée. Je tends la main dans le vide. Une paume ferme et sèche la saisit.
— Enchanté, monsieur St-Clair. On va travailler ensemble aujourd'hui.
Kevin est précis, presque militaire dans sa façon de parler. Il ne s'attarde pas sur les politesses. En moins de dix minutes, il a inspecté l'appartement, noté les obstacles, testé la largeur des portes, la hauteur des meubles, la qualité du parquet. Il parle de « points de repère tactiles », de « cheminement sécurisé », de « technique de protection haute et basse ». Les mots sont techniques, froids, mais sa voix ne l'est pas. Elle est patiente, professionnelle, sans pitié ni condescendance.
Puis vient le moment de la canne.
Dan me la tend. Le carbone est froid sous mes doigts, d'une légèreté surprenante. L'embout marshmallow est large, souple. Kevin m'explique comment la tenir : poignet souple, avant-bras parallèle au sol, pointe qui balaye d'un côté à l'autre en arc de cercle. Il me fait marcher dans le salon, puis dans le couloir, puis dans la cuisine. Chaque fois que la canne rencontre un obstacle – le pied d'une chaise, le bord d'un tapis, le chambranle d'une porte – une vibration nette remonte dans ma paume. C'est une information. Une information pure, sans image, sans émotion. Juste un fait.
— Vous voyez ? dit Kevin. La canne parle. Vous n'avez qu'à l'écouter.
Je marche. Lentement d'abord, puis un peu plus vite. Le balayage devient plus fluide. Dan reste en retrait, silencieux, mais je sens sa présence comme une ombre protectrice. À un moment, je me cogne l'épaule contre le mur du couloir. La douleur est vive, mais je ne m'arrête pas. Kevin ne commente pas. Il attend simplement que je me recentre et que je reprenne.
Au bout d'une heure, je suis trempé de sueur et le front me lance un peu. Kevin décide d'arrêter.
— C'est déjà très bien pour une première séance. On se revoit dans deux jours. D'ici là, vous marchez avec la canne à l'intérieur, uniquement. Pas dehors seul. Et surtout… (il marque une pause) vous acceptez de vous tromper. C'est comme ça qu'on apprend.
Quand la porte se referme derrière lui, le silence redescend. Je reste debout au milieu du salon, la canne encore dans la main, le corps tendu. Dan s'approche. Ses bras m'entourent par-derrière, sa poitrine contre mon dos.
— Tu as été magnifique, murmure-t-il contre mon oreille.
Je secoue la tête.
— J'ai eu l'air d'un débutant ridicule.
— Tu as eu l'air d'un homme qui se bat. Et qui gagne.
Je me retourne dans ses bras. Mes lèvres cherchent les siennes. Le baiser est long, profond, chargé de tout ce que je n'arrive pas à dire. Quand on se sépare, mon front repose contre le sien.
— L'après-midi, la MDPH, rappelle-t-il doucement.
— Oui.
Nous mangeons un déjeuner rapide – des restes de la veille, réchauffés. Dan me décrit chaque bouchée, place mon verre, mon assiette. Puis il m'aide à m'habiller un peu plus correctement pour le rendez-vous administratif. Chemise, pantalon, veste légère. La canne reste à la maison, appuyée contre le mur du salon.
Le trajet en voiture est silencieux. Dan conduit d'une main, l'autre posée sur ma cuisse. De temps en temps, son pouce caresse le tissu de mon pantalon. Je m'accroche à ce geste comme à une bouée.
La MDPH est un labyrinthe de couloirs, de voix, de papiers qui froissent. Dan me guide pas à pas, sa main ferme sous mon coude, anticipant chaque tournant, chaque porte, chaque obstacle. On nous reçoit dans un bureau trop petit. Une femme à la voix fatiguée mais bienveillante nous explique le dossier, les pièces à fournir, les délais. Elle parle de PCH, de carte mobilité inclusion, de reconnaissance de handicap. Chaque mot est une petite pierre de plus dans le mur de ma nouvelle réalité. Dan prend des notes, pose des questions précises, demande les délais exacts. Moi, je reste silencieux, la main crispée sur le bras de Dan.
Quand on ressort, l'air du dehors me paraît plus froid. Dan me guide jusqu'à la voiture, toujours aussi attentif. Une fois à l'intérieur, il ne démarre pas tout de suite. Il se tourne vers moi.
— Tu tiens le coup ?
Je hoche la tête, puis, sans prévenir, je tends la main et trouve son visage. Mes doigts caressent sa joue, sa mâchoire, ses lèvres.
— Avec toi, oui. Sans toi… je ne sais pas.
Il capture mes doigts et les embrasse un à un.
— Tu n'auras jamais à le découvrir.
Le retour à l'appartement est un soulagement. La porte se referme, le silence nous enveloppe à nouveau. Je m'affale sur le canapé. Dan s'agenouille devant moi, retire mes chaussures, massant doucement mes chevilles. Puis il se redresse, s'assoit à côté de moi, et m'attire contre lui.
Nous restons ainsi longtemps, sans parler. Dehors, la journée continue. À l'intérieur, le temps semble s'être arrêté.
Plus tard, alors que le soir tombe – je le sens à la fraîcheur qui entre par la fenêtre entrouverte –, Dan se lève pour préparer le dîner. Je l'accompagne cette fois, canne en main. Je me place à côté de lui devant le plan de travail. Il me guide les doigts jusqu'aux légumes, jusqu'au couteau, jusqu'à la planche. Lentement, maladroitement, je coupe des carottes. La lame glisse, le légume roule, je le retrouve à tâtons. Dan ne reprend jamais le couteau. Il attend. Il corrige mon angle d'un simple toucher du poignet. Quand j'ai fini, il me félicite d'un baiser dans le cou.
Le repas est simple, mais nous le partageons comme un sacrement. Après, nous rangeons ensemble. Chaque geste est une petite victoire.
Quand la nuit est vraiment tombée, Dan m'emmène dans la chambre. Cette fois, nous ne mettons aucun vêtement. Nous nous glissons nus sous les draps, peau contre peau, bras et jambes entremêlés. Sa main caresse lentement mon dos, descendant jusqu'au creux de mes reins, remontant le long de ma colonne. Je sens son sexe, demi-dur, contre ma cuisse. Le mien répond aussitôt. Mais aucun de nous ne cherche à aller plus loin. Pas ce soir. Pas encore.
— Demain, murmure-t-il contre mon oreille, on recommence. La canne. Les démarches. Le tennis, peut-être. Et nous.
Je ferme les yeux et m'abandonne à sa chaleur.
— Oui, réponds-je. Nous.
Le lendemain commence trop tôt.
Je me réveille avec une sensation de lourdeur dans la tête, comme si la nuit n'avait pas suffi à effacer la fatigue de la veille. Dan est déjà levé. Je l'entends dans la cuisine : le bruit de la machine à café, le froissement d'un sachet, le cliquetis d'une cuillère contre une tasse. L'odeur du café arrive jusqu'à moi, chaude et rassurante.
Je me redresse lentement, les draps glissant sur ma peau nue. La canne est appuyée contre le mur, juste à portée de main. Kevin a dit « à l'intérieur uniquement ». Alors je la prends. Le carbone est froid sous mes doigts. Je me lève, balaye le sol devant moi, et avance vers la porte de la chambre.
Tout va bien jusqu'à la cuisine.
Dan m'entend arriver. Il se tourne, je le sens à la façon dont l'air se déplace.
— Bonjour, mon cœur. Tu as dormi ?
— Moyen.
Il s'approche, pose une main sur ma nuque, m'embrasse brièvement. Ses lèvres ont le goût du café. Puis il me guide jusqu'à la table, place une tasse entre mes mains.
— Tiède, comme tu aimes.
Je bois une gorgée. Le silence est confortable. Trop confortable, peut-être. Parce que je décide, sans vraiment y réfléchir, de me servir moi-même une deuxième tasse.
— Je vais me resservir, dis-je.
Dan ne proteste pas. Il s'écarte juste assez pour me laisser de la place. Je me lève, canne en main, et me dirige vers le plan de travail. Je connais maintenant la distance. Trois pas. Le rebord de l'évier. La machine à café juste à droite.
Je pose la canne contre le mur, tâtonne. La cafetière est encore chaude. Je trouve la anse de la verseuse. Je soulève. Le poids est plus lourd que je ne l'avais anticipé. Le liquide bouge à l'intérieur, un mouvement que je ne contrôle pas. Je penche trop vite. Le café déborde. Une giclée brûlante touche le dos de ma main. Je sursaute, lâche la verseuse. Elle retombe sur le plan de travail avec un bruit sourd, et je sens le liquide chaud se répandre, couler le long de la surface, atteindre le bord, tomber sur le sol.
— Merde !
La douleur sur ma main n'est rien. C'est le reste qui explose. La sensation de ne pas maîtriser un geste aussi simple. De rater quelque chose que n'importe qui ferait les yeux fermés. La colère monte d'un coup, brutale, disproportionnée.
— Putain de merde ! Je ne peux même pas me servir un putain de café ! C'est ridicule ! C'est pathétique !
Je frappe le plan de travail du plat de la main. La douleur me traverse le poignet, mais je recommence. Une fois. Deux fois. Ma voix monte, cassée, presque hystérique.
— Je suis bon à rien ! Je suis un putain d'invalide qui ne sait même plus tenir une cafetière ! Qu'est-ce que je fous encore ici ?!
Dan s'approche. Je le sens. Sa présence calme, trop calme. Ça m'irrite encore plus.
— Milo…
— Ne me touche pas !
Je recule, heurte une chaise, trébuche. La canne tombe par terre avec un bruit métallique. Je reste debout au milieu de la cuisine, les poings serrés, le souffle court, le cœur qui tape trop fort. La brûlure sur ma main pulse. Le café continue de goutter quelque part.
Dan ne bouge pas tout de suite. Il ne tente pas de me prendre dans ses bras. Il ne me dit pas de me calmer. Il reste à distance, juste assez près pour que je sache qu'il est là.
— Je suis là, dit-il simplement. Je ne vais nulle part.
— Je m'en fous que tu sois là ! Je m'en fous de tout ! Je veux juste… je veux juste que ça s'arrête ! Que ça redevienne normal ! Que je puisse faire un putain de café sans tout casser !
Ma voix se brise sur le dernier mot. Un sanglot me monte dans la gorge, mais je le retiens. Je ne veux pas pleurer. Pas pour ça. Pas pour une cafetière.
Dan s'accroupit. J'entends le bruit de ses genoux sur le carrelage. Il ramasse la canne sans un mot, la pose contre le mur. Puis il se relève.
— Tu as mal à la main ?
— Ça va.
— Laisse-moi voir.
— Non.
Il n'insiste pas. Il attend. Une longue minute. Peut-être deux. Le silence s'étire, lourd, chargé de ma colère qui n'a nulle part où aller. Je sens mes épaules trembler. Ma respiration est toujours trop rapide. Je voudrais crier encore, frapper encore, casser quelque chose. Mais il n'y a plus rien à casser. Juste moi, debout au milieu de cette cuisine qui sent le café brûlé, et lui, qui refuse de me laisser m'effondrer tout seul.
Lentement, très lentement, Dan fait un pas vers moi. Puis un autre. Il s'arrête juste assez près pour que je puisse sentir sa chaleur, mais pas assez pour me toucher.
— Tu peux me frapper si tu veux, dit-il d'une voix basse. Ou me crier dessus. Ou rester silencieux. Peu importe. Je ne partirai pas.
Je secoue la tête. Les larmes montent malgré moi. Je les sens brûler sous mes paupières inutiles.
— Je déteste ça… je déteste être comme ça…
— Je sais.
— Tu ne peux pas savoir.
— Peut-être pas. Mais je peux rester.
Il tend la main. Je le sens à la façon dont l'air se déplace. Il ne me force pas. Il attend que ce soit moi qui fasse le geste. Longtemps. Trop longtemps. Puis, finalement, ma main trouve la sienne. Ses doigts sont chauds, fermes. Il ne me tire pas vers lui. Il reste là, ancré, patient.
Peu à peu, ma respiration ralentit. La colère ne disparaît pas d'un coup. Elle se retire comme une vague, laissant derrière elle une fatigue immense et une honte amère. Dan attend encore. Puis, quand il sent que mon corps n'est plus aussi tendu, il s'approche un peu plus. Sa main libre se pose doucement sur ma nuque. Son front contre le mien.
— Ce n'est qu'un café, murmure-t-il. Et demain, tu le réussiras. Ou après-demain. Ou dans une semaine. On a le temps.
Je hoche la tête, incapable de parler. Il m'attire enfin contre lui. Ses bras m'entourent, solides, sans précipitation. Je m'y effondre un peu, le visage enfoui dans son cou. Il caresse mes cheveux, mon dos, avec une lenteur presque hypnotique.
— On va nettoyer, dit-il après un long moment. Ensemble. Tu tiendras le torchon, je tiendrai le seau. D'accord ?
— D'accord…
Il ne me lâche pas tout de suite. Il attend que mon souffle soit complètement régulier, que mes épaules soient complètement retombées. Seulement alors, il se détache un peu, prend mon poignet blessé entre ses doigts et l'examine du bout des doigts.
— Juste une rougeur. Rien de grave. On va passer ça sous l'eau froide.
Je le laisse faire. Sous le filet d'eau, la brûlure s'apaise. Dan reste derrière moi, une main sur ma hanche, l'autre guidant la mienne sous le robinet. Quand c'est fini, il m'essuie avec un torchon propre, puis pose un baiser léger sur le dos de ma main.
— Voilà. Plus rien.
Nous nettoyons le plan de travail en silence. Je tiens le torchon, il passe la serpillière. Chaque geste est simple, presque banal. Mais après l'explosion, ces gestes ordinaires me semblent soudain précieux.
Quand tout est propre, Dan me tire doucement contre lui une dernière fois.
— Tu n'es pas pathétique, Milo. Tu es en train d'apprendre. Et parfois, apprendre, ça fait mal. Ça fait même très mal. Mais tu n'es pas seul.
Je ferme les yeux et m'abandonne à sa voix, à sa chaleur, à cette patience qui, lentement, a réussi à éteindre l'incendie.
— Merci, murmuré-je.
— Toujours.
Le reste de la matinée s'écoule dans une douceur presque fragile.
Après le café renversé et la colère, quelque chose s'est détendu entre nous. Dan ne me quitte plus d'une semelle, mais sans jamais m'étouffer. Il reste juste assez près pour que je sente sa présence, assez loin pour me laisser de l'espace. Nous rangeons la cuisine ensemble. Je tiens le torchon, il passe l'éponge. Quand je me trompe de tiroir, il pose simplement sa main sur la mienne et la guide vers le bon. Aucun commentaire. Aucune leçon.
Vers midi, il me propose de nous installer sur le canapé.
— Viens. On ne fait rien. Juste… être là.
Je le suis, canne en main. Une fois assis, il s'allonge un peu et m'attire contre lui. Ma tête trouve sa place naturelle sur son épaule. Son bras passe autour de mon dos. Sa main caresse lentement mes cheveux, puis ma nuque, puis la ligne de mon épaule. Les gestes sont lents, répétitifs, presque méditatifs. Je ferme les yeux et laisse le silence nous envelopper.
— Tu as été très fort ce matin, murmure-t-il après un long moment.
— J'ai tout cassé.
— Tu as senti. Tu as crié. Tu t'es laissé aller. Et tu es revenu. C'est ça, être fort.
Je tourne un peu la tête et cherche ses lèvres. Il les approche. Le baiser est doux, sans urgence. Juste une confirmation que tout va bien. Que nous allons bien. Sa main glisse le long de mon bras, descend jusqu'à mon poignet, effleure la légère rougeur laissée par le café chaud. Il y dépose un baiser.
— Ça va mieux ?
— Oui.
Nous restons ainsi une heure, peut-être plus. Le temps n'a plus d'importance. De temps en temps, Dan dépose un baiser dans mes cheveux, ou sur ma tempe, ou sur le coin de ma bouche. Chaque contact est une ancre. Je me sens apaisé, presque endormi, en sécurité.
Puis, peu à peu, la tendresse change de nature.
Sa main, qui caressait mon bras, s'attarde un peu plus bas. Ses doigts glissent sous l'ourlet de mon t-shirt, rencontrent la peau nue de mon ventre. Le contact est tiède, délicat. Je frissonne. Dan s'immobilise un instant, comme pour me laisser le temps de refuser. Je ne refuse pas. Au contraire, je presse mon corps un peu plus contre le sien.
Il reprend. Ses doigts tracent des cercles lents sur mon ventre, remontent le long de mes côtes, effleurent un téton à travers le tissu. Un soupir m'échappe. Dan incline la tête et pose ses lèvres sur mon cou. Baisers ouverts, humides, lents. Sa langue dessine une ligne chaude jusqu'à mon oreille. Je tourne le visage vers lui. Nos bouches se retrouvent. Cette fois, le baiser est plus profond, plus affamé. Sa langue rencontre la mienne. Le goût de lui m'envahit.
Je glisse une main sous son t-shirt à mon tour. La peau de son dos est chaude, les muscles fermes sous mes paumes. Je le sens se cambrer légèrement contre moi. Son sexe, déjà dur, appuie contre ma cuisse. Le mien répond immédiatement, se gonflant dans mon short.
Dan se redresse un peu. Je l'entends retirer son t-shirt, puis le mien. L'air de la pièce caresse ma poitrine nue. Ses mains reviennent sur moi, explorant sans précipitation. Il caresse mes pectoraux, pince doucement un téton, descend le long de mon ventre jusqu'à la ceinture de mon short. Ses doigts s'y glissent, rencontrent ma verge déjà raide. Il l'enlace, la caresse lentement, du bas vers le haut, le pouce étalant la goutte de pré-sperme qui perle déjà au sommet.
— Dan… soufflé-je.
— Je sais. Laisse-toi faire.
Il m'aide à retirer mon short et mon boxer. Je suis nu maintenant, exposé dans le noir de mon monde. Dan se déshabille à son tour. J'entends le froissement du tissu, le bruit de sa ceinture. Puis son corps revient contre le mien, peau contre peau. Son sexe chaud et dur se presse contre le mien. Il les prend tous les deux dans sa main et les frotte l'un contre l'autre, lentement, avec une pression parfaite. Le plaisir monte en vagues chaudes.
Je gémis. Mes hanches bougent d'elles-mêmes. Dan embrasse mon cou, mon épaule, redescend vers mon téton. Sa bouche l'englobe, le suce, le mordille doucement pendant que sa main continue son va-et-vient sur nos sexes. L'odeur de notre excitation emplit l'air entre nous. Je suis complètement livré à ses gestes, à sa chaleur, à sa respiration qui s'accélère contre ma peau.
Après un moment, Dan se déplace. Je le sens s'agenouiller entre mes jambes ouvertes. Ses mains écartent doucement mes cuisses. Son souffle chaud caresse mon sexe. Puis sa bouche m'englobe entièrement. Chaleur humide, langue experte qui tourne autour du gland, descends le long de la verge, remonte. Il suce lentement, profondément, en rythme. Une de ses mains caresse mes testicules, les roule doucement, les presse. L'autre s'appuie sur mon ventre pour me maintenir.
Je cambre le dos, les mains agrippées aux coussins du canapé. Des sons m'échappent, rauques, presque animaux. Dans mon noir absolu, chaque sensation est décuplée : le glissement de sa langue, le bruit de succion, la chaleur de sa gorge quand il m'avale plus profondément. Le plaisir monte trop vite. Je le préviens d'une voix brisée.
— Dan… j'y suis presque…
Il s'arrête juste à temps, remonte le long de mon corps et m'embrasse. Je goûte mon propre désir sur sa langue. Puis il se place à califourchon au-dessus de moi. Je sens son trou, déjà préparé, humide de salive ou de lubrifiant qu'il a dû prendre sans que je le remarque. Il guide mon sexe contre lui, s'abaisse lentement. La chaleur, l'étroitesse, la pression… tout m'envahit d'un coup. Je gémis longuement pendant qu'il s'enfonce jusqu'à la garde.
Une fois complètement emboîtés, Dan s'immobilise un instant, le souffle court. Puis il commence à bouger. Lents va-et-vient d'abord, qui s'amplifient peu à peu. Ses mains s'appuient sur mon torse. Je les sens, chaudes, un peu tremblantes. Je pose les miennes sur ses hanches et l'accompagne, poussant vers le haut à chaque descente. Le bruit de nos peaux qui se rencontrent emplit le salon. L'odeur du sexe devient plus forte, plus animale.
Dan accélère. Ses gémissements se font plus aigus, plus pressants. Je sens son sexe frotter contre mon ventre à chaque mouvement. Je tends la main, le trouve, le caresse en rythme. Il se cambre en arrière, s'abandonnant complètement. Le plaisir monte en moi comme une vague irrésistible. Je le préviens encore, mais cette fois il ne s'arrête pas. Au contraire, il se serre plus fort autour de moi, me prenant plus profondément.
L'orgasme me frappe de plein fouet. Je jouis en lui avec un cri rauque, les hanches soulevées, le corps entier secoué de spasmes. Dan le sent et se laisse aller à son tour. Sa semence chaude éclabousse mon ventre et ma poitrine pendant qu'il continue de bouger, prolongeant mon plaisir et le sien.
Quand tout retombe, il s'effondre sur moi, le souffle court, le corps moite. Je l'enlace, le serre contre moi. Nos cœurs battent l'un contre l'autre, trop vite encore. Je caresse son dos, ses cheveux, le creux de ses reins. Il dépose des baisers paresseux sur mon épaule, mon cou, ma mâchoire.
— Tu vas bien ? demande-t-il d'une voix rauque.
— Mieux que bien, murmuré-je. Toi ?
— Pareil.
Nous restons ainsi longtemps, collés l'un à l'autre, dans le silence apaisé de l'appartement. Dehors, le monde continue. Ici, il n'y a plus que nous, la tendresse, et le souvenir encore chaud de ce que nos corps viennent de partager.
Dan finit par se redresser un peu. Il ramasse un t-shirt et nettoie doucement mon ventre et le sien. Puis il se rallonge contre moi, tête sur mon épaule, une jambe jetée par-dessus la mienne.
— On a le temps, murmure-t-il. Tout le temps du monde.
Je ferme les yeux et souris dans le noir.
— Oui. Tout le temps du monde.
Fin du chapitre 12.
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