Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Runway à contre-courant — Chapitre 15
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Runway à contre-courant
Chapitre 15
Chapitre 15
Je me dégage brusquement de l'étreinte de David, le cœur battant à tout rompre. Mon téléphone est toujours sur la table, l'écran allumé, l'appel en cours. Je l'attrape d'une main tremblante et le porte à mon oreille.
— Allo ? dis-je d'une voix essoufflée.
— Gaspard ? Enfin ! Ça va ? J'ai essayé de t'appeler plusieurs fois. Je commençais à m'inquiéter.
— Gaspard ? Enfin ! Ça va ? J'ai essayé de t'appeler plusieurs fois. Je commençais à m'inquiéter.
La voix de Vasco est chaude, inquiète, pleine d'affection. J'ai l'impression de recevoir un coup de poignard en plein ventre.
— Oui… oui, ça va. Désolé, j'étais… occupé.
Derrière moi, David ne perd pas une seconde. Il colle son torse nu contre mon dos, passe un bras autour de ma taille et pose ses lèvres dans mon cou. Je sursaute légèrement.
— Occupé ? répète Vasco. Tu as l'air essoufflé. Tout s'est bien passé pour le retour ?
David glisse sa main sous mon sweat, caresse mon ventre, puis descend lentement vers la ceinture de mon jean. Je serre les dents.
— Oui… le voyage s'est bien passé. Le chauffeur était là comme prévu.
David défait le bouton de mon jean d'un geste précis, puis descend la fermeture éclair. Le bruit métallique me paraît assourdissant. Je tente de reculer, mais il me maintient fermement contre lui.
— Tant mieux, répond Vasco. Et pour les photos… tu as vu ? Julian m'a envoyé quelques épreuves. C'est incroyable ce qu'il a capturé. On parle déjà beaucoup de toi sur les réseaux. Tu vas toucher un très bon cachet, tu sais. L'argent devrait arriver sur ton compte dans les prochains jours.
Je ferme les yeux, essayant de me concentrer sur la conversation.
— Je… je ne veux pas en parler maintenant, Vasco. On verra ça plus tard.
David baisse mon jean et mon boxer d'un coup sec jusqu'à mi-cuisses, me laissant le cul à l'air. Je rougis violemment et tente de remonter mon pantalon d'une main, mais il écarte ma main et colle son corps contre le mien. Son sexe dur frotte entre mes fesses.
— Pourquoi ? demande Vasco, surpris. Il y a un problème ?
David introduit deux doigts directement dans mon trou encore lubrifié par son sperme de la nuit. Je me cambre brutalement, étouffant un gémissement en mordant ma lèvre.
— N-non… tout va bien. C'est juste que… je suis en retard pour les cours.
David fait aller et venir ses doigts lentement, profondément, courbant les phalanges pour masser ma prostate. Je halète, les jambes tremblantes.
— Tu es sûr ? Tu as une drôle de voix…
— Oui, je t'assure. Je… je te rappelle ce soir, d'accord ? Je dois vraiment y aller.
— Oui, je t'assure. Je… je te rappelle ce soir, d'accord ? Je dois vraiment y aller.
David ajoute un troisième doigt et accélère le mouvement. Je serre le téléphone si fort que mes phalanges blanchissent.
— D'accord… je t'embrasse. Fais attention à toi.
— Moi aussi… je t'embrasse.
— Moi aussi… je t'embrasse.
Je raccroche précipitamment et laisse tomber le téléphone sur la table. À peine ai-je coupé l'appel que David me retourne, me soulève et m'assied sur la table de la cuisine. Il écarte mes jambes d'un geste brusque.
— Putain, tu as osé lui parler avec mes doigts dans ton cul, grogne-t-il, les yeux brillants de désir. Tu es vraiment une petite salope.
Il baisse complètement mon jean et mon boxer, les jetant au sol. Puis il crache sur sa main, enduit son gland et positionne sa grosse queue contre mon trou.
— Regarde-moi, ordonne-t-il.
Je le regarde, rouge, essoufflé, tremblant. Sans prévenir, il donne un violent coup de reins et s'enfonce entièrement en moi.
— AHHHH ! je hurle, le corps cambré.
David commence à me baiser fort, profondément, sans aucune pitié. Ses hanches claquent contre mes fesses à un rythme brutal.
— Dis-moi que tu aimes ça, grogne-t-il. Dis-moi que ma queue te remplit mieux que la sienne.
— Oui… oui… je halète, les yeux fermés de plaisir.
— Oui… oui… je halète, les yeux fermés de plaisir.
Il me pilonne sans relâche, changeant d'angle pour frapper ma prostate à chaque coup.
— Plus fort ? Tu veux que je te défonce encore plus ? Dis-le.
— Plus fort… David… s'il te plaît !
— Plus fort… David… s'il te plaît !
Il me baise comme un animal, grognant à chaque poussée.
— Putain, ton cul est tellement serré… Tu mouilles pour moi. Tu es fait pour prendre ma grosse bite.
Il me retourne soudain, me penche sur la table et me reprend encore plus violemment par derrière, une main dans mes cheveux.
— Crie pour moi. Je veux t'entendre hurler pendant que je te remplis.
Je crie sans retenue, le corps secoué par ses coups de boutoir. David continue de parler, la voix rauque :
— Tu aimes te faire défoncer comme ça le matin ? Dis-moi que tu veux mon sperme encore une fois.
— Oui… je veux ton sperme…
— Oui… je veux ton sperme…
Il accélère, ses couilles, claquant contre moi. Au bout de plusieurs minutes intenses, il se retire brusquement, me fait mettre à genoux et enfonce sa queue dans ma bouche.
— Ouvre grand. Je vais te remplir la gorge.
Il me baise la bouche profondément, tenant ma tête des deux mains. Quelques instants plus tard, il pousse un long râle :
— Ahhhhh putain… avale tout !
Des jets épais et chauds inondent ma gorge. Je déglutis autant que je peux, les yeux larmoyants. David reste un moment au fond de ma bouche, puis se retire lentement.
Il me relève, m'embrasse fougueusement, goûtant son propre sperme sur ma langue.
— Maintenant, on va se doucher avant d'aller en cours, murmure-t-il contre mes lèvres. Mais ce n'est pas fini, Gaspard. Loin de là.
Je reste blotti contre lui, tremblant, le corps et l'esprit complètement submergés.
David attrape ma main sans me laisser le temps de protester. Ses doigts s'entrelacent fermement aux miens, chauds et possessifs. Il m'entraîne vers la salle de bain sans un mot, refermant la porte derrière nous d'un coup de pied. L'eau commence déjà à couler dans la cabine de douche, remplissant la pièce de vapeur tiède.
Il me pousse doucement sous le jet, se plaçant derrière moi. L'eau chaude coule sur nos corps nus. David passe ses bras autour de ma taille et m'attire contre lui, mon dos collé à son torse. Il dépose un baiser lent dans mon cou, puis un autre sur mon épaule.
— Tu trembles encore, murmure-t-il contre ma peau. Détends-toi… Je ne vais pas te bouffer ce matin.
Ses mains glissent sur mon ventre, remontent sur mon torse avec une douceur surprenante. Il me savonne lentement, passant le gel douche sur mes pectoraux, mes épaules, mon dos. Ses gestes sont plus tendres que cette nuit, presque attentionnés. Il m'embrasse souvent : dans le cou, derrière l'oreille, sur la nuque.
— Tu as été incroyable cette nuit, souffle-t-il en faisant glisser ses mains savonneuses sur mes fesses. J'ai adoré t'entendre crier mon nom comme ça. Tu ne peux pas savoir à quel point ça m'a excité.
Je rougis, le corps encore sensible. David continue de me laver, ses doigts, glissant entre mes fesses avec précaution, nettoyant doucement les traces de notre nuit. Il m'embrasse à nouveau dans le cou.
— Tu regrettes déjà ? demande-t-il à voix basse.
Je reste silencieux un moment, puis je secoue la tête.
— Non… je ne sais plus où j'en suis, c'est tout.
David me retourne face à lui. L'eau ruisselle sur son visage. Il prend mon menton et m'embrasse lentement, profondément, sa langue caressant la mienne avec une tendresse inattendue. Quand il s'écarte, il me regarde droit dans les yeux.
— On n'est pas obligés de tout décider maintenant. Mais sache que je ne vais pas faire semblant que rien ne s'est passé.
Nous restons un long moment sous la douche, enlacés. David me savonne le torse, le ventre, les cuisses, sans jamais cesser de m'embrasser ou de me murmurer des mots à l'oreille. C'est étrangement intime, presque doux après la violence de la nuit.
Une fois secs et habillés, nous partons ensemble en cours. David marche à mes côtés, sa main frôlant souvent la mienne. En arrivant dans l'amphithéâtre, il ne va pas s'asseoir en haut comme ces derniers jours. Il s'installe à côté de moi, comme avant. Pendant tout le cours, sa main est sur ma cuisse, caressant lentement le tissu de mon jean, ou sur mon bras, traçant des cercles du bout des doigts. Chaque contact me fait frissonner. Je n'arrive pas à me concentrer.
À midi, nous allons au self. Marion nous rejoint rapidement et s'assoit en face de nous. Elle nous observe tour à tour, les sourcils froncés.
— Bon… qu'est-ce qui se passe entre vous deux exactement ? demande-t-elle sans détour. Parce que ce matin, l'ambiance était… bizarre. Et hier soir, j'ai clairement entendu des choses que je n'aurais pas dû entendre.
David sourit légèrement, un sourire en coin plein de sous-entendus. Il pose sa main sur ma cuisse sous la table et répond d'une voix calme :
— On a discuté. Longuement. Et on a… clarifié certaines choses.
Marion plisse les yeux.
— Clarifié ? C'est comme ça qu'on appelle ça maintenant ?
Je reste silencieux, rouge, mal à l'aise. David serre ma cuisse un peu plus fort, son pouce caressant l'intérieur.
À ce moment précis, mon téléphone sonne. Numéro inconnu. Je laisse sonner deux fois, puis je m'excuse :
— Je dois répondre, c'est important.
Je me lève et m'éloigne rapidement vers l'extérieur du self. David attrape mon bras avant que je parte.
— C'est Vasco ?
— Non, je te promets que non.
— Non, je te promets que non.
Il me lâche à contrecœur. Je sors et m'isole un peu plus loin, près d'un mur. J'écoute le message vocal.
C'est Fabio.
— Gaspard, c'est Fabio. Rappelle-moi immédiatement. C'est urgent.
Je compose son numéro d'une main tremblante.
— Fabio ? C'est Gaspard.
— Enfin. La campagne va être lancée plus tôt que prévu. Dans deux jours. Elle sera partout : magazines, panneaux publicitaires dans le monde entier, sites internet, réseaux sociaux. Ce n'est plus seulement Vasco qui sera mis en avant. Toi aussi. Julian est persuadé que ton visage va faire exploser la campagne. Ton cachet va être revu à la hausse, significativement.
— Enfin. La campagne va être lancée plus tôt que prévu. Dans deux jours. Elle sera partout : magazines, panneaux publicitaires dans le monde entier, sites internet, réseaux sociaux. Ce n'est plus seulement Vasco qui sera mis en avant. Toi aussi. Julian est persuadé que ton visage va faire exploser la campagne. Ton cachet va être revu à la hausse, significativement.
Je deviens livide. Ma voix tremble.
— Dans deux jours ? Mais… je ne suis pas prêt. Personne ici ne sait rien. Ma famille, mes amis… je ne sais pas comment gérer ça. Je sais que vous ne m'appréciez pas beaucoup, mais…
Fabio soupire, franc comme toujours.
— Effectivement, je ne t'appréciais pas au début. Je te voyais comme une distraction. Mais les chiffres parlent. Tu as un impact. Si tu veux survivre à ça, il va falloir être discret, professionnel et ne rien dire à la presse sans passer par nous. Prépare-toi à ce que ta vie change radicalement. Les gens vont te reconnaître. Les questions vont arriver. Si tu veux mon conseil : assume ou disparais maintenant. Il n'y a pas de demi-mesure.
Je raccroche, le téléphone serré dans ma main. Je suis blanc comme un linge, la tête qui tourne. Quand je retourne vers la table, Marion s'approche immédiatement de moi.
— Gaspard ? Qu'est-ce qui ne va pas ? Tu es tout pâle.
Je secoue la tête, incapable de parler.
— Rien… ça va.
Mais rien ne va. Absolument rien.
David me regarde depuis la table, son regard sombre et possessif toujours posé sur moi.
L'après-midi de cours passe dans un brouillard épais. Je suis assis au fond de la salle, le regard fixé sur mon cahier sans rien noter. Les mots du professeur sur la génétique bovine et la gestion des troupeaux me parviennent comme un bruit lointain, étouffé. Mon esprit est ailleurs, bloqué sur une seule pensée qui tourne en boucle : dans deux jours, ma vie va basculer.
Dans deux jours, la campagne Burberry sera lancée partout dans le monde. Mon visage, mon corps, le baiser avec Vasco… tout sera visible. Sur les panneaux publicitaires géants, dans les magazines, sur internet, dans les vitrines des boutiques de luxe. Les gens du village, mes anciens camarades de lycée, mes professeurs, mes parents… tout le monde finira par savoir. Et je n'ai aucune idée de comment leur expliquer.
Je passe mon temps à imaginer les scénarios les plus catastrophiques : ma mère tombant sur une affiche en allant faire les courses, mon père entendant des rumeurs au café du village, les regards curieux ou moqueurs à la ferme. Comment leur dire que leur fils, l'étudiant en BTSA Productions Animales censé reprendre l'exploitation, a posé pour une grande marque internationale ? Comment leur expliquer que j'ai signé un contrat sans vraiment mesurer les conséquences ?
À côté de moi, Marion me jette régulièrement des coups d'œil inquiets. David, lui, est revenu s'asseoir à mes côtés comme avant. Sa présence est constante, lourde, presque brûlante. Sa jambe frôle la mienne sous le bureau. De temps en temps, sa main effleure discrètement ma cuisse, un contact furtif qui me fait tressaillir. Chaque fois que nos regards se croisent, un frisson me traverse. La nuit dernière semble encore gravée sur ma peau.
Quand les cours se terminent enfin, je rentre à la coloc avec Marion. David nous suit de loin, gardant une certaine distance. Le trajet est silencieux. Marion respecte mon mutisme, mais je sens qu'elle brûle d'envie de me poser mille questions. Une fois arrivé, je monte directement dans ma chambre et m'enferme à clé.
Je m'assois sur mon lit, le téléphone à la main. Après plusieurs minutes d'hésitation, j'appelle Vasco.
Il décroche presque immédiatement.
— Gaspard ! Enfin. J'ai vu que tu m'as rappelé tout à l'heure mais je n'ai pas pu répondre. Tout va bien ?
Sa voix est chaude, inquiète, pleine de cette douceur qui me fait toujours fondre. La culpabilité me serre la gorge.
— Oui… ça va. Fabio m'a appelé tout à l'heure.
— Ah, il t'a prévenu alors. La campagne sort dans deux jours au lieu de dix. Julian a décidé d'accélérer. Il dit que les premières images sont trop fortes pour attendre. Tu es prêt ?
— Ah, il t'a prévenu alors. La campagne sort dans deux jours au lieu de dix. Julian a décidé d'accélérer. Il dit que les premières images sont trop fortes pour attendre. Tu es prêt ?
Je ferme les yeux, la voix tremblante.
— Je ne sais pas… Je ne m'attendais pas à ce que ça aille si vite. Je n'ai encore rien dit à personne ici. Ni à mes parents, ni à mes amis.
Vasco reste silencieux un instant, puis reprend avec douceur :
— Je sais que c'est beaucoup. Mais on est ensemble là-dedans. Je serai avec toi. Si tu veux, on peut préparer une communication, dire que c'était un shooting surprise…
Nous parlons encore quelques minutes. Vasco essaie de me rassurer, me parle du cachet qui sera plus élevé que prévu, des opportunités qui vont arriver. Mais chaque mot renforce mon angoisse.
À peine ai-je raccroché que quelqu'un frappe à ma porte. Trois coups secs.
— Gaspard ? C'est moi.
C'est la voix de David. Je reste un instant figé, puis je me lève et ouvre la porte. Il entre, referme derrière lui et s'adosse au battant, me regardant intensément.
— Ça va ? demande-t-il.
Je secoue la tête et commence à ouvrir mon sac pour y mettre quelques affaires.
— Non… je ne sais plus ce que je dois faire. Tout va trop vite. Je… je dois aller chez mes parents. J'ai besoin de leur parler.
David s'approche lentement.
— Et les cours ?
— Je récupérerai. Mais là, je dois y aller. Je ne peux pas rester ici comme si de rien n'était.
— Je récupérerai. Mais là, je dois y aller. Je ne peux pas rester ici comme si de rien n'était.
Il s'arrête devant moi, prend mon visage entre ses mains et m'embrasse. Ce n'est pas un baiser violent comme cette nuit. C'est plus profond, plus lent, presque tendre. Je réponds malgré moi, mes mains venant se poser sur son torse.
Quand il s'écarte, il murmure :
— Va voir tes parents. Mais reviens vite. Je suis là, Gaspard. Je ne vais nulle part.
Je finis de préparer un petit sac et je prends la route vers la ferme familiale. Pendant tout le trajet, les questions tournent en boucle dans ma tête. Comment leur annoncer ? Comment leur dire que j'ai posé pour une grande marque de luxe avec un mannequin mondialement connu ? Comment leur expliquer que dans deux jours, leur fils sera affiché sur des panneaux publicitaires dans le monde entier ?
J'arrive à la ferme alors que le soleil commence à baisser. Mon père est dans la grange, penché sur le moteur d'un des tracteurs. Dès qu'il m'entend, il relève la tête, surpris.
— Gaspard ? Qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'as pas cours ?
Je m'approche sans répondre et le prends dans mes bras, serrant fort. Il se fige un instant, puis me tapote le dos.
— Qu'est-ce qui se passe, fiston ?
— Il faut que je vous parle, à toi et à maman. C'est important.
— Il faut que je vous parle, à toi et à maman. C'est important.
Nous rentrons à la maison. Ma mère est dans la cuisine. Je la prends aussi dans mes bras, longtemps, puis je leur demande de s'asseoir autour de la table.
— J'ai quelque chose de très important à vous dire.
Je prends une grande inspiration et je commence à tout leur raconter. La rencontre à Paris, le voyage à Londres, le shooting photo, le fait que j'ai posé avec Vasco. Je leur explique que la campagne sort dans deux jours et que tout le monde va me voir.
Ma mère m'écoute attentivement. Mon père, lui, devient de plus en plus tendu. Quand je termine, il reste silencieux un long moment, les mâchoires serrées.
— Donc… tu vas abandonner la ferme ? lâche-t-il enfin, la voix lourde de colère contenue. Toutes ces années à te former, à te préparer à reprendre l'exploitation… et toi tu poses à moitié nu pour des publicités ? C'est ça, ton avenir maintenant ?
Je baisse la tête, la gorge serrée. Ma mère pose aussitôt une main apaisante sur le bras de mon père.
— Calme-toi, dit-elle fermement. Ce n'est pas grave. C'est la vie de Gaspard. Il a le droit de faire ce qu'il veut. On ne va pas lui dicter son chemin. S'il a cette opportunité, on doit le soutenir, pas le juger.
Mon père soupire bruyamment, encore contrarié, mais il n'insiste pas. Ma mère se tourne vers moi avec un sourire doux, même si je vois l'inquiétude dans ses yeux.
— On était déjà au courant pour le jeune homme, dit-elle calmement. Les gens parlent au village. Les jeunes racontent tout à leurs parents. On a vu des photos qui circulaient.
Je reste stupéfait. Mon père me regarde longuement, encore un peu en colère, puis pose la question qui le tourmente :
— Et qu'est-ce que ça veut dire pour toi maintenant ? Pour la ferme ? Pour tes études ? Tu vas continuer ou tout ça va changer ?
Je passe les mains sur mon visage, épuisé.
— Je ne sais pas encore. J'ai besoin de réfléchir. C'est pour ça que j'ai séché les cours ces prochains jours. Je voulais vous le dire en premier. Personne d'autre n'est au courant pour l'instant.
La conversation dure longtemps. Mon père pose beaucoup de questions pratiques, la voix parfois sèche : l'argent, les contrats, la visibilité, ce que cela implique pour l'exploitation. Ma mère est plus inquiète pour moi, pour ma vie privée, pour ce que les gens vont dire, mais elle me soutient fermement.
Je reste chez eux ce soir-là, le cœur lourd mais soulagé d'avoir parlé. Pourtant, au fond de moi, je sais que le plus dur reste à venir.
Les deux jours suivants chez mes parents passent dans une sorte de bulle étrange et pesante, à mi-chemin entre le réconfort profond et familier de la ferme où j'ai grandi et une angoisse sourde, constante, qui me ronge de l'intérieur sans jamais vraiment me laisser en paix. Je me lève très tôt chaque matin, vers six heures, pour m'occuper l'esprit et éviter de trop penser à ce qui m'attend vendredi. Mon père semble surpris de me voir si motivé, mais il ne dit rien. Il me laisse simplement travailler à ses côtés, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.
Le matin, je l'aide à la traite des vaches. Je prépare les trayeuses avec soin, je vérifie chaque mamelle une par une, je caresse le flanc des animaux pour les calmer quand elles s'agitent un peu. L'odeur chaude du lait frais, celle du foin et du cuir des vaches me ramènent des années en arrière, quand je faisais tout ça sans me poser de questions sur mon avenir. Aujourd'hui, chaque geste me semble à la fois rassurant et douloureux, comme si je sentais déjà que cette vie simple et rythmée par les saisons était en train de m'échapper lentement. Après la traite, je nettoie les boxes en profondeur, je distribue le foin frais, je vérifie les clôtures électriques et je répare une petite fuite dans l'abreuvoir automatique. Mon père me regarde parfois du coin de l'œil, encore un peu tendu depuis notre conversation, mais il apprécie visiblement mon aide silencieuse.
L'après-midi, je rejoins ma mère. Je passe de longues heures au potager à désherber soigneusement les rangs de tomates, de haricots verts et de courgettes, à ramasser les légumes mûrs que je dépose dans des paniers en osier, à arroser les plants sous le soleil encore timide du printemps jurassien. Ensuite, je m'occupe de la basse-cour : je ramasse les œufs encore chauds dans les nichoirs, je change la litière des poules, je répare une partie de la clôture grillagée qui commençait à s'affaisser et je donne du grain aux lapins. Chaque tâche manuelle m'aide un peu à respirer, à ancrer mon corps dans le présent, mais dès que je m'arrête, ne serait-ce que pour boire un verre d'eau, les pensées reviennent en force, plus oppressantes que jamais.
Je dors très mal. Chaque nuit, je me tourne et me retourne dans mon lit d'enfant, revoyant dans ma tête les images que j'imagine déjà partout : mon visage sur des panneaux publicitaires, mon corps presque nu pressé contre celui de Vasco. Je m'imagine les réactions des gens : les voisins qui vont chuchoter à la sortie de la messe, les anciens camarades de classe qui vont m'envoyer des messages moqueurs ou curieux, les inconnus qui vont me reconnaître dans la rue. Comment vais-je gérer tout ça ? Comment vais-je expliquer à tout le monde que j'ai posé pour une marque de luxe, en maillot de bain, dans les bras d'un mannequin international ? La ferme, mes études, mon avenir… tout semble soudain fragile, prêt à se briser sous le poids de cette nouvelle vie que je n'ai pas vraiment choisie.
Le vendredi matin, je me lève vers huit heures. Ma mère a préparé un petit-déjeuner copieux : œufs frais du matin, pain grillé, confiture maison et café bien fort. Elle me serre très fort dans ses bras avant que je parte, ses mains tremblant légèrement dans mon dos.
— On est là, mon grand. Quoi qu'il arrive, on est là. Appelle-nous si tu as besoin, d'accord ? On t'aime.
Je hoche la tête, la gorge nouée, et je monte dans la voiture. Sur la route, le stress monte progressivement, comme une vague qui enfle lentement mais sûrement. Chaque kilomètre me rapproche du moment où ma vie va devenir publique. Mon cœur bat plus fort, mes mains sont moites sur le volant, ma respiration devient irrégulière. Je passe par Besançon, et là, au bord d'un grand axe routier très fréquenté, je la vois.
L'affiche est absolument gigantesque. Elle domine tout le panneau publicitaire, plusieurs mètres de haut sur plusieurs mètres de large. L'image est d'une beauté saisissante et d'une sensualité assumée. Je suis allongé sur le dos sur le sable mouillé de la plage, simplement vêtu d'un maillot de bain minimaliste au motif Burberry Check classique, le tissu trempé collé à ma peau, révélant absolument tout mon corps : les contours de mon torse, mes abdominaux marqués, la ligne de mes hanches, mes cuisses et même le relief visible sous le tissu fin. Vasco est au-dessus de moi, seulement en short de bain assorti au même motif Burberry Check, son corps sculptural et puissant dominant la scène. Il me domine d'une façon à la fois protectrice et possessive, une main posée près de ma tête, l'autre glissant vers ma taille. L'eau ruisselle sur nos deux corps, créant des reflets brillants qui accentuent chaque muscle, chaque courbe, chaque détail de nos anatomies.
Nos visages sont très proches, nos regards rivés l'un à l'autre dans une tension électrique, presque magnétique, pleine de désir contenu. L'image est artistique, osée sans être vulgaire, d'une sensualité brute et élégante à la fois. Le logo Burberry est discret mais bien visible, et le slogan en bas, sobre et percutant : « Heritage Reborn » (L'Héritage Sublimé).
Je ralentis instinctivement la voiture jusqu'à presque m'arrêter sur le bas-côté, les yeux rivés sur cette affiche colossale. C'est moi. C'est vraiment moi. Des milliers de personnes vont voir ça aujourd'hui. Des millions dans les jours qui viennent. Une vague de panique pure me submerge. Mes mains tremblent sur le volant, ma respiration devient saccadée, j'ai soudain très chaud. Je reste plusieurs minutes à fixer cette image, le cœur cognant dans ma poitrine comme un tambour, avant de reprendre la route, l'esprit en feu et les pensées complètement chaotiques.
J'arrive à la coloc vers midi, pensant y être seul. Marion est encore en cours et David… je ne sais pas où il est. Je pousse la porte, pose mon sac dans l'entrée et me dirige vers le salon.
David est là.
Il est debout au milieu de la pièce, torse nu, son téléphone à la main. Il regarde l'écran un instant, puis relève lentement les yeux vers moi. Son expression est sérieuse, intense, sans sourire. Il me fixe en silence, comme s'il attendait que je parle en premier.
Le silence entre nous est lourd, chargé de tout ce qui s'est passé ces derniers jours.
Je reste figé sur le seuil, le cœur battant.
Fin du chapitre 15.
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