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✦ tounet777 Runway à contre-courant XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

Runway à contre-courant — Chapitre 19

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Runway à contre-courant

Chapitre 19

Chapitre 19
Fabio ajuste machinalement les boutons de sa chemise blanche, lissant d'un geste précis les rares plis que l'exercice de rôle a laissés sur le tissu. Son regard clinique, toujours aussi perçant, quitte ma silhouette fatiguée pour se poser sur sa montre de luxe. L'après-midi s'étire, et la lumière grise de Besançon commence à décliner derrière les vitres de l'hôtel particulier, jetant des ombres étirées sur les pavés de la cour intérieure.
— J'en ai terminé pour aujourd'hui, Gaspard, dit-il d'une voix qui a retrouvé sa neutralité professionnelle, dépouillée de l'agressivité factice du jeu de rôle. Tu as fourni un gros effort physique et mental. Est-ce que tu te sens un peu mieux ?
Je suis toujours assis sur les marches de l'escalier Directoire, le dos appuyé contre la pierre fraîche qui aide à calmer l'incendie logé sous ma peau. Mes mains ont cessé de trembler, mais une lassitude immense a pris possession de mes muscles.
— Un peu… je souffle en redressant lentement la tête. Mais je suis toujours légèrement stressé. J'ai l'impression que mon cerveau n'arrive pas à imprimer tout ce qui se passe. Ce panneau sur la route, les filles sur la place… c'est trop d'un coup.
Fabio esquisse un hochement de tête compréhensif, bien que ses yeux ne lâchent rien de leur exigence. Il plonge la main dans la poche intérieure de sa veste grise, en tire un élégant carnet de cuir et y détache une feuille épaisse, pliée en deux. Il s'approche et me la tend.
— C'est une réaction normale. C'est pour cela que nous avançons par étapes. Tiens, prends ceci.
Je saisis le papier. Mes doigts effleurent la texture granuleuse de la feuille où une adresse à Besançon est inscrite d'une écriture fine et nerveuse, suivie d'une heure précise.
— Je te donne rendez-vous à cette adresse demain matin, à 10h45 précises, continue l'agent. Ce sera le lieu de ton tout premier coaching en défilé. Nous allons travailler ta posture, ton amplitude de pas, et surtout ton regard face à un jury imaginaire dans un studio privé. Mais avant de me rejoindre, tu as une dernière formalité à accomplir ici. Tu dois passer au secrétariat de ton lycée agricole pour signer les papiers de ta démission officielle. Ton contrat exclusif avec Burberry t'interdit toute autre activité, et la Fashion Week n'attend pas que tu termines ton semestre. C'est le point de non-retour, Gaspard. Fais ce que tu as à faire, et rejoins-moi juste après.
Le mot démission résonne dans le hall silencieux comme un coup de tonnerre. Quitter l'école. Abandonner le BTSA Productions Animales, les cours de zootechnie, les projets d'élevage, cette vie stable et toute tracée que mes parents avaient imaginée pour moi. Je serre le papier entre mes doigts, sentant le poids de mon choix écraser mes dernières illusions de normalité.
David, qui était resté debout près de moi comme un garde du corps silencieux, fait un pas en avant. Sa silhouette massive intercepte le regard de Fabio.
— On y sera, lâche mon colocataire d'une voix sourde, presque protectrice. Je m'assure qu'il règle ça demain matin à l'aube et je l'accompagne au studio.
— Parfait. Ne soyez pas en retard. La mode n'aime pas attendre, conclut Fabio avec un sourire poli mais glacial.
Le trajet de retour vers la colocation se fait dans une atmosphère saturée d'électricité. David conduit sa vieille voiture en silence, mais sa main droite n'a pas quitté ma cuisse. Sa poigne est ferme, chaude, presque désespérée, comme s'il craignait que le moindre courant d'air ne m'arrache à lui. Les collines et les sapins défilent à l'envers sous un ciel de plomb qui menace d'éclater. Je regarde mes baskets posées sur le tapis de sol usé, puis mes mains vides. Demain, à cette heure-ci, j'en aurai fini avec les bêtes et la terre. Demain, je ne serai plus un étudiant.
Quand David coupe le contact sur le parking de notre petit immeuble de colocation, le silence de l'habitacle devient presque douloureux. Nous montons les escaliers quatre à quatre, portés by une hâte nerveuse de retrouver un territoire familier.
Dès que la porte d'entrée claque derrière nous, une voix familière brise le calme de l'appartement.
— Ben c'est pas trop tôt ! Vous étiez où ? J'ai essayé de vous appeler dix fois !
Marion est là, debout au milieu du salon, un torchon à la main, ses cheveux attachés en un chignon désordonné. Son regard va de David à moi, s'attardant sur nos mines déconfites, sur nos vêtements froissés et sur l'intensité presque animale qui émane de notre proximité. Elle fronce les sourcils, sentant immédiatement que l'air vibre d'un secret trop lourd pour les murs de la pièce.
— Qu'est-ce que vous fichez tous les deux ? Pourquoi vous avez cette tête-là ? demande-t-elle, sa voix trahissant une immense curiosité mêlée d'inquiétude.
J'ouvre la bouche pour inventer une excuse, pour essayer de temporiser et de protéger le chaos de mes pensées, mais David ne me laisse pas le temps de respirer. Le besoin d'extérioriser la pression accumulée au cours de la journée prend le dessus.
— Fabio nous a embarqués, balance David d'un trait en jetant ses clés sur la table basse. Il a réservé un déjeuner de malade dans un château, puis il nous a traînés dans une suite d'hôtel en plein centre-ville pour faire des simulations d'agressions de paparazzis. Et après, il a jeté Gaspard en pâture au milieu de la rue des Granges pour voir si les gens le reconnaissaient.
Marion lâche son torchon, qui retombe mollement sur le dossier d'une chaise. Ses yeux s'écarquillent, une expression de stupéfaction pure envahissant ses traits. Elle pose une main sur sa bouche, le regard rivé sur moi.
— C'est… c'est vrai ? Alors c'est réel ? Les photos… je les ai vues sur TikTok et Insta ce matin, Gaspard ! Je voulais vous en parler mais vous étiez introuvables. C'est un truc de fou furieux, ce panneau publicitaire ! Tout le monde au lycée ne parle que de ça ! Les filles de la classe m'ont saoulée de questions toute l'après-midi parce qu'elles savent qu'on vit ensemble !
Elle s'approche de moi à pas précipités, me saisissant par les épaules comme pour s'assurer que je suis bien réel, que le gamin en sweat informe devant elle est le même que le dieu éphèbe sur l'affiche.
— Dis-moi, Gaspard ! C'est juste un coup d'un soir, une seule photo pour s'amuser, ou alors il va y avoir autre chose ? C'est quoi la suite ?
J'ouvre la bouche, le visage en feu, les yeux fuyants, totalement incapable de formuler une réponse face à la réalité qui m'écrase. Je balbutie :
— Je… Marion, je ne sais pas… c'est compliqué. C'est allé trop vite, je…
— Il devient l'égérie officielle de Burberry, tranche David à ma place, sa voix forte et sans détour coupant court à mes hésitations.
Marion se fige instantanément. Ses épaules se détendent d'un coup, sa main reste suspendue en l'air et ses lèvres s'entrouvrent sans qu'aucun son n'en sorte. Le choc est si violent qu'elle perd toute sa loquacité habituelle, son regard oscillant entre David et moi, totalement terrassée par la nouvelle.
C'est à cet instant précis que mon téléphone se met à vibrer dans ma poche de jean, sauvant mon silence d'une explication impossible. Le bourdonnement contre ma cuisse me fait sursauter. Je saisis l'appareil.
L'écran affiche un nom en lettres capitales qui me glace le sang : VASCO.
Mon cœur rate un battement, cognant violemment contre mes côtes. David remarque immédiatement mon changement de couleur ; sa mâchoire se crispe, ses poings se serrent le long de son corps, et son regard devient instantanément noir, chargé d'une jalousie sauvage. Marion, elle, reste complètement muette, encore sous le coup de la révélation de David, sentant que le destin vient de frapper à la porte.
— Je… je dois prendre ça, je murmure d'une voix blanche.
Sans attendre de réponse, je me détourne, fuyant la tension insoutenable du salon. Je marche à pas rapides dans le couloir, pousse la porte de ma chambre et m'y engouffre, verrouillant le loquet derrière moi dans un déclic sec. La pénombre de ma pièce m'accueille comme un refuge éphémère. Je m'adosse contre le bois de la porte, le téléphone collé à l'oreille, et j'appuie sur le bouton vert d'une main tremblante.
— Allo ? dis-je dans un souffle, ma voix trahissant toute l'angoisse qui me submerge.
— Amore mio… La voix de Vasco s'élève à travers le haut-parleur, chaude, profonde, vibrante de cette autorité naturelle et de cette affection exclusive qui m'ont tant fasciné à Londres. J'ai l'impression de recevoir une décharge électrique en plein plexus.
— Je viens aux nouvelles, piccolo. J'ai appelé Fabio pour savoir ce qu'il en était. Il a fait valider ton contrat d'exclusivité pour la Fashion Week de Londres. Les chiffres sont tombés, Gaspard… C'est un contrat monumental. Plus haut encore que le mien pour ma première année. L'Europe entière s'arrache ton visage depuis le shooting avec Julian. Je suis tellement fier de toi, mon ange. Tu vas conquérir ce monde à mes côtés.
Il parle avec une assurance tranquille, planifiant déjà notre avenir dans ses draps de coton égyptien, dans ses suites de luxe, faisant de moi sa chose, sa plus belle conquête. Et chaque mot qu'il prononce s'enfonce dans mon cœur comme une lame acérée. La culpabilité me coupe les poumons. Je repense à la douche ce matin, aux hanches de David qui claquaient contre les miennes sur le tapis du salon, à ses cris profonds et à son sperme brûlant qui s'est déversé en moi. Je repense à ma vie ici, à cette ancre physique que je ne peux pas abandonner sans y laisser ma propre peau.
Le vide entre Londres et Besançon devient un gouffre que je ne peux plus combler avec des mensonges.
Je prends une immense inspiration, fermant les yeux pour puiser au fond de mon estomac le peu de courage qu'il me reste. Mon corps tout entier se tend. Je dois couper le fil avant de rompre pour de bon.
— Vasco… je coupe d'une voix ferme, étonnamment droite, qui tranche net ses effusions. S'il te plaît. Ne parle pas. Écoute-moi.
Un silence de mort s'installe à l'autre bout de la ligne, seulement troublé par le grésillement lointain du réseau international. Vasco se tait, surpris par ce ton qu'il ne me connaît pas.
Je serre le téléphone contre mon oreille à m'en faire mal, les larmes commençant à brouiller ma vision dans l'obscurité de ma chambre.
— Désolé, c'est juste que... c'est difficile de commencer. Si je ne te le dis pas maintenant, je sais que je vais encore reculer. Tu sais, cette distance entre nous... je n'y arrive plus. C'est devenu trop lourd. Écouter ta voix à travers un haut-parleur, devoir raccrocher et me retrouver tout seul dans ma pièce... J'ai l'impression qu'on essaie de faire vivre un mirage. Et le problème, c'est que le vide, au bout d'un moment, il finit toujours par chercher à être comblé. La vie avance ici, de mon côté, et la réalité me rattrape.
Ma voix tremble sur les derniers mots, mais je refuse de faiblir. Je continue, vidant mon sac comme on vide une plaie.
— En fait... je me sens complètement fragmenté en ce moment. J'ai l'impression d'être une corde sur laquelle on tire des deux côtés, et je sens que je vais rompre. Il y a ce qu'on a tous les deux, ce lien qui est beau mais si abstrait à cause des kilomètres... et il y a le quotidien. Il y a le monde réel, celui qui est juste là, sous mes yeux.
Je m'essuie au niveau des yeux, mais le flux de mes pensées est désormais inarrêtable.
— Je suis à un carrefour où toutes les routes me semblent injustes. D'un côté, il y a notre histoire, et de l'autre... il y a une autre présence. Quelqu'un qui est là, physiquement, et qui bouscule tout ce que je croyais savoir. Je me retrouve pris entre deux trajectoires, entre deux visages, et je suis incapable de faire un pas sans avoir l'impression de trahir quelqu'un. Mon cœur balance, je ne sais plus où est ma place, ni vers qui je me tourne quand je ferme les yeux. Cette indécision me ronge. Je ne peux plus continuer à faire semblant au téléphone, à faire comme si tout était simple alors que ma tête est un chaos total. Tu mérites quelqu'un qui est là à 100 %, sans l'ombre d'un doute, et sans l'ombre de quelqu'un d'autre. Et moi, aujourd'hui, je suis beaucoup trop partagé pour t'offrir ça. Je pense qu'il faut qu'on s'arrête là... le temps que je comprenne enfin vers où je dois vraiment marcher.
Je m'arrête, le souffle court, haletant doucement contre l'appareil. J'attends l'explosion, la fureur du colosse italien, les menaces de rompre mon contrat ou les cris de blessure. Mon cœur cogne si fort que j'ai l'impression qu'il va briser mes côtes.
Il y a un long silence. Un silence lourd, épais, presque éternel. Puis, quand Vasco reprend la parole, sa voix n'est pas du tout celle que j'attendais. Elle est calme, presque détachée, mais empreinte d'une intimité terriblement troublante, glaciale et possessive à la fois.
— Je comprends... Tu sais, je comprends les kilomètres, le vertige, et même ce chaos dont tu parles. Je ne t'en veux pas. C'est normal de s'égarer un peu quand on est loin, de chercher de la chaleur là où elle se trouve, auprès de ce qui est facile, de ce qui est juste là, sous la main.
Au fond, cette double vie que tu t'apprêtes à vivre, ou que tu vis déjà... je la vois comme une parenthèse. Tu as besoin de tester cette autre réalité, de te mesurer à ce quotidien tangible pour voir ce qu'il vaut vraiment. Va au bout de cette histoire. Va voir si cette autre présence peut combler ce que nous avons commencé. Je ne vais pas te retenir, ni te demander de choisir aujourd'hui.
Mais je nous connais. Je sais la force de ce qui nous lie, et je sais que la nouveauté finit toujours par s'estomper pour laisser place au vrai. Cette aventure, c'est juste le détour dont ton cœur a besoin pour réaliser ce qu'il a perdu. Laisse-toi le temps d'aller voir ailleurs, de te perdre dans ses bras à lui... parce que je sais pertinemment comment ça va se finir.
Le calendrier tourne, et notre rendez-vous approche. Le jour où je serai de nouveau en face de toi, le jour où tu entendras ma vraie voix... tout ce bruit autour de toi va s'éteindre. Tu as le droit d'avoir deux visages en tête aujourd'hui. Mais quand nos regards se croiseront à nouveau, très bientôt, tu seras dans mes bras. Tu me reviendras, plus sûr de toi que jamais, parce que tu auras compris que personne d'autre ne peut nous égaler.
Vis ce que tu as à vivre. À très bientôt.
Et Vasco raccroche doucement, laissant ma pièce retomber dans un silence de plomb.
Je reste planté là, l'appareil encore collé contre ma tempe, une seconde larme rejoignant la première. Vasco vient de me rendre ma liberté, mais il l'a enveloppée d'une telle certitude que j'ai l'impression persistante qu'elle est déjà factice, que chaque pas que je ferai vers David ne sera qu'un pas de plus sur le chemin qui me ramènera vers lui. Sa voix continue de hanter les coins de ma pièce comme un parfum persistant de bois de santal.
Je secoue la tête pour chasser le fantôme de l'Italien, j'essuie mes joues d'un geste rageur du revers de la main, et je déverrouille le loquet de ma chambre. J'ai besoin d'air.
Dès que je pose le pied dans le couloir sombre de la colocation, une ombre massive se détache du mur d'en face. David était là. Il m'attendait, adossé contre la cloison, les bras croisés sur son torse puissant, le visage tendu par une attente insoutenable. Ses yeux sombres plongent instantanément dans les miens, y cherchant les traces de ma trahison ou de ma délivrance.
Je ne dis pas un mot. Le besoin physique de sa présence, la nécessité absolue de me prouver que ma réalité est ici, effacent mes dernières hésitations. Je m'approche de lui à pas rapides. Je réduis la distance à néant. Je lève les mains pour venir ancrer mes doigts dans ses cheveux courts, je me hausse sur la pointe des pieds, et je plaque ma bouche contre la sienne avec une passion sauvage, désespérée, presque violente.
David sursaute de surprise, mais son corps réagit avant son esprit. Ses bras puissants s'enroulent instantanément autour de ma taille, me soulevant presque du sol pour me coller contre son torse brûlant. Il approfondit le baiser avec une fureur contenue, sa langue envahissant ma bouche, réclamant sa part, marquant son territoire avec une force brute qui balaie tout le reste. Nos souffles se mêlent dans un gémissement étouffé, nos corps se soudant dans l'étroitesse du couloir comme pour ne former qu'un seul bloc indestructible face à la tempête qui gronde dehors.
Quand il s'écarte enfin pour reprendre sa respiration, les lèvres gonflées, le regard brillant d'un désir féroce mêlé d'incompréhension, il me garde serré contre lui, ses mains enserrant fermement mes hanches.
— C'est pour quoi, ce baiser ? demande-t-il d'une voix rauque, encore tremblante de l'intensité de notre étreinte.
Je le regarde droit dans les yeux, accroché à ses épaules massives, sentant les battements de son cœur s'emballer contre ma poitrine. Je choisis mes mots avec soin, taisant la réponse glaciale de Vasco, enterrant la menace sous ma propre volonté.
— J'ai tout dit à Vasco… je souffle, la voix encore un peu brisée mais droite. Et j'ai rompu. C'est fini. Il n'y a plus que toi, David.
Un sourire immense, magnifique, une expression de triomphe et de soulagement pur illumine instantanément les traits sérieux de David. Ses yeux brillent d'une fierté brute. Il me serre contre lui à m'en briser les côtes, enfouissant son visage dans le creux de mon cou pour y déposer un baiser brûlant, scellant notre pacte dans la pénombre du couloir.
La tempête Burberry nous attend demain à l'aube, le secrétariat et Fabio sont au bout de la nuit, mais à cet instant précis, les premières pierres de notre forteresse viennent d'être scellées dans le ciment de notre réalité.
Le loquet de ma chambre vient à peine d'être déverrouillé que la tension accumulée explose dans le couloir de la colocation. David ne me laisse pas faire un pas de plus. D'un mouvement brusque et chargé d'une possession sauvage, il m'attrape par la taille et me pousse fermement contre la cloison. Mon dos percute le mur avec un impact sourd qui m'arrache un souffle court.
Sans me laisser le temps de reprendre mes esprits, David plonge son visage dans mon cou. Ses lèvres brûlantes s'ancrent contre ma peau sensible, y déposant des baisers lourds, humides, qui remontent lentement le long de ma gorge. Je renverse la tête en arrière, les yeux mi-clos, sentant une décharge électrique traverser tout mon corps tandis que la bouche de David trace un chemin de feu vers ma mâchoire, puis vers mes lèvres. Quand nos bouches se rencontrent enfin, c'est un choc fougueux. Nos langues se trouvent immédiatement, s'enroulant l'une autour de l'autre avec une fureur contenue, un besoin viscéral de sceller la rupture qui vient d'avoir lieu à l'autre bout du fil.
David écrase ses hanches contre les miennes, sa virilité déjà dure et massive marquant son territoire à travers le tissu de nos pantalons. Contre ma bouche, entre deux aspirations profondes, il lâche d'une voix rauque, vibrante d'une excitation inédite :
— Je n'ai jamais eu autant envie de toi que là tout de suite… Putain, Gaspard…
Le compliment se perd dans un nouveau baiser encore plus dévorant. Les mains lourdes de David agrippent le bas de mon sweat, le tirant vers le haut d'un geste sec pour me le faire passer par-dessus la tête. Aussitôt après, il saisit son propre t-shirt et le balance sur le sol, révélant sa musculature puissante et moite de sueur. David me ramène contre son torse nu, ses paumes calleuses venant caresser la peau lisse de mon dos, s'ancrant dans ma chair pour me coller toujours plus près. Les membres tremblants mais le cœur résolu, je m'accroche à ses épaules massives, enfonçant mes doigts dans les muscles de mon colocataire, m'abandonnant totalement à la force qui me domine.
L'urgence devient intenable. Les mains de David descendent le long de mes reins, s'insinuant d'abord sous la ceinture de mon jean, puis glissant sous l'élastique de mon boxer. Ses doigts chauds descendent entre mes fesses, trouvent la raie avant de venir effleurer le contour de mon petit trou fermé et palpitant. Au contact direct de cette intimité, je laisse échapper un gémissement aigu qui résonne clairement dans le couloir silencieux.
— Ah… David… murmuré-je, les hanches fléchissant sous la surprise du geste.
C'est à cet instant précis que le bruit des pas pressés se fait entendre depuis le salon. Marion, intriguée et inquiète par toute cette agitation, débouche dans le couloir. Elle se fige net en découvrant deux garçons à moitié nus, enlacés et pressés contre le mur dans une étreinte à la sensualité brute.
— Putain les mecs, vous êtes des porcs ! lance-t-elle, un mélange de surprise et d'amusement outré sur le visage. Allez dans une chambre !
David et moi sursautons d'un même élan. Le visage instantanément cramoisi, j'essaie de me cacher contre l'épaule de mon colocataire. David, quant à lui, se tourne vers Marion et, loin d'être déstabilisé, se met à rire d'un rire franc et victorieux, ses bras toujours solidement verrouillés autour de ma taille.
Marion secoue la tête, un sourire en coin étirant ses lèvres. Elle croise les bras et ajoute :
— Bon… je vais vous laisser l'appart. Je vais aller me mater un film au ciné, si ça vous dit ?
David fait non de la tête avec un sourire carnassier qui ne laisse place à aucune ambiguïté. Sans perdre une seconde de plus, il m'attrape sous les cuisses, me soulevant d'un coup tandis que j'enroule mes jambes autour de ses hanches. D'une main, David ouvre la porte de ma chambre, s'y engouffre et, d'un coup de pied précis en arrière, fait claquer la porte qui se verrouille dans un déclic sonore.
Il avance vers le matelas et se laisse tomber de tout son poids sur le lit avec moi, m'écrasant sous sa stature de colosse tout en reprenant immédiatement possession de ma bouche. Le baiser reprend avec la même fougue, mais cette fois, débarrassé de toute retenue. Dans la pénombre de la pièce, David fait glisser mon jean et mon boxer le long de mes jambes d'un mouvement impatient, me laissant entièrement nu sous lui.
La joie et l'excitation d'avoir été choisi par moi, d'avoir évincé l'Italien une bonne fois pour toutes, transforment le désir de David en une impulsion électrique et dévorante. Sa queue, libérée de son propre pantalon, se dresse fièrement : longue, épaisse, d'une circonférence impressionnante, des veines saillantes marquant sa peau brûlante. Elle palpite de toute la tension accumulée au cours des derniers jours.
David prend mes cuisses et les remonte sur ses épaules, ouvrant mon corps au maximum. Il s'humecte les doigts de sa propre salive et les ramène vers le bas, venant masser mon petit trou. Il y enfonce un premier doigt, puis un deuxième, explorant les parois chaudes et serrées qui se détendent sous la pression.
— Mmh… ahh… David, s'il te plaît… murmuré-je contre sa bouche, ma tête tournant de gauche à droite sur l'oreiller, le corps déjà en sueur.
David retire ses doigts dans un bruit humide et prend sa queue entre ses mains. Il frotte le gland volumineux et luisant de liquide séminal contre mon entrée, testant sa résistance. L'excitation est telle que sa verge semble encore avoir gagné en volume. Il se positionne, cale son bassin, et pousse d'un coup ferme.
— Oh putain ! crié-je dans un râle étouffé alors que le gland force le passage, étirant ma chair au maximum.
David s'arrête un instant, le front contre le mien, haletant lourdement.
— Regarde-moi, Gaspard. Regarde ce que tu me fais. Tu es à moi, putain… à moi seul.
D'une nouvelle impulsion puissante, David enfonce sa queue jusqu'à la garde. Les vingt centimètres de chair dure disparaissent entièrement dans mon cul, provoquant un claquement sec de nos pubis. Je lâche un long cri de plaisir et de douleur mêlés, mes yeux se révulsant un instant tant la sensation de plénitude est absolue, presque insoutenable. David commence à bouger, d'abord lentement, par d'amples mouvements de va-et-vient qui font entrer et sortir sa verge luisante, frottant ma prostate à chaque passage.
— Ahh ! Oui… comme ça… baise-moi, David… gémis-je, mes mains agrippant désespérément les fesses de mon partenaire pour calquer mon rythme sur le sien.
Le rythme s'accélère brutalement. David, transporté par le triomphe et une excitation sauvage, se met à me pilonner avec une force brute. À chaque coup de boutoir, le lit craque, et le bruit humide et obscène de nos sexes qui s'entrechoquent remplit la chambre. Je ne peux plus m'arrêter de gémir, ma voix se brisant sous l'intensité des assauts. Ma propre queue, tendue contre mon ventre, coule abondamment sur ma peau. David se penche, attrape mes mains pour les entrelacer aux siennes, me maintenant cloué au matelas tandis qu'il augmente encore la cadence, sa queue s'enfonçant profondément, frappant le fond de mes entrailles avec une régularité de métronome.
L'orgasme approche à une vitesse folle pour le géant, son corps tout entier tendu comme un arc sous l'effet de la jouissance imminente. Dans un dernier râle animal, David se retire brusquement de mon cul.
— Écarte tes fesses, Gaspard ! Écarte-les pour moi ! grogne-t-il d'une voix méconnaissable.
Le cerveau complètement embrumé par le plaisir, j'attrape mes propres cuisses et écarte mes fesses au maximum, révélant mon trou rose, dilaté et palpitant, qui cherche encore la présence de la verge. David agrippe sa queue à pleine main et, dans un cri de victoire qui résonne contre les murs, il jouit violemment. Des jets de sperme épais, brûlants et blancs jaillissent avec force, venant napper mon cul, coulant en abondance sur la peau de mis fesses et entre mes cuisses.
Mais David n'en a pas fini. Sa queue, toujours marbrée de veines et incroyablement dure malgré l'éjaculation, vibbre encore d'une excitation non contenue. Sans me laisser le temps de souffler, David utilise sa verge comme un piston. Il plaque son gland contre le jus chaud qui recouvre l'entrée et, d'un coup de rein magistral, il repousse toute sa queue à l'intérieur de mon petit trou, y rentrant tout le sperme qu'il vient de gicler.
— Ahhh ! hurlé-je, cambrant le dos sous le choc thermique de la semence chaude réintroduite de force en moi.
David reprend sa course folle. Profitant de la lubrification parfaite offerte par son propre sperme, il continue de me baiser avec une fureur renouvelée, sa queue restant de marbre, ne perdant rien de sa superbe. Le va-et-vient devient encore plus fluide, plus bruyant, mélangeant les fluides dans un clapotis obscène qui rend la scène presque irréelle. Je suis transporté, mes gémissements n'étant plus que de longs soupirs saccadés, totalement soumis au plaisir que David m'impose avec tant de fierté.
Finalement, après de longues minutes d'un pilonnage incessant, David ralentit le mouvement. Il se penche en avant pour écraser sa bouche contre la mienne dans un baiser fougueux, plein de salive et de souffles courts. En même temps, sa main descend entre nos corps et entoure ma queue, commençant à me branler avec un mouvement rapide et expert.
— Jouis pour moi, mon ange… Jouis, murmure David entre deux baisers, sa voix caressante mais impérieuse. J'attendais ça depuis tellement longtemps… J'ai cru que j'allais crever à force de te voir penser à lui. Dis-moi que tu es à moi.
— Je suis à toi… David… oui… ah !
Dans une ultime secousse, j'explose à mon tour, ma semence, jaillissant entre nos deux ventres collés, tandis que David le serre contre lui de toutes ses forces, sa propre queue palpitant une dernière fois à l'intérieur du canal avant de glisser lentement vers l'extérieur, laissant le sperme déborder et couler sur les draps de coton.
Le silence retombe peu à peu sur la chambre, seulement troublé par le sifflement de nos respirations haletantes. Épuisés, couverts de sueur et de fluides mêlés, nous nous laissons glisser l'un contre l'autre sous la couverture. David me ramène contre son torse massif, enroulant ses bras protecteurs autour de moi, tandis que je niche ma tête dans le creux de son cou, mon cœur battant encore à un rythme affolé.
Après un long moment de calme, alors que la chaleur de nos corps commence à sécher la sueur sur notre peau, je remue légèrement. Mes doigts viennent tracer des cercles absents sur les pectoraux de David. L'euphorie de la chair retombe doucement, laissant place au retour de la réalité et aux angoisses qui m'ont assailli toute la journée.
— David ? murmuré-je doucement, la voix un peu voilée.
— Ouais ? répond David en embrassant le sommet de ma tête.
— J'ai peur… J'ai vraiment peur pour la suite. Tout ce que Fabio a dit… le secrétariat demain matin, la démission, le studio de défilé, et puis Londres… J'ai l'impression d'avoir signé mon arrêt de mort avec cette vie stable. Qu'est-ce qui se passe si je foire ? Si je panique devant les photographes ? Je ne suis qu'un gars de la campagne, je sais m'occuper des bêtes, pas marcher sur un podium devant des millions de personnes.
David resserre sa prise autour de moi, sa voix devenant sérieuse, dénuée de toute la provocation habituelle.
— Écoute-moi bien, Gaspard. Regarde-moi.
Je redresse légèrement la tête pour planter mes yeux clairs dans le regard sombre et déterminé de mon colocataire.
— Tu penses vraiment que des mecs comme Julian ou les dirigeants de Burberry balancent des millions sur le premier venu par hasard ? continue David d'un ton ferme. S'ils t'ont choisi, ce n'est pas pour rien. Ils ont vu ce que Marion et moi on sait depuis le début : tu as un truc unique. Quelque chose que ces mannequins de plastique n'auront jamais. Tu as cette authenticité, cette force brute qui vient de la terre. Quand tu entres dans une pièce, on ne voit que toi. Même quand tu as tes fringues de ferme dégueulasses, tu as une prestance de dingue. Alors arrête de douter de toi.
— C'est facile à dire pour toi, David… Tu es fort, rien ne te fait peur. Moi, j'ai l'impression de me fragmenter.
— Et c'est pour ça que je serai là, tranche David en me donnant un petit baiser rassurant sur les lèvres. Fabio l'a dit lui-même : tu as besoin de ton ancre. Je viens avec toi à l'appartement sécurisé, je t'accompagne au studio demain, et s'il le faut, je t'escorterai jusqu'à Londres. Personne ne te touchera, et personne ne te fera douter. Tu vas y arriver, Gaspard. Tu vas les bluffer, comme tu m'as bluffé moi. Tu as fait le choix le plus difficile aujourd'hui en coupant les ponts avec l'Italien et en assumant ce que tu voulais vraiment. Le reste, ce n'est que de la technique. Et pour ça, tu as le meilleur coach de ton côté.
Je laisse échapper un léger soupir de soulagement, sentant le nœud dans mon estomac se desserrer un peu sous le poids des mots de David. La Forteresse dont j'ai rêvé commence à prendre forme, et pour la première fois de la journée, l'avenir ne me paraît plus comme un gouffre permanent, mais comme un défi qu'il est prêt à relever, les bras solidement ancrés autour de mon protecteur.
Fin du chapitre 19.
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