Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Les nuits folles de Pierre Dubourg — Chapitre 2
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Les nuits folles de Pierre Dubourg
Chapitre 2
1966
En l'espace d'une année, Pierre Dubourg est devenu bien plus qu'un auteur-compositeur.
Il est désormais l'une des nouvelles figures de la chanson française.
Il a quitté son poste de directeur artistique pour se consacrer entièrement à sa carrière, mais rien n'a changé entre lui et Marcel Delmas. Leur relation dépasse depuis longtemps le simple cadre professionnel. Marcel continue de le conseiller, de le recadrer lorsque l'enthousiasme de Pierre l'emporte, et ce dernier le considère comme un second père.
Le succès ne se dément pas.
Après Moi d'abord, Pierre enchaîne les tubes avec Interdit partout, une satire des interdits de la société, Selon le vent, qui tourne en dérision les hommes sans conviction, Le Séducteur des escalators, chronique pleine d'humour des dragueurs des grands magasins, puis Les Orties, une chanson malicieuse racontant les déboires d'un amoureux qui se pique toujours là où il ne faudrait pas. Son style est désormais immédiatement reconnaissable : des mélodies accrocheuses, des textes insolents et un regard tendre sur les travers de ses contemporains.
Malgré son propre succès, Pierre n'abandonne pas l'écriture pour les autres.
Depuis plusieurs années, il nourrit une admiration discrète pour Claire Auban.
Sans jamais lui avouer ce qu'il ressent, il compose pour elle La Romance légère. Cette ballade délicate révèle une facette plus intime de son écriture et devient le plus grand succès de la chanteuse. Claire remplit désormais les plus grandes salles de France.
Pierre savoure cette réussite presque autant que les siennes.
Quelques semaines plus tard, Marcel Delmas lui présente une jeune actrice anglaise installée à Paris depuis peu.
Ellen Parker.
Elle rêve de devenir chanteuse.
Son accent délicieusement britannique, son humour et son élégance séduisent immédiatement Pierre. En quelques jours, il écrit pour elle une chanson qu'il imagine d'abord comme un dialogue amoureux.
— Tu ne la chanteras pas seule, décide-t-il.
Ils enregistrent Viens puis va-t'en en duo.
Le morceau repose sur un jeu de séduction permanent. Deux voix qui s'approchent, se défient, se répondent, se cherchent sans jamais vraiment se rejoindre. Les couplets ressemblent à une joute amoureuse où chacun refuse d'avouer qu'il est déjà conquis.
Lors de l'enregistrement, ils s'enferment dans une minuscule cabine pour les prises de voix. Pierre a bien compris qu'elle le dévore des yeux et qu'elle est sous son charme. Depuis le début de leur collaboration, il alterne la douceur et la bienveillance avec de la sévérité et beaucoup d'exigence.
Il sait parfaitement que son attitude la desoriente. Mais il en joue, et à ce moment dans ce tout petit espace. Il la sent plus que jamais sous son charme et son emprise.
La proximité charnelle créer par la promiscuité engendre une tension sensuelle sans précédent pour Ellen. Elle sent la chaleur l'envahir, elle est troublée par son parfum, par sa présence.
Puis elle sent ses mains se baladent et se mettent à parcourir son corps. Au départ, elle ignore si il fait de manière volontaire mais rapidement les doutes tombent.
Sa culotte est trempée, elle sent contre sa cuisse son membre durcir. Ils s'embrassent avec passion, les ingénieurs du son se regardant et sourient devant le spectacle.
À sa sortie, le titre fait sensation.
Certains y voient la chanson la plus sensuelle de son époque, d'autres un simple jeu d'amour irrésistiblement moderne. Les radios la diffusent en boucle, les maisons de disques étrangères se disputent les droits d'adaptation et le duo devient un phénomène mondial.
En quelques mois, Viens puis va-t'en se classe en tête des ventes dans plusieurs pays d'Europe, traverse l'Atlantique et fait de Pierre Dubourg une vedette internationale.
Le succès de Viens puis va-t'en rapproche inévitablement Pierre et Ellen Parker.
Ce qui n'était au départ qu'une complicité artistique se transforme rapidement en une histoire d'amour passionnée. Ensemble, ils forment le couple dont toute la presse parle. Les photographes les suivent dans les restaurants de Saint-Germain-des-Prés, les boîtes de nuit parisiennes et jusque sur la Côte d'Azur.
Mais derrière les sourires affichés en couverture des magazines, leur relation est déséquilibrée.
Pierre aime séduire autant qu'il aime être admiré. Peu à peu, il impose son rythme, ses envies et sa façon de vivre. Ellen, fascinée par le charisme de cet homme qui semble tout réussir, accepte de plus en plus de concessions. Elle modifie sa manière de s'habiller, de chanter, de parler aux journalistes. Sans vraiment s'en apercevoir, elle finit par vivre dans l'ombre de Pierre, cherchant sans cesse à lui plaire.
Lui s'en amuse parfois.
Il apprécie cette influence qu'il exerce sur elle, persuadé qu'il sait mieux qu'elle ce qui est bon pour sa carrière comme pour sa vie. Ce besoin de tout contrôler révèle une facette plus sombre de sa personnalité, que peu de gens soupçonnent encore.
Claire Auban, elle, observe cette histoire avec une inquiétude grandissante.
Depuis plusieurs mois, les collaborations avec Pierre se sont multipliées. À force de partager des heures en studio, des déjeuners improvisés et de longues discussions sur la musique, elle s'est attachée à lui bien plus qu'elle ne l'aurait imaginé.
Elle découvre chez Pierre un homme drôle, cultivé, généreux avec ses amis... mais aussi capable de blesser ceux qui l'aiment sans même s'en rendre compte.
Voir Ellen s'effacer peu à peu derrière lui la trouble profondément.
Pour la première fois, Claire comprend qu'elle est jalouse.
Non d'une rivale.
Mais de la place qu'occupe Ellen dans la vie de l'homme qu'elle aime désormais en silence.
Le succès de Viens puis va-t'en rapproche inévitablement Pierre et Ellen Parker.
Ce qui n'était au départ qu'une complicité artistique se transforme rapidement en une histoire d'amour passionnée. Ensemble, ils forment le couple dont toute la presse parle. Les photographes les suivent dans les restaurants de Saint-Germain-des-Prés, les boîtes de nuit parisiennes et jusque sur la Côte d'Azur.
Mais derrière les sourires affichés en couverture des magazines, leur relation est déséquilibrée.
Pierre aime séduire autant qu'il aime être admiré. Peu à peu, il impose son rythme, ses envies et sa façon de vivre. Ellen, fascinée par le charisme de cet homme qui semble tout réussir, accepte de plus en plus de concessions. Elle modifie sa manière de s'habiller, de chanter, de parler aux journalistes. Sans vraiment s'en apercevoir, elle finit par vivre dans l'ombre de Pierre, cherchant sans cesse à lui plaire.
Lui s'en amuse parfois.
Il apprécie cette influence qu'il exerce sur elle, persuadé qu'il sait mieux qu'elle ce qui est bon pour sa carrière comme pour sa vie. Ce besoin de tout contrôler révèle une facette plus sombre de sa personnalité, que peu de gens soupçonnent encore.
Claire Auban, elle, observe cette histoire avec une inquiétude grandissante.
Depuis plusieurs mois, les collaborations avec Pierre se sont multipliées. À force de partager des heures en studio, des déjeuners improvisés et de longues discussions sur la musique, elle s'est attachée à lui bien plus qu'elle ne l'aurait imaginé.
Elle découvre chez Pierre un homme drôle, cultivé, généreux avec ses amis... mais aussi capable de blesser ceux qui l'aiment sans même s'en rendre compte.
Voir Ellen s'effacer peu à peu derrière lui la trouble profondément.
Pour la première fois, Claire comprend qu'elle est jalouse.
Non d'une rivale.
Mais de la place qu'occupe Ellen dans la vie de l'homme qu'elle aime désormais en silence.
Pendant ce temps, la vie de Sylvie prend un tout autre chemin.
Au cours d'une tournée, elle fait la connaissance des Bad Dog's, un jeune groupe de rock anglais en pleine ascension. Elle tombe éperdument amoureuse de leur batteur et les suit quelque temps de ville en ville.
Pierre observe cette nouvelle idylle avec un détachement presque amusé. Leur histoire n'avait jamais dépassé le stade d'une liaison passionnée, et chacun le savait.
Mais la romance de Sylvie tourne court.
Les rumeurs se multiplient. On raconte qu'elle aurait entretenu une relation avec plusieurs membres du groupe avant de rentrer en France, épuisée par cette vie de tournée. Elle quitte Paris et retourne vivre quelque temps chez ses parents, en province, loin des studios, des journalistes et des nuits sans fin.
Anatole, lui, ne s'est jamais remis des derniers mois.
Le triomphe de Pierre Dubourg a éclipsé le sien. Ses disques se vendent moins bien, les salles se remplissent difficilement et les maisons de disques commencent à douter.
Le départ de Sylvie est un coup dont il ne se relève pas.
Puis survient l'humiliation de trop.
Dans une enveloppe anonyme, il reçoit plusieurs photographies prises lors d'une soirée privée chez Pierre. On y reconnaît Sylvie, Pierre, Larry Bopper et Francky Marshall, emportés par l'euphorie d'une nuit où toutes les limites semblaient avoir disparu.
Ces images ne lui apprennent sans doute rien qu'il ne soupçonnait déjà.
Mais elles lui offrent une preuve irréfutable de ce qu'il refusait d'admettre.
Anatole s'effondre.
Quelques jours plus tard, il tente de mettre fin à ses jours.
Sauvé de justesse, il disparaît pendant plusieurs mois de la vie publique.
À son retour, il choisit de s'installer en Angleterre. Loin de la presse française et des fantômes de son passé, il espère reconstruire sa vie et retrouver l'inspiration qui avait fait de lui l'un des chanteurs les plus admirés de sa génération.
Pour Pierre, cette nouvelle a un goût amer.
Il n'a jamais souhaité la mort de son rival.
Seulement sa défaite.
1967
Malgré une succession de succès, Pierre Dubourg commence à s'ennuyer.
Depuis deux ans, il enchaîne les chansons légères, ironiques et élégantes. Le public les adore, les radios les diffusent en boucle et Marcel Delmas ne cesse de lui répéter qu'il ne faut surtout rien changer.
Mais Pierre refuse de devenir la caricature de lui-même.
Il veut autre chose.
Plus de guitares, plus de batterie, plus de puissance.
Il veut du rock.
Larry Bopper n'est pas étranger à cette envie. Depuis plusieurs mois, il enregistre avec des musiciens anglais et revient de Londres émerveillé.
— Là-bas, les guitares ne servent plus à accompagner les chansons... elles les dirigent.
Cette phrase reste gravée dans l'esprit de Pierre.
Les discussions avec Marcel Delmas deviennent de plus en plus tendues.
— Pourquoi changer une formule qui marche ? s'agace le producteur.
— Parce qu'un jour elle ne marchera plus.
Les désaccords tournent parfois à la dispute. Pour la première fois depuis leur rencontre, Marcel et Pierre ne regardent plus dans la même direction.
Profitant des fréquents séjours d'Ellen Parker à Londres, où elle retrouve sa famille et ses amis, Pierre décide de traverser la Manche avec elle.
Il découvre une ville en pleine effervescence.
Les rues vibrent au rythme des groupes de rock, les clubs débordent de jeunes musiciens et chaque pub semble abriter un futur phénomène.
Puis vient le moment qu'il n'oubliera jamais.
Les studios d'Abbey Road.
Pierre y pénètre avec l'émerveillement d'un enfant entrant dans une cathédrale. Tout l'impressionne : la qualité du matériel, la précision des ingénieurs du son, la liberté laissée aux artistes et l'exigence des musiciens de studio.
Une seule chose le frustre.
Son anglais approximatif.
Il comprend les démonstrations, devine les plaisanteries, mais ne peut participer pleinement aux discussions. Il se promet de combler cette lacune.
Pendant qu'Ellen profite de ses proches, Pierre passe ses journées en studio.
Il expérimente.
Les guitares sont plus rugueuses, les batteries plus présentes, les arrangements plus audacieux.
De ces séances naissent plusieurs nouveaux morceaux : La Vedette, une satire féroce du monde du spectacle ; Le Directeur, où il se moque gentiment des producteurs tout-puissants ; Le Fils du marchand de sable, conte rock aux accents psychédéliques ; C'est écrit nulle part, une chanson ironique sur les vérités toutes faites ; et La Petite Sœur du diable, un titre explosif qui mêle sensualité et humour noir.
Lorsque Marcel écoute les bandes à son retour, il reste silencieux pendant plusieurs minutes.
Enfin, il pose une main sur l'épaule de Pierre.
— Je ne sais pas si le public suivra...
Puis un sourire apparaît.
— Mais au moins, personne ne pourra dire que tu te répètes.
Le succès de son nouvel album dépasse toutes les attentes.
Pierre Dubourg est désormais une véritable idole. Les salles affichent complet, les journalistes le présentent comme le visage de la nouvelle chanson française et les jeunes copient sa façon de s'habiller, de parler et même de se coiffer.
À vingt-quatre ans, il finit par croire tout ce que l'on raconte sur lui.
La célébrité lui monte à la tête.
Marcel Delmas est le premier à s'en apercevoir. Pierre arrive en retard aux séances d'enregistrement, refuse certains passages en télévision qu'il juge trop populaires et n'hésite plus à faire patienter producteurs ou journalistes pendant des heures. Là où il séduisait autrefois par son esprit, il commence à imposer ses caprices.
Sa relation avec Ellen Parker s'en ressent.
Les premiers mois de leur histoire étaient faits de passion et de complicité. Désormais, Pierre l'entraîne dans un univers de plus en plus excessif. Les nuits se prolongent jusqu'à l'aube dans les clubs les plus sulfureux de Londres ou de Paris, où se croisent artistes, aristocrates, mannequins et voyous. L'alcool coule à flots, les frontières entre fête et débauche deviennent floues.
Pierre recherche sans cesse de nouvelles sensations.
L'excès est devenu une habitude.
Une bouteille n'est jamais bien loin, et l'ivresse décuple un tempérament déjà provocateur. Les aventures d'un soir se multiplient. Il ne prend même plus la peine de les cacher. Tromper Ellen ne lui semble plus être une faute, mais un privilège que lui offrirait son statut.
Ses proches assistent, impuissants, à cette transformation.
Larry et Francky tentent parfois de le raisonner, sans succès. Marcel hausse de plus en plus souvent le ton. Même Ellen, pourtant profondément amoureuse, ne reconnaît plus l'homme dont elle partageait la vie.
Pierre, lui, ne voit rien.
Un soir de débauche, Ellen est sur-excitée. Et alors qu'il lui a déjà fait l'amour dans les toilettes de la boîte de nuit ou ils viennent de passer la soirée. Il offre sa campagne à deux copains venus se finir chez lui. Alors qu'Ellen danse sensuellement sur la musique soul que Pierre a mis en fond. Elle le regarde, avec désir, les deux potes présents n'en perdent pas une miette. Pierre la regarde avec envie aussi.
Puis en tapant dans le dos de l'un d'entre eux. Il lui fait signe d'aller danser avec elle. Le gars le regarde avec incrédulité, puis Pierre lui fait signe de la tête presque comme un ordre. Ellen est surprise mais ne résiste pas à la volonté de son homme.
L'homme danse donc à proximité de l'anglaise, il s'approche et l'aggripe par les hanches. Devant la non réaction de l'idole, il continue. Ses mains continuent d'explorer les courbes de son corps. Pierre la fixe dans les yeux avec curiosité et gourmandise. Ellen lui rend son regard injecter de vice.
Elle est aussi excitée par l'idée d'être caressée et touchée par un autre devant celui qu'elle aime. Pierre demande à l'autre gars de rejoindre le duo, il exécute sans discuter. Les caresses sur ses seins et ses fesses s'additionnent et les baisers dans le cou se multiplient. Ils la deshabillent. Pierre continue de regarder froidement, elle aussi ne le quitte pas du regard.
La scène va se poursuivre, elle se met à genoux entre les deux et vient les sucer l'un après l'autre. Puis chacun son tour ils vont la baiser avec fureur de l'idole qui reste impassible malgré son observation.
Les deux hommes se terminent et quittent l'appartement dans l'indifférence la plus totale. Pierre souhaite une bonne nuit à Ellen en l'embrassant sur le front. Puis il part se coucher sans aucune réaction.
Il est persuadé que tout lui est permis.
Et plus personne n'ose lui dire non.
Pendant ce temps, Claire Auban observe cette lente dérive avec une profonde tristesse. Elle continue d'aimer l'homme qu'elle a connu en studio, celui qui savait écouter, rire de lui-même et parler de musique pendant des heures. Celui qui fait désormais la une des magazines lui semble être un étranger.
Le succès est en train de révéler chez Pierre ce que personne n'avait encore voulu voir : un homme brillant, mais dévoré par son propre narcissisme.
Quatre jours après cette nuit de tous les excès, Pierre termine sa première journée de tournage. Son premier rôle au cinéma l'enthousiasme. Les journalistes l'attendent déjà à la sortie des studios et chacun lui promet une carrière aussi brillante sur grand écran que dans la chanson.
Il rentre chez lui, dans son appartement de Saint-Germain-des-Prés.
Un silence inhabituel l'accueille.
Il pose ses clés sur le meuble de l'entrée.
Aucun disque ne tourne.
Aucune odeur de cigarette anglaise.
Aucun rire.
Il parcourt les pièces du regard.
L'armoire de la chambre est à moitié vide.
Les robes d'Ellen ont disparu.
Sa valise aussi.
Sur la table basse repose simplement une feuille de papier pliée en deux.
Pierre la déplie.
De notre amour, il ne reste que des cendres...
Ellen
Il relit la phrase une seconde fois.
Un léger sourire apparaît au coin de ses lèvres.
— Elle a bonne mémoire...
Cette phrase est empruntée à La Romance légère, la chanson qu'il avait écrite pour elle quelques mois plus tôt.
Il repose calmement le mot sur la table.
Sans chercher à la joindre.
Sans demander où elle est partie.
Sans même paraître surpris.
Il retire sa veste, se sert un verre de whisky, puis se dirige vers la salle de bains.
Quelques instants plus tard, le bruit de la douche couvre le silence de l'appartement.
Comme si rien ne s'était passé.
Pour la première fois de sa vie, Pierre vient de perdre une femme qu'il aimait peut-être davantage qu'il ne voulait bien se l'avouer.
Mais il est encore incapable de reconnaître la moindre blessure.
Il préfère croire que, comme toutes les autres, Ellen finira par revenir.
Quelques semaines passent.
Le tournage de son premier film s'achève et Pierre Dubourg n'a guère le temps de souffler. Dès le début de l'été, il prend la route pour une grande tournée qui doit traverser toute la France.
Chaque soir, plusieurs milliers de spectateurs sont attendus.
Il partage l'affiche avec deux artistes qu'il connaît bien : Claire Auban et Serge Parmentier.
Le hasard de la programmation amuse Pierre.
Quelques années plus tôt, c'était Serge qui remplissait les plus grandes salles du pays. Aujourd'hui, les organisateurs lui réservent la première partie. Son public est resté fidèle, mais il ne déchaîne plus les foules comme autrefois.
Son dernier immense succès demeure Le Balayeur de Belleville.
Une chanson écrite par un jeune inconnu nommé Pierre Dubourg.
Le temps a fait son œuvre.
À présent, c'est Pierre qui clôture les soirées sous les acclamations.
Serge ne semble éprouver aucune amertume. Avec l'élégance des artistes qui ont déjà beaucoup vécu, il plaisante volontiers sur son nouveau rôle.
— Tu vois, mon petit... un jour, ce sera toi qui ouvriras pour un gamin de vingt ans.
Pierre éclate de rire.
L'idée lui paraît absurde.
Comment pourrait-on oublier Pierre Dubourg ?
Il ne relève même pas la remarque.
Depuis leurs débuts, il n'a finalement croisé Serge qu'à de rares occasions, le plus souvent à la demande de Marcel Delmas, qui entretenait une vieille amitié avec le chanteur. Une relation cordiale, sans véritable proximité.
En revanche, retrouver Claire Auban est un bonheur qu'il ne cherche pas à dissimuler.
Les heures passées sur la route, les repas pris après les concerts et les longues soirées dans les hôtels leur offrent enfin le temps de se découvrir loin des studios d'enregistrement.
Avec elle, Pierre oublie parfois le vacarme de sa propre célébrité.
Claire, de son côté, retrouve le jeune homme drôle et cultivé qu'elle avait connu quelques années plus tôt, avant que le succès ne le transforme.
Pendant quelques semaines, entre deux villes et deux concerts, ils réapprennent simplement à se parler.
Au fil des semaines, la tournée prend des allures de parenthèse enchantée.
Au fil des semaines, la tournée prend des allures de parenthèse enchantée.
Chaque soir, Pierre et Claire se retrouvent en coulisses avant le spectacle. Chaque nuit, ils prolongent les conversations dans les halls d'hôtel ou sur les terrasses des cafés encore ouverts.
Ils parlent de musique, de cinéma, de littérature et de leurs rêves d'enfants.
Plus ils apprennent à se connaître, plus leur complicité devient évidente.
Pour tout le monde.
Les musiciens échangent des sourires amusés lorsqu'ils les voient partir marcher ensemble après les concerts. Les régisseurs lancent des paris sur la date de leur premier baiser.
Même Serge Parmentier ne résiste pas au plaisir de les taquiner.
— Vous savez, il y a des chambres doubles dans les hôtels...
Claire rougit.
Pierre éclate de rire avant de changer de sujet.
Il séduit sans effort des dizaines de femmes depuis plusieurs années. Pourtant, devant Claire, il se découvre une timidité qu'il ne soupçonnait pas.
Il pourrait l'embrasser.
Il en meurt d'envie.
Mais quelque chose le retient.
Claire, elle, attend en silence qu'il fasse le premier pas.
Il ne vient jamais.
À la fin de l'été, chacun reprend sa route.
Pierre rentre à Paris où deux tournages l'attendent presque sans interruption.
Le cinéma est une révélation.
Il s'y amuse énormément. Les journées lui semblent moins éprouvantes qu'une tournée et les cachets dépassent largement ce qu'il imaginait. Très vite, il se persuade qu'il est aussi doué devant une caméra que derrière un micro.
Claire, de son côté, accepte l'invitation d'une amie comédienne qui possède une maison à Ramatuelle.
Avec quelques proches, elles passent leurs journées entre la plage, les marchés provençaux et les longues soirées à refaire le monde.
Quelques jours plus tard, Claude, le photographe, les rejoint accompagné d'un ami.
Il revient tout juste des États-Unis où il a passé près de deux mois à suivre les Black Cats, un groupe de rock anglais devenu phénomène outre-Atlantique. Il rapporte des centaines de clichés, des anecdotes incroyables et une fatigue qui ne l'empêche pas de plaisanter du matin au soir.
Depuis longtemps, Claude éprouve une affection sincère pour Claire.
Il la fait rire.
Elle apprécie sa douceur, son humour et la simplicité avec laquelle il la traite, loin du tumulte du métier.
Tout semble réuni pour qu'elle lui ouvre enfin son cœur.
Pourtant, chaque fois qu'elle croit oublier Pierre Dubourg, une chanson entendue à la radio, une affiche de cinéma ou un simple souvenir de leur tournée suffit à le faire revenir dans ses pensées.
Claude comprend peu à peu qu'il ne lutte pas contre un autre homme mais contre une absence.
Les journées s'écoulent doucement sous le soleil de Ramatuelle.
Au fil des promenades, des repas improvisés et des longues discussions jusque tard dans la nuit, Claude et Claire se rapprochent naturellement.
Claude n'a rien de Pierre Dubourg.
Il ne cherche pas à briller. Il écoute davantage qu'il ne parle, rit facilement et possède cette bienveillance discrète qui met immédiatement les autres à l'aise.
Claire découvre un homme simple, drôle et profondément attentionné.
Chaque jour passé en sa compagnie lui fait du bien.
Elle se surprend même à attendre avec impatience leurs moments à deux.
Bien sûr, Pierre continue parfois de traverser ses pensées.
Mais ces souvenirs deviennent moins douloureux.
Claude, lui, n'a jamais caché les sentiments qu'il éprouve pour elle. Pourtant, il ne la brusque jamais. Il préfère attendre qu'elle soit prête.
Un soir, la villa est exceptionnellement silencieuse.
Les autres sont partis dîner au village.
Claire et Claude restent seuls sur la terrasse, un verre de vin à la main, bercés par le chant des cigales.
Ils parlent de tout, puis de rien.
Le silence s'installe.
Claude tourne doucement la tête vers elle.
— Si tu me demandes d'oublier ce que je vais faire, je le ferai...
Claire ne répond pas.
Elle soutient simplement son regard.
Claude s'approche et l'embrasse avec une infinie délicatesse.
Cette fois, Claire ne recule pas.
Au contraire.
Elle pose une main sur sa joue et prolonge le baiser.
Pour la première fois depuis longtemps, elle cesse de comparer l'homme qui lui fait face à celui qu'elle n'arrive pas à oublier.
Ce soir-là, elle choisit simplement de vivre l'instant présent.
Lorsqu'ils regagnent la maison, leurs mains restent enlacées.
Aucun d'eux ne sait ce que leur histoire deviendra.
Mais tous deux comprennent qu'elle vient de commencer.
Il l'embrasse de nouveau là au milieu du salon, il fait glisser les bretelles de sa robe estivale. La voilà presque nue, elle n'a pour seul accoutrement une culotte. De son côté elle défait l'un après l'autre les boutons de sa chemisette. Avant de la faire glisser au sol pour rejoindre la petite robe. Les quatre mains caressent les corps respectifs, la sensualité est très présente. Claude lèche puis mordille les tétons de la jolie chanteuse, ils s'allongent au sol. Le photographe continue de faire jouer sa langue sur son corps et descend jusqu'au pubis il lui mange la chatte avec délicatesse d'abord puis avec frénésie ensuite.
Il ne se passera que peu de temps avant que Claude ne la prenne sur le carrelage. Claire jouit rapidement, elle en veut encore, elle aime tellement sentir le sexe de son amant enchaîner les allers et retours. La sève monte et Claude vient cracher son venin sur le ticket de métro de la belle.
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